SEL DÉCOMPOSÉ A FROID
OBSEflVATlONS
millier.
milligi".
milligr.
milligr.
l,oO
* Indique que
l’actionàl'roid.surle
O.iO
permanganate de
potasse n’est pas
épuisée.
traces
Opaline, Giaments
organisés.
Opaline, acide.
rvaces
(1) Forte quantité
i le traces
de Cocons bruns; la
quantité de 7 millig.
; le traces
est certaine.
Opaline, filaments.
Opaline, pasd’aci-
dité, très opaline.
’h. traces
Très opaline.
in 0,50
Légèrement opa-
line.
, traces
in, 0,00
palhogénique , qu’il soit animé ou pulvérulent» (Colin). Il est donc nécessaire de faire, dans les foyers les plus considérables des fièvres de malaria, comme au Sénégal, des recherches sur les organismes inférieurs qui envahissent
A. liüRlUS.
ratiiiüsj)hL*rc. Sans se laisser C([)Ciidanl cnlraîncr par l’alliail de Iliéorios que Ton doit caosiderer comme encore à l’élal d’hypollicse. Il faut, avant tout, étudier ces organismes inlérieurs, bien les connaîlre, puis dicrchiT le rôle (ju’ils peuvent jouer dans la genèse des diverses maladies.
Quelques elTorls ont déjà été tentés dans la voie de ces rccberebes ; au Sénégal, M. Corre* a étudié les eaux de ll.mn, près Dakar, les vases et les eaux saumâtres du Rio-Nuiicz, les craux pluviales de Boké, ainsi que celles de Joal, de Portudal et des environs de Saint-Louis. Enfin, il a fait quelques recherches sur b s poussières atmosphériques do Boké (Bio-Nunez) et de Saint- Louis. « Ces observations, dit M. Corre, semblent fournir un nouvel appui tà la théoiic des miasmes (iguiés. Partout où l’eau foime flaque, partout où elle croupit, l’on découvre des Palmellées ou des Oscillariées. Les memes algues se rencontrent dans l’air atmosphérique des localités palustres, et même certaines formes prédominent au moment de constitutions médicales particulières. Je décris ce que j’ai vu, j’apporte mon contingent de faits; mais, malgré b ur apparence favorable à la théorie en vogue, mes observations n’ont point eflacé le doute où je suis depuis longtemps, de l’existence d’un miasme paludéen figuré. » Pondant la durée d’une constitution algide très accentuée, à Saint-Louis, M. Corre dit n’avoir jamais observé une aussi grande quantité de petites cellules claires, à vésicule centrale presque imperceptible au grossissement de 400 diamètres : c’était à l’époque de l’hivernage, et pendant une période de vents de terre. Ne serait-ce pas ces corpuscules brillants de Pasteur, corj)uscules sphéroïdes de Burdon-Sandorson, microzyrnas de Becliamp, dans lesquels les partisans les plus déterminés de la doctrine parasitaire tendent à reléguer Ifs propriétés virulentes? La vitalité de ces corpuscules est encore une énigme.
Si le problème de la nature du miasme fébrigène doit se poser constamment, au Sénégal, jusqu’à ce que l’on soit arrivé à une solution permettant d’affirmer ou de nier l’existence d’un miasme figuré cause des fièvres palu.-tres, un autre pro-
* Analyse mia'oscoi>ique des eaux slagiiaiites et de l'air de quelques localilés insalubres de la côte oecidenlalc d’Afrique [Archives de rne'decine navale, XXVI, p. 4'0). • '
; TÜPOGIIAPIIIE MÉDICALE DU SÉNÉCAL. K)7
i| hlènio se pose au nionient des redoolahles épidémies de fièvre jaune qui, à des périodes iri-égulières, ravagcitl le pays.
On comprend qu’avant de pouvoir trouver ce que l’atmosphère peut receler de particulier en temps d’épidémies, il faut ^ que des observations nombreuses et longtemps continuées I aient donné la connaissance approfondie de tout ce que coni tient celte atm.osphère en temps ordinaire. Si, relali\ement au miasme de la malaria, on peut encore su|iposer qu’il e.‘ t de la nature des impondérables, il est dilficile d’admeltro tpi’une maladie épidémique et contagieuse comme; la fièvre jaune n’ait pas pour origine une cause vivante. « Le caractère contagieux exclut à lui seul ce qu’on appelle les pondérables; i]ui dit contagion dit plus que transport d’un produit; cela dit transport d’un produit organisé. La multiplication ne .se conçoit, ne se peut admettre que chez un être vivant. Ainsi, la contagion implique l’idée de transport et de propagation d’un produit organisé et vivant ‘ ».
Celte citation, empruntée à un collègue, distingué partisan des idées de M. Pasteur, trouve ici sa place comme l’un des meilleurs arguments en faveur de ces idées. Sans avoir encore une ojrinion bien arrêtée sur cette question spéciale, nous sommi s de ceux qui affirment que l’on doit persister dans la voie des recherches de ce gcnie, jusqu’à ce qu’il ait été démontré que l’hypothèse qui prétendait que les germes spécifiques sont des particules animées ne peut pas devenir une vérité. Ce que M. L. Colin ^ dit du choléra peut s’appliquer à la fièvie jaune : « Obligé, par la nature de mon enseignement, dit le jirofesseur du Val de-Grâce, de suivre les travaux entrepris depuis 1849, j’ai vu successivement apparaître, dans le cadre étiologique du choléra, une série nombreuse de micro-organismes, les uns d’une sirn[)licité élémentaire, les autres remarquables par leur complexité et leurs trau-sformations, maintes fois je me suis associé à l’espérance des savants qui, par la culture de ces germes, pensaient arrivera prouver que le parasite du choléra, analogue aux parasites bien et dûment constatés, offrait des métamorphoses adaptées
' I’. iJiirot, De la fièvre dite bilieuse infiammatoire à la Ginjanr, application des découvertes de M. Pasteur à la palholoaie des paris chauds, p. 470. iMris, 1880.
^ Lwii Ojliii, Frailr des maladies cpidéinapies, noie 2, p. 8.àl. Piiris, 1870.
aux ilivcrs milieux qu’il devait traverser depuis l’organisme humainjusqu’au riz malade dans les Indes; etc’est avec l’autorité d’une étude incessante de cette queslion que je puis aujourd'hui affirmer que nul résultat n’a encore été obtenu en cette voie, où il faut persister,- mais où des affirmations absolues ont été formulées prématurément. » Le champ ouvert aux recherches de l’avenir est vaste. Pour trouver de nouvelles plantes dans une flore inconnue, le botaniste étudie toutes les parties de cette flore. Etudions donc l’atmosphère en temps ordinaire, connaissons bien toutes ses richesses et alors nous pourrons découvrir ce qu’elle peut receler de particulier aux époques anormales.
L’atmosphère.
L’atmosphère est le milieu avec lequel le corps humain a les contacts les plus intimes; nous avons, dans le chapitre précédent, fait remarquer que c’était surtout par l’intermédiaire de l’air qu’agissaient les agents d’origine tellurique, causes de maladies. Nous n’étudierons l’atmosphère de la côte occidentale d’Afrique, de Saint-Louis à Sierra-Leone, qu’au seul point de vue météorologique. Nous avons dit que les recherches les plus attentives avaient permis de constater, dans l’air et dans les eaux du Sénégal, une grande quantité de corps organisés qui paraissent jouer un certain rôle dans la pathogénie. En parlant des vents, nous dirons (|uelques mots des sables, qu’ils entraînent en grande quantité. Nous n’avons donc à nous occuper que des modifications particulières chimiques ou physiques que peut présenter l’air de ces contrées comparé à celui des régions mieux connues.
Nous ne connaissons aucune étude spéciale des propriétés chimiques de l’atmosphère du Sénégal. Il est extrêmement probable que la composition chimique de l’air ne dilfère pas sensiblement de celle du reste de l’atmosphère. Balayé par des vents généraux énergiques traversant un pays de plaines, sans agglomérations urbaines considérables, l’air ne doit présenter rien d’anormal relativement à sa composition chimique. Toute notre attention se portera donc sur son état physique, c’est-àdire sur la météorologie de cette contrée, sur son climat dans le sens le plus restreint du mot. Au [loint de vue médical,
A. noiuus.
comme l’a fait remarquer M. J. Rochard', tout l’intérét doit se porter, non sur l’abslraclion théorique que l’on peut ap|ieler le climat de la contrée, mais sur le climat des diverses localités de cette région.
