‹ Les maladies du soldatChapitre 134 sur 224 · DIARRHÉES · texte numérisé non relu

DIARRHÉES

GARNISONS

et DYSENTERIES

A l'hôpital

TOTAUX

Division d'Alger. . .

— d'Oran . . .

— de Constantine

La proportion des entrées par diarrhée à l'infirmerie est donc à peu près la même parmi les troupes de l'intérieur et de l'Algérie; mais le nombre des diarrhées dysentériques et des dysenteries traitées à l'hôpital est beaucoup plus considérable dans notre colonie africaine que dans la métropole. La mortalité occasionnée par ces dernières affections est môme dix fois plus élevée dans les corps d'Algérie et de Tunisie que dans les corps de l'intérieur.

C'est surtout à cette prédominance et à cette gravité de la diarrhée et de la dysenterie parmi les troupes d'Afrique que nous avons eu égard, pour faire figurer dans notre travail l'étude de ces affections après celle du paludisme.

La plupart des cas de diarrhée qui sont traités chaque année dans les infirmeries régimentaires sont généralement rapportés à un simple catarrhe intestinal {diarrhée catarrhale ou idiopathique).

Mais un certain nombre de ces affections tiennent certainement à une cause spécifique et peuvent être considérées comme une

manifestation plus ou moins accusée de quelques maladies infectieuses (fièvre typhoïde, choléra).

Quant aux cas de diarrhée traités dans les hôpitaux et qui sont englobés par la statistique médicale dans le même groupe que la dysenterie, il n'y en a guère, vu leur gravité, qui puissent être considérés comme étrangers à cette dernière maladie, dont ils constituent souvent dans l'armée le degré le plus atténué et avec laquelle, comme nous allons le voir bientôt, ils s'associent habituellement dans la plupart des épidémies qui sévissent parmi les soldats (Kelsch) (1).

L'évolution saisonnière des cas de diarrhée et de dysenterie est exactement parallèle ; ces deux maladies offrent leur minimum de fréquence de janvier à mai, puis augmentent pendant l'été, avec maximum en août, et décroissent ensuite pendant l'automne et l'hiver, comme l'indique le tracé suivant emprunté à la statistique médicale de l'armée en 1890 (voy. tracé XXV).

La diarrhée simple ou idiopathique n'exige habituellement qu'un court traitement dans les infirmeries régimentaires ; elle n'est pas rare parmi les soldats, pendant les premiers mois de leur incorporation. Elle est beaucoup plus fi'équente chez les jeunes (33,9 pour 1000) que chez les anciens soldats (14,4 pour 1000 en 1889) (2).

Parmi les causes invoquées généralement par les médecins mihtaires, pour expliquer l'apparition de cette forme de diarrhée parmi les soldats, figurent : 1° des influences météoriques et saisonnières (chaleur, refroidissement, exposition à la fraîcheur, le corps étant en sueur ; variations thermométriques du nycthémère) ; 2° des influences bromatologiques (abus des fruits, surtout des fruits non mûrs, régime alimentaire défectueux, par suite de distributions trop fréquentes de conserves de viande ou de lard salé, consommation d'eau potable chargée de microorganismes vulgaires pouvant déterminer des fermentations dans l'intestin).

Elle sévit principalement pendant l'été. On peut la rapprocher

(1) Kelsch, Des Maladies catarrhales saisonnières, -ç. 278.

(2) Voy. Slaiistique médicale de l'armée en 1889, p. 102.

LA DIARRHÉE ET LA DYSENTERIE o39

de la diarrhée infantile, dont révolution suit parallèlement les variations de la température, et qui détermine à Paris une mortalité trois fois plus forte en été qu'en hiver (Comby).

Tracé XXV. — Morbidité par diarruée et dysenterie en 1890.

Une influence qu'il ne faut pas négliger, et à laquelle Kelscli attribue un certain rôle dans la production de cette forme de diarrhée dans l'armée, est représentée par le surmenage, qui détermine une accumulation dans le sang de principes excrémentiels, soit par excès de formation de ces principes, soit par insuffisance de dépuration rénale ; cette inlluence suffit bien des

fois pour expliquer ces cas de diarrhée, survenus pendant les marches et les manœuvres d'automne, et dont plusieurs observations figurent dans la statistique médicale de l'armée (1884, p. 57, et 1886, p. 50).

Indépendamment de cette diarrhée idiopathique, simple ou saisonnière et qui paraît plus intimement liée à des conditions météoriques et hygiéniques, il règne fréquemment dans l'armée, comme dans la population civile, certaines diarrhées qui se rattachent par les liens les plus étroits à la dysenterie {diarrhée dysentérique).

Voilà pourquoi l'étude de cette forme de diarrhée doit se confondre, au triple point de vue étiologique, clinique et prophylactique, avec celle de la dysenterie, dont elle ne doit être considérée que comme une manifestation légère et bénigne.

B. — Nature de la dysenterie.

Une grande obscurité règne encore aujourd'hui sur la nature de la dysenterie, et les explications qui ont été données à ce sujet sont très différentes.

