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CHAPITRE PREMIER

MORBIDITÉ nu SOLDAT EN TEMPS DE PAIX

I. Mouvement général des malades. — On sait que le soldat français est soigné, pendant sa présence au corps : 1" A la cliambro ; 2° A l'infinnerle ; 3° A l'hôpital.

J'ai relevé, dans le tableau suivant, les nombres empruntés à la statistique médicale et qui représentent, pendani un(> i)ériode assez longue (17 ans), correspondant à rap|)iicalion de l.i loi du 27 juillet 1872, la proportion des militaires en traitement à la chambre, à l'infirmerie et à l'hôpital dans la totalité de l'armée :

ANNÉES

PROPORTION DK8 MALAUKS

SUR 1000 IIOMMIÎS Ij'Kl'rHCTIK (2)

à l'inlirmerie

à l'hôpital

ù la chanilire

(1) Voy. L. Colin, art. Mobbidité militaire du Dirtinnitriire encyclopédique des .sc/ewce.s médicales, 1875, 2" série, t. IX.

(2) /i//ec/î'/' pour les hommes à riiùiiit.il cl, présenl \\6\iv les hommes ù I;l chambre et à l'inlirmerie.

r Malades à la chambre. Les hommes exemptés de service et malades à la chambre constituent plutôt des indisponibles que des malades. La proportion de ces indisponibles dans notre armée est considérable, puisque, bien qu'elle ait présenté, dans ces dernières années, une diminution notable, elle s'élève encore actuellement à près de 1400 pour 1000 hommes présents. Ce chiffre élevé s'expUque, d'une part, par la facilité avec laquelle les médecins des corps de troupes exemptent des exercices militaires les hommes fatigués ou indisposés ; d'une autre part, par les exercices, souvent pénibles, auxquels expose nécessairement la profession militaire.

On ne doit considérer comme véritablement malades que les hommes traités à l'infirmerie et à l'hôpi tal.

2° Malades A r infirmerie. Les honnnes en traitement à l'infirmerie sont généralement atteints d'affections légères et qui sont énumérées plus loin (voy. p. 50). Le nombre des entrées à l'infirmerie s'est élevé annuellement dans notre armée à environ 310 pour 1000 hommes présents pendant la période 1873-89.

Jadis, ce nombre était moins considérable, puisqu'il n'a pas dépassé plus de 250 pour 1000, pendant la période 1862-69 (1).

L'augmentation des entrées à l'infirmerie, correspondant à ces dernières années, s'explique par l'importance qu'ont prise depuis quelque temps les infirmeries régiinentaires, où actuellement, plus qu'à aucune autre époque, sont admis un certain nombre de malades qui étaient autrefois soignés dans les hôpitaux

Relativement aux conditions de grade et d'ancien?ieté de service, les entrées à l'infirmerie se sont ainsi réparties en 1888 :

Sous-officiers : 111 entrées pour 1000 hommes ;

Soldats ayant plus d'un an de service : 260 entrées pour 1000 hommes ;

Soldats ayant moins d'un an de service : 567 entrées pour 1000 hommes (effectif présent).

Le maximum des entrées a généralement lieu en janvier; puis leur nombre diminue progressivement pendant le printemps et

(1) A. Marvaud, Etude statistique sur la morbidité et la mortalité de l'armée française {Annales d'hygiène publique et de méd. lé(jale, 1883, 3<! série, t. X).

MORBIDITÉ Dr SOLDAT EN TEMPS DE PAIX 9

Tété jusqu'en septembre, où il offre son niinimnm ; il commence à se relever en octobre et augmente graduellement jusqu'à la fln de l'année (Voy. tracé II.

Tracé I. — E.ntkkks a l"inkthmeuik I'AH mois kn 1S88.

On verra plus loin que la répartition mensuelle des entrées à l'hôpital reproduit assez fidèlement cette évolution.

3" Malades à Ihûpital. Les hôpitaux militaires ou mixtes ne reçoivent ordinairement que des affections plus ou moins graves et pouvant devenir mortelles. Pendant la période 1873-89, il y a eu chaque année dans l'armée française environ 240 entrées à l'hôpital pour 1000 hommes.

Le nombre des malades hospitalisés a présenté, dans ces dernières années, une diminution assez notable, puisque de 320 qu'il était pendant la période 1862-69, il est tombé à 233 pendant la période 1872-79 et à 221 pour JOOO hommes pendant la période 1880-89 ; et cela, malgré l'inlluence qu'a eue nécessairement l'expédition de Tunisie en 1881-82 sur la morbidité militaire.

Relativement aux conditions de grade et ^ancienneté de service, les entrées à l'hôpital se répartissent ainsi (statistique médicale de 1888) :

Officiers : 43 pour 1000 hommes ;

Sous-officiers : 218 pour 1000 hommes ;

Soldats ayant plus d'un an de service : 172 pour 1000 hommes ; Soldats ayant moins d'an an de service : 299 pour 1000 hommes ; Soldats des deux catégories : 210 pour 1000 [hommes (effectif total).

La très faihle proportion des entrées des officiers à l'hôpital s'explique par ce fait qu'un grand nombre d'entre eux reçoivent des soins dans leur famille ; au contraire, beaucoup de sousofficiers sont traités à l'hôpital, faute de place dans les infirmeries.

La proportion des entrées à l'hôpital des jeunes soldats est deux fois plus grande que celle des anciens soldats ; nous avons vu qu'il en était de même pour les entrées à l'infirmerie.