Les climats sur lesquels nous avons pu recueillir des documents d’une certaine valeur seront étudiés en deux groupes, et dans l’ordre suivant :
Les climats maritimes, qui sont I^s climats continentaux, qui sont du nord au sud : de l’est à l'ouest :
IjCS climats de Saint-Louis, Les climats de Ilakcl,
Los différences climatériques que nous aurons <à signaler pour les localités marilimes sont priiicipalement sous la dépendance de la situation par rapport à l’équateur. Celles que nous aurons à faire ressortir pour les pays qui jouissent de climats continentaux dépendent surtout de l’éloignement plus ou moins grand des rivages de l’Oécan. On voit à priori que le climat le plus continental, et, par suite, le plus variable, doit cire celui de Bakel. A mesure que l’on se rapproche de la mer, les propriétés maritimes de l’atmosphère se prouonçunl de plus en plus, le climat de Dagana servira de transition enire les climats à caractères continentaux et ceux à caractères maritimes, c’est-à-dire constants. Pour ces derniers, les oscillations des éléments météorologiques allant toujours en diminuant, à mesure que l’on descend vers l’équateur (règle générale sur toute la surface du globe), le climat de Saint- Louis offrira plus d’irrégularités que celui de Freetown, dans lequel nous aurons à signaler l’étendue moindre des modifications apportées dans l'atmosphère par la marche apparente du soleil.
L’ordre le plus logique à suivre dans l’énumération que nous avons à faire consisterait à aller du simple au composé, c’est-à-dire à étudier d’abord le climat de Sierra-Leone, et à terminer par celui de Bakel, apiès^avoir passé | ar l'étude des divers comptoirs européens jusqu’à Saint-Louis, puis par celle de Dagana cl des postes jilacés à l’ouest de Bakel. Enfin, nous
’ J. ft02l:fii'il, article Climat i\n Diction, de méd et de cliinirf/. pratiques.
(le Corée,
de Sainte-Marie (Gambie), de Sedhion (Ca>amancc), de Dissao,
de Rolié (Rio-Nuiiez), de Freetown (Sierra-Leone).
de Mac-Carthy 'Gindric',
de Médine,
de Aliitiim.
de Podor, de Dagana.
i TOl'OCill.Vl'IllE MÉDICALE DU SÉNÉCAL.
, aurions à Taire une analyse syutliéliijue des divers élémcnls locaux el à décrire quej est, d'ime manière générale, le climat i de la Sénégambie. Malheurciisemont, la météorologie des dif- Ü Térents points de la côte d’Afrique a été Tort inégalement étu- ! 1 diée, et nous serons forcé de commencer notre description par la ^ localité où les observations ont été le mieux faites et leplus longtemps continuées, c’est-à-dire parla capitale de notre colonie.
il)e plus, s’il est vrai que la connaissance générale d’une contrée doit être précédée de celle des diverses parties qui la constituent, cette marche, suivie pour arriver lentement à la vérité sai s se laisser égarer par les idées théoriques, est loin d’être la plus courte quand il s’agit d’exposer les laits ; aussi commencerons-nous par donner une idée générale du climat de la partie de la côte d’Afrique dont nous nous occupons. Entrant ensuite dans les délails, nous décrirons les climats locaux, ou du moins nous exposerons ce que ces climats peuvent présenter de spécial. De la sorte, nous éviterons des répétitions inutiles et fatigantes, tout en donnant un tableau complet de l’état atmosphérique, tableau qui permettra la comparaison des localités entre elles.
Il est d’abord nécessaire de faire une énumération des documents nombreux que doit étudier celui qui veut connaître, aussi complètement que possible, le climat de la côte occidentale d’Afrique. Ces documents sont de valeurs fort inégales; en les énumérant, nous en ferons la critique, ce qui nous permettra d’éviter, dans nos descriptions, la réfutation ou la discussion d’un certain nombre d'erreurs qui se sont souvent répétées relativement à la climatologie du Sénégal. Si nos affirmations se trouvent parfois diamétralement opposées à celles de quelques auteurs, ce ne sera donc pas par ignorance de ce qui aura pu être écrit avant nous.
Le document le plus ancien dans lequel il ait été question d’observations météorologiques, faites au Sénégal, est relatif à
!! la pression barométrique. C’est à Gorée, en 1682, qu’aurait été observée, pour la première fois, l’oscillation si régulière que subit sous les tropiqu'^s, deux fois par jour, la pression atmosphérique ’.
‘ l’ar une Commission envoyée par Louis XIV pour observer les satellites de Jupiter {Mémoires de l’Académie des sciences, l. Vil, p W).
A. BOlUUS.
On trouve, dans les Mémoires de l'Académie des sciences^, des observations publiées par Réaumur, et faites à Saint-Louis par David, gouverneur de la Compagnie du Sénégal, à l’aide d’un thermomètre récemment construit par son inventeur. Comme t les premiers instruments construits par Réaumur donnaient ^ tous des nombres trop élevés de 1 à 2 degrés, et que, de plus, l’exposition de l’instrument était généralement fort mauvaise, les résultats de ces observations doivent tous être considérés comme ■■ beaucoup trop élevés. !
En 1757, Adanson^ donna (|uebjues renseignements peu j nombreux mais assez exacts sur la tbcrrnométric du Sénégal. 11 décrit un phénomène fort rare dont il faillit être victime, une '' trombe qui traversa le fleuve du Sénégal, près de Saint-Louis, à la suite d’une tornade.
Sebotte ’’ donna quebiues indications assez exactes sur la température au Sénégal en 1778. En parlant de Corée, il dit: « Je n’ai jamais trouvé que la chaleur excédât le 9ü® degré du ther- • momètre de Earheinhct (32“,2 centigrades) ; la chaleur paraissait très pénible, et je ne pouvais dormir quand le thermomètre était à 85® (29®, 0 centigr.). » Scbotle cite un auteur allemand, Evxleben, qui, dans un ouvrage sur les premiers principes d’histoire naturelle, dit qu’au Sénégal (probablement d’après David), le 12 avril 1758, la température atteignit une élévation correspondant à 42®, 5 du thermomètre centigrade.
Dans la traduction de Liiid \ imprimée en 1785, on trouve quelques bonnes indications sur la température du Sénégal et sur les dates des premières |)luies; mais les nombres que donne cet auteur pour les quantités d’eau que les pluies versent annuellement sur le sol de cette colonie sont complètement faux.
« 11 ne tombepasplusd’eau, dit-il, en Angleterre dans l’espacede quatre aimées. » Cette erreur manifeste semble résulter d’une confusion entre le Sénégal et le bas de la cote; elle n’a pas H,
1 Année 1740. — David, Observations du Hier momètre faites en 1758 f/a«s jl
l'tle du Se'ne'gal. 'W
2 Adanson, Histoire naturelle du Sénégal, avec la relation abrégée d'un , voyage dans ce pays •pendant les années 1749-50-51 et 5.>. l’aris, 1757.
vSclioUe, Traité de la synoque atrabilicuse, eu de la fièvre contagieuse ' gui régna nu Sénégal en 1778, et qui fut mortelle à beaucoup d'Européens et à un grand nombre de naturels. Londres et l'aris, 1785.
‘ Essai sur les maladies des Européens dans les pays chauds, et les moyens d'en prévenir les suites, tra Diction de Thion de la Chaume. Paris, 1785. >
TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL
ii:
iiianqué d’ètre reproduite j)ar nombre de copistes. Litul dit que le baromètre est invariable : sa description de rilarrnattaii est tout aussi inexacte ; elle est rendue encore plus obscure par la note du traducteur Tbion de la Cbaume.
Dans un ouvrage peu connu mais qui contientd’excellents renseignements sur la côte d’Afrique et ses maladies, Winterbottom donna le résumé des observations météorologiques qu’il lit àSierra-Leoneen 1795. Ces observations, reproduites par Mablmanti et par Kaemtz, sont encore citées par tous les auteurs. A ce propos, nous ferons remarquer qu’eu copiant les vieux auteurs, sans citer la |)rovenance des documents qu’on leur emprunte, on donne une tournure neuve, une date récente en apparence à des faits qui n’ont été, en réalité, médiocrement observés que par suite de l’époque à laquelle ils l’étaient. C’est ainsi que les erreurs se perpétuent indéfiniment. Lorsque l'on cite des observations météorologiques, il faudrait toujours les faire suivre du nom de l’auteur auquel on les emprunte, à la 1 manière des botanistes, qui joignent au nom scientifique des 1 plantes celui de l’auteur qui les a dénommées ou classées.
L’ouvrage de Tliévenot % écrit en 1840, contient de bons ■ renseignements sur le climat du Sénégal. Ce qui est dit du bairomètre est cependant peu digne de l’excellent observateur que mous aurons souvent à citer lorsque nous parlerons de la patholoie du Sénégal. Au lieu de vérifier un fait, Thévenot préfère ac- '.cuser Adanson d’inexactitude, et donner raison à Lind, en parta- . géant son avis sur l’invariabilité de la pression atmosphérique, :non seulement au Sénégal, mais à Cayenne et dans toutes les ré- :gions tropicales. Les observations des vents, de la température et de*la pluie sont assez bonnes, b*en que faites sans la préci- 'sion actuellement exigible. Copiant une erreur de traduction, 'sans doute, il dit avec Lind que, pendant les toinades, l’ai- ^guille aimantée fait le tour du cadran. En résumé, dans l’ou- ;'vrage de Thévenot se trouvent les meilleüres observations an- -lérieures à 1838.
