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LE TYPHIS

impossible de discerner les symptômes et les accidents attribuables à chacun d'eux.

Le typhus est transmissible. Dès n6o, Pringle (1), avait constaté, pendant la guerre de Sept ans, son développement parmi les soldats placés sous des tentes où avaient séjourné an térieurement des typhiques.

En Crimée (F. Jacquot), en Algérie (Maurin) et en Bretagne, on a observé un grand nombre d'exemples de transmission de la maladie aux infirmiers, aux médecins et aux sœurs de charité qui étaient en rapport avec les malades. Dans l'armée française en Crimée, la mortalité par le typhus a été de 12,8 0/0 parmi les médecins militaires, alors qu'elle n'a été seulement que de 0, 4 0/0 parmi les officiers.

Malheureusement, on ignore encore aujourd'hui la nature de l'agent infectieux qui détermine le typhus ; Richard (2) est assez disposé à considérer cette maladie comme de nature parasitaire et microbienne.

Mais, si Bautlecht (3) a trouvé dans l'urine des malades atteints de typhus un microbe spécial, les recherches ultérieures, faites par plusieurs observateurs, notamment dans l'épidémie de Dantzig en 1887, n'ont point confirmé ces résultats, si bien que Cornil et Babès avouent eux-mêmes que « nous ne connaissons rien de spécial aux bactéries de cet état morbide. »

Quel que soit l'agent qui donne naissance an' typhus, il est certain que cette maladie n'offre pas une contagiosité bien marquée et comparable à celle des fièvres éi'uptives et du choléra, par exemple. « Les cas isolés de typhus restent d'ordinaire stériles au milieu des populations saines ; et Fodéré remarquait déjà qu'à la rentrée des troupes d'Italie, à la fin du siècle dernier, l'armée française répandait le typhus sur son passage, tandis que les soldats qui regagnaient isolément leurs foyers, n'en transmettaient pas les germes » (L. Colin) (I).

(1) Priugle, Observations on ihe Diseases of the army, London, 1765.

(2) Richard, art. Typhus du Dictionnaire de médecine et de chiria^Qie pratiques, 1885, t. xxxvn, p. 1.

(3) BauUecht, Microbe du typlius pétéchial (Arch. d'ùnat. et de phy . ; 1880, t. XXXIV, p. 80). Rapports sur le typhus [Rec. de mém. de méd. mil., juin, 1881.)

(4) Voy. Gaz, hebdomadaire, 1872, n" 44.

« En plein air, la maladie ne se propage pas ou se propage exceptionnellement » (F. Jacqnot).

Pendant l'épidémie de Crimée en 1856, nulle part la contagion typhique n'a dépassé la limite des hôpitaux et des ambulances (Cazalas) (1). Les personnes qui contractent habituellement la maladie sont surtout celles qui séjournent longtemps auprès des malades, comme les sœurs et les infirmiers.

Fait intéressant à signaler, le contage typhique parait s'attacher facilement aux objets (vêtements), qui ont été longtemps en contact avec les malades. C'est ainsi qu'on a vu la maladie survenir chez des personnes qui n'avaient eu aucun rapport avec les typhiques, qui n'avaient point respiré dans leur atmosphère, mais qui avaient simplement manié les effets d'habillement que ceux-ci avaient portés. On a même cité des exemples assez nombreux de transmission du typhus par des personnes qui, après avoir eu des rapports prolongés avec les typhiques, avaient communiqué la maladie à d'autres sans être atteintes elles-mêmes. Il est probable que dans ces cas l'infection des vêtements a joué le principal rôle.

D. — Étude clinique.

Vmcubation du typhus est en moyenne de douze jours. Cette maladie est caractérisée par les symptômes suivants : Elle offre un début brusque, accompagné de malaise, de céphalalgie^ d'affaiblissement et de frissons, prodrômes qui durent de douze à vingt-quatre heures ; ensuite survient une première période {inflammatoire ^ fébrile)^ pendant laquelle le malade présente un faciès hébété, congestionné, tuméfié, même turgide, avec injection des conjonctives, contraction des pupilles, tuméfaction des paupières et douleurs très vives dans la tète, les reins et les membres. On constate, en môme temps, un état fébrile assez violent (température à 40° le soir, offrant une légère diminution le matin, pouls à 120), avec langue chargée, inappétence, soif vive, toux, oppression, dyspnée, troubles du système nerveux, prostration, rêvasseries. Enfin,

(1) Cazalas, Des Affections typhiques de Vannée d'Orient [Union méd., 1860).

