A I50)R!CS
EuropécMîs, L’auteur anonyme de ce raj)pürla l)ieii voulu attacher un certain prix à nos travaux antérieurs sur la climatologie du Sénégal Nos nouvelles recherches ne font que confirmer les conclusions de nos premières études. Les personnes placées à la tête de la réussite de cette grande, entreprise ont compris toute la gravité de la question médicale dont elle se complique.
Corée est plus salubre actuellement que Dakar. L’établissement d’un chemin de fer, la création d’une ville ne se font pas, sous ces climats, sans des travaux qui accroîtront momentanément l’insalubrité des lieux. 11 y aura donc grand avantage à maintenir cà Corée la plus grande masse des troupes européennes pendant la durée des travaux. En face de la ville commerçante de Dakar, Corée devra être conservée comme ville militaire. L’espace devenu libre sur cette petite île sera avantageusement consacré aux troupes et aux hôpitaux.
Lorsque le chemin de fer terminé traversera notre colonie du Sénégal, on pourra tirer, en temps ordinaire, un grand parti de cette voie de communication pour le transport des troupes. Les postes malsains pourront être confiés aux garnisons indigènes. 11 y aura alors tout avantage à masser les troupes blanches dans les localités salubres comme Corée. 11 est bien entendu que, lors de l’apparition de la fièvre jaune, cette agglomération devrait être remplacée par la dissémination des hommes, par petits groupes, sur tout le territoire voisin, où des baraquements babituellemcnt vides devraient être toujours prêts à les recevoir. En temps ordinaire, en faisant habiter les ti’oupcs européennes à Corée et dans la presqu’île du Cap-Vert facilement assainie, on aurait toujours sous la main une force militaire imposante composée d’hommes n’ayant subi aucune atteinte de maladie. Cette force posséderait une résistance double de celle des troupes actuelles.
La ville de Saint-Louis est aujourd’hui, après Corée, la localité la moins insalubre habitée par les Européens au Sénégal. La situation de Saint-Louis, cà l’embouchure d’un fleuve, est peu favorable. L’île de Saint- Louis était, autrefois, très marécageuse et hautement insalubre. Son état sanitaire actuel est dû aux travaux considérables qui ont lentement élevé le sol de l’île au-dessus du niveau dos eaux. Nous voyons, dans la modification profonde qu’a subie, d’année en année, l’état sanitaire de Saint-Louis, la preuve de l’importance de l’action
TOPOCUAIMIIK MÉDICALE DU
SENECAL.
des moyens hygiéniques. L’élément paludéen agit beaucoup plus sur place que par voisinage L habitation longtemps continuée par une population dont les cllorts sont constamment tendus vers le but de l’assainissement a une influence qui arrive malgré la taiblcsse des ressources à modifier prolondément l'état du sol.
Saint-Louis était, autrefois, considéré comme plus insalubre que Dagana. Loin de penser, comme Thevenot, que Dagana pourrait être un lieu de refuge pour les habitants de Saint- Louis, nous ne pouvons douter de la supériorité au point de vue sanitaire de Saint-Louis tel qu’il est actuellement sur Dagana. La supériorité de Corée sur Saint-Louis n’existe pas à un moment quelconque de l’année. Il est incontestable que, malgré le peu de distance qui sépare les deux villes, la situation de Corée plus au sud se fait sentir par un léger prolongement de riiivernage dans cette dernière ville. 11 vaut mieux passer la fin du mois d’octobre et le commencement de novembre à Saint-Louis qu'à Corée.
Dans l’ordre croissant de l’insalubrité des localités, les postes de Dagana et de Podor viennent immédiatement après Saint- Louis. Podor est considéré comme plus insalubre que Dagana; il y a cependant peu de difféionce entre les deux villes. Le climat de Dagana est moins pénible à supporter que celui de Podor pendant la saison des vents du désert.
Le poste de Richard-Toll est très insalubre; cela provient de sa situation fâcheuse. Nous y avons observé des cas simultanés d’accès pernicieux beaucoup plus fréquents qu’à Dagana.
