III. Influence du nombre des piqûres vaccinales
Cerlains observateurs, Demeuninck fl), Glaiidot (2), Sourris{3i, s'appuyant sur ce fait que l'action des virus est indépendante de leur quantité, avaient considéré comme inutile de faire de nombreuses inoculations pour provoquer des vaccinationsfructueuses.
Mais il semble résulte]' de nouvelles recherches que plus le nombre des inoculations est considérable, plus les vaccinations auraient de chances de succès. Ainsi, en 1881, à l'hôpital de la Rochelle, Termonia a obtenu sur les hommes du l^S*" régiment d'infanterie de ligne :
Sur 500 hommes avec 3 piqûres .... 31,40 succès 0/0.
Sur 537 hommes avec 6 piqûres. ... 36,79 —
Weil (4) en 1879, avec 6 piqûres, obtint 46,35 succès 0/0 ; en 1880, avec 9 — — 63,00 — enl881, aveclO — — 68,27 —
Antony (5) est arrivé aux mêmes résultats, qui démontrent l'efficacité des inoculations vaccinales multiples ; mais, suivant cet auteur, on peut s'en tenir ordinairement à 6 inoculations par sujet (3 à chaque bras.)
L'Ordonnance du 6 avril 1834, relative aux vaccinations dans l'armée prussienne, porte que « toutes les réserves seront revaccinées au moyen de dix piqvres au 7noins à chaque bras (art. 3) ». L'application de cette mesure a été suivie des résultats suivants:
Le chiffre des décès par variole, qui de 1831 à 1833 avait été, en moyenne, de 100 par année, tomba immédiatement à 5, 9, 3 ; à partir de 1873, la mortalité parmi les varioleux a été nulle.
Cette question paraît donc résolue ; les succès fournis parles inoculations sont d'autant plus certains que celles-ci sont plus nombreuses.
(1) Demeuniuck, Considcffil /(jii.s prn/ iij i/e.s- .y///- les reiyirciiialion.s [Rec. de iiiétn. de méd. mil, 1878, t. XXXIV, p, Vi:]).
(2) Clnudot, /oc. cil.
(|3) Sourris, Réfle.rions au sujet des repoccinations [Rec. de inéin. de méd. mil., 1881, t. XXXVIII, p. 301). '
(4) Weil, Co/isidéra/io/is pra/iqi/es .sur les recacciiiri lioii.i {Rec. de inéni. île méd. mil., 1882, t. XXXVIII, p. 193).
(5) Antouy, Eh/de des causes susceptibles de faire varier les résultats des revaccinations (même rec, 1879, 3'= série, t. XXXV, p. 621). — Du même, Suite à l'étude précéde?7te (même rec, 1880, t. XXXVI, p. 2S7). — Du même, De l'efficacité des inoculations vaccinales viultiples [Arcli. de méd. mil., 1883, t. H,
IV. Influence du nombre et de la qualité des cicatrices vaccinales antérieures. — Les premières statistiques publiées à ce sujet sont celles d'Antony (1) ; ses observations ont porté sur 3139 revaccinés et ont amené cet auteur à conclure que le nombre des cicatrices vaccinales n'influait en rien sur le résultat des revaccinations. En 18S1, Burlureaux et, en 1882, Weil (2), d'après des statistiques portant sur 230 et MO militaires, ont formulé les mômes conclusions.
Mais d'autres médecins, Reuille, Cluzan, Pugibet, ont soutenu, comme l'avait annoncé, dès 1836, Lalagade (d'Albij, que les revaccinations auraient d'autant plus de succès que les cicatrices vaccinales antérieures seraient plus belles et plus nombreuses.
Mangenot a conclu de ses recherches plus récentes que la qualité des cicatrices n'influe en rien sur le succès des revaccinations. « La cicatrice, dit-il, tire ses qualités du sol sur lequel elle s'est développée et non du degré d'imprégnation de l'économie par le virus ; c'est un accident local. »
Cet observateur a reconnu également que plus les cica trices sont nombreuses, plus sont rares les pustules vraies. La constatation de cicatrices vaccinales en grand nombre sur un sujet serait l'indice d'une immunité plus complète.
