CHAPITRE IX
Les oreillons constituent une maladie infectieuse, qui se manifeste sous forme épidémique, principalement parmi les jeunes gens, d'où sa fréquence dans les casernes, et dont la contagiosilé, tout en étant probable, n'est cependant pas démontrée. Il semble résulter des observa tionsfaites par Capitan et Cliarrin(l), que cette maladie est de nature parasitaire et microbienne. Ces observateurs ont constaté, en effet, dans le sang des malades atteints d'oreillons, la présence de microbes sphériques, tantôt libres, tantôt accolés aux globules rouges, le plus souvent isolés, et qui paraissent d'autant plus nombreux que l'affection s'accompagne de complications. Les inoculations, sauf une, ont été négatives(2).
A. ■ — FRÉQUENCE DANS l'aRMÉE.
Les oreillons sont très communs dans l'armée française, où ils apparaissent fréquemment sous forme de petites épidémies. Chaque année, ils sont signalés dans la plupart des Corps d'armée et dans plusieurs villes de garnison, où ils sont habituellement associés aux fièvres éruptives et principalement à la rougeole.
Les oreillons ne sont presque jamais mortels^ mais ils occa-
(1) Capitan et Gharriii, les Microbes des oreillons (Société de Biologie, 28 mai 1871).
(2) Voy. également A. Laveran et Catrin, Sur un Diplocoque trouvé chez les malades atteints d'oreillons (Société de Biol., 28 janvier 1893).
sionnent un grand nombre d'indisponibilités, quand il sévissent dans un corps de troupes à l'état épidémique.
Il a été difficile, jusqu'à ces dernières années, de déterminer d'une façon précise la répartition des cas d'oreillons dans nos garnisons, cette affection étant confondue, dans la statistique médicale de l'armée, avec les maladies des voies digestives. Ce n'est qu'à partir de 1888 qu'une distinction des oreillons est faite dans cette statistique. Pendant le cours de cette année, il y a eu 6962 cas d'oreillons dans notre armée, soit 13,7 pour 1000 hommes présents. Sur ces 6962 cas, 4555 (environ les 2/3) ont été traités à l'hôpital. La mortalité a été nulle. En 1889, on en a relevé 7976 cas, soit 1014 de plus qu'en 1888 ; sur ce nombre, 3076 ont été traités à l'infirmerie et 2900 à l'hôpital; on n'a observé qu'un seul décès, survenu chez un militaire atteint, dans ses foyers, d'une méningite aiguë, consécutive à la maladie.
Dans la population civile, les oreillons se manifestent généralement sous forme d'épidémies, qui régnent principalement dans les maisons d'éducation où sont réunis un grand nombre d'enfants ou d'adolescents.
Parmi les nombreuses épidémies qui sont survenues dans l'armée, nous nous contenterons de mentionner celles du château de Brest en 1779, delà garnison de Mont-Louis en 1828 (Dogny) (l),de Mascara en 1848 (Thierry de Maugras) (2), de Versailles et du fort Montrouge en 1834 (Cornac, Carliès), de Joigny en 1853 (L. Colin), de Rochefort(Sallaud) et de Milianah en 1866 (Widal) (3), de Paris (Jacob) (4) et d'Albi en 1875 (Laurens) (3), de Dijon en 1876 (Chauvin) (6), de Joigny (Madainet) (7), en 1877, de Bayonne (Servier) (8),
(1) Dogny, Epidémie d'oreillons observée à Mont-Louis {Journal de méd.pral. 1831, p. 20, et Recueil de iiiéd. milit., 1831).
(2) Thierry de Maua;ras, Epidémie d'oreillons à Mascara {Thèse de Montpellier, 1851). '
(3) Widal, Epidémie d'oreillons à Milianah {Recueil de méd. mil., 1866).
( 4) Jacob, Epidémie d'oreillons dans la fjarnison de Paris en 1875 {Recueil de méd. milii.. 1835, 1. XXXI, p. 529).
