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C. — Le scorbut

\. Evolution épidémique dans les milieux militaires.

— Le scorbut, jadis si commun dans les armées et surtout dans

(l)Voy. E.Vidal, Art. Acrodynie du Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, série, t. 1^', jj. 154.

les équipages de la flotte, est devenu rare parmi les troupes françaises ; aussi n'occupe-t-il qu'une place très restreinte dans la pathologie militaire.

Pendant longtemps, cette maladie a constitué pour les marins un véritable fléau.

* Jusqu'au commencement du xix^ siècle, elle a sévi sous forme d'épidémies sur la plupart des troupes qui ont pris part aux guerres de siège (1).

De 1791 à 1815, pendant les campagnes de la République et de l'Empire, son rôle pathologique a paru plus effacé dans l'armée française, ce qui tient, comme l'a remarqué L. Colin, aux conditions mômes de la guerre sous forme d'expéditions et de marches l'apides, sans temps d'arrêt prolongé par des sièges ou des blocus.

En 1847, année de disette pour une grande partie de l'Europe, le scorbut prit dans le nord-est de la France une certaine extension et atteignit principalement les garnisons de Metz, Givet, Maubeuge, ainsi que les hôpitaux militaires de Paris [Maupin (2), Faiivel (3), L. Laveran (4)]. Quelques foyers reparurent en 1853- 1854 dans la prison de Strasbourg [Forget (5) et Schutzenberger (6)] et dans la prison et ledépôtdemendicitéde Roanne (Lavirotte) (7).

A une époque plus rapprochée de nous, le scorbut a sévi cruellement sur les troupes alliées en Crimée (1854-1855) (8). Dans l'armée française seule, il donna lieu à :23365 atteintes, sur lesquelles 639 furent mortelles, soit 1 cas de scorbut sur 320 hommes d'effectif (Scrive) (9). Le chifl're des scorbutiques traités dans les hôpitaux de Constantinople s'éleva en 1855 à 14879, dont 1407 succombèrent, et, en 1856, à 10295, avec 1509 décès (Fauvel) (10).

A la suite de la guerre d'Orient, plusieurs cas de scorbut

(1) Yoy. Hirscli, Hnndhiich (1er l'alholof/le. Erlangen, 1860, t. 1, p. 532.

(2) Maupin, Rec. de inéin. de méd. inilil., série, t. Kl.

(3) Fauvel, Arcli. gén. de méd., 1847.

(4) L. Laverai!, Société des Sciences )néd. de la Moselle, MetZi 1848.

(5) Forgot, Gaz. méd. de Paris, 1853.

(6) Schutzeubcrger, Comptes rendus de la clinique ;Héf/(Crtfe, Strasbourg, 1857.

(7) Lavli'otte, Gazette méd. de Lyon, 1837.

(8) Cazalas, Maladies de l'armée d'Orient.

(9) Scrive, Relation médico-chirurgicale de la campagne d'Orient, 1837.

(10) Fauvel, Gaz. Iiehd., novembre 1857).

observés clans les hôpitaux militaires de Paris (Tliolozan) (1). En môme temps, cette maladie fit son apparition parmi les troupes réunies au camp de Boulogne (Périer) (2), et dans les camps environnants du Nord (Mangin) (3).

En 1860, le scorbut a éprouvé la garnison de Lille qui, comme l'a noté Arnould (4), avait conservé à ce point de vue une sorte d'imminence morbide.

Des cas ont été signalés en 1870-71 dans la population et dans les armées de Paris (5) et de Metz (6) où, bien que le nombre des atteintes ait été fort restreint, le scorbut a manifestement influencé la mortalité des troupes, par les complications (accidents pulmonaires et intestinaux) qu'il a amenées chez un grand nombre de soldats.

Depuis plusieurs années, on n'observe guère le scorbut dans l'armée française que dans les prisons militaires et plus communément en Algérie, parmi les hommes appartenant aux ateliers de travaux publics et aux pénitenciers ; si bien que la statistique médicale de ces dernières années ne mentionne môme plus cette maladie comme cause de morbidité chez les soldats.

Parmi les principales épidémies de scorbut qui ont été observées récemment en France, nous citerons celle qui a atteint en 1871 les détenus politiques enfermés au fort Boyard, près Rochefort (7); et celle qui a eu lieu en 1877 et 1878 parmi les détenus militaires de la prison du Chercbe-Midi et du fort de la Briche, près Paris (8).

