C. Oreille interne.! Otite interne
' Dysécie, surdité 95 ]
. Bourdonnements . . ■ 6 ' 102
\ Otalgie 1 )
D. Troubles fonctionnels .
Nous examinerons successivement ces quatre groupes de maladies.
l. Maladies de l'oreille externe. — Si, à l'exemple de Chauvel, on élimine de ce groupe les otites qui se développent consécutivement aux inflammations de la membrane du tympan (myringites), et si l'on considère celles-ci comme rentrant dans le second groupe, les maladies de l'oreille externe se réduisent à quelques cas d'otites externes eczémateiisf', furonculeusé ou périostiqué, car les otorrhées ou otites suppurées, limitées aux conduits auditifs, sont extrêmement rares. Ces maladies sont surtout représentées dans l'armée par des troubles de l'audition et des lésions du conduit auditif externe consécutifs à l'obstruction de ce conduit.
Il n'est pas rare, ,en effet, de voir entrer dans les hôpitaux militaires des soldats atteints de surdité plus ou moins complète et chez lesquels un simple examen des conduits auditifs externes suffit pour déceler la présence de dépôts de cérumen, qui acquièrent au bout de quelque temps une consistance pierreuse, sont fortement adhérents aux parois du conduit et déterminent l'infirmité plus ou moins prononcée dont se plaignent les malades.
Quelquefois l'obstruction des conduits auditifs est due à l'introduction accidentelle ou provoquée de corps étrangers, qui peuvent au bout de quelque temps déterminer des troubles fonctionnels de l'ouïe et diverses altérations du conduit auditif et môme de la membrane du tympan. Chez un militaire entiTdans notre service à l'hôpital de Tours, et qui se plaignait de surdité, nous avons pu retirer facilement avec une curette les deux moitiés d'un grain de haricot qui avait pénétré accidentellement dans le conduit auditif, quelques mois auparavant.
D'autres fois cette introduction a lieu volontairement, dans le but d'éviter le service militaire ou de se soustraire à certaines peines disciplinaires. Ohampouillon (1) a retiré un petit fragment de silex de l'oreille d'un mihtaire qui simulait la surdité. Je me rappelle avoir observé un détenu entré daug mon service pour otite purulente, et dont un examen très rapide suffit pour déceler la présence dans l'oreille prétendue malade
(1) Champouillon, Gazelle des hôpitaux, 21 juillet 1874.
de matière fécale qui y avait été introduite parle malade désireux d'entrer à l'hôpital.
Les obstructions du conduit auditif externe peuvent ne s'accompagner d'aucun malaise et ne déterminer d'autre trouble que de la surdité. Mais, quelquefois, elles se compliquent de vertiges, de bourdonnements, de douleurs névralgiques qui sont plus ou moins intenses, et qui sont généralement attribués à la compression de la membrane du tympan.
Ces aff ections guérissent généralement à la suite d'ins tillations alcalines, suivies de grands lavages et d'injections fortes d'eau boriquée tiède dans l'oreille malade.
Sur 21 malades, chez lesquels Chauvel a pratiqué l'ablation de concrétions cérumineuses, cet observateur a constaté 8 guérisons complètes, 6 améliorations et 7 insuccès; chez il, il a noté des lésions delà membrane du tympan.
Sur 88 cas d'obstruction complète ou incomplète du conduit auditif par des bouchons ou des corps étrangers, Chauvel a noté 13 fois la surdité et 12 fois une dysécie prononcée et suffisante pour entraîner la réforme.
IL Otites moyennes. — Les inflammations de l'oreille moyenne sont, comme nous l'avons vu, de beaucoup les plus fréquentes parmi les soldats. Elles s'olïrent sous différentes formes auxquelles on applique les dénominations d'otites simples ou catarrhales, sèches on plastiques, scléreuses ou sclêromateuses, enfin purulentes {otorriiées), qui sont certainement les plus communes,
Votite moyenne simple catarrhale n'est, comme le reconnaît Chauvel, qu'une forme atténuée de l'otite purulente; elle ne s'en distingue que par la nature de la sécrétion et de l'écoulement (séreux ou muqueux) qui s'observent quelquefois chez les malades; cette forme précède souvent l'otite purulente.
Le traitement est loin d'être favorable ; ainsi, sur 387 cas, notre savant camarade n'a noté que 47 guérisons complètes.
Chez certains malades, l'inflammation de la caisse du tympan se traduit par une hyperplasie de la muqueuse, sans écoulement de sérosité ni de pus, en même temps que par une diminution de transparence de la membrane, avec engorgement de l'articu-
lation (les osselets et immobilisation partielle ou totale des disques tympauiques.
