ACCIDENTS PRODUITS PAR L'ACTIOX DE LA CHALEUR ET DU FROID
asphyxie, au mécanisme de laquelle concourent différents éléments : augmentation dans le sang d'acide carbonique, due au fonctionnement exagéré du système musculaire; quantité moindre d'oxygène fixée par le liquide sanguin à une température supérieure à la moyenne ; ralentissement des échanges gazeux dans les poumons, par suite de la gêne des mouvements respiratoires.
Les types créés par les auteurs sous les noms d'insolation asthénique (Obernier), de variété cérébro-spinale du coup de chalem' (Morehead), de forme asphyxique du coup de soleil (Lacassagne) correspondent à cet accident.
Dans la seconde forme, la chaleur doit être seule mise en cause; elle détermine la coagulation du suc musculaire, ce qui explique la pâleur initiale du visage et la sécheresse de la peau ; par suite de la diminution du champ circulatoire se produit un certain degré de congestion des viscères, ce qui rend compte des symptômes présentés par les malades : anxiété précordiale, dyspnée, vertiges, envies fréquentes d'uriner, élévation de la chaleur organique, d'autant plus facile et plus prompte que la sudation est supprimée, et qui, comme l'a remarqué Vallin sm^ divers animaux mis en expérience, peut atteindre rapidement W et même 46° au moment de la mort.
Il en est de môme de la troisième forme, dans laquelle on constate des lésions nettement accusées, localisées à l'appareil cérébral et représentées par de la congestion des méninges, puis par de la méningite aiguë (ecchymose de la pie-mère, épanchement trouble dans les espaces sous-arachnoïdiens, exsudât granuleux et globules de pus dans la pie-mère), lésions qui sont précisément celles qu'a provoquées le même observateur, quand il recouvrait la tête des animaux d'un appareil à circulation d'eau chaude. C'est à cette forme seule qu'Héricourt a réservé le nom d'insolation ; elle a été décrite sous les dénominations de coup de soleil (Lacassagne), de coup de chaleur ataxo-adynamique (Blachez), de forme cérébrale du coup de chaleur {VMhev).
La série d'accidents que comprend le coup de chaleur doit donc être rapportée surtout à l'action exercée par l'excès de chaleur naturelle ou artificielle sur l'organisme animal. Mais, dans
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quelques cas, qui ne sont pas rares dans l'armée et particulièrement dans les climats tempérés, il faut attribuer certainement un rôle pathogénique à la fatigue et au surmenage.
Le coup de chaleur peut s'observer, en effet, sous toutes les latitudes comme dans tous les climats; s'il a été noté fréquemment dans l'Inde, cela est dû, non seulement à la chaleur climatérique, mais encore aux opérations militaires qui ont été exécutées dans ce pays comme dans la plupart des autres contrées de la zone torride (Madagascar, Maurice, La Réunion, Sénégal).
Dans les climats tempérés, ces accidents, tout en étant plus rares que dans les pays tropicaux, surviennent également parmi les troupes, comme on l'observe chaque année en France, quand on prescrit une marche militaire ou une revue pendant la saison des chaleurs, à une heure inopportune de la journée.
La production du coup de chaleur est favorisée parmi les troupes en marche par un certain nombre de conditions ; les unes sont spéciales à la profession militaire : excès de fatigue, influence de l'habillement et de l'équipement qui mettent obstacle à l'évaporation rapide et facile de la transpiration, chargement du sac, constriction du cou par le col et delà poitrine par des tuniques trop ajustées, marche en rangs trop serrés; les autres sont météoriques : temps couvert, orageux, précédant la pluie.
Les fantassins paraissent beaucoup plus exposés que les cavaliers à l'insolation, ce qui s'explique facilement, puisque ces derniers portent une charge moindre et sont portés à une certaine hauteur au-dessus de la surface du sol, échauffée par les rayons solaires.
Cependant, on a observé cet accident particulièrement chez quelques cavaliers, qui, comme les gardes de Paris, les dragons, les cuirassiers, sont coiffés de casques, où la température peut atteindre jusqu'à oO et même S2° au soleil (Géraud).
La résistance qu'offrent les troupes de couleur des zones tropicales contre l'action de la chaleur climatique a été exagérée, comme le démontre le fait, constaté dans l'Inde, que les Cipayes, vêtus à l'européenne, sont presque aussi exposés à l'insolation que les troupes anglaises. L'immunité que les indigènes présentent à ce point de vue, dans les pays chauds,
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semble dépendre en grande pai'tie du mode de vêtements amples et légers, adopte pai* eux.