Les épidémies signalées en Algérie sont beaucoup plus nom-

(1) Tholozaii, le Scorbt/t dans la garnison de Paris [Gaz. méd. de Paris, 18o3).

(2) Périer, Histoire médicale des camps de Boulogne [Rec. de rnéni. de méd. milit., 18S5).

(3) Mangin, le Scorbut dans les camps et les hôpitaux militaires du Nord (Gazette liebdomadai re, 1855).

(4) Arnould, art. France [Pathologie) du Dictionnaire cncycl. des sciences méd., 1879, 4'= série, t. V, p. 625.

(5) Lasègue et Legroux, l'Épidémie de scorbut dans les prisons de la Seine {Arch. r/én. de méd., 1874j. — Leven, Une Épidémie de scorbut observée pendant le siège de Paris (Gaz. méd. de Paris, 1871). — Delpeeh, le Scorbut pendant le siège de Paris, Paris, 1871.

(6) Grellois, Histoire du blocus de Metz.

(7) Kuhn, le Scorbut dans les armées, au Congrès d'hygiène de Milan (Revue d'hyg., 1880, p. 923).

(8) A. Laverau, Dji Scorbut (Arch. de méd. milit., 1889, t. III, p. 338).

breuses; nous mentionnerons celles qui ont eu lieu en 1874 parmi les hommes appartenant à l'atelier de travaux publics de Cherchell (1); en 1877 et 1878 parmi les hommes du pénitencier de Bône; en 1879 et 1880 dans les ateliers de travaux publics sur la route de Guelma à Aïn-Beïda et au camp de Krenchela.

Enfin, plus récemment, trois petites épidémies de scorbut ont été observées, la première en 1883, à l'atelier de travaux publics numéro 3, à Oran (19 cas] ; la seconde parmi les détenus employés aux travaux du chemin de fer de Ras-el-Ma (16 cas); la troisième en 1890, chez les hommes employés à la construction d'un bord] à Ouargla.

Les épidémies de scorbut sont limitées dans l'armée à un groupe restreint d'individus vivant dans les mômes conditions et atteints tous par la maladie, sauf quelques sujets qui, comme les officiers, tout en étant placés dans le même milieu, sont préservés, grâce à leurs ressources personnelles et à leur alimentation moins défectueuse.

Ces épidémies surviennent généralement pendant l'hiver; cependant quelques-unes ont été observées pendant l'été et l'automne et ont coïncidé avec une sécheresse marquée et l'absence de pluies ; ainsi, Scrive (2) a noté la recrudescence qu'offrit le scorbut pendant l'été de 1855 parmi les troupes françaises en Crimée (5000 cas eu trois mois).

Le scorbut est souvent associé, dans les épidémies qui sévissent sur les troupes en campagne et principalement dans les guerres de siège, avec certaines maladies infectieuses, comme le typhus, le choléra, la dysenterie, le paludisme.

Ces épidémies débutent soudainement et frappent un grand nombre d'individus à la fois ; c'est ce qui explique pourquoi quelques auteurs, depuis le xvi° siècle jusqu'à nos jours, ont attribué au scorbut un pouvoir contagieux.

Leur durée est excessivement variable ; on a considéré le

(1) Voy. Benech. Epidémie de scorbut dans l'atelier de travaux publics à ChercI)ell{Gaz. hetioinadnire, 1874) : — Hattute, 'Note sur le scorbut (Rec. de mém. deméd. milit., 1815. 3'= série, t. XXI, p.- 66).

(2) Scrive, Relation médico-chirurgicale de la cainpag)ie d'Orient.

froid humide, les brouillards, comme aggravant et prolongeant ces épidémies. Elles s'arrêtent rapidement sous l'influence dés moyens employés par l'hygiène pour les combattre.

Le chiffre des décès qu'elles déterminent est habituellement assez faible, surtout quand ont été prises en temps opportun les mesures nécessaires pour enrayer leur extension. Le scorbut devient grave par son association aux maladies infectieuses; ainsi, on a constaté en Crimée que le scorbut compliqué de typhus avait été souvent mortel (Marmy) (1).

On sait combien il emprunta alors de gravité aux maladies intercurrentes, comme le choléra et la dysenterie, qui sévirent avec tant de violence sur les troupes alliées.

