‹ Les maladies du soldatChapitre 62 sur 224 · EFFECTIF TOTAL · texte numérisé non relu

EFFECTIF TOTAL

VAUrATIONS

DK LA MORTALITE TVPIIOÏDK

pi-iur 1000 hommes

De 4000 à oOOO hommes.

De 3000 à 4000 — De 2000 à 3000 — De 1000 à 2000 — Moins de 1000 et plus de 100.

De 0 à 3.16 De 0 à 8.36 De 0 à 6.12 De 0 à 5.4.^ De 0 à ;i4.20

Ainsi, la statistique médicale de l'armée nous permet de découvrir entre les villes de garnison des différences assez notables, au point de vue de la fréquence dans ces garnisons de

A quoi faut-il attril)uer ces différences? Il ne nous paraît guère possible de faire jouer un rôle prédominant au climat. Bien que la fièvre typhoïde offre une prédominance assez marquée dans certaines régions de corps d'armée, on constate cependant, d'une part, que, dans les régions qui sont les moins éprouvées par cette maladie, il y a certaines localités qui offrent une morbi-

clité et une mortalité typhoïdes assez notables (ALiniens dans le IP corps, Le Mans dans le IV% Brest et Morlaix dans le X^, Troyes dans le VP) ; d'une autre part, que môme dans les régions qui présentent la plus forte proportion de cas et de décès causés par la dothiénenterie, et dont les conditions géographiques et climatiques sembleraient les plus favorables à l'explosion et au développement de cette maladie, il y a certaines localités, pour ainsi dire privilégiées, dans lesquelles l'armée paraît à peu près à l'abri de ses atteintes.

Du reste, Valtiliide et la situation orographique des villes de garnison ne paraissent jouer également qu'un rôle assez restreint sur la fréquence de la maladie.

Ainsi, la fièvre typhoïde sévit cruellement au voisinage des Pyrénées centrales et orientales (Amélie, Perpignan, Pamiers), tandis qu'à l'autre extrémité de la chaîne (Bayonne, Pau, Tarbes), on ne la signale presque pas.

« Certaines garnisons des Alpes (Cbambéry) présentent de 30 à 39 typhoïdiques pour 1000 hommes ; d'autres (Briançon, Digne, Annecy) en ont moins de 10 pour 1000 ou pas du tout ; Embrun, Gap, Barcelonnette, Sisteron, de 10 à 19 pour 1000. -> (Goustan et Dubrulle) (1).

Certaines grandes plaines alluvionnaires, soit à l'intérieur, soit en bordure de la Manche et du Pas-de-Calais, ne sont pas visitées par la maladie. D'autres, comme les plaines de l'Hérault, du Bbône, de l'Aude, sont absolument ravagées par elle.

Si l'on veut une confirmation de cette ipftlifïérence de la fièvre typhoïde pour la situation orographique des localités, nous la prendrons, avec Coustan et Dubrulle, dans un corps d'armée, le XVP, un des plus hauts placés dans l'échelle de gravité typhoïdique. Les principales villes de garnison de ce corps d'armée ont offert la morbidité suivante par fièvre typhoïde :

l Albi, moins de 10 atteintes pour 1000 li.

Altitude de 0 à 200 mètres. | Perpignan ) , ^„ ,

/ T.. , > de 20 a 29 pour 1000.

f INarbonne ) ^

(1) Coustau et Dubrulle, /a Fiavre typhoïde dans les armées. Géographie 'médicale. [Annales d'hyg. piibl. et de iiiéd. légale, 1891, 3" série, t. XXVI.)

Altitude de 0 à 200 mètres.

de 30 à 39 pour lUOO.

— de 200 <à 1000 m. ] Mende, de 30 à 39 pour dOOO.

( Amélie-les-Bains, de 40 à 49 pour looo.

— de 1000 à 1800 m. I Mont-Louis, 10 pour 1000.

Enfin, nous trouvons, parmi les garnisons du Plateau central de la France, toutes situées à des altitudes plus ou moins grandes, des villes comme Aurillac, Le Puy, Roanne, dont la morbidité typhoïde est nulle ou au-dessous de 10 pour 1000 ; d'autres, comme Privas, Clermont, à morbidité de 10 à J9 ; d'autres, comme Montbrison, de 20 à 29; Mende, de 38 à 39; Brives, de 50 à 59 poui- 1000.