Le livre de Thévenot attira l’attention des médecins colo-
' An accounl of lhe native Africans in Ikc neifikhoitrliooil nf Sierra-Leotu: » wkich U addnd an accounl of Ikc présent siale, of niedicine among thon. -oiition, 2 vol. in-18, 1805.
^ Tliévcnot, Traité des maladies des Européens dans (es pays chauds, cl pécialement au Sénégal. Paris, 1840, in 8“.
A. Bonius, Séndgal.
A. llülUljS.
iiiaux, et hcaiicou|) de llièses du doctorat coiilinrcnt désormais des descriptions de la nalurc des climats de dilTérents [joints de la côte d’A[’ri(|ne. Les thèses relatives au Sénégal sont au nombre de plus de cinquante. Nous aurons à en citer plusieurs dans le cours de ce travail. Dans l’article bibliographique que nous avons consacré au mot Sënégamhie, dans le Diclionnaire encyclopédique des sciences médicales, on trouvera l’énumération complète de ces thèses. Klles présenlent toutes un grand intérêt médical; mais les documents méléorologiques (ju’clles contiennent pourraient faire l’objet d’une critique qui leur serait, en général, peu favorable. La bonne volonté des auteurs supjilée souvent mal à leur inexpérience. La climatologie n’est là, le plus souveni, qu’un sujet superliciellemenl traité, et comme accessoire. Au milieu d’excellents renseignements, on trouve dans les meilleures thèses des erreurs considérables auxquelles viennent se joindre des fautes d’impression souvent grossières, mais (ju’il est impossible de corriger lorsqu’il s’agit de chiffres. Nous rappellerons ici l’opinion d’un savant de Vienne, M. J. llann ', qui reproche au corps médical de se donner beaucoup de peine pour recueillir des obseivations météorologiques qui ne peuvent avoir dans la science que fort peu de valeur, soit parce qu’elles ne présentent pas une précision suflisantc, soit parce que les instruments n’ont jamais été comparés, ou que leur exposition n’est pas décrite. Nous signalons celte remarque à ceux de nos collègues de la maiiue qui voudront publier des travaux sur les climats des localités qu’ils ont habitées, et à ceux qui contribuent à la réunion des documents nécessaires à rédilicalion d’une géographie médicale.
11 est une tendance [)lus fâcheuse que présentent les écrits des personnes non habituées à ce genre de recheiches, tendance dont les traces se retrouvent paitout. Elle consiste à préférer, dans l’observation des faits naturels, ce qui parait extraordinaire ou étrange à ce qui se voit le plus communé-, ment. On emegistre de la sorte, avec soin, tout ce qui est anormal ou le parait, et l'on néglige la description de ce (jui se voit tous les jours, et n’en icste pas moins inconnu du lec-
' hltma von ScncyamOicn ni IvHschrill der Œnta > didtiitlieii Ocselhcluip fii) Metoorologie. 1875.
TÜl'OGlUPlIll': MÉDICALK DU SÉiNÉCAL.
leur. Nous avons entendu un savant prolesseur faire un reproehe analogue aux collectionneurs improvisés que les voyages fournissent à l’iiistoire naturelle. Ce sont toujours les animaux à formes très belles ou bizarres, disait M. Ch. Martins, qui sont rap|)ortés des pays lointains, tandis que les couleurs ternes, les formes simples dérobent plus facilement les êtres à la connaissance du naturaliste.
A cette tendance à observer surtout ce qui est peu commun se joint la singulière satisfaction qu’éprouvent certaines per- .<onnes qui n’observent qu’accidentellement à pouvoir raconter qu’elles ont couru de grands dangers, qu’elles ont vécu d’une , manière insolite, dans des conditions étranges ou anormales. Quand on a habité les régions tropicales, on connaît le plaisir dont témoignent quelques individus en constatant l’élévalion considérable du mercure d’un thermomètre (|u’ils ont placé 1 au soleil dans des conditions tout à fait exceptionnelles. Il i leur est permis d’alTirmer qu’ils ont vu ce qu’ils a[)pellent la i lempéiature monter tel jour, à telle heure, jusqu’à telle hau- I leur. Ces personnes oublient que sur l’horizon de nos villes du i nord de la France le soleil a pu faire bouillir l’eau et mari cher une machine à vapeur. Il est si agréable d’avoir observé 1 ce que personne n’a vu, et de dire ce qui n’a pas été dit, au t ris(|ue même de se tromper!
■ Le premier ouvrage important qui parut, après celui de Thé-
Ivenot, fut celui de Dutroulau ‘, dans lequel six pages sont consacrées à une description de notre .colonie du Sénégal et à sa météorologie. Un tableau résume d’uue manière assez complète les observations de l’année 1855, laites probablement à Saint-Louis. 11 nous a élé impossible de retrouver le journal des observations ainsi résumées, et, par suite, de juger de la 'valeur des documents sur lesquels l’auteur s’est appuyé. Ce ta- I :bleau présente, cependant, une assez grande ap|)arence d’exac- I ' litnde, et fournit des indications assez suflisantes sur le climat * de notre colonie. La manière très complète dont ce lahloau exâ pose les divers éléments méléorologi(|ues montie (|ue les obi| scrvalions méthodiques se faisaient depuis un certain temps i| dans la colonie.
M ‘ Dutroulau, ‘Traité det maladie* des Européens dans les iiaus c/tauds, 1 1" Pans, ISOl.
IIÜ
A. BOIUUS.
Les Archives de l’iièpilal de Gorce possèdent, en ed'el. les journaux des observations laites dans l’île depuis 1841 jusi;u’à ' i 1867, d’une part, |)uis ceux d’observations recueillies clans de bien meilleures conditions d’exactitude, commencées en 1856 cl se terminant en 1865. Nous avons fait, dans un travail spécial une revue de ces documents. Nous avons résumé ceux cpai nous ont paru les meilleurs.
Ces dernières observations avaient été recueillies conformément à V Instruction sur les observations météorologiques à faire dans les hôpitaux coloniaux ~ publiée par le Ministère de la Marine. Celle Instruction avait été tout entière rédigée par Cb. Sainte-Claire Deville. Une nouvelle Instruction, également due au savant membre de l Institut, parut sous le ineme titre en 1874
Sous l’impulsion de ce savant si regretté, le Conseil supérieur de santé de la marine s’efforça d’organiser des observations régulières et méthodiques dans tous nos hôpitaux coloniaux. Les ordres furent miibipliés et répétés. La traduction du Traité de météorologie de Kaemtz par Cb. Marlins* fut ré- j pandue dans tout(;s nos possessions lointaines. Les instruments ! furent expédiés partout en grand nombre. Des journaux rué- ‘ léorologiques, imprimés selon un modèle uniforme, furent ' adressés à tous les hôpitaux. Ces journaux ne lardèrent pas à 1 se remplir, et aflluèrent dans les archives du ministère. Les | ordres avaient été exécutés.
On peut maintenant se demander quelle est la valeur de ces documents, ainsi accumulés. Il faut l’avouer, les résultats ont été bien au-dessous des efforts, et le travail considérable qui a été imposé au service médical de nos hôpitaux a peu produit, j Faute d’une centralisation météorologique, nous ne dirons pas administrative, mais scientilique; faute d’imej analyse critique et méthodique des documents à mesure (ju’ils étaient produits, les bonnes observations, recueillies avec peine et avec un soin scrupuleux, sont venues sc perdre dans une masse de documents sans valeur, de journaux ne pouvant supporter l’examen. •'
' HechcrchfS sur le cliiuai du. Se'iiêfial, iii-8’, Ô27 pages. Paris, |87.^. . **
- lUivue mnrithuc et coloniale, 1852. |
■’ Ibidem, 1874. ^
* Cours complet de mdéoroh-jic ilc Kaumlz, Iraduilcl aiiiiulépar Cli. Mai lins. i Paris, 1845. ''
TOPOGRAPHIE MEDICALE DU SENEGAL
Actuellement, il est bien difficile d’entreprendre de séparer ce qui est bon de ce qui est passable ou de ce qui est complètement mauvais.
Il u’y a de blâme à rejeter sur personne. Les memes faits se sont passés en Algérie., où l’on a voulu organiser un service météorologique dans les hôpitaux militaires. Il en a été de même dans nos départements, où ce service a été organisé dans les écoles normales d’instituteurs. Bien faibles sont les résultats scientifiques de ces organisations, qui manquaient alors d’une centralisation scientifique indispensable, d’une critique quotidienne nécessaire, et surtout d’observateurs spécialement instruits, ou, quand ils l’étaient par hasard, encouragés dans leur œuvre ingrate par la publication de leurs travaux.