« Le scorbut, écrivait Maupin (2), est le plus grand fléau des armées en campagne ; il amoindrit peu à peu et étouffe môme, dans les constitutions les plus vigoureuses, l'aptitude à la résistance, et les livre ainsi, mal défendues, à tout ce qui, en temps de guerre, tend à les ébranler, à les ruiner. Une fois implanté dans une armée, il est tout à la fois la cause, l'accompagnement et le commencement presque obligé de ces maladies, à la gravité desquelles il ajoute la sienne. »

IL Etiologie. — Il n'y a aucune maladie dont l'étiologie soit aussi claire que celle du scorbut. Cette affection est certainement causée par une alimentation défectueuse, représentée surtout par le défaut de légumes frais herbacés (choux, salade) ou amylacés (pommes de terre), par la privation de fruits, nonseulement riches en acides ou en sels de potasse, mais encore en eau de végétation, tel que les citrons (L. Colin) (3).

Comme causes prédisposantes, on peut citer l'humidité, dont le rôle, admis par Lind (4) dans le développement du scorbut, se réduit à une influence exercée sur la nutrition en compromettant les fonctions cutanées; le froid, qui favorise la pénurie alimentaire ; puis, l'anémie, l'épuisement, la débilitation anté-

(1) Marmy, Etudes cliniques pour servir à l'histoire du scorbut et du typhus de l'armée d'Orient [Rec. de mérn. de mêd. milit., 1859, 2^ série, t. I).

(2) Maupin, Quelques Considérations sur le scorbut épidémique de l'armée d'Orient [Rec, de mém. de méd. milit., 1860, 3^ série, t. III, p. 190).

(3) L. Colin, Traité des maladies épidémiques, p. 706.

(4) Lind, Traité du scorbut, traduit par Savary, Paris, 17S6, 2 vol.

rieiire de l'organisme par les fatigues et les privations, les passions tristes, la nostalgie.

Ces conditions peuvent avoir une influence considérable sur le développement de la maladie, comme Maupin l'a noté à l'armée d'Orient, où il a vu les blessés de Crimée, accumulés dans les hôpitaux de Constantinople, devenir scorbutiques, alors qu'ils recevaient pourtant une bonne alimentation, mais où ils étaient soumis à l'encombrement, au froid et à l'humidité pendant la saison d'hiver. Voilà pourquoi cet auteur a cru ne devoir attribuer, dans la production du scorliut en Crimée, qu'un rôle secondaire à l'alimentation, pour réserver la principale influence aux causes débilitantes (froid humide, encombrement, insomnie.)

Le scorbut n'est pas contagieux; les auteurs (Sennert, Boerhaave, Van Swieten, Sauvages), qui ont soutenu une opinion contraire, ont confondu cette maladie avec des stomatites et des angines d'une tout autre nature et se sont appuyés sur la transmissibilité réelle du typhus compliqué de scorbut (L. Colin). C'est à tort que Villemin (1) a considéré le scorbut comme une maladie infectieuse et môme contagieuse. Il n'est pas possible d'invoquer pour cette affection l'influence d'un milieu morbigène, d'un miasme scorbutique. Comme l'a démontré avec talent Le Roy de Méricourt (2), le scorbut constitue certainement le type le plus accusé et le mieux connu des maladies alimentaires; il n'est produit que par une seule cause: la privation des végétaux frais. Les autres influences invoquées par les auteurs pour expliquer l'apparition de la maladie, et principalement le froid humide, n'interviennent que comme causes adjuvantes, en favorisant, dans certains groupes humains, la pénurie de ces végétaux dans le régime alimentaire.

Dans quelques cas, l'examen minutieux du régime a amené différents observateurs à des découvertes 'inattendues. Nous citerons, à l'appui de cette affirmation, le fait suivant : En 1879 et 1880, le

(1) Villemin, Causes et nature du scorbut [Bulletin de l'Académie de médecine, 11 et 18 août 1874).

(2) Le Roy de Méricourt, Causes et nature du scorbut (Bulletin de l' Académie de médecine, 1874, p. 939).

scorbut régnait sur des hommes des ateliers de travaux publics près d'Aïn-Beida ; les pommes de terre faisaient cependant partie de l'alimentalion des condamnés et, au premier abord, ce fait semblait contraire à l'opinion de Bachstrom. Une enquête, faite sur place et avec soin, apprit qu'on distribuait, en effet, des pommes de terre, mais que celles-ci étaient gâtées et si mauvaises que la plupart des détenus les jetaient (Maupetit).