Le voisinage des grands fleuves n'exerce également pas d'influence sensible sur l'apparition et la l'réquence de la fièvre typhoïde dans les villes de garnison.

Le bassin de la Garonne est généralement touché dans sa partie orientale (Cahors, Montauban, Toulouse, Auch, Mirande, Pamiers). Aucune garnison du cours de la Loire n'est fortement atteinte ; Nantes, Tours, Blois, de 10 à 19 pour 1000; Angers, moins de 10; Orléans, Cosne et Nevers, au-dessous de 10. Les villes situées sur le cours du Rhône ne sont guère frappées que près des bouches du fleuve (Arles, Tarascon) ; Avignon, Valence, Vienne ont peu de typhoïdiques; Montélimar, Lyon en ont moins de 10 pour 1000.

Il n'existe donc point, comme l'admettait Pettenkoffer, de sols favorables et défavorables au développement de la fièvre typhoïde. Celle-ci peut survenir partout, quelle que soit la nature du terrain, quelles que soient même les conditions d'orographie et d'hydrographie des localités.

VL Variations suivant les armes. — Les armes sont éprouvées par la fièvre typhoïde dans des proportions différentes, comme l'indique le tableau suivant, emprunté aux statistiques médicales de 1888, 1889 et 1890 (morbidité annuelle pour 1000 hommes) :

MOYENNE

annuelle

Gard6 républicciine .

Géni6 .

Artillerie de forteresse .........

Régiments d'artillerie et pontonniers .

Secrétaires d'état-major et du recrute-

Commis et ouvriers d'administration .

Sapeurs-pompiers ...... i .... .

Train des équipages. ■.

Cavaliers de remonte . . •

Ces différences entre les armes au point de vue de la morbidité typhoïde proviennent presque uniquement des villes de garnison occupées par elles. Ainsi, l'élévation de cette morbidité dans le train des équipages et parmi les cavaliers de remonte peut tenir au séjour de la plus grande partie de ces troupes en Algérie et en Tunisie, où la maladie est plus commune et plus grave qu'en France.

Le régiment des sapeurs-pompiers doit son rang assez médiocre à son séjour dans la capitale ; la Garde républicaine, qui tient également garnison à Paris et qui semble beaucoup plus privilégiée, échappe presque à la diothiénentérie, grâce à l'âge plus avancé des hommes qui la composent.

La morbidité des chasseurs à pied, supérieure d'un tiers à celle de l'infanterie, paraît devoir être attribuée à la fréquence de la maladie parmi les bataillons alpins, pendant et après leurs manœuvres spéciales.

Le rang élevé occupé par les infirmiers militaires dans l'échelle de la morbidité typhoïde peut être considéré comme une conséquence de la contagion.

VII. Variations suivant les saisons. — L'influence exercée par les saisons sur la fréquence et la gravité de la fièvre typhoïde est nettement démontrée par la statistique médicale de l'armée. Nous présentons, dans un tracé spécial, l'évolution saisonnière offerte par cette affection pendant une année

prise au liasard (1888) et doni: les résultats sont du reste identiques à ceux correspondant aux années antérieures (voy. tracé VIII) :

Tracé VIII. — MoRBiorrÉ typhoïde mensuelle a l'intérieur

Cas pour

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

L'évolution saisonnière de la mortalité typhoïde ofTre les mêmes variations que celle de la morbidité.

C'est pendantle troisième trimestre et pendant la saison estivoautomnale que la maladie occasionne le plus grand nombre d'atteintes et de décès dans nos garnisons de l'intérieur. Il en est de môme dans la population civile.

Nous verrons plus loin que, dans les garnisons de l'Algérie et delà Tunisie, la fièvre typhoïde subit les mômes influences saisonnières qu'en France.

B. — Évolution épidémique dans les milieux militaires

Nous examinerons successivement la fièvre typhoïde dans les garnisons de l'intérieur, dans les camps, en Algérie et en Tunisie, dans les expéditions militaires.

I. — La fièvre typhoïde dans les garnisons de l'intérieur. — La fièvre typhoïde est endémique dans la plupart des villes de garnison de l'intérieur; il ne se passe pas d'année où cette affection n'y révèle sa présence par des cas isolés et disséminés, qui surviennent aussi bien dans la population civile que dans l'armée et qui, tout en étant parfois d'une gravité excep-

tionnelle, n'attirent généralement pas beaucoup l'attention (!)• Mais sous l'influence de différentes conditions que nous étudierons plus loin surviennent quelquefois, dans une garnison, dans une caserne, dans un corps de troupes ou même dans un pavillon de caserne et dans certaines chambrées, de véritables épidémies, qui prennent souvent un très grand développement.