Les descriptions de cette maladie qui nous ont été laissées par les médecins des deux siècles précédents s'appliquaient, les unes à la dysenterie sporadique ou saisonnière des pays tempérés, les autres à la dysenterie épidémique des armées en campagne, les autres, enfin, à la dysenterie endémique des pays chauds. Or, comme ces descriptions étaient très différentes, la plupart des auteurs en avaient conclu à la diversité de nature et d'origine de la dysenterie, suivant les divers milieux dans lesquels elle était observée, la première forme étant considérée comme inflammatoire, la seconde comme résultant d'une infection putride (Zimmermann), la troisième comme causée par une altération de la bile (Annesley).

Cependant, certains médecins avaient admis que, malgré cette diversité de formes symptomatiques et cliniques revêtues par la dysenterie suivant les conditions dans lesquelles elle faisait son apparition, cette maladie était toujours identique à elle-même ; alors que Pringle la considérait comme résultant, dans tous les

cas, d'une décomposition putride du sang, causée par les intempéries des saisons, les fatigues éprouvées par les soldats, les miasmes putrides et la contagion, Broussais la réduisait, quelle que fût sa forme, et quels que fussent ses moyens de développement, à une inflammation plus ou moins marquée du gros intestin.

La gravité présentée par la maladie dans les pays chauds, les lésions si profondes et les désordres si accusés qu'offrait l'intestin des malades traités dans ces pays, ont conduit la plupart des médecins de l'armée et de la marine à considérer la dysenterie des pays chauds comme une maladie différente de la dysenterie des pays tempérés : la première étant une affection inflammatoire bénigne et locale, à manifestations catarrhales ou rhumatiques ; la seconde une maladie infectieuse et spécifique, offrant d'autant plus de gravité que l'activité du poison morbide était favorisée par certaines conditions climatiques et telluviques [Dutrouleau (1), Delioux de Savignac (2), Bérenger-Féraud (3)].

Actuellement, bien qu'il y ait une certaine tendance à considérer toutes les manifestations de la dysenterie comme appartenant à un même état morbide, deux opinions régnent encore parmi les médecins de l'armée et de la marine concernant la nature de cette maladie. Les uns la considèrent comme une simple phlegmasie du gros intestin, les autres comme une maladie spécifique et microbienne.

La première opinion est soutenue dans notre armée par L. Colin, la seconde par Kelsch.

Suivant L. Colin (4), la dysenterie ne serait point déterminée par une cause morbide unique et résulterait tout simplement d'une inflammation du gros intestin, que cette inflammation soit directement produite par l'usage de boissons ou d'aliments de mauvaise qualité, ou bien qu'elle résulte d'émanations putrides animales d'origine variée, ou enfin qu'elle succède à un refroidissement périphérique brusque.

(1) Dutrouleau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds.

(2) Delioux de Savig-Uiic, Traité de la dysenterie, 1863.

(3) Bérenger-Féraud, Traité de la dysenterie, Paris, 1883.

(4) Voyez L. Colin, Encyclopédie d'hygiène et de médecine publ., Paris, 187S, t. II, Epidémiologie, p. 9.

Cet auteur se fonde, pour justifier son opinion, sur les différences anatomiques et cliniques qu'offre cette maladie avec les afl'ections transmissibles (lésion analogue aux inflammations banales du gros intestin, tendance aux récidives, absence de régularité dans l'évolution morbide, etc.).

Kelscli et Kiener admettent, au contraire, que la dysenterie constitue une maladie nettement spécifique ; opinion corroborée par la découverte faite par Chantemesse et Widal (1) d'un microbe spécial dans les selles des malades atteints de cette affection (2), et à l'appui de laquelle on peut invoquer les considérations suivantes :

1" Exemples nombreux d'importation de la maladie d'un lointain foyer d'origine dans une contrée placée dans des conditions hygiéniques satisfaisantes et jouissant auparavant d'un état sanitaire parfait ; importation consécutive à l'arrivée d'une personne atteinte de la dysenterie, comme on en trouve des exemples dans les relations d'épidémies rurales et môme d'épidémies militaires (3) ;

2° Développement de cas intérieurs dans les hôpitaux où sont traités des dysentériques ;

3" Exemples nombreux de propagation de la maladie pendant les expéditions militaires. Apparition de la dysenterie dans les villes et les villages traversés par l'armée.

Bien que la dysenterie figure dans la statistique médicale de l'armée parmi les maladies [locales de l'appareil digestif, en dehors du groupe des maladies générales' et infectieuses, les nombreuses preuves anatomiques, étiologiques et cliniques données par nos savants camarades de la médecine militaire dans leur important ouvrage nous semblent suftisantes pour que cette maladie prenne place, après le paludisme, dans le groupe des maladies infectieuses et spécifiques.

(1) Chantemesse et Widal, Communication sur les microbes de la dyscnlerie épidémique [liullelin de l'Académie de médecine, séance du 17 avril 1888, t. IX, p. 522),

(2) Ce microbe serait représenté par un bâtonnet à extrémités arrondies, renflé au centre, peu mobile, croissant avec rapidité dans la gélatine, le bouillon et même l'eau. de Seine stérilisée.

(3) Voy. Kelsch et Kiener, Maladies des pays chauds, p. lOS,

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