IV. Traitement curatif et prophylactique. — Comme Fa remarqué très judicieusement Héricourt, l'avantage que le médecin militaire trouve à rapporter à des types nettement définis les accidents nombreux et variés qui résultent de Taction de la chaleur excessive sur l'organisme vivant, est de lui tracer nettement une thérapeutique rationnelle et physiologique, qui pourra différer, il est vrai, suivant les différentes formes du coup de chaleur, mais qu'il lui sera facile de mettre en pratique, sans aucune hésitation, dans chacun des cas particuliers qui s'offrent à son observation.
Quand on se trouve en présence d'une axphyxie par la chaleur, favorisée par le surmenage, il faut débarrasser la poitrine et le cou de tout ce qui peut gêner lés mouvements respiratoires, puis provoquer de profondes inspirations par l'aspersion d'eau froide sur le visage et le haut de la poitrine, par toute excitation plus ou moins forte des téguments, enfin, dans les cas graves, par la respiration artificielle, si les moyens précédents sont restés sans résultat. Quand l'oppression persiste, on peut recourir à une petite saignée.
Dans les cas légers et alors qu'il y a seulement menace d"axphyxie, le repos du malade à l'ombre, la liberté des vêtements, le transport en voiture pendant quelques kilomètres, avec l'absorption de quelques gorgées d'une boisson excitante, suffisent généralement pour dissiper tout malaise.
Quand les accidents semblent résulter surtout de l'excès de chaleur, il faut transporter le malade à l'ombre, le déshabiller complètement et lui faire, avec sa chemise trempée dans le ruisseau voisin, de larges affusions froides. On arrive ainsi à soustraire au corps le plus de calorique possible. En môme temps, on fait ingérer au malade de petites quantités d'eau très froide. Il ne faut pas l'étendre sur le sol trop échauffé, mais le placer sur une table improvisée au moyen de branchages.
Dans ces cas, la saignée est contre-indiquée, car elle ne ferait que hâter la mort de la fibre musculaire; du reste, la circulation
étant arrêtée, la peau étant exsangue, il serait impossible de tirer du sang.
Enfin, les insolations proprements dites doivent être traitées, comme la méningite au début, par les révulsifs et les antiplilogistiques ; aussitôt que la période convulsive a cessé et quand le délire a éclaté, une saignée abondante peut être pratiquée (i). On la fait accompagner de sinapismes promenés sur les membres inférieurs et d'applications froides sur la tête.
Le lendemain, si lé délire a persisté, l'application de sangsues aux apophyses mastoïdes et les moyens propres à produire une révulsion intestinale peuvent être suivis des meilleurs effets. Ryan (2) conseille le chloral et le bromure de potassium pour combattre les accidents.
La prophylaxie de l'insolation comprend un certain nombre de précautions et de mesures hygiéniques, qui doivent être toujours observées par le commandement. Les principales sont les suivantes: bien régler l'allure de la marche; ménager les forces des hommes ; maintenir les soldats écartés en file de chaque côté de la route ; autoriser l'aisance des vêtements ; choisir pour les marches et les exercices les heures de la journée où la chaleur est le moins élevée ; éviter les haltes, à moins que ce ne soit à l'ombre ; défendre aux hommes de se coucher sur le sol surchauffé ; adopter pour les troupes appelées à séjourner ou à opérer dans les pays chauds une coiffure appropriée et des vêtements suffisamment amples, comme l'ont fait les Anglais en Egypte et aux Indes, et comme nous l'avons fait nous-mêmes au Tonkin (casque en moelle de sureau, couvrenuque léger).
B. — Les accidents imputables au froid.
l. Fréquence et gravité dans l'armée. — Les accidents imputables au froid et observés parmi les soldats con-
(1) Géraud, la Saignée dans le coup de chaleur [Arch. de méd. milit., 1888, t. XII, p. 23).
(2) Ryau, Des Effets d'une haute température sur le corps; nature, prophylaxie et traitement du coup de chaleur, (Armij med. Report for the year 1885- 1887, p. 396, analysé dans Arch. de méd. mil., 1888, t. XIII, p. 81).
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sistent en lésions locales {engelures , congélations) et en troubles généraux des grandes fonctions organiques, représentés principalement par l'asphyxie, et qui peuvent, dans certains cas, déterminer la mort. Nous ne nous occuperons que de ces derniers.
C'est surtout dans les armées en campagne que ces accidents ont été observés dans l'antiquité comme de nos jours. On sait que l'armée commandée par Xénophon pendant la retraite des Dix-mille, fut fortement éprouvée par les rigueurs de l'hiver ; il en fut de môme des soldats d'Alexandre dans les régions barbares de l'Asie.
Plusieurs exemples d'asphyxie par le froid ont été observés pendant le moyen âge parmi les troupes européennes. Enfin, dans les nombreuses expéditions militaires qui eurent lieu à la fin du siècle dernier et au commencement du xix' siècle, nos soldats furent souvent éprouvés par la rigueur du froid, principalement pendant la retraite de Russie, et présentèrent divers accidents décrits par Larrey (1), Desgenettes et Moricheau- Beaupré.