Tandis que la fièvre typhoïde occasionne, comme nous l'avons vu, annuellement dans notre armée, à l'intérieur, environ 20 entrées au.x hôpitaux, pour 1000 hommes présents (y compris les fièvres continues) (2), cette morbidité peut s'élever, en temps d'épidémie, à une proportion beaucoup plus considérable, quand on considère seulement l'effectif de la troupe frappée par la maladie. Alors elle peut atteindre la proportion de 1/4 et môme de 1/3 de l'effectif.

Dans l'épidémie observée par Daga, à Nancy, en 1873, la proportion des atteintes s'éleva à 100 pour 1000 hommes présents. La morbidité fut encore plus élevée dans l'épidémie observée par Roux sur le 2° Dragons, au camp de Pontgouin ; dans celle qui sévit sur le 24'' de ligne, au camp de Satory (180 pour 1000); dans celle qui frappa le 18" de ligne à Brest (250 p. 1000); enfin, dans celle qui éclata, en 1889, sur le 24^ Dragons, à Dinan (600 pour 1000).

La léthalité est également très variable suivant les épidémies ; quelquefois, elle est insignifiante; d'autres fois, elle atteint un chiffre fort élevé. Alors que, comme nous l'avons vu, la proportion des décès typhoïdes ne s'élève guère annuellement, dans l'ensemble de l'armée française, à l'intérieur, au-dessus de 2 à 3 pour 1000 hommes présents, la mortalité, dans certaines épidémies, peut atteindre jusqu'à -40 pour 1000.

On observe également entre les épidémies typhoïdes des différences souvent très grandes, quand on compare le nombre des décès avec le nombre des atteintes. Nous citerons, comme exemples d'épidémies graves, l'épidémie de Tarascon et celle de Vincennes en 1874, qui occasionnèrent 23 à 26 décès pour 100 ma-

(1) Arnould, De la Fièvre typhoïde à l'état sporadique {Revue d'hygiène, 1886, t. VIII, p. 7S0).

(2) Seulement 10 pour 1000 hommes en ne comprenant pas les fièvres continues.

lades; celle de Brest et d'Amiens en 1876, pendant lesquelles les malades succombèrent dans la proportion de 33 pour 100.

Dans ses intéressantes recherches sur la Fièvre typhoïde dans Vannée, L. Colin (Ij a insisté sur le grand nombre d'épidémies qui surviennent à. titre transitoire et éventuel dans les garnisons de l'intérieur; il a signalé, en même temps, la mobilité que présentent les milieux typhoïgènes à la surface du territoire français, et qui, suivant lui, dépendrait, en certains cas, de la variabihté des conditions sanitaires de la population civile.

« Chaque fois, dit-il (2), qu'un centre de population est atteint d'une épidémie typhoïde, la masse des individus prédisposés à cette affection fournit à cette épidémie un vaste contingent ; mais, de ces nombreuses atteintes résulte, pour les années suivantes, une chance de préservation pour la population, en raison de l'immunité acquise, pour tous ceux qui viennent d'être frappés. A moins de conditions spéciales d'insalubrité, comme il s'en rencontre dans certaines grandes villes, ou môme dans certaines locaUtés, demeurées stationnaires en fait d'hygiène, la fièvre typhoïde disparaît pendant un temps plus ou moins long de la région où elle a sévi, pour n'y reparaître que loi squ'elle a chance d'y rencontrer de nouveau un nombre d'individus prédisposés, suffisant à son développement. Suivant les années donc, les soldats trouvent, dans la môme garnison, des chances plus ou moins grandes de contracter la fièvre typhoïde, alors que celle-ci sévit ou non sur l'élément civil de la population. »

Quand la fièvre typhoïde éclate à l'état épidémique dans une grande ville de garnison, commune à plusieurs corps de troupes, qui sont logés dans des casernements distincts et plus ou moins éloignés les uns des autres, on voit la maladie apparaître, tantôt en môme temps dans les différents casernements, tantôt se loca- User d'abord à l'un d'eux.

