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CHAPITRE VIII

INFLUENCE DE LA VIE DES CAMPS, DU SÉJOUR EN ALGÉRIE ET DES EXPÉDITIONS MILITAIRES SUR LA MORBIDITÉ, LA MORTALITÉ ET LA NATURE DES MALADIES DU SOLDAT.

I. Le soldat dans les camps. — Alors que dans les garnisons la pathogénie est toujours complexe, dans les camps elle paraît considérablement simplifiée, puisque les soldats y sont complètement à l'abri des induences morl^ides, si nombreuses et si diverses, qu'offre le séjour dans les milieux urbains et n'ont, pour ainsi dire, plus aucune relation avec les habitants des villes (Kelsch).

C'est un fait observé et connu depuis longtemps que le séjour dans les camps est généralement favorable à l'état sanitaire (1). A l'appui de cette affirmation, on peut citer à ce point do vue les excellents résultats, signalés par Gofîres (2) au camp de Châlons. En 1864, on a compté, sur près de 30000 hommes qui occupèrent ce camp, seulement 63 malades et 21 décès, pendant les cent-cinq jours qu'a duré l'occupation : ce qui donne une morbidité annuelle de "28 et une mortalité annuelle de 3,16 pour 1000 hommes d'effectif (alors que la stalistique médicale a fourni pendant la môme année, pour la mortalité cà l'intérieur, le chiffre de 9,42 pour 1000).

La môme remarque avait été faite au camp de Beverloo, par Merchie (3), et au camp de Krasnoë-Sélo, par Heyfelder (4).

Cependant, en 1873, utilisant les documents officiels mis

(1) Voyez Boisseau, art. Camp du Diclionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. XII, p. 64.

[i) Voy. Gofl'res, Considérations historiques, hygiéniques et médicales sur le camp de Châlons {Recueil de mémoires de méd. mil., 1865, 3<^ série, t. XUI, p.49).

(3) Merchie, Rapport sur les maladies qui ont réyné en 18.54 au camp de Beverloo (Arch. bel. de méd. milil., 1854, t. XIV).

(4) Heyfeldei', Das Lager von Krasnoë-Selo im Verqleich mit den von Châlons. Berlin, 1866.

gracieusement à ma disposition par M. le Médecin-inspecteur Lustreman, j'ai appelé un des premiers Fattention sur les maladies que présentèrent les troupes françaises réunies au lendemain de la guerre franco-allemande dans les camps permanents créés autour de Paris.

J'ai établi que, malgré les avantages de la vie au grand air et de l'éloignement des influences morbides de la capitale, ces troupes avaient fourni, du l"^'' septembre 1871 au 31 août 1872, autant d'entrées aux hôpitaux que les troupes logées dans les casernes de Paris. J'ai également appelé l'attention sur le grand nombre d'affections morbides, attribuables aux influences atmosphériques et môme infectieuses, qui se sont alors manifestées dans les baraquements, au bout de quelque temps d'occupation (1).

Il est démontré aujourd'hui que cette heureuse influence du campement sur les troupes, presque exclusivement attribuée à cette vie en plein air, à ce bain atmosphérique auquel les hommes se trouvent soumis (Moraehe) (5), n'est que transitoire et disparaît souvent, quand se prolonge le séjour des hommes sous la tente ou dans les baraques.

On retrouve, en effet, dans les camps comme dans les villes, une prédominance des affections catarrhales (diarrhée, embarras gastrique) pendant l'été ; des affections pulmonaires (pneumonies, pleurésies) et des rhumatismes pendant l'hiver (Kelsch).

Les maladies infectieuses elles-mêmes n'y sont pas rares, surtout au bout d'une certaine période d'occupation ; outre les fièvres intermittentes, qui sont attribuables à l'influence du sol, on y voit apparaître souvent la dysenterie, la fièvre typhoïde et la plupart des maladies urbaines (fièvres éruptives, maladies vénériennes).

Il peut même se développer dans les camps permanents de véritables foyers infectieux, d'autant plus dangereux que les hommes sont renfermés dans des abris improvisés et dépourvus souvent des aménagements indispensables à la salubrité des habitations urbaines.

Voilà pourquoi on peut dire avec Moraehe que « le camp le

(1) Voy. A. Marvaiid, Etude aurles camps permaneiiLs {Annales d'hygiène publique et de méd. légale, 1873, 2^ série, t. XXIV).

(2) Voy. Moraclie, Traité d'hygiène militaire, édition, 1886, p. 418.

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