III. Etude clinique. — Le nombre des cas de scorbut que nous avons observés dans les hôpitaux militaires est assez restreint ; cependant, nous avons eu l'occasion de traiter, à différentes reprises, soit en France, principalement pendant le siège de Paris, soit en Algérie, des militaires provenant des prisons ou des ateliers de travaux publics, qui offraient des symptômes bien accusés de cette affection.

Les auteurs distinguent, dans la symptomatologie du scorbut, un certain nombre de périodes, pendant lesquelles la maladie est de plus en plus accusée. A l'exemple de Rey (1), nous en distinguerons trois : 1° p('riode de début, pendant laquelle la santé commence à s'altérer sensiblement ; 2" période d'état, caractérisée par une détérioration profonde de l'organisme ; 2° période de terminaison^ voisine de la mort, si la maladie est abandonnée à elle-même.

La première période, qui est la plus commune actuellement dans l'armée, est caractérisée par les symptômes suivants :

Couleur jaunâtre du visage, qui est empreint de tristesse ; excavation des yeux, lassitudes spontanées, grande aversion pour tous les exercices, sensibilité exagérée au froid, somnolence pendant le jour, apathie, diminution de l'appétit; douleurs dans les épaules, la poi trine, les hanches ; parfois oppression très vive ; bouffissure de la face et œdème des malléoles; sécheresse et rudesse de la peau, qui est flasque et refroidie et offre de petites élevures portant à leur sommet un point vésiculeux jaune rougeâtre; peau ansérine, piqueté scorbutique apparaissant particulièrement sur les membres inférieurs ; perte de poids et amaigrissement; engorgement des gencives, apparaissant à la hsière

(1) Rey, Art. Scorbut du Dictionnaire de médecine et de chirtirr/ie pratiques, 1882, t.' XXXII, p. 680.

de la muqueuse et dans les intervalles des dents, sous forme de changement de couleur et de consistance ; teinte rouge foncée, puis livide, avec liséré bleuâtre.

Dans la seconde période, ces symptômes deviennent plus intenses : la prostration augmente, des douleurs se font sentir dans la tête et dans les reins ; on constate de la fétidité de l'haleine, des ulcérations des gencives, un dépôt abondant sur les dents de tai^tre noir. Surviennent en même temps de l'oppression et de la dyspnée. L'œdème des jambes augmente ; on observe du météorisme abdominal, de la constipation, de l'accélération du pouls, avec état fébrile survenant chaque soir; de l'aggravation des douleurs, de l'insomnie; bientôt, on voit apparaître autour des malléoles, le long da tibia, sur la face et sur les épaules, de nombreuses ecchymoses, sous forme de plaques ou taches non saillantes, superficielles, bleuâtres ou violacées, de trois centimètres au moins de largeur; et des indurations constituées par des infiltrations sanguines plus ou moins profondes des jambes, siégeant principalement dans les muscles des mollets et des cuisses, et rendant la marche difficile et même douloureuse. Enfin, si la maladie n'est pas enrayée dans son développement, surviennent des hémorragies multiples siégeant à la surface des muqueuses gingivale, pituitaire, intestinale ou pulmonaire et qui peuvent déterminer des syncopes souvent mortelles.

Quand des mesures hygiéniques sont prises à temps pour combattre la maladie, le scorbut guérit haliituellement avant d'avoir atteint la seconde période ; les gencives redeviennent rosées, le piqueté brunâtre de la peau devient jaunâtre, puis disparaît ; les élevures s'effacent plus tard, longtemps après la cessation des lésions des gencives, et le malade guérit. Il en est de même quand la maladie est parvenue au second degré ; mais quelquefois celle-ci s'aggrave ou passe à l'état chronique et détermine une cachexie opiniâtre.

Les accidents scorbutiques disparaissent dans l'ordre suivant: d'abord les indurations, puis la stomatite et l'induration des gencives ; enfin, le piqueté des jambes, les ecchymoses, la teinte violacée des anciennes cicatrices des jambes (Lalluyeaux d'Ormay).