Dans le premier cas, l'épidémie sévit concurremment dans l'armée et dans la population civile ; elle se produit sous l'influence de conditions générales et communes à l'une et à

(1) L. Coliu, Kcc. de méd. mil., l. XXXUI. pp. :321-433 (1877), et t. XXX.VIII, p. 1 (1882).

(2) Loc. cit., p. 403..

l'autre. Dans le second cas, rétiologie doit être rattachée de préférence à des conditions spéciales, soit au casernement atteint, soit à la troupe éprouvée isolément par la maladie.

Quand l'épidémie se déclare dans une petite ville de garnison où il n'existe qu'une seule caserne, la localisation de la maladie détermine nécessairement une mortalité quelquefois très élevée, relativement à l'effectif plus ou moins restreint des troupes qui sont logées. Nous citerons, parmi les localités qui ont été, dans ces dernières années, les plus éprouvées : Agde (mortalité typhoïde, o,4S décès pour 1000 hommes présents); Montdauphin (8,36), Gex (^20), Gluny (34,24), Colmars (54,42).

Comme l'a parfaitement démontré L. Colin (1), pour expliquer cette énorme mortalité, il faut tenir compte de la circonstance suivante: quand une épidémie de iièvj'e typhoïde éclate dans la garnison d'une petite ville, elle trouve habituellement cette garnison réunie dans une même caserne, de sorte que toute la population mihtaire locale vit dans le même foyer morbide ; d'où un nombre d'atteintes considérable, relativement au chiffre de l'effectif. Lorsqu'au contraire, la maladie sévit sur la garnison d'une grande ville, c'est telle ou telle caserne qui est plus spécialement frappée. Comme, une fois l'épidémie éteinte, on en apprécie la gravité, en comparant le nombre des atteintes et des morts au total de la population militaire, cette gravité paraît moindre à cause du grand nombre d'individus appartenant à cette population.

Généralement, les premiers cas offrent plus de gravité que les suivants, et le début de chaque épidémie est marqué par une léthalité assez forte. Ensuite, la maladie, tout en se généralisant, perd de sa gravité. Les derniers cas sont habituellement très légers, et la disparition de la maladie a lieu, tantôt progressivement, tantôt rapidement. Quelquefois, alors que l'épidémie a suivi pendant un certain temps un cours régulier, sans avoir présenté de gravité, survient subitement une période de recrudescence, pendant laquelle on voit entrer à l'hôpital une série de cas très graves et dont plusieurs sont suivis de mort. C'est

(1) Loc. cil., p. 404.

ce que nous avons observé nolamment pendant Fépidéniie typhoïde qui sévit, en 1890, au quartier de la Part-Dieu, à Lyon, sur le 5« Cuirassiers. Sur les 9 décès qui survinrent pendant cette épidémie, qui dura trois mois, 7 furent observés sur des malades qui étaient entrés dans nos salles, pendant une période de quelques jours (du 16 au 30 septembre 1890) (1).

Bien que la fièvre typhoïde apparaisse à l'état épidémique surtout pendant l'été et l'automne, cependant on la voit quelquefois se généraliser dans certaines garnisons pendant la saison froide.

L. Colin a cru devoir attribuer les épidémies estivo-automnales à l'intensité plus considérable des émanations qui se répandent à la suite des chaleurs et des sécheresses prolongées, dans les foyers de putréfaction animale, voisins des habitations; à l'activité plus considérable des miasmes telluriques; à la fi'équence de certaines indispositions en été et en automne (diarrhées, embarras gastriques, etc.), qui aboutiraient à la maladie; peut-être à l'influence des refroidissements résultant des oscillations thermiques du nyctémère.

Quant aux épidémies hivernales, cet auteur fait jouer dans leur explosion un rôle prépondérant à l'action du miasme humain et à l'encombrement. Mais il reconnaît que l'influence saisonnière est insignifiante, quand la maladie, comme cela a heu ordinairement dans les grandes villes de garnison, règne continaellement, aussi bien dans l'armée que dans la population civile. Il n'y a alors de recrudescence qu'au moment de l'arrivée de nouvelles troupes (recrues, changements de garnison).

Quelques médecins militaires ont appelé l'attention sur l'action que paraît avoir l'élévation de la chaleur extérieure sur la fréquence et la gravité de la fièvre typhoïde ; en effet, beaucoup d'épidémies typhoïdes, survenues pendant la saison d'été, ont offert une exacerbation pendant les mois les plus chauds; c'est ce qui a été constaté, notamment en 1874, par Lauza (épidémie de Vincennes) ; pendant trois années consécutives (1874-75-76), par Annequin, à Lyon; en 1875, par Blanc et par moi-même en Algérie.

