INFLUENCE DE LA VIE DES CAMPS
mieux aménagé, s'il dure un certain temps, est toujours inférieur, comme salubrité, à une caserne liygiéniquement entretenue ».
II. Le soldat en Algérie et en Tunisie. — C'est un fait démontré par la statistique médicale que la morbidité et la mortalité des troupes de l'Algérie et de la Tunisie diffèrent notablement de celles des troupes servant à l'intérieur.
En effet, pendant les années de paix comme pendant les années marquées par des opérations militaires, la proportion des malades et des décès est constamment plus élevée dans notre armée d'Afrique que dans les garnisons de Fi'ance. Nous avons établi, pour une période sufTisamment longue (1880-89), que la proportion moyenne et annuelle des entrées à l'hôpital a été de 397 pour 1000 pour les troupes de Tunisie et de 413 pour 1000 pour les troupes d'Algérie, alors que la morbidité pour les troupes de l'intérieur n'avait pas atteint, pendant la même période, 200 entrées sur 1000 hommes présents.
L'évolution annuelle de la morbidité militaire est très différente en France et au nord de l'Afrique. En effet, les médecins militaires qui ont séjourné en Algérie et en Tunisie ont pu constater que dans les hôpitaux de notre colonie africaine le nombre des malades, réduit pendant les cinq ou six premiers mois à un minimum très bas, augmente brusquement vers le mois de juillet, et continue à s'accroître jusque vers la fin d'août, époque où il est triple ou quadruple de celui du premier trimestre ; qu'alors commence un mouvement de décroissance, plus lent que celui de l'ascension et qui ramène progressivement la morbidité à un minimum, lequel 7 fois sur 10 tombe sur le mois de février de l'année suivante. Il en résulte que l'année pathologique se divise nettement en deux périodes bien tranchées (Kelsch) (1).
Pendant la période 1880-89, la proportion des décès a été annuellement et en moyenne de 11 pour 1000 hommes en xUgérie et de 18 j)our 1000 hommes en Tunisie, alors que cette proportion n'a guère atteint que 7 pour 1000 hommes dans nos garnisons de l'intérieur.
L'évolution de la mortalité militaire en Algérie diffère beaucoup de celle que cette mortalité offre en France ; d'abord, elle pré-
(1) Voy. Kelsch, la Palhor/énie dam; ien milieu. c mili laire.^, p. 128.
sente son minimum en mars et mai, c'est-à-dire pendant le printemps, s'élève progressivement pendant l'été, pour atteindre brusquement son maximum pendant l'automne (en octobre) ; ensuite elle décroît assez rapidement pendant l'hiver.
C'est ce que démontre le tracé suivant, emprunté à la statistique médicale de l'armée en 1888 (voy. tracé V) :
Tracé V. — MoRTALrrÉ mensuelle de l'armée en Algérie ET EN Tunisie en 1888.
Cette mortalité oflfre des oscillations beaucoup plus accusées qu'en France, puisqu'elle varie annuellement enti'e 5 et 17 pour 1000 parmi nos troupes d'Afrique, tandis qu'elle est comprise seulement entre 3,2 et 8,5 pour 1000 hommes parmi nos troupes de l'intérieur.
Cette différence, si marquée, de la courbe de la mortalité des troupes françaises en Algérie et en Tunisie, avec la courbe de la mortalité de ces troupes à l'intérieur, s'explique surtout par la fréquence et la gravité qu'offre la paludisme dans nos garnisons du Nord de l'Afrique, pendant la période estivo-automnale. Ilfaut tenir compte également de l'influence qu'exercent sur la morbidité et sur la mortalité pendant la saison chaude, d'abord, la fièvre typhoïde, qui, comme nous le verrons plus loin, sévit plus fortement en Algérie que môme dans les régions méridionales de
la France ; puis les maladies de l'appareil digestif (diarrhée, dysenterie, affections hépatiques), assez fréquentes en Algérie et en Tunisie.
Notons enfin la rareté, dans notre colonie africaine, des différentes maladies saisonnières (affections pulmonaires), et de certaines maladies infectieuses (fièvres éruptives, oreillons), dont les atteintes paraissent liées, en Europe et en France, surtout avec l'hiver et le printemps.
III. Le soldat en temps de guerre. — Quand on examine les pertes éprouvées par les armées, et résultant soit des maladies, soit du feu de l'ennemi, dans certaines expéditions militaires, on constate d'ahord ce fait établi par les statistiques modernes, que, malgré les progrès apportés depuis le commencement du siècle dans le matériel d'armement des grandes nations européennes, les pertes du champ de hataille n'ont pas augmenté sensiblement dans les guerres contemporaines. C'est ce qu'indiquent les chiffres ci-dessus, empruntés à Morache (1) :
PROPORTION
DES P E R T lî S
par le feu