Cette forme d'otite moyenne oflVe une marche très lente ; elle peut succéder à l'otite catarrhale et môme à l'otite purulente ; quelquefois, elle constitue le premier stade de la forme suivante. Elle s'accompagne souvent de diminution notable de l'acuité auditive; elle est rarement suivie d'amélioration, encore moins de guérison; elle entraîne fréquemment la réforme, surtout quand les deux oreilles sont atteintes.
Chauvel a relevé, parmi les cas de cette maladie qui se sont offerts à son observation : 14 guérisons, 68 améliorations, 47 ayant nécessité la réforme. Chez quelques malades, la muqueuse de la caisse du tympan subit^ sous l'influence des inflammations successives auxquelles elle est soumise, une transformation fibreuse ; c'est ce qui constitue ro;27e scléreuse ou scléromateuse.
Cette forme entraîne un affaiblissement considérable de la fonction auditive ; ainsi, chez 97 pour 100 sujets examinés par Chauvel, l'acuité était tombée à 1/10 de la normale et môme au-dessous. Elle est des plus rebelles; à peine cet auteur a-t-il relevé 2 cas d'amélioration sur les 72 malades observés par lui, vis-à-vis de 19 réformes et d'une retraite.
Les otites, moyennes purulentes air/ui's ou chroniques sont de beaucoup les plus communes parmi les soldats. Un certain nombre ont été contractées antérieurement à l'incorporation et ont passé inrperçues au moment du conseil de revision. Quelquesunes ont disparu au moment de la croissance (entre 16 et 18 ans) et ne se reproduisent que plus tard, pendant le séjour des jeunes gens sous les drapeaux.
La maladie est caractérisée par de la douleur ou une simple gône dans la région de l'oreille malade^ suivie bientôt (63 fois sur 100 cas avant le cinquième jour) d'un écoulement de pus par le conduit auditif et qui survient consécutivement à la rupture du tympan ou au décollement des attaches de cette membrane. Si Chauvel n'a constaté que 37 fois sur 100 cas cette lésion, cela provient, comme l'indique cet auteur: d'une part, de ce qu'un grand nombre de perforations ^e cicatrisent au bout de
quelques jours, ou bien sont réduites à' une simple fente dont les lèvres se touchent intimement; d'une autre part, à ce que la situation ou môme la disposition de ces ouvertures sur la paroi du conduit les rend absolument inaccessibles à la vue.
L'acuité auditive est réduite à 1/10 dans les 4/5 des cas. L'otite moyenne purulente nécessite presque toujours la réforme. Sur les cas observés par Cbauvel, il y a eu 27 guérisons, 107 améliorations, 154 réformes, 5 décès. Si la cure est parfois rapide dans les suppurations aiguës de la caisse tympanique, on peut s'estimer heureux, dans les purulences chroniques, d'observer soit la cessation temporaire de l'écoulement, soit une amélioration réelle. Il faut un traitement très long, pendant deux ou trois mois, pour obtenir une modification favorable; aussi, estil préférable de proposer les malades pour la réforme.
Un grand nombre de complications peuvent survenir chez les malades atteints d'otite moyenne. Les plus fréquentes sont représentées par la pharyngite chronique^ r hypertrophie des amygdales, les polypes de la caisse et du conduit auditif, des engorgements des ganglions lymphatiques, parot/diens et cervicaux, qui donnent lieu quelquefois à la formation d'abcès siégeant un peu en arrière de l'angle de la mâchoire, au niveau de l'os hyoïde, derrière et sous le sterno-mastoïdien ; la périostite et Vostéite de l'apophyse mastoïde, suivies parfois de suppurations qui réclament une intervention chirurgicale, Vostéite suppurée du conduit auditif. Enfln, l'otite moyenne est parfois le point de départ d'un érysipèle de la face et du cuir chevelu.
Parmi les accidents septiques qui peuvent résulter de l'otite moyenne suppurée, Chauvel a observé la méningite, les abcès du cerveau, - la phlébite des sinus et de la veine jugulaire interne., la septicémie, complications qui sont parfois mortelles.
IIL Affections de l'oreille interne. — Nous ne dirons que quelques mots de Votite interne dite labyrinthique , qui ne constitue point une entité morbide, et dont la distinction ne repose que sur les résultats négatifs fournis par les explorations de l'appareil auditif.
Cette otite s'accompagne d'un degré plus ou moins accusé de surdité. Sur 33 cas relevés par Chauvel, cette infirmité est sur-
venue 3 fois avant 16 ans ; 6 fois de 16 à 20 ans ; 24 fois après l'incorpora tion.
Les causes invoquées par les malades pour expliquer leur surdité ont été ;
L'angine et la pharyngite 8 fois
La fièvre typhoïde 6 —
La syphilis 6 —
49 sujets sur 100 alléguaienl une surdité complète.
