‹ Les maladies du soldatChapitre 139 sur 224 · IP · texte numérisé non relu

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La morbidité a donc été sensiblement la même dans toutes les régions. Les exceptions portent sur le gouvernement militaire de Paris, dans lequel plus de la moitié des hommes ont été atteints (538 pour 1000), et sur l'armée d'Afrique, qui a fourni, au contraire, une proportion de malades (242 pour 1000) au-dessous de la moyenne (300 à 350 pour 1000),

(1) Kelsch et Autouy, Zoc. cit., p. 81.

LA GRIPPE o7S

Parmi les différentes garnisons, les unes ont été très éprouvées (morbidité 90 pour 1001, les autres à peine atteintes par la maladie.

La mortalité occasionnée par la grippe a été de 0,62 pour 1000 hommes d'effectif, et de 2 pour 1000 malades en France ; de 1,12 pour 1000 hommes d'effectif, et de 4 pour 1000 malades en Algérie et en Tunisie. Si donc cette maladie a été moins fréquente dans les garnisons de l'Algérie que dans les garnisons de l'intérieur, elle a été beaucoup plus grave dans les premières que dans les secondes.

Depuis l'épidémie de l'hiver 1889-1890, l'intluenza n'a pas cessé de manifester sa présence dans notre armée par quelques cas disséminés dans les différentes garnisons de France et/F Algérie; pendant l'hiver 1891-1892, une seconde poussée épidémique a envahi les principales localités de notre pays et donné lieu, dans la garnison de Lyon, à 380 atteintes et à 8 décès (1).

Cette année encore, aumoment où nous écrivons ces lignes (janvier 1893), nous assistons à une troisième explosion de la grippe dans la garnison de Lyon, et nous avons en traitement à l'hôpital Villemanzy près de 150 malades atteints de cette maladie.

La grippe est considérée comme la plus grande et la plus expansive des épidémies : morbus maximè omnium epidemicus (Huxham). La dernière explosion qu'elle a faite en Europe en 1889-1890 a démontré que cette maladie a recouvré la force d'expansion qu'elle avait autrefois, et que depuis plusieurs années, comme l'avait remarqué Léon Colin, elle paraissait à tort avoir perdue. Car, à peine avait-elle fait son apparition dans le gouvernement militaire de Paris, qu'elle était signalée dans les autres corps d'armée et surtout dans ceux qui ont le plus de relations directes avec la capitale.

On croit généralement que les épidémies de grippe marchent de l'est à l'ouest. C'est de la Russie et môme de l'Asie que la plupart ont semblé tenir leur origine. Mais il y a eu des exceptions nombreuses à cette règle, et certaines épidémies se sont propagées du sud au noi'd ; d'autres, de l'ouest à l'est. Il

(1) Voy. A. Marvaud, Epidémie de grippe dans la qarnison de L'jon pendant l'hiver 1891-1892 [France médicale, 1893).

n'y a donc rien de constant dans la direction géographique de ces épidémies. Sut- relevées dans l'ouvrage de Fuster, c'est à peine si l'on en ti'ouve une (celle de 1510) qui ait eu une marche régulière et une direction uniforme de l'est à l'ouest.

On a signalé depuis longtemps que la grippe semble sauter de grandes étendues de pays, qu'elle frappe d'abord les capitales et les grandes villes de garnison, d'où elle rayonne ensuite vers les localités voisines et de moindre importance.

La même observation a été faite en 1889-1890 dans notre armée. « D'une façon générale, la grippe a tout d'abord atteint les villes principales, pour rayonner sur les places de moindre importance, avec d'autant plus de rapidité et d'intensité que les relations de ces villes avec les premières étaient plus actives et plus immédiates ; les localités excentriques n'étaient touchées que tardivement et d'une façon modérée. » (Kelsch et Antony.)

Les rapports annexés aux statistiques médicales pour 1889- 1890 indiquent que généralement dans chaque Corps d'armée la garnison la plus importante a été atteinte la première par l'épidémie, qui s'est étendue ensuite aux petites garnisons voisines. Ainsi, dans le Ylh corps, la grippe, après avoir débuté le 19 décembre dans la garnison de Besançon, a gagné successivement Vesoul et Langres le 20, Belfort le 22, Lons-le-Saulnier le 23, Montbéliard le 24, Chaumont le 25, Bourg le 26.

Dans le XIV" corps, la garnison de Lyon présenta les premiers cas de la maladie dès le 17 décembre; ensuite, la grippe fut signalée le 19 à Grenoble, le 20 à Vienne, à Valence et à Montbrison, le 12 à Chambéry et à Annecy, enfin le 25 à Briançon.

Il en a été de môme pour presque tous les autres corps d'armée

La marche de l'épidémie paraît, du reste, assez irrégulière ; et il a été le plus souvent impossible de déterminer une direction ou une orientation prédominante. C'est ainsi que, dans le XP corps d'armée, certaines places du littoral (Vannes, Lorient) ont été atteintes les premières, longtemps avant les autres (Brest, Port-Louis).

Dans la même garnison, la propagation de la maladie a offert également une irrégularité assez remarquable ; ainsi, dans cer-

tains grands centres, comme Bordeaux, la grippe a frappé siiccessiv^ement les différents régiments casernés dans la place ; dans d'autres (Lyon, Verdun, Bastia), tous les corps ont été atteints en môme temps par cette maladie.

Dans quelques garnisons, l'épidémie a éclaté subitement et a produit le môme jour un nombre d'atteintes relativement élevé; ensuite est survenue une période stationnaire, suivie d'un déclin assez lent, quand on le compare à la période d'accroissement.

Dans d'autres, la diffusion de la maladie a paru se l'aire lentement; on a constaté l'apparition d'un premier cas, suivi d'autres atteintes successives dans le même détachement ou dans la môme chambre de caserne. Certaines localités, comme Orange, malgré la facilité des communications qui existaient entre elles et d'autres villes atteintes par l'épidémie (comme Avignon), ont offert une immunité remarquable vis-à-vis de l'influenza; cette immunité a été signalée également pour quelques casernes et pour quelques groupes d'individus. Dans presque toutes les garnisons, les premiers cas observés dans l'armée ont été consécutifs aux atteintes de la population civile.

La maladie a persisté pendant cinq ou six mois dans chaque corps d'armée (Kelsch et Antony). La durée de l'épidémie dans la même localité n'a guère dépassé deux mois ; cependant, dans certaines villes de garnison, elle a atteint trois mois, môme cinq mois.

Dans les villes où étaient casernés plusieurs régiments, ceux qui ont été les premiers atteints par l'épidémie ont offert généralement les formes morbides les plus graves et la léthalité la plus forte.

Dans la plupart des localités, le maximum de mortalité a correspondu avec la période d'augment de l'épidémie ; exceptionnellement, on a constaté, dans le XP corps d'armée, une apparition des formes morbides graves et une augmentation du chiffre des complications pendant la période de décroissance.

En général, la morbidité-hôpital des officiers a été insignifiante, la plupart ayant été soignés à la chambre. Cependant, dans certaines garnisons, ceux-ci ont été atteints dans une proportion plus forte que les sous-officiers et les soldats.

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Parmi ces derniers, les plus éprouvés ont été les hommes ayant moins d'une année de service, comme l'indiquent les chiffres suivants, empruntés à la statistique médicale de 1889 et de 1890 :

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