Le service médical de nos colonies a des occupations spéciales trop multipliées pour pouvoir se charger de faire luimême des observations météorologiques. Un médecin ou un pharmacien peut diriger des observateurs; mais, à moins de négliger ses fonctions les plus importantes, il ne peut, que dans de rares circonstances, faire lui-même des observations exigeant sa présence cinq fois par jour, à heure fixe, en un lieu déterminé. Le médecin doit être laissé h son art et à ses études. Si l’on veut des météorologistes, il faut en créer. La chose est facile. L’organisation du service météorologique, en Amérique, ne laisse rien à désirer et peut servir de type. 11 existe, dans ce pays, un corps organisé d’observateurs empruntés à l’armée.
.Aucun médecin ne méconnaît les services considérables que la météorologie peut rendre à la médecine. Comme les autres branches de la physique, cette science doit être connue du médecin, qui seul peut en tirer des conclusions utiles à la médeicine; mais ce n’est pas l’architecte qui doit porteries pierres 'de la maison qu’il construit.
Il est vrai qu’à des médecins sont dus presque tous les travaux relatifs à la climatologie des régions tropicales, grâce à des circonstances exceptionnelles ou à des inclinations particulières pour cette science^ Dans nos postes isolés de la côte occidentale d’Afrirjue, les médecins sont, le plus souvent, les seuls représentants des idées scientifiques, et c’est bien à eux qu’il faut demander ce que personne ne saurait faire. Leur concours, .s’il se borne à l’observation des instruments à indicateurs fixes
•HR A. I50RIUS. " '
n’e\i"eant pas de régularité horaire, j)eut sans peine, et avec grand proOt, être utilisé. Dans les centres principaux, les hôpitaux sont des lieux d’observation tout <à fait mauvais, et, en attendant une organisation complète de la météorologie, les tentatives que nous avons faites avec succès à Saint-Louis, et dont nous parlerons plus loin, pourraient être imitées.
Les documents en langues étrangères, sur la côte occidentale d’Afrique, fournissent aussi des renseignemenis sur la climatologie de ces contrées. Les auteurs allemands ne contiennent que des citations empruntées aux travaux français ou anglais.
Les ouvrages anglais sont plus originaux, nous avons parlé des ouvrages de Lind et de Winterbottom : l'ouvrage du docteur llorton est celui qui contient les renseignements les plus complets et les meilleurs. Ils doivent être critiqués avec autant de force que les documents français; ils présentent les mêmes défauts, peut-être même plus exagérés, ces défauts résultent des mêmes causes. Enfin, nous aurons à signaler quelques travaux dus à des médecins portugais et la thèse de Stormont sur Sierra- Leone'. Cette thèse, en français, contient d’excellents renseignements sur le climat de la colonie anglaise.
r Aperçu général sur le climat de la Sénégamhie.
La marche apparente du soleil est telle que les rayons de
cet astre sont deux fois jiar an perpendiculaires dans chacun des | points de celte, partie de l’Afrique, et que jamais l’obliquité de ses rayons ne s’éloigne à midi de plus do 45 degrés environ | de la verticale, pour les localités situées dans le nord, et de plus de 56 degrés pour les localités méridionales. I
Il en résulte que cette contrée est constamment chaude. Elle / est aussi alternativement sèche et humide. Les» pluies y sont périodiques. Il existe en Sénégamhie deux saisons de durée ' i variable, selon les localités, mais dont les phénomènes sont si nettement tranchés que toute étude climatérique doit ■
‘ Paris, I8‘20.
* C’csl ainsi c|u’iin auteur allemanil, Kiepert, dans une belle carie de la Séiié- <rambie (in ZeUnchrifl fur Erdkunde, 1866), met au-dessous du mot Malnin :
« inondé en déccndjre ». Le mot hivernage a évidemment été traduit par le mot hiver, et, pour plus d’apparence de précision, par celui de décembre, mois où les eaux sont au contraire très basses.]
un
TOPÜliRAI'llIE MÉDICALE DU SÉNÉ(iAL.
J prendre pour base celle division de l’année en deux saisons.
La première esl la saison sèche, la seconde, la saison des f pluies ou hivernage. L’usage nous force d’acccpler celle der- ^ nière dénoiiiinalion malgré la confusion à laquelle elle a souij venl donné lieu^ On se ra|)pellera que, dans noire hémisphère, f riiivornage, saison chaude, correspond à noire élé.
La saison sèche esl fraîche el agréable sur les poinls du i lilloral où se Irouvcnl les cenlres commerciaux. Elle esl saine r cl permellrail un acclimalemenl facile à l’Européen el un ' dévcloppemenl Irès rapide de la colonisalion. Dans l’inlérieur, celle saison sèche n’esl douce que pendanl les Irois mois correspondanl h noire hiver, puis elle devienl une période de chaleurs inlolérables dues au voisinage du déserl.
La saison des pluies est comparable à l’hivernage de la plu- I part des régions tropicales, mais présente une constitution médicale (|ui place la Sénégambie au rang des régions les plus insalubres du globe.
Celte grande division étant posée, nous allons examiner quelles sont les modifications que présentent les principaux phénomènes météoriques, selon que l’on considère les régions diverses de cette vaste contrée. Nous pouiTons alors décrire les caractères de chacune des saisons. Evitant les généralisations théoriques, ne prenant pour base que l’observation rigoureuse des faits, nous préférerons laisser quelques lacunes dans nos descriptions, nous réservant le droit d’appeler l’attention des observateurs de l’avenir sur les points à éclairer.
Température. — Utie moyenne thermométrique annuelle, s’appliquant à toute la partie de l’Afrique dont nous nous occupons, ne serait qu’un chiffre sans aucune valeur, une erreur contraire au véritable e.sprit de la méthode des moyennes. Il serait fort inutile de chercher à tirer celte moyenne des nombres que nous donnerons plus loin.
La tempéralurr aunoellc va croissant à mesure que l’on descend vers le sud d’une part et croissant plus rapidement encore, à mesure que, s’avançant vers l’est, on pénètre de plus en plus dans l’intérieur des terres, tout en restant dans les basses altitudes. Les deux températures extrêmes que d’excellentes observations ont permis de constater à Saint- Louis, ont élé ; la plus basse 7“,0, la plus haute 44“,8; ces deux températures comprennent entre elles toute l’échelle des
A. ItOUIUS.
-ItiO
dilïércnles hauteurs thcnnoméirifjues qui aient pu être obser- j vées dans les divers points de la Senégambie.
Au sud du Cap-Vert, les oscillations de la température deviennent de plus en plus faibles. Bissao et Sierra-Leone présentent des climats plus constants encore que celui de Gorée.
A mesure que l’on s’avance dans l’est, les climats perdent leurs propriétés maritimes, et les oscillations mensuelles et myctbémérales prennent une plus grande étendue. Les grands maxima, qui sont à Saint-Louis une exception, deviennent presque la règle à Bakel et à Mac-Car tliy.
La marche annuelle de la température diffère complètement du nord au sud et de l’ouest à l’est; d’où les contrastes les plus remarquables entre les localités. La température suit, à Gorée et à Saint-Louis, de mois en mois, une marche qui est intimement liée à la marche apparente du soleil*. Plus on descend vers le sud, plus la différence entre les moyennes mensuelles va s’affaiblissant; mais, en même temps, la température des mois du printemps s’élève, de sorte qu’il ne tarde pas à se produire un double mouvement annuel de la température : à * Bissao, à Boké, à Sierra-Leone, la température, relativement | basse en hiver, s’élève au printemps, puis redescend au milieu de l’été pour se relever au commencement de l’automne et tom- | ber une seconde fois avec l’hiver. 11 y a, par conséquent, deux minima : le plus prononcé est en janvier, le moins accusé, en août, au milieu de la saison des pluies ; et deux maxima, l’un bien accusé en avril, l’autre, en octobre ou no- ‘î vembre.
Si l’on s’enfonce dans les terres de l’ouest à l’est, on voit la marche de la température être, à Dagana, la même qu’à , Saint-Louis. Le printemps, quoique bien plus chaud que l’hiver, l’est encore moins que l’été. A partir de Podor, à Matam. Bakel, Médine, Mac-Carthy de Gambie, le printemps devient | non seulement plus chaud que l’hiver, mais même que l’été; ce qui n’est plus du tout en rapport avec ‘la marche du soleil.
Il y a donc, comme dans le sud de la Sénégambie, un double mouvement annuel de la température, avec ceci de particulier que la température du printemps et surtout celle du mois d’avril, est bien plus élevée que celle des mois de l’été. Si
• Vov. Uerhrrchex mr Je climat fin Spiu^gal,^^. 39.