IV. Troubles fonctionnels. — Ces troubles consistent ordinairement dans de la surditr^ des bourdonnements^ de Votalgie .
Sur 62 cas observés par Chauvel, la surdité a précédé 32 fois l'incorporation ; 30 fois elle a été accusée par les malades pendant la période de leur service militaire.
Les causes invoquées pour l'expliquer ont été les suivantes :
Traumatisme 13 fois
Angine 10 —
Fièvre typhoïde 7 —
Paludisme 2 —
Méningite 1 —
Froid 1 —
23 fois cette infirmité a coïncidé avec la constatation de bouchons de céinimen dans les conduits auditifs externes et a persisté après leur enlèvement.
T). — Prophylaxie.
La plupart des maladies des oreilles constituent une cause d'exemption et de réforme, soit qu'elles s'accompagnent d'un degré de surdité incompatible avec le service militaire, soit qu'elles constituent, comme l'otorrhée, une infirmité répugnante, très rebelle à tout moyen de traitement et susceptible de déterminer à un moment donné des troubles plus ou moins accusés dans l'audition et des accidents plus ou moins graves du côté du système nerveux.
« A l'état normal, la portée de l'ouïe dans un milieu paisible s'étend en moyenne à 25 mètres pour l'audition de la parole sur
le ton ordinaire, et à 1"20 ou l'^SS pour l'audition du bruit d'une montre.
« En prenant pour base la distance moyenne à laquelle s'exécute le commandement du chef de file dans les différentes armes, on peut déclarer impropre au service militaire tout homme qui n'entend pas distinctement la parole sur le ton ordinaire d'un interlocuteur placé en arrière au moins jusqu'à 4 mètres et la voix haute jusqu'à 12 mètres (1). »
Indépendamment des maladies chroniques de l'oreille moyenne et de l'oreille externe, avec ou sans écoulement puriforme ou purulent, qui constituent des motifs d'exemption et peuvent nécessiter la réforme, l'Instruction actuellement en vigueur sur l'aptitude au service militaire mentionne certaines difformités du pavillon de l'oreille (perte, atrophie ou hypertrophie prononcées) ou du conduit auditif (atrésie, oblitération complète ou déviation), certaines lésions de ce conduit (polypes, désordres consécutifs à des corps étrangers), qui peuvent entraîner l'incapacité absolue de servir.
Comme un grand nombre de maladies des oreilles existent, ainsi que nous l'avons démontré, chez beaucoup déjeunes gens, avant l'incorporation, il paraît donc indispensable, si l'on veu restreindre encore plus la proportion de ces maladies parmi les soldats, d'éliminer rigoureusement de notre armée, grâce à un examen plus minutieux et à une sélection plus rigoureuse, tous les conscrits dont l'appareil auditif offre l'une ou l'autre des causes d'exemption énumérées dans l'Instruction du 17 mars 1890.
Le lecteur trouvera dans les intéressants mémoires consacrés par Lévi (2) et par Gaujot (3) à l'examen des maladies de l'oreille devant les conseils de revision l'indication complète des moyens qui sont actuellement à la disposition du médecin militaire, pour reconnaître l'existence et la gravité de ces maladies et déterminer le degré, la réalité et la simulation de la surdité.
(!) Voy. Instruction du 17 mars 1890 sur l'aptitude au service miltaire.
(2) Lévi, Maladies de l'oreille; examen devant les conseils de revision des sujets qui sont ou se prétendent atteints de surdité [Rec. de mém. de méd. milil., 1872, t. XXVUi, p. 274).
(3) Gaujot, Examen des maladies de l'oreille au point de vue du service militaire (même rec, 1876, t. XXXII, p. 521.
La surdi-mutité de notoriété publique confère nécessairement l'exemption. Quant aux conditions, qui agissent sur les soldats pour déterminer chez eux le développement des maladies des oreilles, elles sont, comme nous l'avons vu, surtout représentées par l'influence exercée par divers agents météoriques (froid, humidité) et infectieux sur les muqueuses nasales etbucco-pharyngée, dont les lésions inflammatoires ou spécifiques se transmettent si communément et si facilement à l'oreille moyenne.
Toutes les précautions hygiéniques adoptées dans l'armée, dans le but de garantir les hommes contre les refroidissements et contre les germes infectieux, ont nécessairement pour efi'et de restreindre dans les garnisons les maladies auriculaires.
Gomme moyens prophylactiques de ces maladies occasionnées par la balnéation, il est prescrit dans l'armée allemande de ne pas conduire les soldats à la baignade après un exercice fatigant; de leur faire porter pendant le bain des tampons de ouate dans les oreilles ; de recommander aux hommes de ne pas incliner la tête sur une épaule quand ils sautent dans l'eau ; de ne pas apprendre à nager à ceux qui ont eu des écoulements d'oreille ou une perforation du tympan, môme si elle est guérie (Nimier). Ces mesures pourraient être appliquées avec avantage à notre armée.