V. Influence du mode d'insertion du vaccin. — On sait que deux modes d'insertion sont employés dans l'armée : les piqûres et les scarifications. Vaut-il mieux employer les unes que les autres ?
Les piqûres ont été longtemps le seul moded'inoculation vaccinale. .Tenner les employait exclusivement. Depuis quelque temps, on a recours aux scarificaiJons. Certains médecins préfèrent ces dernières aux autres, parce qu'elles sont moins douloureuses, plus faciles à limiter en profondeur, plus expéditives; d'autres, parce qu'elles donneraient plus de succès. Dans tous les cas, les longues incisions et les incisions en croix, recommandées par certains médecins allemands, doivent être évitées, parce qu'elles exposent inutilement à des inflammations consécutives.
(!) Autoijy, loc. cit.
(2) Weil., loc. cil., p. 19:!
3o2 LES MALADIES DU SOLDAT
Les résiillats obtenus dans notre armée avec le vaccin animal sont assez variables, qu'on ait recours aux piqûres. ou aux scarifications. Ainsi, en 1889, tandis que dans le XVIIP corps d'armée, au 9'^" de ligne, les piqûres ont fourni dix fois plus de succès que les scarifications , le contrairea été observé la môme année dans le corps, à la suite d'une expérience faite sur quatre régiments. En effet, les scarifications pratiquées sur un bras ont donné 46 0/0 de succès, et les piqûres pratiquées sur l'autre bras 32 0/0.
Il est un fait certain, c'est que les scarifications sont plus douloureuses et s'accompagnent d'une réaction inflammatoire plus vive et plus fréquemment d'adénite axillaire que les piqûres. Antonya constaté qu'au Val-de-Grâce, les scarifications avaient donné plus de succès que les piqûres, mais que le processus vaccinal avait été très intense.
VI. Influence des conditions générales extérieures. — Les températures excessives (chaleur ou froid) exercent une action également contraire à l'évolution du bouton de vaccin C'est au printemps et à l'automne, alors que la température est douce et égale, que ce bouton paraît se développer le plus régulièrement.
D'autres influences atmosphériques, telles que la sécheresse et l'humidité, certains vents, un état électrique particulier de l'air, les variations brusques de la température, exercent une action manifeste sur l'état de la peau, qui devient ainsi plus ou moins apte à l'activité et à l'absorption du virus (LongetV
La faible proportion des succès obtenus en 1890 dans "la garnison de Belfort et la lenteur d'évolution des pustules vaccinales ont été imputées à la rigueur de la température.
B. — Phénomènes extérieurs de l'évolution vaccinale.
Aussitôt après l'inoculation d'un vaccin de bonne qualité, il se produit, au pourtour du lieu d'insertion, une légère rougeur, en forme d'auréole, quelquefois une petite élevure ; l*une et l'autre disparaissent au bout de peu de temps {incubation). Vers le quatrième jour, rarement le troisième jour, apparaît au point d'inoculation une petite induration boutonneuse, légèrement
rouge,. qui fait saillie le cinquième jour, augmente de volume, s'aplatit vers son centre et atteint, le septième ou le huitième jour, son complet développement; ce bouton est rempli d'une lymphe transparente qui est le vaccin ; il est ombiliqué, et ses bords autour de la dépression centrale forment une sorte de bourrelet de couleur nacrée bleuâtre, bien caractéristique [ériip- ^fo/i). A partir du huitième ou du neuvième jour, surviennent des phénomènes généraux et locaux (courbature, élévation de la température à 38°, 3 et même 39°, 5, endolorissement des régions circonvoisines de l'induration, tuméfaction des ganglions axillaires). En même temps, la lymphe perd de sa transparence et devient opalescente : la pustule distendue laisse couler une partie de son contenu {maturation). Vers le douzième ou le treizième jour commence la période de dessiccation ; la pustule se flétrit et s'affaisse ; son centre devient plus foncé et plus consistant ; elle se recouvre d'une croûte d'abord jaunâtre, puis brune, qui s'épaissit, devient dure et finit par tomber du vingtième au vingt-huitième jour, en laissant une cicatrice rougeâtre (Longet) (1).