Le rôle des pluies n'est pas nettement déterminé. Suivant cer-

(1) A. Mai-vaud, Epidémie lyphoïde dans le quartier de la Part-Bien en 1890 [Arch. deméd. mil., 1891, t. XVII, p. 1).

tains observateurs (Aiineqiiiii), celles-ci agiraient d'une façon bienfaisante, en empêchant l'abaissement de la nappe d'eau souterraine et la production des fermentations putrides dans les couches superficielles du sol; de plus, elles faciliteraient la circulation et le nettoyage des égouts. Suivant d'autres (Roux, Constantin), elles produiraient, surtout après une sécheresse prolongée, des conditions favorables à l'élaboration miasmatique de foyers antérieurement inertes.

Comme on le voit, cette question nécessite des observations plus précises, avant de pouvoir être nettement résolue.

Dans certaines localités, où la fièvre typhoïde est endémique, il y a des casernes qui sont notoirement connues comme étant toujours plus éprouvées que les autres par la maladie, ce qui peut être attribué soit à l'action d'une influence morbiflque, inhérente à la caserne elle-même, soit à des conditions pathogéniques du quartier de la ville dans lequel la caserne est située; c'est ce qu'on a constaté souvent, notamment à Paris, à Lyon et à Nancy.

D'antres fois, malgré les recherches les plus minutieuses, on ne découvre rien pour rendre compte de la localisation de l'épidémie à une partie limitée d'un casernement. C'est ce qui est arrivé, par exemple, pour l'épidémie typhoïde, quia sévi en septembre et octobre 1890, sur le 3'= escadron du 5" Cuirassiers, caserne dans un pavillon du quartier de la Part-Dieu ; celui-ci fournit presque tous les cas qui s'offrirent à mon observation pendant le cours de cette épidémie, alors que les autres escadrons du même régiment et les régiments voisins furent presque complètement indemnes; et pourtant, toutes ces troupes étaient soumises aux mêmes conditions hygiéniques.

Les médecins militaires ont signalé de nombreux cas d'importation de la fièvre typhoïde dans une garnison, jusque-là indemne, par une troupe provenant d'une localité où régnait la maladie. C'est ce qui a eu lieu, en 1874, dans les garnisons d'Alençon (Régnier), de Chartres (Roux), de Laval (Renard), de Versailles (Fropo) et de Compiègne (Fristo), où la maladie fut importée du camp de Pontgoin (1).

(1) Régnier, la Fièvre typhoïde au camp de Pontgoin (Rec. de mém. de mêd. mil., 1876, t. XXXII.. p. 177.)

Il en a été de même pour les épidémies survenues en 1883 à Alençon, en 1884 à Nevers, en 1887 à Mamers, en 1888 à Moutauban. Dans ces cas, la maladie peut se propager dans le reste de la garnison et môme dans la population civile.

II. — La fièvre typhoïde dans les camps. — « Il n'es! pas un campement de quelque durée, dit Kelsch (1), qui n'ait été marqué par un nombre plus ou moins considérable de cas de fièvre typhoïde. Partout où les hommes originaires de nos garnisons viennent planter leurs tentes, ils subissent les atteintes de cette maladie; celle-ci apparaît au milieu d'eux, alors même qu"ils occupent des emplacements vierges de toute souillure antérieure. » Les annales de la médecine militaire en fournissent de nombreux exemples.

Au camp de Gompiègne, en 1741, 18Q00 hommes présentèrent, en deux mois, 194 cas de cette maladie.

Beaucoup de fièvres typhoïdes éclatèrent en 1846 et en 1848, pendant l'été, au camp de la Gironde (Rollet) (2).

Au camp de Boulogne, occupé pendant plus de deux ans, et dont l'effectif mensuel varia de 13000 à 33000 hommes, il y eut lo7o cas de cette maladie ; o-26 furent mortels (Périer) (3).

Au camp de Ghâlons, pendant huit années d'occupation (18o7- 1864), la fièvre typhoïde détermina 105 décès (les 2/3 des décès généraux) (Goffres) (4).