(5) Laureus, Epidémie d'oreillons dans le 83" de ligne à Albi (Recueil de méd. milit., 1876, p. 603).
(6) Chauvin, Epidémie d'oreillons survenue au 111<= de ligne {Recueil de méd. milit., 1876, p. 473).
(7) Madamet, Epidémie d'oreillons au 1er hussards en 1877 {Recueil de méd. milit., 1877, t. XXXIV, p. 529).
(8) Servier, Epidémie d'oreillons dans la garnison de Rayonne en 1878 {Recueil de méd. milit., 1878, p. 532).
de Dax (Jourdan) (1) et de Montauban (Gérard) (2) en 1878.
Les oreillons semblent marcher de pair avec les fièvres érnptives et ont, comme elles, augmenté dans nos garnisons depuis ces dernières années (3). Ils frappent indistinctement tous les corps d'armée; chaque année, les principales garnisons de Fintérieur offrent à tour de rôle un certain nombre de militaires atteints de cette maladie.
En 1888, les corps d armée se sont classés de la façon suivante relativement à la fréquence des oreillons. Le P'' corps a été le moins atteint (1.2 cas pour 1000 hommes présents); il en a été de même du VP corps et de la Tunisie ; ensuite viennent les XP et XV^ corps, l'Algérie, les IV% IP IIP, IX% V% XVP corps, dans lesquels la morbidi té par oreillons a varié entre 10.3 et 18.4 pour 1000 hommes.
La maladie a paru beaucoup plus fréquente dans les régions du Sud-Ouest de la France (XVIf' et XVIIP corps) et dans le Gouvernement militaire de Lyon.
Cette répartition des oreillons dans les corps d'armée se rapproche beaucoup de celle qu'offrent la rougeole et la scarlatine. Pendant l'année 1889, les oreillons ont sévi principalement dans les corps d'armée du Centre et du Midi. Leur fréquence a varié de 0.6 (P'' corps) à 53.6 (XVIP corps) pour 1000 hommes.
Nous manquons malheureusement de renseignements suffisants pour déterminer la répartition des oreillons par garnison. Il est un fait certain, c'est que cette affection est très fréquente dans le Gouvernement militaire de Paris, principalement à Vincennes et à Versailles.
Comme les fièvres éruptives, cette maladie est plus commune en France qu'en Algérie et en Tunisie.
Les armes les plus éprouvées par les oreillons sont les suivantes : infanterie de ligne, artillerie, chasseurs à pied; les moins éprouvées sont représentées par la Garde républicaine, qui offre une véritable immunité, les troupes de l'Algérie, excepté
(1) Jourdan, Epidémie d'oreillons au 28^ bataillon de chasseurs à pied à Dar Recueil de méd. milit., 1878, p. 537).
(2) Qéra.rd, Deux Épidémies d'oreillons au 10'^ dragons {Recueil de méd. milil.. (1878, p. S61).
(3) Founiier, Contribution à l'hisl. épiiléi». el clin, des oreillons (même recueil, 1881, t. XXXVH, p. 509).
pourtant les lirailleiifs algériens qui constiLuent une remarquable exception (18 atteintes pour 1000 hommes). Les infirmiers semblent moins atteints (2.50 pour 1000 hommes).
Les oreillons, comme la rougeole, offrent leur minimum pendant l'été (d'aoïft à novembre) ; ils sont fréquents pendant t'biver et le printemps. Le tracé suivant, emprunté à la statistique médicale de 1890, indique l'évolution saisonnière et mensuelle habituellement suivie par cette maladie. (Voy. tracé XV.)
Tracé XV. — Morbuhté mensuelle par oreillons en 1890 :
Cette coïncidence des oreillons avec la saison froide s'observe également dans la population civile (Hirch).
lis frappent de préférence les jeunes soldats (Cornac, Sallaud, L. Colin, Bussard). Ce fait est confirmé par la statistique médicale de 1888 et de 1889 :