La statistique démontre donc le lourd tribut que les soldats fournissent à la maladie, dès leur première année de séjour sous les drapeaux.

La répartition mensuelle des entrées à l'hôpital diffère peu de celle des entrées à l'infirmerie. Toutefois, le maximum des premières est généralement retardé jusqu'en mars et leur minimum tombe en novembre

De part et d'autre, la période décembre-juin est la plus chargée et la période juillet-novembre la plus avantageuse au point de vue de Fétat sanitaire.

Le tracé suivant, emprunté à la statistique médicale de l'armée en 1888, représente l'évolution mensuelle de la morbidité-hôpital pendant une année normale, c'est-à-dire qui n'a été marquée par aucune épidémie ni par aucune expédition militaire :

Tracé II. — Entrées a l'hôpital par mois en 1888.

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Entrées parlOOO hommes.

ZI

La proportion des entrées à l'hôpital, relativement à l'etTectif des troupes qui occupent les différents coi'ps d'armf'e, offre des variations assez considérables, ainsi que le montre le tableau suivant (statistique médicale de l'année 1888) :

CORPS D'ARMÉE

ENTRÉES pour

d'efl'ectif total

CORPS D'ARMÉE

ENTRÉES pour

d'effectif total

P"^ corps d'armée.

VF — XIIP —

viir —

VIP — IP —

XP — XVIP — IX« — IV^ —

XIV« Corps d'armée

IIP —

XV« — XVI« — XVIIP — Gouvern'm'^^'-" de Paris Tunisie

L'armée entière . . .

La statistique médicale de Farmée indique que, pendant la période quinquennale 1885-1889, la proportion annuelle et moyenne des militaires entrés aux hôpitaux pour 1000 hommes a été la suivante pour chacun des chefs-lieux de corps d'armée de l'intérieur :

Ghâlons-sur-Marne . .

Lyon. ...

Bourges

Besancon ........

Lille. ..........

Amiens ,

Toulouse

Le Mans .

Clermont-Ferrand . . .

Notons que cette morbidité offre souvent, pour chaque localité et pendant une série d'années, des variations plus ou moins marquées, variations qui peuvent môme, dans certains cas, se traduire par des ditïerences de 100 et môme de ISO entrées pour 1000 hommes entre deux années consécu tives, et pour lesquelles nous aurons à rechercher plus loin l'influence qui les provoque.

Ainsi, Orléans a oH'er tune moi'bidité-hôpital qui s'est élevée à 822 pour 1000 en 1886, alors que, pendant les années 1885, 1887, 1888 et 1889, cette morbidité n'a pas dépassé d70 pour 1000 hommes.

On voit la morbidité-hôpital atteindre exceptionnellement :

En 1885, 484 entrées pour 1000 hommes à Carcassonne.

à La Rochelle.

à Dax.

En 1886,

à En.

à Vernon.

à Orléans.

au camp de Châlons.

à Mont-Dauphin.

à Perpignan.

En 1887,

à Dieppe.

à Vernon.

à Alcnçon.

à Nevers.

à Issoudun.

à Brest.

h Mont-Dauphin.

à Golmars.

à Cette.

En 1888, 476 entrées pour 10i»0 hommes à Boulogne.

à Calais.

à Vernon.

au Blanc.

à Fort-Barreaux.

à Mont-Dauphin.

à Arles.

à Lunel.

à Bayonne.

à Libourne.

En 1889, 408

à Caen.

à Eu.

à Rouen.

à Nogent-le-Rotrou

Cependant, malgré ces élévations exceptionnelles, que présente pendant certaines années le chiffre des malades hospi talisés dans quelques localités, il est possible, quand on envisage une période suffisamment longue, de constater entre les garnisons des différences de mor])idité très appréciables et qui permettent de classer ces garnisons au point de vue de leur état sanitaire, dans un certain nombre de catégories.

D'après la proportion des entrées aux hôpitaux fournies annuellement parleurs garnisons, pendant la période 1885-89, on peut distinguer les principales villes en cinq classes :

Première classe.

(Moins de 100 entrées aux hôpitaux pour 1000 hommes.)

Les localités contenues dans cette classe sont en très petit nombre; nous citerons parmi elles :

P'' corps d'ai'mée : Douai.

VI« — Bar-le-Duc.

VP — Sedan.

Vil« — Montbéliard.

VHP — Cosne.

X" — (iranville.

Deuxième classe.

(De 100 à 200 entrées aux liôpitaux pour 1000 hommes.)

Cette classe comprend les localités les plus nombreuses :

1" corps d'armée : Aire, Arras, Avesnes, Cambrai, Gondé, Dunkerque, Lille, Saint-Onier, Valenciennes.

IP — Abbeville, Amiens, Beauvais, Compiègne, La Fère,

Laon, Saint-Quentin, Soissons.

IIP corps

d'armée

: Evreux, Falaise.

Chartres, Chàteaiidun, La Flèche, Le Mans.

ye

Aaxerre, Montargis, Melun, Orléans, Provins.

vie

Chàlons, Epinal, Lunévilie, Mézières, Reims, Toul,

Verdun.

VIP

Besançon, Belfort, Langres.

VHP

Bourges, Autun, Auxonne, Màcon.

IX

Tours, Angers, Poitiers.

Guingamp, Saint-Servan, Vitré.

XP

Ancenis, Pontivy.

xn'^

Limoges, Guéret, Tulle.

XIIP

Clermont, Saint-Etienne.

XIV

Albertville, Chambéry, Valence, Vienne.

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