La môme observation a été faite, en 1859, au camp de Lannemezan, où, sur 8956 hommes, il y eut 128 cas de cette maladie, dont 17 furent mortels (Philippe) (3).

Dans les camps permanents, qui furent créés après la guerre de 1870-71 autour de Paris, et dont j'ai écrit l'histoire hygiénique et médicale, la fièvre typhoïde fut une des principales causes d'entrées à l'hôpital (6).

(1) Kelscli, la Fièvre typhoïde dans les milieux mililaires {Revue d'hygiène, 1820, t, Xll, p. 670).

(2) Rollet, Statistique médicale du camp de la Gironde {Rec. de mém. de med. mil., 2- série, t. IV, p. 6).

(3) Périer (J.), Mémoires de médecine militaire, 185G, 2» série, t. XVIU, p. 296.

(4) Goffres, Considérations Iristoriques, liygiéniques et médicales sur le camp de Chàlons{Recueil de mém. de médecine militaire, 1863, 'i' série, t. XIII, p. 49).

(u) Philippe, Rapport médico-chirurgical sur le camp de Lannemezan (Rec. de mém. de méd. milil., 1869, 3" série, t. XXII, p. 27).

(6)Marvaud,E^Mdesu?- les camps permanents [Annales d'hygièneetméi.lég.,if,1k).

Le même l'ait a été signalé par Duchemin (1), au camp du Pasdes-Lanciers, en 1886. Un mois après l'arrivée des troupes, la fièvre typhoïde éclata parmi elles et ne cessa qu'après la levée du camp. 1500 hommes sur 8300 furent atteints, soit 1/6 de l'effectif. La mortalité fut de 7 pour 100 malades.

Dans ces cas, la maladie est généralement importée des centres urbains par les différentes troupes qui ont concouru à la formation du camp. L'épidémie du camp du Pas-des-Lanciers a été très probablement causée par la provenance de certains régiments qui, comme le 62^ de ligne, avaient été casernes dans des localités (Lorien t) dont la garnison était atteinte de la maladie.

D'autres fois, la lièvre typhoïde apparaît dans les camps sans qu'on puisse reconnaître son importation, tout campement prolongé ou permanent pouvant devenir un foyer générateiu' de cette maladie, foyer d'autant plus actif et plus pernicieux que l'hygiène des hommes s'y montre plus défectueuse (Kelsch) .

IIL — La fièvre typhoïde dans les garnisons de l'Algérie et de la Tunisie. — Si, à une certaine époque, on a été jusqu'à nier la présence de la fièvre typhoïde dans les pays cliauds en général, et en Algérie en particulier, les observations recueillies par nos confrères de l'armée ont démontré qu'au Nord de l'Afrique cette maladie est au moins aussi fréquente parmi les troupes françaises que dans les garnisons de l'intérieur.

Quant aux pays chauds et intertropicaux, les travaux des médecins de la marine anglaise et française tendent à signaler de plus en plus, parmi cet ensemble de fièvres continues, endémiques dans ces pays, de véritables formes fébriles identiques aux fièvres typhoïdes.

On sait que Boudin (2i, considérant les affections palustres et la fièvre typhoïde comme antagonistes, admettait que le développement de cette dernière maladie était excessivement rare en Algérie. Tout en reconnaissant, cependant, que la dothié-

(1) Duchemin, In Fiècre hjphoïde au camp du Pas-des-Lanciers [Arch. de méd. milil. 1886).

(2) Boudiu, Traité des fièvres iiiterrnit letiies^ 1812. — Essai de géographie médicale et des maladies endémiquef, 18.j7.

nentérie pouvait atteindre les individus débarqués depuis moins de six mois dans la colonie, il prétendait qu'elle ne frappait jamais les indigènes, pas plus que les étrangers fixés depuis un certain temps dans ce pays.

Si l'on considère la pratique médicale suivie pendant de nombreuses années par les médecins militaires en Algérie, tfop pénétrés de la vérité de cette doctrine, on peut se faire une idée des erreurs regrettables auxquelles peut conduire l'application d'un faux principe de pathologie générale. Résolus à ne considérer la fièvre typhoïde que comme une affection excessivement rare au Nord de l'Afrique, ne se préoccupant pas suffisamment des lumières que pouvait apporter à cette importante question de géographie médicale l'étude des lésions nécroscopiques, nos prédécesseurs attribuaient presque toutes les fièvres continues à caractère typhique qu'ils observaient en Algérie à la fièvre rémittente palustre et, par conséquent, à la malaria.