TOl'OGR.VniIE MÉDICALE DU SÉ.NÉGAI,.
nous qiiillions la Sénc'sambie et descendions jusqu’au gollc de Guinée, nous verrions la Icmpcraliire niènie de l’hiver s élever,
, comme celle du printemps, au-dessus de celle de l’été; de sorte
i que, placées au nord de réquateur, ces contrées jouissent de
saisons (|Ui pourraient iaire croire qu’elles sont situées dans riiémisphère sud.
Vents. — Dans le nord, sur les bords du Sénégal, les alizés dunord-estrègncnlpendantbuilmois. Des brises solaires diurnes viennent du large rafraîchir l’atmosphère des côtes, mais pénètrent peu dans l'intérieur.
Pendant les quatre antres mois règne une mousson de sudouest, faible, accompagnée de calmes fréquenls, d’orages, de tornades et de pluies.
A mesure que l’on de-cend vers le sud de la côte, les alizés perdent non seulement en force mais aussi en durée, aux dépens de la mousson de sud-ouest. Cette dernière devient de plus en plus longue et plus forte. L'augmentation de sa durée est telle, qu’à la limite sud de la Sénégambie les vents de sud-ouest soufflent pendant huit mois de l’année et que c’est à peine si, pendant quatre mois, les vents souillent dans la direction des alizés avec alternance de calmes et de brises solaires. Les vents de nord-est qui, en passant sur le désert, ont pris des qualités de sécheresse accusées par les minima de la tension de la vapeur que nous aurons à signaler à Saint-Louis, n’ont plus, au bas de la côte, cette sécheresse et cette chaleur brûlante; d’où les oscillations moindres delà température et la rareté des grands maxima signalés à Bakcl.
Pluies. — Sous la dépendance des vents du large qui couvrent de nuages toute la Sénégambie pendant l’iiivernage, les pluies vont comme ces vents, en augmentant [de fréquence et d’abondance à mesure que l’on descend vers le sud. De bons observateurs ont compté les nombres des jours de pluies dans les différents établissements européens. Ce nombre est de 55 à Saint-Louis, Corée, Dagana, et sur tout le cours du Sénégal; il paraît cependant un peu plus élevé dans le haut Sénégal que sur le litloral. En descendant vers l’équateur, on com[>te annuellement 48 jours de pluie à Sainte-Marie-Dathurst, 84 à Sedbiou, 111 à Dissao, 157 à Doké, à peu près le même noiidjre à Sierra-Leone. Cette augmentation régulière du nombre des jours pluvieux ne correspond pas seulement à un
A. nOHIIJS.
accroissement dans la durée de l’iiivernaj^e, il v a augmentation dans l’intensité des principaux phénomènes météorologiques qui constituent rhivernage. Cliacun ^di'S mois de cette saison compte un plus grand nombre de jours pluvieux et d’orages, à mesure (juc l’on descend vers le sud. Nous avons complé, sur les rives du Sénégal, une moyenne de 26 jours d’orages, une de 58 à Gorce ; à Goké, M. Doheas en a compté 57 jours. Les averses, qui durent deux ou trois heures à Saint- Louis, persistent dans la Casamance et le l\io-Nunez, pendant des journées entières et même quelquefois pendant une .semaine presque sans interruption. Les quantités de pluies de un demi-mètre à peine dans le nord, dépassent 3 mètres dans le sud de la Sénégambie.
Saisons. — Les vents généraux traversant la Sénégambie sont si intimement liés aux autres phénomènes atmosphéri(|ues de cette région, que l’on peut dire qu’elle leur doit son climat spécial, essentiellement différent de celui des autres régions tropicales. Il n’existe, dans toute la Sénégambie, que deux grandes saisons : La saison sèche et la saison des pluies. La première reçoit, selon la localité, des noms différents; c’est la saison fraîche à Saint-Louis; cette dénomination n’est plus exacte à Ilakel, où elle est fraîche pendant trois mois seulement, et br ûlante pendant trois autres mois. C’est la bonne saison, expression vraie s’il s’agit des Kui'opécns, fausse, s’il s’agit des Indigènes. L’expression de saison sèche est la seule qui lui convienne. La seconde, la saison des pluies ou hivernage, est la saison chçmde h Saint-Louis, mais une saison relativement fraîche lorsqu’elle survient à Bakel, relativement fraîche dans le milieu de son cours à Boké, Sieri'a-Leonc. C’est la mauvaise saison dans toutes les localités, s’il s’agit des Européens, mais non relativement aux Indigènes. Exposons les caractères de ces deux saisons en commençant par celle qui donne la plus gi'ande uniformité à tous les points de la Sénégambie pendant une partie de l’année.
Hivernage. — Signalé à son début par les pluies, l’hivei*nage commence, à Corée, du 27 juin au 15 juillet, vei’s le 20 juin en Gambie, à la lin de mai en Casamance, au milieu de mai à Bissao, à la lin d’avril dans le Bio-Nunez (Boké), au commencement de ce mois à Sierra-Leone.
Pendant toute la durée de cette saison, la Sénégambie,
TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL. I2r.
arrosée par les gramles pluies qu’aj)portent les vents maritimes, présente nn aspect nnitorme dans tons scs points. La température moyenne est partout très voisine de 27 degrés, et il n’y a que des écarts très faibles, dos mininra et des maxima, par rapport à cette moyenne. L’air est constamment au voisinage de la saturation complète par la vapeur d’eau. Les pluies tombent avec abondance, les lleuvcs sortent de leurs lits et inondent tons les terrains bas. Les orages sont nombreux, la végétation est dans tonte sa puissance, malheureusement aussi la force des miasmes fébrigènes. La durée de Thivernage est, comme son début, en rapport avec la situation du soleil. dont les époques des deux passages au zénith, vont s’éloignant de plus en plus à mesure que l’on se rapproche de l’équateur.
Dans cette saison, il n’y a que des distinctions de peu d’importance entre les divers points de la Sénégambie. Dans le nord, les pluies moins fréquentes, ont leur maximum en août. Dans le sud, il y a quelques traces de la division en deux périodes que l’on retrouve dans l' hivernage de l’équateur et du golfe de Guinée*, mais jamais une interruption comparable à celle qui a permis de reconnaître, dans ces régions, une petite saison sèche venant interrompre les pluies, ou du moins en diminuer momentanément l’abondance. Partout les vents soufflent du sud-ouest au nord-ouest avec une force modérée et alternant avec des calmes souvent prolongés. Les différences que l’on observe alors entre les pays de l’intérieur et ceux du littoral sont minimes; elles consistent surtout en ce que ces derniers reçoivent directement la brise du large, qui y présente, j)ar conséquent, une plus grande énergie, une plus grande fraîcheur, et qui n’a pas été empestée par son passage sur les marécages.
^oici la description d’une journée d’hivernage qui montrera en môme temps et les phénomènes météorologiques qui caractérisent la saison et les impressions ressenties par l’Européen .sous leur influence. Cetie description, faite sur les lieux mêmes, à Saint-Louis, s’applique à toute la Sénégambie. On peut prendre cet c.xemple pour type jde ces journées pénibles si communes dans la mauvaise saison.
' Voy. A. Dorius, liecherchpH ^nr h. climal den clnblixxeincnlx françaix de
A. nORIUS.
UNK JOURNÉE D’invr:UNAGP:.
La veille dans la nuit, l’air a été rafraîchi par un orage suivi (l’une pluie courte, mais abondante. Après cette nuit, le soleil se lève au milieu de nuages, cpii paraissent dissipés |)ar sa présence. A peine (juelques houllèes de vent d(> sud-ouest se font-elles sentir dans la matinée fraîche et agréable. Le ciel n’est parcouru que par de légers llocons blancs, qui s’irradient en éventail en changeant lentement de formes. Quelques instants après le lever du soleil, le thermomètre marquait <à l’ombre 27 degrés. Sous rinlluence du calme, la chaleur s’élève modérément et à 9 heures du matin, malgré l’nsagc du parasol, une course est déjà une assez pénible corvée. Le sol, mouillé par la pluie de la nuit précédente, ne fatigue cependant pas les yeux de cette réverbération pénible de la lumière, l’une des causes qui, s’ajoutant à la chaleui’, à l’état bygrnrnétrique et à l’infection paludéenne, rendent si dangereuses les insolations à cette époque de l’année.
A 10 heures, malgré une élévation de 2 degrés sur la température du matin, la chaleur est très supportable, il est permis de déployer une certaine activité. La brise de sud-ouest est un peu plus forte, mais elle est irrégulière, et semble par moment vouloir tomber.
Il est midi, le thermomètre continue son ascension. A une heure, il atteint 50 degrés. Le soleil se voile par instants et quelques nimbus parcourent le ciel dans la direction du sud au nord, tandis que la direction des vents inférieurs oscille entre l’ouest et le sud-ouest; mais ces vents sont très faibles; par moment le calme est absolu.