Comme l'a noté L. Laveran, plusieurs cas d'asphyxie par le froid et de congélation ont été observés à différentes reprises parmi les troupes françaises appelées à opérer ou à séjourner en Algérie [Retraite de Constantine en 1836, colonne du Bou-Thaleb en 1845 (2), passage de l'Atlas en 18S2, marche d'Aumale à Laghouaten 1879 (3)].
Des accidents du même genre n'ont pas été rares, en 1854- 1856, parmi nos troupes de Crimée [Chenu (4), Tholozan, Fauvel].
Enfin, plus récemment, pendant la guerre franco-allemande de 1870-71, nos armées de la Loire et de l'Est ont offert plusieurs cas de congélation (5).
(1) Larrey, Mémoires de chiritrr/ie militaire. Paris, 1812-13, t. IV, p. 258.
(2) 228 décès sur 2800 hommes. Voy. Sclirimptoii, Relation de la retraite du Bou-T/taleb (Recueil de mém. de mêd. milit., 1846, t. LXXII, p. 158).
(3) Lebastard, Relation médicale du désastre du Tléta des Douairs [Rec. de mém. de méd. mil., 1880, 3^ série, t. XKXVI).
(4) Chenu, Rapport sur les résultats du service médico-chirurgical aux ambulances de Crimée. Paris, 1865.
(3) Voy A. Laveran, Art. Froid du Diction, encyclopédique des sciences méd., 4« série, t. VI, p. 169 etsuiv.
II. Etiologie . — Un certain nombre de conditions interviennent dans la production des accidents déterminés par le froid ; les unes sont extérieures, les autres propres aux individus.
Nous mentionnerons parmi les premières la violence du vent, la pureté du ciel, qui augmente le rayonnement nocturne, le dégel ; et parmi les secondes les influences débilitantes. Finsuffisance de l'alimentation (1), l'immobilité, l'inaction, le découragement, la nostalgie, le manque de vêtements, l'abus des boissons alcooliques.
III. Etude clinique. — L'influence morbide, exercée par un froid rigoureux, se manifeste par les symptômes suivants : faciès rouge, tuméfié, cyanosé, yeux injectés et saillants, lèvres bleuâtres, peau livide, gonflement des mains, affaiblissement général, marche pénible et chancelante, raideur du tronc (Desgenettes), difficulté dans la parole, diminution de la vue, engourdissement général, tendance au sommeil (Larrey, Schrimpton, Martins), pouls petit et misérable, respiration rare et difficile ; quelquefois idiotisme et délire analogue à l'ivresse, écoulement de sang par le nez et les oreilles (Moricbeau-Beaupré).
La mort peut se produire à la suite de ces accidents et s'accompagne tantôt d'anémie, tantôt d'hypérémie des centres nerveux. Elle peut avoir lieu par asphyxie (par congestion pulmonaire) ou par syncope, surtout quand les individus sont en môme temps en proie à l'inanition.
VI. Traitement curatif et prophylactique. — Dès qu'apparaissent les troubles qui permettent de craindre l'asphyxie par le froid, il faut laisser quelque temps le malade à l'air, le soumettre à un échauffement progressif et lent, au moyen de frictions avec de la neige, puis avec une
(1) Dans le récit si émouvant de la catastrophe du 4» zouaves au TIéla des Douairs, Lebastard a noté que la température n'était pas très basse ; il tombait autant de pluie que de neige, mais cette eau froide imbibait les pautalons de toile boufl'aute des zouaves et les exposait à un froid continu ; les hommes étaient harassés et exposés à la faim ; car leurs pains détrempés sur le sac par la pluie s'étaient perdus ; les conserves de viande avaient été consommées la veille ; la pluie et la neige, qui n'avaient cessé de tomber pendant la route, avaient empêché de faire le café au départ; beaucoup d'hommes, qui n'avaient pu suivre la coloune, n'étaient arrivés à la grand'halte qu'au moment où la troupe avait repris sa marche, et n'avaient pu rien prendre.
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flanelle sèche, et ne le transporter dans une atmosphère chaude que lorsqu'il paraît hors de danger. On lui fait prendre quelques gorgées d'une boisson un peu stimulante (café, thé); ensuite, on combat les congestions pulmonaires au moyen de l'application de sinapismes et de ventouses sur le corps ; au besoin, une petite saignée peut être pratiquée.
La prophylaxie des accidents produits par le froid est du reste très simple ; il faut mettre l'organisme à l'abri de ses atteintes, par une alimentation substantielle et réconfortante, en procurant aux hommes des vêtements suffisamment protecteurs contre les rigueurs de la température, et en soustrayant les soldats, par des exercices convenablement appropriés aux circonstances, à Tinaction et à l'immobilité qui, comme on sait, favorisent à un si haut degré le refroidissement de l'organisme.