Le poste de Merinaghen situé comme Richard-Toll, sur la Taouey, jouit d’une haute réputation d’insalubrité. Il en est de même de tous les petits po.'ites du Cayor. Cet état sanitaire résulte peut-être en partie du peu de confortable des habitations de ces postes. La fièvre bilieuse mélanurique qni est la plus haute expression de rempoisonnernent malarien s’observe plus souvent dans les postes du Cayor qu’à Dagana et à Podor.
Lorsque le chemin de fer traversera le Cayor, la voie ferrée sera forcée d’éviter les marigots et par suite les postes qui la' protégeront seront certainement mieux placés au point de vuehygiénique que les postes actuels du Cayor.
Nous avons trop souvent parlé de la grande insalubrité des postes du Haut Sénégal pour avoir à insister sur les dangei s de-
A. iiomus.
l’iiahilalloii de liakcl et ûe Médine parles Européens. Ces deux ()Osles sont |)lns insalubres (jue Ions ceux du bassin du Sénégal. Le danger est augnicnlé considérablement [>ar l’impossibilité, pendant plus de la moitié de raniiée, dans laquelle se trouvent les malades de fuir ces localités. Entin jioui' arriver à ces postes il faut faire le voyage pénible qui consiste à remonter le fleuve à contre-courant pendant la saison de l’inondation, en plein hivernage. Les navires à vapeur rendent moins dangereuse qu’autrefois cette navigation. Malgré cela, le voyage suflit pour imprégner fortement de malaria tous les passigers et l’équipage des avisos do transport, de sorte que c’est presque toujours en malade que l’on arrive dans ''es postes. Le climat de Médine éprouva rudement le corjis expéditionnaire chargé des études du chemin de 1er du Sénégal au Niger. Ce corps comptait 593 hommes sur lesquels ‘224 indigènes et 169Européens (oflicierscom|)ris) — le l‘‘''janvier 1 88 1 — plus de un cinquième de l’effectif était indisponible comme malade. En deux mois il y eut 12 décès; 5 indigènes et 9 Européens, soit pour les indigènes un centième de l’ellectit et pour les Euro|)éens un vingtième. Le tiers de l’ellcctil des Européens était déjà malade*.
Nous manquons encore de renscignemenls médicaux sur les postes de Bafoulabé et de Kita i[ui viennent d être récemment établis. Nous ignorons si ces postes trouvent dans leur situation un correctif léger des conditions défavorables de Médine et de Bakel dont ils paraissent posséder le climat d’après les observations du docteur Dayol.
Le poste de Kéniéha, à l’époque des travaux entrepris pour l’exploitation des mines d’or était extrêmement insalubre. 11 est vrai que l’on aurait tort de se hâter de jnger de 1 étal sanitaire d’une localité par les résultats obtenus pendant les |)remicrs temps d une occupation ou |)cndanl une occupation provisoire, et, par cela meme, très délectucuse.
I.cs postes du L?a.s de-/n-Cd/c sont plus dangereux a habiter ipie Corée, Saint-Louis, Dagana et Podor. Leur insalubrité estelle inférieure à celle de Bakel, comme 1 indique le cbilfre de la morbidité des troupes? On peut en douter. La fréquence des
• Piiiiclialion au Souclu» {ü(Uiâjal-M<jer) in !\cvuc murilimc cl cofrnuale
TOrOCRArilIE
.MÉDICALE DU SENECAI.
accès hilieiix et des accès mélanuriqucs est une i)ieuve de l’ini'ériorilé de ces |)ostes. Ils sont fort exposés aux invasions de la fièvre jaune.
5“ ÉTAT SANITAIRE DES l’ARTlES NON FRANÇAISES DE LA SÉNÉOAMBIE.
Les statistiques du département médical de Taiméc britannique de 1854 à 1862 indiquent pour les troupes noires de la Gambie: pour 1000 bommes, 978 entrées, aux bôi)itaux, et 54 décès.