Cet état général de l’atmosphère persiste, la chaleur continue d’augmenter lentement. .A 4 heures, le thermomètre marque 51 degrés. Le ciel est aux trois quarts couvert de nuages s’accumulant d’abord à l’horizon, le calme devient parfait. La chaleur est excessivement pénible, et, bien qu’après 4 heures, le thermomètre monte à peine de 0®,5, la chaleur semble augmenter considérablement; on est étonné, en jetant les yeux sur le thermomètre, de ne pas voir une ascension plus
' la côte eeplentrionale du golfe de Guinée. Paris, 1880,' riaulhier-Villars. in-8» de 24 pafres.
, TOPOGRAPHIE MÉDICALE DU SÉNÉGAL
étendue de la colonne mercurielle correspondre à cette sensa- ! tiou. Le corps se couvre de sueur au moindre mouvement un peu actif.
11 est 0 heures, le soleil disjiaraît dans les nuées épaisses ! accumulées à l’horizon. 11 se couche bientôt au milieu de nuages cju’il dore de teintes d'un rouge cuivré très éclatant. • I Le calme persiste. Le thermomètre reste élevé. Quelques bouffées de brises variables de l’ouest au sud-ouest donnent à peine une fraîcheur qui ne jiénèlre pas dans l’intérieur des maisons. 11 faut sortir ou monter sur les terrasses qui dominent les habitations, pour res|)irer plus librement, et se sentir rafraîchi par (|uelques légers souffles devenant de jilus en plus rares. Un petit nuage noir passe en courant très bas, venant du sud-ouest, et laisse tomber quelques larges gouttes d’eau, trop peu nombreuses pour mouiller le sol desséché.
Nous rentrons. La chaleur de la maison est étouffante, nous cherchons en vain les courants d’air. L’eau, que nous avons mise à lafraîchir dans des vases ou gargoulettes en terre poreuse, et qui, le matin, était fraîche, paraît tiède; sa température est la même que celle de l’eau contenue dans une carafe ordinaire. 11 n’est pas nécessaire de consulter l’hygromètre pour constater la surcharge de l’air par la vapeur d’eau.
Tout indique une saturation complète de l’air par l’humidité. La tension de la vapeur est de 25 millimètres. C’est alors que l’on peut constater que la sensation de chaleur étouffante que l’on éprouve est duc plutôt à la vapeur d’eau qu’à une élévation du theimomètre, qui n’a par ellc-rnème rien d’e.xtraordiuaire.
Iiicri n’est comparable à l’anxiété maladive dans laquelle se trouve alors l’Européen. Immobile dans un fauteuil, il a le coi’ps couvert de gouttelellcs de sueur, comme celui d’une personne qui vient de se livrer à un exercice violent. La fatigue que nous éprouvons n’est pourtant pas la même que la fatigue du travail; c’est une faiblesse des membres, et surtout des jambes, un malaise indéfinissable qui porte à éviter tout mouvement, tout (l'avail phy.^i(jue ou intellectuel, et ne permet cependant pas le sommeil, 'iourmenlé par des nuées de moustiques aux(|uels il est prcsf|uc impossible de se soustraire, nous cberchoris vainement l’air (|ui semble faire défaut. C’est dans des moments pareils (jue la marche Icnle des heures inactives
A. UülUUS.
permet de sentir les ennuis cl les soullrances de l’exil, et que, suivant rcxpression d’un de nos collègues* ; « L’âme veut quitter sa prison et la livre à la première maladie dominante qui se trouve là. »
Il est lU lieures, le calme est devenu parlait. Malgré la disparition du soleil, la température se maintient élevée. La sensation de latigue fait place à une sensation plus pénible, la tète est comme serrée dans un cercle de fer; si la lecture et le travail sont encore possibles, ils nécessitent une volonté dont l’éncigie va en faibli.ssant; le travail est d’ailleins peu productif. Les forces intellectuelles sont plus déprimées que ne le sont les forces physiques. |
Alors s’écoule lentement la nuit, dans cet état pénible et i maladif, ou bien éclate un orage et une j)Iuie abondante, sous i rintluence de laquelle le theimornèlre baisse légèrement, i donne une sensation de bienfaisante fraîcheur. *
On peut SC faire une idée de l’état pénible où l’on se trouve ' au Sénégal, pendant ces journées d’hivernage, en songeant au malaise que l’on éprouve, en Europe, |)endant les heures qui ; précèdent les oiages de l’été. « En décuplant cette sensation, dit un de nos collègues qui observait au Sénégal, on sera encore au-dessous de la vérité; dans les pays chauds, {lendant l’hivernage, on est littéralement accablé sous le poids de la chaleur L »
L’orage et la j)luie ne tei minent pas toutes ces journées fatigantes. Quelquefois, lorsque survient l’orage, il est précédé d’un vent violent qui constitue la tornade, phénomène propre à la côte occidentale d’Afrique et qui mérite une description i spéciale (ju’on nous permettra de reproduire ici'. •
LA TOIINADE.
La tornade survient, le plus souvent, apiès une journée de
* ünlord, Queljjiws rélli’xionx sttr le. St^ndga! el.siir la (hj-icnleric obscvvce iliiiis ce pays (Thèse de Montpellier, 1845).
- Lejollec, De riajluence des hautes lenipé rat ares sur la productioa des areès pernicieux (Thèse de Paris, 1875).
^ Cette description est emprnniéc à nos Becherclics sur Ir climat du Seucyal. FI Voy., pour la nature des tornades, leur marche, leur Iréquence, etc., notre | | livre, p. 277 et suivantes.
lürüCU.Vl'lllli MÉDICALK DU SKNÉUAL. 1>27
calme el de chaleur accablaule analogue à la journée d’iiivernage dont nous venous d’essayer de tracer le tableau.
La brise de sud-ouest, qui dominait pendant riiivcrnage, a l'ait place à une journée de calme dans laquelle la girouette prend par instant une direction qui indique des vents très faibles du nord au nord-est. Malgré cette direction des vents, à laquelle est dû un ciel complètement découvert de nuages, la partie méridionale de l’horizon s’assombrit,- une petite masse nuageuse, noire, peu étendue, règne au sud et au sud-est, et permet de présager déjà la formation d’une tornade. Après un temps qui varie de deux à trois ou quatre heures, cette masse noire se met en mouvement et tend à se ra[)procher du zénith en s’étendant de manière que le segment de la calotte céleste qu’elle couvre va en grandissant. Ce mouvement est lent, je l’ai toujours vu se faire dans une direction voisine de celle du sud au nord. Lorsque la masse de nimbus s’est élevée à environ ‘Jo degrés au-dessus de l’hoi izou, elle y forme un demi-cercle régulier au-dessous duquel ou peut parfois apercevoir le ciel.
La direction du sud au nord des nuées supérieures indique bien la marche générale du météore, son mouvement de translation, qui est le seul apparent- tant que la bande supérieure demi-circulaire qui circonscrit ces nuages n’a pas atteint le zénith.
Le bord de celte masse en mouvement tranche, par sa teinte d’un noir sombre, sur le bleu du ciel, à peine parcouru par •(uelques flocons blancs qui, sur un autre plan, se meuvent dans la direction des vents de nord-est, devenus un peu plus énergiques dans les couches inférieures de l’air.
Ce bord forme comme un bourrelet. Ün peut juger aisément, à la manière dont ce bourrelet est formé, à sa convexité, regardant le nord, tandis que sa partie inférieure, frangée, regarde le sud, qu’un obstacle s’oppose à la progression du météore et retarde .son ascension; il y a, semble-t-il, lutte entre la faible brise du nord qui régné dans la partie découverte de l’horizon et la masse météorique qui s’avance d’un mouvement propre en sens contraire de cette brise.
Lorsque cette accumulation de nuages s’est avancée jusqu’à nue distance de 45 degrés du zénith, elle offre un aspect des plus caractéristiques. C’est un vaste cercle noir, une sorte de champignon sans pied qui serait vu de trois (juarts et par en
A. Bomus.
dessous; scs conlours sont bien limités en avant et sur les bords droit et gauebe, mal definis en arrière dans la parlic qui se conlond avec l’iiorizon. Rien n’est plus facile que d’esquisser le croquis de cette masse de nuages, un bon appareil de photographie pourrait facilement en fixer l’image sur une plaque. Quelquefois cette forme, comparable à celle d’un champignon incom|)lèlement ouvert, possède un double bourrelet, comme si une calotte sphérique, plus petite, en surmontait une autre.
Parfois la marche du météore est si lente, qu’il met une demi-heure à atteindre le zénith; d'autres fois, il s’écoule à peine cinq minutes entre le moment où ces nuages commencent à SC mouvoir et celui où ils arrivent au-dessus de nos têtes. Si un navire est surpris alors avec toutes ses voiles, il n’aura pas eu le temps de les serrer au moment où les nuages atteindront le zénith, où, se trouvant placé sous ce vaste tourbillon, il en ressentira le redoutable vent.