La dernière période est caractérisée par de rabattement général, une augmentation notable de Fenflure des pieds et des jambes, qai se couvrent de taches noires, s'étendant les unes vers les autres et donnant à tout le membre l'aspect de sphacèle. La langue est revêtue d'un enduit visqueux et brunâtre ; l'ulcération des gencives s'étend à l'intérieur de la bouche, au voile du palais et môme à l'arcade palatine ; on observe de l'ébranlement des dents, des hémorragies, de la bouffissure des paiipières, des sueurs abondantes et nauséabondes sur tout le corps, delà diarrhée avec rétention d'urine, de l'oppression et de la dyspnée avec expectoration muco-sanguinolente, noire et fétide. Le pouls est filiforme; il y a de l'anéan tissement des forces, des hydropisies, des gangrènes.

La mort se produit généralement à la suite d'hémorragies survenant par les gencives, les narines, l'intestin, d'autres fois par la peau, à la surface des ulcères ; quelquefois on constate des décollements hémorragiques ou inflammatoires du périoste, avec nécroses consécutives, suppurations abondantes (1), fièvre hectique, lipothymies.

Parmi les complications qui s'observent quelquefois chez les scorbutiques, nous mentionnerons :

1° Certaines lésions pulmonaires (pleurésies, pneumonies), qui ont été très communes et très intenses chez les malades atteints de scorbut parmi les troupes françaises en Crimée. Elles ont été principalement représentées par des infiltrations sanguines et de vastes ecchymoses des bronches, fluxions qui ne ressemblaient en rien aux pneumonies franches et qu'Haspel (2) a distinguées avec soin des pneumonies hypostatiques qui surviennent vers la fin de la maladie ; par de la gangrène résultant probablement des épanchements de sang préalables ; enfin, par des épanchements séreux et séro-sanguinolents dans les plèvres et le péricarde (M. Perrin) (3) ;

2° La péricardite hémorragique^ dont plusieurs cas ont été observés en Russie en 1854 ;

(1) Voy. Larrey, Mémoires de chirurgie militaire.

(2) Haspel, Considérations sur les altérations et la gangrène pulmonaires que l'on rencontre chez les gens atteints de scorbut (Gaz. méd. de Paris, 1839).

(3) Perrin, Etude sur le scorbut de l'armée d'Orient (Union méd., 1857).

3° La diarrMe et la dysenterie {dysenterie scorbutique) ; 4° Uacrodynie (Tliolozan) ;

3° Lliéméralopie, dont la coexistence avec le scorbut n'a été considérée par certains médecins de la marine (Audoiiit, 18S5, Fonssagrives, 1856) que coiume une simple coïncidence, et par c[uelques-uns (Dutroulau), que comme un symptôme de l'affection scorbutique.

D'autres accidents surviennent chez les scorbutiques trois, six, huit et ti^eize mois après l'apparition de la maladie. Ces accidents tardifs ont été bien étudiés par Rizet (1), qui les a rattachés aux chefs suivants : 1° Troubles du système nerveux (héméralopie bien distincte de l'héméralopie concomitante, et ne survenant que longtemps après l'atteinte scorbutique ; douleurs névralgiques très vives, provoquées à la pression la pins légère ; analgésie de la paume des mains et de la plante des pieds) ; 2° Troubles du système musculaire (atrophie, douleurs) ; 3° Manifestations vers la périphérie (furoncles multiples, ecthymas, abcès à marche indolente).

IV. Prophylaxie. — La prophylaxie du scorbut est facile, puisqu'on connaît suffisamment son étiologie.

« Un air pur, chaud et sec, écrivait Lind, avec une nourriture facile à digérer, composée principalement d'un mélange convenable de substances animales et végétales, suffirait la plupart du temps pour prévenir cette maladie sur terre. » Aujourd'hui, il est reconnu que les préceptes hygiéniques les plus efficaces pour combattre le scorbut concei-nent principalement Valimentation. Le meilleur moyen povu' préserver de cette maladie les soldats, c'est de leur fournir des aliments sains, en bon état de conservation, frais, sortant depuis peu. de temps du jeu de la vie animale et végétale, et de leur prescrire un régime riche en végétaux herbacés et succulents. Parmi les principaux aliments auxquels peut s'appliquer le titre (V antiscorbuticjues, nous citerons divers légumes (salade, pommes de terre, ail, oignon) et certains fruits acides (raisins, poires, pommes, citrons, oranges).