Récemment Dauvé et Larue (i) ont appelé l'attention sur certains faits observés par eux dans le VP corps d'armée et tendant à démontrer une atténuation progressive de la virulence dans la pulpe giycérinée récoltée et préparée au centre vaccinogène du camp de Chalons, atténuation qui se manifestait nettement par l'apparition d'un nombre très restreint de pustules légitimes (une ou deux) chez les militaires inoculés, et par la production de boutons spéciaux, d'un rouge foncé assez vif (bien qu'il n'y avait ni auréole inilamraatoire ni lymphangite), accompagnés de démangeaisons et contenant de la sérosité sanguinolente, au lieu de lymphe pure. Après dessèchement du liquide, quelques-uns de ces boutons se transformèrent en tubercules rougeâtres plus ou moins saillants et qui, après quelques jours, faisaient place, en s'efïaçant, à une cicatrice gaufrée, rappelant assez bien la cicatrice vaccinale.
(1) Voy. Longet, art. Vaccin et Vaccination du Dictionnaire encycl. des sciences médicales, p. 189.
(2) Dâmé etha.v\ie, Atténuai ion de la pulpe giycérinée [Arch.de méd. mil., 1892, t. XX, p. 333).
Marvaud 23
Le liquide rose fourni par les boutons, indemne de tout germe nocif ou vulgaire, ijioculé à une génisse, ne donna lieu à aucune éruption, soit vaccinale, soit inflammatoire.
Cette singulière éruption ne conféra aucune immunité, et ne causa d'accident d'aucune sorte, ni de retentissement sur la santé des hommes chez lesquels elle fut observée.
Certaines anomalies peuvent être constatées dans le développement du bouton vaccinal légitime. Nous mentionnerons ici les plus intéressantes.
La période d'incubation se prolonge quelquefois pendant plusieurs jours. Les pustules ne commencent à évoluer que vers le dixième etmômele douzième jour (fait constaté au 74=de ligne, en 1888). La même année, dans plusieurs Corps d'armée, les pustules vacinales n'ont présenté leurs caractères distinctifs que le douzième jour, probablement sous l'influence d'un abaissement considérable de la température.
Les boutons vaccinaux peuvent ne pas évoluer simultanément, ce qui permet d'observer parfois sur le môme sujet ces boutons à diverses périodes de développement.
Enfin, l'inoculation du virus vaccinal peut, dans certain cas, ne produire qu'un effet avorté; c'est ce qui constitue la fausse vaccine, klor s, l'éruption est beaucoup plus précoce (deuxième ou troisième jour) et offre une évolution plus rapide. Le bouton, au lieu d'être ombiliqué comme dans la vraie vaccine, s'élève rapidehient en pointe et laisse échapper une matière jaunâtre gommeuse. Son évolution est terminée au bout de six ou huit jours, au moment où la vraie vaccine serait dans toute sa force (Bousquet) .
Quelquefois, on observe des éruptions vaccinales généralisées^ qui sont spontanées et ont lieu en dehors des points d'inoculation, sans qu'il y ait eu transport du virus sur les l'égions qui en sont le siège ; ou bien, comme c'est le cas le plus fréquent, qui peuvent se produire consécutivement à l'apparition de boutons de vaccin et constituer de véritables éruptions secondaires, à la suite du transport du contenu de ces boutons en pleine évolution sur d'autres régions .
Les Cas de vaccine généralisée spontanée sont tout à fait
LE VACCIN ET I.A VACCINATION 3oo
exceptionnels (1). Leur existence est mise en doute par certains observateurs, qui ne les considèrent que comme des éruptions concomitantes de vaccine et de varioloïde. Cependant, cette manifestation de la vaccine est affirmée par Husson, par Bousquet et par Hervieux.
Quant aux cas auto-inoculations, c'est-à-dire de pustules évoluant dans des points où Tinoculalion n'a pas été faite, ils sont assez communs; on les trouve généralement sur les points enflammés où l'épideraie a été enlevé, et où, après un grattage involontaire de la pustule d'insertion, le vacciné s'est pratiqué avec les doigts une inoculation accidentelle et postérieure à la première. Dardignac (2), qui formule cette explication, n'a vu survenir ces pustules que dans les douze jours qui suivent l'inoculation.