Ces nuages sont [larfois, mais rarement, sillonnés de (pielques éclairs, mais en général on n’entend pas de tonnerre.
Au-dessous de la partie la plus reculée de cette masse noire, on distingue de gros nuages blancs et parfois des traînées sombres, analogues aux grains de pluie, venant alors compléter la ressemblance de la tornade avec un immense champignon dont les traînées de pluie représenteraient le pietl.
\ un moment (|ui est ordinairement celui où le bord antérieur de 1a tornade atteint le zénith, souvent un peu plus tôt et parfois seulement au moment où les deux tiers du ciel se trouvent couverts, un vent d’une violence extrême se déchaîne à la surface du sol dans la dircclion du sud-est. La masse météorirjue, vue en dessous et de près, n’a plus alors de lorme définie, la jrartie du ciel qui était restée découverte est promptement envahie par des nuages qui semblent se mouvoir en désordre. Comme le météore continue sa marche vers le nord, il est facile de constater (jue la direction du vent n est due qu’à un mouvement pri.pre du météore sur lui-meme, combiné avec son mouvement de progression.
Cette bourrasque dure au plus un quart d heure, jicndant lequel le vent prend une direction qui passe à l’est, puis au nord-est, au nord, enfin au nord-ouest, puis au sud-ouest, avec une intensité qui va, en général, ea faiblissant daboid,
TÜPOr.IlAl'IÜE MÉDICALE DU SÉNÉGAL. l'iü
puis on reprenant de l’cnoroïc lors jne les vents passent au sud-ouest.
La succession des vents n’offre pas toujours la régularité de cette description, car de temps en temps il y a des reprises de sud-est. Quelquelbis le vent va en faiblissant jusqu’au nordouest et ne dépasse pas celte direction. Il y a des tornades dans lesquelles la rotation des vents s’arrête au nord ; la tornade disparait, du calme et de la pluie lui succèdent, puis les vents se llxent au sud-ouest faibles. La seule chose constante, c’est la plus grande énergie du vent au début de la tornade. Cette énergie n’existe avec une force véritablement dangereuse que tout à fait au début et dans la direction du vent de sud-est.
La violence du vent des tornades est peu en rapport avec sa durée, elle atteindrait parfois, dit-on, celles des vents des ouragans; mais le fait doit être excessivement rare. Nous croyons qu’on a peut-être exagéré la force de ce vent. Il peut arriver à renverser les arbres, enlever les toitures, jeter à la côte les navires dont les ancres ne sont pas solides; mais une circonstance lavorable vient, toujours diminuer le danger. La mer, au mo- I ment où survient lu tornq^e, est (toujours d’un calme parfait,
• de sorte que l’agitation des flots est trop momentanée et trop ■ subite pour produire de fortes lames, et le danger de la mer i ne vient pas s’ajouter à celui de l’atmosphère pour le mirin I qui aurait assez peu d’expérience ou serait assez imprudent I pour se laisser surprendre par un accident atmosphérique aussi I facile à prévoir.
-A.U bout d’un quart d’heure, parfois !de dix minutes, le mé- I téore a disparu ; il n’a consisté qu’en ce mouvement brusque
• de vent, ce [)assage de nuage.i noirs sans pluie ni orage. La ! tornade est alors ce qu’on appelle la tornade sèche; c’est la
I ; forme la moins fréquente.
I Ordinairement, lorsque les vents passent au sud-ouest, un ; orage éclate, la pluie tombe avec une abondance extrême pendant un quart d’heure, puis devient modérée, et le vent reste au sud ou au sud-ouest faible.
Il est à remarquer que, même lorsque la tornade est sèche,
( elle est toujours suivie d’un abaissement de la température très i sensible au Iberrnomètre. Ce (pui prouve qu’elle se forme, non I au niveau du sol ou de la mer, mais dans les régions supérieures de I atmosphère, et que l’a.xe de son mouvement gyra- A. iJoBros, Si;n«"al. 0
A, ROIUUS.
tüiro s’éloigne de la vcrlicalc on ()ue le niouvcinenl de l’air est plutôt spiroïilc que circulaire.
Après avoir fait sur les lieux cette description, de 1’ exactitude de laquelle plusieurs {lersonncs ayant observé comme nous au Sénégal, ont bien voulu nous donner des témoignages, nous avons rapproché ce que nous avions dit de ce qu’un certain nombre d’auteurs ont écrit sur ce sujet. Nous avons remarqué dans jaresque toutes les descriptions une exagération pros- (|ue constante. La tornade est représentée comme un phénomène fort effrayant et extrêmement dangereux. L’idée d’une lutte entre des vents furieux et contraires domine toujours dans ces descri[)tions, qui ra|)pelleut celles des poètes, mais s’éloignent fort de la vérité. L’orage qui termine ordinairement la tornade n’est ni plus ni moins efirayant que l’orage d’Kurope. Nous avons cependmt trouvé nue excellente description de la tornade faite par Beaver ' ; bien que la lidélité de cette descrij tion soit mise en doute par le traducteur, c’est la seule qui nous ait paru exacte, elles expressions dont s’est servi l’auteur pour peindre le phénomène qu’il observait sont parfois identiques à celles dont nous nous sommes servi nous-méuie en notant ce que nous voyions sans connaître les travaux du chef de l’expédition colonisatrice de Boularnc. Nous devons ici nous inscrire en faux contre l’assertion qui, s’appuyant sans doute sur une erreur de cbifl're, attribue aux tornades la propriété d’abaisser brusquement la température, au Sénégal et à la côte de Guinée, de 25 et 50 degrés centigrades. Jamais, en dix ans, la variation lhermométrique n’a dépassé tà Corée, dans une journée d’bivcrnage, 1U“,8. A la côte de Guinée, les variations de tem- ])éralure sont encore |)lus faibles dans celte saison, la seule pendant laquelle s’observent les tornades. Nous prenons la lieine de réfuter cette erreur, parce que, très affirmative, elle a été souvent répétée; elle a été empruntée à une thèse donti la partie médie de sera souvent citée par nous.
Saison sèche. — La présence des alizés de nord-est donne à cette saison son caractère particulier de sécheresse. Elle sc distingue, dans toutes les régions, par l’absence [)resquei complète de pluie, par une sécheresse atmosphérique desi
* l’ii. Beaver, African memoranda , Li-ndres, 1805, et Collection des relations (le voyages de Walckciiai r.
TOl'OGlUIMllE MÉDICALE DU SÉNÉGAL.
plus remarquables, et, comme coiiscquencc de la rareté de l'eau (ce modérateur des climats), par une grande inégalité climatérique selon les lieux et selon les époques. Dans la saison sèche, rmiité climatérique de la Sénégambie, propre à l’bivernage, fait place à des divergences locales extrêmement marquées et à des phénomènes qui ne trouvent leurs analogues que dans les régions limitro|)hes du grand désert du Sahara.
Du nord au sud, ces dilTércnces sont moins prononcées que de l’ouest à l’est. La presqu’île du Cap-Vert, Corée, et la presqu’île de Sierra-Leone, par suite de leur situation maritime, constituent les régions où la sécheresse est la moindre, où le climat reste le plus constant. La température y est fraîche l’hiver, et monte lentement et régulièrement pendant le printemps. La saison sèche forme ainsi sur le littoral une seule saison bien homogène ; il n’y a que des différences peu sensibles, avec transition lente de mois en mois, et des différences * dans la durée de cette saison, qui diminue de longueur à mesure que l’on descend vers le sud.
Dans l’intérieur, à Bakel, à Médine, à Mac-Garthy de Gambie, il y a, au contraire, une différence tellement trancliée ■ entre le trimestre de l’iiivcr et celui du printemps, que la sai- : son sèche, qui, sur la côte, mérite aussi le nom de saison I fraîche, est, pendant l’iiiver, une saison fraîche, et pendant le i printemps une saison extrêmement chaude, beaucoup plus chaude même que la saison d’été (premier trimestre d’Iiivcrnage).
Le vent de nord-est jouit, en effet, de propriétés caloriques extrêmement différentes selon les époques. Toujours sec, il est : froid en hiver, il est brûlant au printemps. Ce vent sec o i harrmaltan, très favorable à l’assainissement du pays, a été décrit ipar Lind comme un vent empesté « de vapeurs malignes* » et capable de tuer les animaux et les hommes. Le vent de l’est au nord-nord-est, quelle que soit l’appellation que l’on voudra lui donner, est toujours froid le matin ; il est brûlant dans la journée, surtout au printemps. Pour des causes qui trouvent leur raison d’étre dans la situation des localités, ce vent a perdu, lorsqu’il arrive à Corée, la plupart de ses propriétés de séchc-
’ I.iruI, E*noi xur leu mol.-i liei des Europikns dnns les p'ti/s chauds flraliJClion. 17^5i
A. IIURIUS.
cesse. A Soinl-Louis, il les a conserve en grande partie, mais il ne sonlfle avec énergie (]uc pendant peu d’heures et par courtes série-'. 11 en est de même en Gambie, dans la Casainance, dans le Uio-Nnnez et à Sierra-Leone. Dans l’intérieur du Sénégal et de la haute Gambie, ces vents brûlants sont chose habituelle pendant trois mois
Le contraste entre le littoral et l’intérienr de la Sénégamhic i est alors des plus intérc.esants à étudier : plus il fait chaud dans ^ l’intérieur, plus il fait froid à Saint-Louis. A cette époque, les | brises alternatives de terre et de mer conservent au littoral sa ( fraîcheur. L’élévation considérable de la température, due au | vent d’est, est toute momentanée et élève peu les moyennes vraies.