(1) Voy. Rizet, Des Phénomènes ultimes du scorbut [Rec. de mém. de méd. milit. 18S9). Voy. également Manny, Etude clinique du scorbut et du typhus de l'armée d'Orient {Gazelle médicale, 1859).

Dans la marine anglaise, l'usage du jus de citron [limejuicè) est réglementaire, depuis 1789, pour les navires hors d'Europe. Cette mesure n'a été adoptée que plus tard par la marine militaire française. Depuis 1874, il est alloué à chaque homme sur nos bâtiments de guerre, naviguant ailleurs que sur les côtes de France, 14 grammes de jus de citron et 28 grammes de sucre, destinés à aciduler et à édulcorer 112 grammes d'eau (1). Les boissons fermentées, comme le vin, la bière, offrent leur utilité ; on peut en dire de môme du lait qui, surtout quand il est frais, exerce une action réelle sur le scorbut.

Il faut éviter autant que possible l'influence du froid et de l'iiumidité ; les hommes doivent être casernés dans des locaux sains et aérés et être revêtus de vêtements chauds et imperméables (flanelle, lainages, etc.)

11 est bon de leur recommander l'activité, le mouvement, les exercices ; de les soustraire à l'oisiveté et à l'immobilité, ainsi qu'à la nostalgie, au moyen des occupations les plus variées et, au besoin, de certains divertissements comme les jeux, la danse, les distractions de la vie civilisée.

D. — L'alcoolisme.

L Fréquence dans l'armée. — Bien que l'alcoolisme soit devenu actuellement rare parmi les militaires, cependant on le rencontre encore dans notre armée sous toutes ses formes. Le soldat fait quelquefois un excès de boisson et s'enivre; c'est ce qui constitue Valcnolisme aigu ou l'ivresse habituellement traitée à la chambre ou à l'infirmerie.

Quelques hommes prennent à la caserne des habitudes d'intempérance qu'ils n'avaient pas avant leur incorporation et absorbent volontiers le matin, à jeun, un petit verre de liqueurs fortes (vin blanc, mêlé-cassis, vermouth) ; d'autres font un usage immodéré de l'absinthe. On peut observer chez eux, au bout d'un certain temps, les traces plus ou moins marquées de Valcoo-

(1) Ronchas, Fontaine et Hétet, De la Préparation et de la conserimlion du suc de citron comme anliscorbuUqiie [Ai'ch. de méd. navale, 1874).

LES BIALADIES ALIMENTAIRES 813

iisme chronique, qui nécessite un traitement dans les infirmeries et même dans les hôpitaux.

Jadis, cet alcoolisme s'observait assez fréquemment dans les garnisons, où il se manifestait sous ses formes les plus accusées et les plus graves parmi les vieux soldats, âgés de 35 à 40 ans, principalement parmi les rengagés avec prime et les remplaçants. Il en était de môme pour la plupart des armées européennes (1).

La rareté de cette affection parmi les soldats tient autant au nouveau mode de recrutement introduit dans l'armée française, à la suppression des remplacements, à la diminution de la période du service, qu'aux mesures prises par l'autorité militaire poui' réprimer l'ivresse et ses conséquences.

Aujourd'hui, les cas d'ivresse ne s'observent guère qu'à titre tout à fait exceptionnel dans les garnisons. Quant aux dillerentcs formes sous lesquelles se manifeste l'alcoolisme chronique, elles ne déterminent chaque année qu'un nombre très restreint d'iiospitalisations, comme l'indique les chiiïres suivants, empruntés à la statistique médicale de l'armée pendant une période de seize ans (1873-90) :

111 entrées

100 entrées

70 entrées

Ce qui donne une morbidité moyenne et annuelle de 0,2 pour 1000 hommes présents.

Le nombre de décès par alcoolisme est représenté, pendant la même période, par les chiffres suivants :

Soit une mortalité de 0,03 pour 1000 hommes.

La proportion des éliminations par réforme occasionnées par

(1) Moraclie, Traité d'Iiygiene militaire, 2^ édition, 1886, p. 710.

cette cause morbide est encore moins élevée (10 réformes en 1888, S en 1889, 3 en 1890).

C'est parmi les troupes de la Grande-Bretagne et surtout dans les colonies anglaises que l'alcoolisme a fait le plus de ravages, comme l'indiquent les chiffres suivants, correspondant à la période 1839-66 (1).

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