Sainte - Mai'ie- DaUiurst est une des plus funestes localités de la côte. Ce que nous avons dit do la topographie de celte ville, de sa déplorable situation à rernbouebure de la Gambie, suffit pour expliquer ce mauvais état sanitaire. Il ne serait |ias difficile de trouver, dans le voisinage même do Sainte-Marie, des localités plus favorablement placées. Ainsi, l’ancien comptoir français d’Albreda, sur la Gambie, jouissait d’une réputation ass< Z favorable. Les hauteurs \oisines de ce posie paraissent pouvoir offrir des stations favorables. Si la colonie de la Gambie devient française, il faudra se garder do fiire de Sainte-Marie un centre militaire. L’expérience a trop coûté aux Anglais pour que nous tentions d’entretenir une garnison européenne dans celle ville.
Au point de vue des Européens, a’ucun doute ne peut s’élever sur les dangers de cette station. Ce que nous voulons mettre en évidence, c’est à quel haut degré l’insalubrité de Sainte- Marie s’élève relativement à la population indigène elle-même. L’examen des conditions de la mortalité et de la natalité des indigènes de celte partie de la côte d’Afrique démontre l’inlluence nocive de la malaria sur les noirs nés dans ce pays. Nous insisterons d’autant plus sur ce sujet, que les documents anglais nous fournissent, pour la Gambie, des renseignements qui nous font défaut jiour le Sénégal.
Morlalilédes indigènes de Sainte-Marie. — Le docteur Horion donne les relevés des registres de l’état civil de Sainte Marie, pour huit années siiccessivrs de 1859 à 1866. L’année 1866 seule est incomplète; nous n’en tiendrons pas compte.
La po[)ul.)lion moyenne de la ville est de 6000 indigènes ou métis. (,c eliilfre e.«t assez considérable jionr nous fournir (“ii
A. IJOIIIL'S.
partie la loi de la inoi lalilé en Gambie. Le chiffre infinie des Européens habitant le pays (50) ne permet de rien conclure à leur égard. M. Ilortou fait remarquer que la population n’a subi aucun mouvement d’immigration ou d’émigration, condition excellente pour la recherche que nous avons à faire, cl que nous ne pouvons espérer rencontrer dans la partie française de la Sénégamhie.
La mortalité générale, le rapport des décès annuels au chiffre de la population, est à Sainte-Marie, pour la période de sept ans (1859-1865) de 55,0 pour 1000 Comme l’a démontré M» Bertillon®, « ce rapport n’a pas la valeur biologique que l’on .serait porté à lui attribuer. Cela résulte de ce que la mortalité frappe très diversement chaque âge, et qtie, suivant qu’une |)opulation aura beaucoup de jeunes enfants ou beaucoup d’adultes, ou beaucoup de vieillards, le rapport de ces décès à la population sera fort différent, sans qu’il s’ensuive néces.sairement que chaque âge soit fra|q)é différemment. Au point de vue biologique et hygiénique, 1a mortalité générale a peu d’intérêt; c’est la chance de mourir à chaque âge qui importe ». Les éléments nous font défaut pour étudier ces chances à Sainte- Marie; car nous ne connaissons pas la répartition des vivants par âges. Le tableau suivant nous montre les lois de la répartition des décès selon les différentes époques de l’année, selon certains groupes d'àgc, et selon tous les âges réunis. Les décès de tous les âges se répartissent dans l’année de la manière suivante : Le mois de mai est celui du minimum des décès. La mortalité va croissant assez régulièrement jusqu’au mois de septembre, moment du maximum des décès. Elle décroît alors en octobre et novembre, se relève en décembre, de manière à former un second maximum moins prononcé que le premier, puis s’abaisse régulièi emcnt jusqu’au mois de mai.
* Celle fie la France e^l de 23,2. Nous avons trouvé celle de la ville de Brest de 52,8 (Le Climat de Brest et ses rapports avec l'état sanitaire).
* Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, ai’t. Mortalité ci Autriche.
TOI'OÜlUrillIi MÉDICALE DU SÉNÉGAL.
StalUtique de« décès de la population iudisène de Salntc>< itlarie-Uuthurst, peuilant 3 ans (1850-1 805)
(tiOOU habitants, les deux se.xes réunis).