Une comparaison permettra de comprendre et en même temps d’expliquer la différence considérable qui e.xiste, au [>rintemps, entre la température de la côte de la Sénégandiie et celle de l’intérieur. Le Sahara, milieu dépourvu d’eau, est un véritable foyer ardent qui rayonne tout autour de lui et fait sentir ses ardeurs jusqu’au voisinage de Bakel, climat tout à fait saharien au mois d’avril. Si, dans une chambre au milieu de laquelle se trouve un foyer ardent, la chaleur de ce foyer >e fait sentir avec intensité, il n’en est pas de même près de la porte de celte chambre. L’appel fait à l’air froid du dehors est d’autant plus énergique que le foyer est pins chaud, et les personnes placées près de ce te porte sentent un refroidissement bien accusé : voilà pourquoi à Saint-Louis, sur le littoral de la côte d’Afrique, le printemps est légèrement plus froid que l’hiver; pourquoi plus il fait chaud dans l’intérienr du Sénégal (à Bakel) plus il fait froid à Saint-Louis. Le même |)hénomène s’est exceptionnellement présenté en Europe pendant l’été de 1879 : le mois de juillet de cette année a été d’autant i plus froid en France que les chaleurs ont été plus considérables ^ à l’est de l’Europe
Le phénomène qui se passe à Saint-Louis ne s’observe pas à Sierra-Leone, à la côte de Guinée ni en Algérie, parce que dei hautes chaînes de montagnes servent d’écran à ces régions, tan-|| dis que les côtes de l’embouchure du Sénégal sont un pays) plat sensiblement au même niveau continu que le désert.
* Voy. Urnou, Complcs rendus de rAcodéwie des sciences, séance du 11 aoftt i
TOl'UüU.Vl’llIK MEDICALE DU SENEGAL.
UNE JOUnNÊE DE LA !»A1SUN SÈCHE.
Nous cliorcherons à donner une idée du climat du nord de la Sénégamliie dans la saison sèclie, en décrivant une des journées de celte saison cbservée à Dagana.
I.a unit a été bonne, le .<oninicil facile; la fraîcheur de cette nuit étoilée, accompagnée d’une rosée abondante, était meme assez prononcée pourqu'une couverture de laine ait été indispensable pendant le sommeil. Le soleil se lève sur un boiizon sans nuages, maisgrisàtre ; le vent souflle faibledu nord est. il est assez frais. C'e.^t un moment délicieux pour la promenado, pour la chasse, pour le travail, qmd qu’il soit. Cependant, à mesure que le soleil, s’élevant, darde des rayons d’autant plus chauds, lèvent devient plus sec et plus fort; il entraîne une [)oussière d’un sable (in grisâtre iiui pénètre partout. Entre neuf etdix heuresdu malin, le vent prend une intensité de plus en plus considérable; il devient bientôt biùlanl et insupportable. Par moments, il semblerait (|ue l’on passe devant la bouche d’un four allumé. La sécheresse de ce vent e.>t extrême. Le thermomètre monte, à l’ombre, à 40 degrés, et dépasse, même pendant quelques instants, de 1 ou 2 degrés cette graduation, pendant que le lhermon;ètre, dont la boule est entourée d’une mousseline mouillée, s’abaisse de 19 degrés. Les corps les plus durs, le bois, l’ivoire, se lendent; les objets cartonnés se racornissent et se déforment; les meubles se disjoignent, leurs boiseries éclatent avec bruit. Les objets conducteurs du calorique, le marbre, le fer, les loquets des portes, donnent à la main de brusques sensations de chaleur dans l’intérieur et à l’ombre des appartements. A l’extérieur, le sol sablonneux brûle les pieds des Noirs. Le corps est sec, la peau bâlée; les lèvres se gercent comme en Europe par les froids rigoureux de l’hiver; la membrane pituitaire, desséchée, devient douloureuse; les conjonctives sont le siège d’une fluxion sanguine, la vue est blessée par une ardente réverbération de la lumière.
Pour se soustraire à celte chaleur, le Noir rentre dans sa case, l’Européen clôt sa demeure. Dans certaines maisons, à Dagana, ou a établi de doubles fenêtres vitrées, et l’on se préserve du chaud exiérieur de la même manière que dans les pays du Nord on se préserve du froid. Notre chambre, fermée
A. ROfilUS.
ainsi et arrosée, pouvait, du malin au milieu du jour, conserver une température de 28 à 50 degrés pendant qu’à l’extérieur la température dépassait 41 degrés. Les animaux domestiques, les animaux en captivité, les jeunes lionceaux qu’on élève par curiosité, les singes, semblent autant souffrir que l’homme; ils se blottissent dans les endroits frais, auprès des jarres, où l’on conserve l’eau, par exemple.
Ce vent dure plus ou moins longtemps : à Saint-Louis, il faiblit et tombe vers trois heures du soir. On entend alors un bruit bien connu et attendu, c’est celui des lames se brisant sur le rivage; à ce signal, chacun ouvre largement portes et fenêtres, et laisse entrer la brise de mer fraîche et délicieuse. C’est ce qnc fait l’iiabilant de Saint-Louis, où cette brise ne manque presque jamais; mais combien d’heures sera-t-elle attendue par l’habitai t de Dagana, qui le soir et la nuit, attend souvent vainement qu’un souflle de la brise de mer arrive jusqu’à lui, ou par celui de Bakel, pour le(iuel elle faits! souvent défaut!
La brise venue, la vie reprend son activité, les promenades du soir sont alors délicieuses. Cependant, le soleil couché, la brise devient froide, une rosée abondante recouvre le sol et mouille les vêlements ; un vêtement chaud est alors nécessaire. L’Européen se couvre de son manteau d’hiver, s’il veut ne rentrer qu’après la nuit venue: il n’aura |)lus besoin que de se bien couvrir pour se livrer à un sommeil facile et réparateur.
Les sensations éprouvées par les chaleurs sèches du désert diffèrent complètement de celles de l’hivernage, l’absence des sueurs abondantes, la possibilité de se procurer une eau d’autant plus fraîche que l’évaporation est considérable et que les vases poreux se fabriquent en grande quantité dans le pays, l’étendue de l’oscillation diurne, la possibilité» d’un sommeil facile, l’absence des moustiques, font qu’une température \o'isine de 40 degrés est beaucoup moins pénible à supporter que la chaleur humide constante, au voisinage de 27 degrés, qui règne dans l’hivernage, chaleur continuelle à laquelle on ne trouve aucun moyen de se soustraire.
Le vent du nord-est à l’est n’a heureusement pas toujours l’extrême sécheresse que nous venons de signaler dans cette description. C’est par série de deux, trois, quatre et cinq jours con.séculifs, qu’on le voit reparaître, avec cette exagération do
TOl'OÜllAlMIlE MliDICALK DU i^UNEGAI,.
SOS propriclés, peiuhuit la inaiinée prineipaleniont. 11 y a des annccs, comme 1875, par exemple, où ces veiils sont rares el . olfreiit peu d’énergie; alors la production de la gomme est diminuée de moitié ou des deux tiers. Il résulte de cette variabilité dans la fréquence et la force de ce vent chaud du désert, ipie la physionomie de deux saisons sèches successives peut sensiblement différer. Il en est de même, mais à un degré moindre de la physionomie des hivernages successifs pendant lesquels rahondancc de la |)lnie peut varier du simple au tiipledans la mémo localité. INous aurons à rechercher, plus lard, (|uclles intluenccs ces divers modihcalcurs atmosphériques peuvent avoir sur l’état sanitaire, soit des Européens, soit des Indigènes.
.Maintenant ipic nous avons fait coimaitre l’aspect général de la climatologie de celte partie de l’Afrique, nous pouvons entrer dans la description succincte d. s divers climats locaux. Nous divisrrons ces climats en climals marins et climats continentaux. Les climats de montagnes n’ont malheureusement fait l’objet (raucunc recherche, malgré l’importance considérable qu’il y auiait à connaître la climatologie des hantes stations propres à servir de refuges sanitaires.
2“ — Climats marilimes de la Sénégambie.