Il est beaucoup plus rare de constater des cas de vaccination surnuméraire, qu'on ne puisse pas rattacber à une inoculation accidentelle ou provoquée ; encore plus rai'e de voir des cas de vaccine généralisée spontanée. Cependant, Dardignac en a publié un exemple ol)servé cbez un soldat revacciné, inoculé avec du vii'us de revacciné ; à une vaccine ayant évolué normalement au septième jour succéda une poussée secondaire de pustules qui se développèrent sur différentes j'égions après une incubation de quatorze jours. En 1888,dans-la garnison de Cabors, on a signalé deux cas de vaccine généralisée à toute la surface du corps.
On voit apparaître quelquefois certaines éruptions ou rau/i consécutives à la vaccination ; ce rash vaccinal peut se manifester sous plusieurs formes : érythcmateme, morbiUifonne, scarlatini forme, papuleuse, or liée ; il survient généralement un peu avant ou peu après l'éruption des ])outons de vaccine (du huitième au onzième jour après l'inoculation) et s'accompagne d'un léger malaise, avec fièvre, frissons et inappétence.
Widal(.'3) a décrit un certain nombre d'éruptions vaccinales,
(1) Richard, Sole sur un cas de mccine f/énéralisée [Rec. de me'm. de med. mil., 1881, t. XXXVII, p. 679).
(2) Dardignac, Ois(';'('«^io« de vaccine (/énéralisée i-irc/t. ik' niéd.mil 1884 t. IV, p. 259). ■ ■ ' '
(3i Wid.il. Eniplions consécutives à la vaccinalion observées en Alr/érie et simulant des éruptions sypitililiques {Rec. de niéni. de méd. mil., 1864).
parmi lesquelles il a observé chez des enfants, du dixième au quinzième jour après l'inoculation, des taches roses, puis proéminentes et rouges sombres, présentant au sommet des vésicules très petites. Ces taches se montraient d'abord sur les flancs et sur la poitrine, puis sur le ventre et aux régions voisines, enfin aux lèvres, au cou, au front, etc.
Dans quelques cas, ces éruptions apparurent sous forme de plaques ou de tubercules isolés, durs, parfois acuminés, légèrement pédiculés et siégeant plus particulièrement sur le tronc, les fesses, à l'anus et autour des parties génitales. Elles oUraieiit une certaine ressemblance avec des accidents syphilitiques. Mais rien dans les antécédents des parents ni des enfants ne pouvait justifier un semblable diagnostic ; tous les enfants observés par Widal ont guéri au bout de trois semaines au plus tard, sans aucun accident consécutif et presque sans le secours d'aucun traitement .
On a signalé également, comme pouvant survenir secondairement à la vaccination, des éruptions eczémateuses, du peniphygus, etc. Mais ces éruptions sont surtout communes parmi les enfants et beaucoup plus rares parmi les soldats.
D'autres fois, on voit coïncider des plaques purpuriques, hémorrhagiques, pétéchiales, ecchymotiques, avec l'évolution des boutons de vaccine.
Burlureaux (1) a publié l'observation d'un soldat qui succomba à l'hôpital militaire de Versailles, à la suite d'une vaccine hémorrhagique.Dès son entrée à l'hôpital, le quatrième jour de l'inoculation, il se produisit, chez ce militaire, des symptômes généraux très intenses, caractérisés par une fièvre ardente et un état de malaise extrême. En même temps apparurent sur le bras gauche, aux points d'inoculation, trois plaques ecchymotiques, larges comme des pièces de deux francs. Le lendemain, ces plaques s'étaient étendues et réunies en formant une large tache noire, à bords festonnés, et dont la partie centrale était saillante et mamelonnée. Le surlendemain, les symptômes généraux augmentèrent, le malade présenta de l'hématurie, un état fongueux des
(1) Cité par Louget., nrt. Vaccine du Dictionnaire encijcl. des sciences iiiéd., p. 214.
gencives et des épistaxis: il succomba aa bout de peu de jours. E. — Affections plus ou moins graves, pouvant compliquer