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du troisième au cinquième jour, apparaissent sur le tronc, les membres, les extrémités des doigts, exceptionnellement sur la face, des taches exanthématiques, ressemblant à celles de la rougeole, puis devenant plus foncées, s'effacant d'abord sous la pression du doigt, ensuite formant des pétéchips, parfois mu- }'icolores ; dans certains cas, ces pétéchies surviennent d'emblée, sans avoir été précédées d'exanthèmes; elles sont phis ou moins foncées, parfois couleur pourpre ou violet et constituent de larges ecchymoses sur les téguments ; elles peuvent s'accompagner de sudaminas.

Les malades offrent une odeur spéciale, qui a été comparée à l'odeur de souris, à celle de la putréfaction.

A cette première période succède une seconde, dite nerveme, caractérisée par une rémission plus ou moins marquée, pendant laquelle la congestion (hi visage diminue, les sens semblent se réveiller, le malade parait recouvrer la conscience ; on constate, en même temps, de la moiteur de la peau, un abaissement de la température, de l'humidité de la langue qui se dépouille de son enduit blanchâtre; les selles deviennent volontaires, l'urine normale. La température éprouve une défervescence brusque, et la maladie aboutit à la guérison. Mais quelquefois les accidents nerveux, loin de diminuer, persistent et s'aggravent; alors les malades offrent une stupeur profonde, avec délire, selles involontaires, et succombent.

Le typhus revêt différentes formes, dont les plus communes sont les suivantes :

Typhus abortif, caractérisé par une évolution limitée à c[uelques jours (sept au plus), peu ou pas d'éruption, absence de période nerveuse ;

Typhus léger, à peu près analogue au précédent, mais dans lequel la maladie continue à évoluer après le premier septénaire et parcourt ses deux périodes ;

Typhus sidérant, dans lequel surviennent d'emblée des accidents nerveux très graves, avec hyperthermie persistante et considérable (température 40" et même -40", 5), sans rémission matinale, avec apparition, chez certains malades, d'ictère grave, d'hémorrhagies abondantes et incoercibles, qui peuvent déter-

miner la mort par syncoije, ou bien à la suite de complications pulmonaires, susceptibles de produire l'asphyxie.

Enfin, le typhus peut présenter certaines formes anomales, parmi lesquelles nous mentionnerons : le typhus sans éruption, observé principalement en Crimée, chez les hommes atteints d'une autre affection antérieure, comme les scorbutiques et les dysentériques; le p7ieumo-typhus, dans lequel la maladie s'accompagne d'accidents pulmonaires, qui prédominent sur les autres symptômes. On voit quelquefois survenir chez les typhiques certaines complications, comme la parotidite suppurée, et différentes éruptions (furoncles, anthrax), des gangrènes.

Enfin, nous rappellerons ces cas de tijphus complexe (F. Jacquot) si fréquemment observés en Crimée et dans lesquels on a constaté chez les mômes malades l'association du typhus avec d'autres maladies infectieuses telles que le scorbut, la dysenterie, le paludisme, le choléra, etc.

E. — Prophylaxie,

La pi'ophylaxie du typhus se déduit naturellement de son étiologie (1). Puisque cette maladie résulte d'une négligence complète des principales règles de l'hygiène, elle ne doit jamais s'observer en temps de paix dans tout pays qui fait ses efforts pour placer le soldat dans des conditions d'hygiène au moins aussi favorables que celles auxquelles il était soumis avant son incorporation et dans la vie civile.

En temps de guerre, le soldat sera mis à l'abri des atteintes si meurtrières du typhus si on lui fournit une alimentation aussi reconfortante et aussi substantielle que possible, s'il n'est pas soumis à des fatigues excessives et au surmenage, s'il n'est pas exposé à l'infection de l'air dans les cantonnements, sous la tente ou dans les baraquements, dans les ambulances et dans les hôpitaux.

Si, malgré toutes ces précautions, le typhus éclate dans un rassemblement de troupes, sous l'influence des dures nécessités de la guerre (prolongation des hostilités, séjour permanent dans

(1) L. Colin, Traité des maladies épidémiques, p. 920.

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