Aussi, c'est sous cette dénomination de fièvre rémittente à forme typhoïde, que figui'aientdans les principaux écrits publiés sur la pyrétologie algérienne, pendant les premières années qui suivirent la conquête, des fièvres dont la symptomalologie comprenait tous les caractères de la dothiénentérie telle qu'on l'observe en France et en Europe : céphalalgie, épistaxis, diarrhée, météorisme abdominal, adynamie, taches rosées lenticulaires, etc. Bien plus, quand les autopsies venaient révéler l'existence des lésions caractéristiques de la fièvre typhoïde, et principalement l'inflammation et les ulcérations des glandes de Peyer, on s'en préoccupait fort peu, et les observations continuaient à figurer dans les publications scientifiques, comme sur les registres obituaires, avec l'étiquette fièvre rémittente à forme typhoïde (1).

C'est à L. Laveran (2) que revient le mérite d'avoir le premier appelé l'attention sur la fréquence de la dothiénentérie en Algérie.

(1) Voy. par exemple: Haspel, Traité des maladies de l'Alyérie, 1831-32.

(2) Laverai), Documents pour servir à l'histoire des maladies du nord de l'Afrique.

Dès 1860, à son arrivée dans cette colonie, il avait été frappé du grand nombre de fièvres typlioïdes qui se trouvaient en traitement à rtiôpital d'Alger, où, dans une période de sept mois, 40 cas s'étaient présentés à son observation. Ses malades n'avaient pas un an de séjour dans la colonie. « Je ne crois pas écrire une chose inutile, remarquait-il, en faisant connaître qu'on observe en Afrique, dans les six premiers mois de l'année, la gastroentérite de Broussais, la fièvre typhoïde, l'afiection;, en im mot, qui résume aujourd'hui les fièvres de Pinel. »

Aujourd'hui personne ne met en doute l'existence de la fièvre typhoïde en Algérie, et cette maladie a donné lieu à de nombreux travaux de la part des médecins de notre armée, parmi lesquels il convient de citer Netter (1), Frison (2), Arnould etKelsch(3), E. Alix (4), L. Cohn (5).

La statistique médicale de l'armée française fournit actuellement une démonstration mathématique de la fréquence et de la gravité de la dothiénentérie parmi les troupes algériennes. Il résulte des chifl'res suivants, empruntés à cette statistique, que cette maladie est aujourd'hui plus commune et plus meurtrière parmi ces dei-nières que dans les garnisons de l'intérieur :

Morbidité par fièvre typhoïde et par fièvre continue dans les hôpitaux militaires de France et d'Algérie pendant lapériodc 18 80-1890 [Moyenne annuelle pour 1000 hommes).

GARNISONS EN

France . . .

Algérie . . .

Tunisie . . .

(1) Netter, Note sur la fièvre typliuïde en Algérie {Recueil de mém. de médecine militaire, 1872).

(2) Frison, Contribution à /'histoire de la fièvre typhoïde en Algérie {Recueil de médecine militaire^ 1867).

(3) Arnould et Kelscli, Recherches sur la fièvre typhoïde en Algérie {Recueil deméd. mil. 1868).

(4) E. Alix, Observations médicales en Algérie. Paris 1869.

(5) L. Colin, Traité des fièvres intermittentes . Paris, 1870.

LA FIÈVRE TYPHOÏDE 14o

Mortalité typhoïde pendant la période J 880-1 890 (Moyenne annuelle des décès typhoïdes pour 1 000 hommes).

GARNISONS EN

France . . .

Algérie . . .

Tunisie . . .

En ne comprenant pas la première année et les deux autres (1881-82), pour lesquelles les résultats s tatistiques ont été modifiés par les opérations militaires qui ont eu lieu en Tunisie et dans le Sud-Oranais, et en limitant les calculs à la période des huit dernières années, on peut évaluer la morbidité et la mortalité typhoïdes de nos troupes en Algérie à 21 et 3,o et celles de nos troupes en Tunisie à 37 et 7,7 pour 1000 hommes présents, proportion fort élevée, quand on rapproche ces chiffres de ceux qui expriment les mêmes éléments, pour les garnisons de l'intérieur (9 et 1,5 pour 1000 hommes présents) .

L'évolution annuelle de la morbidité typhoïde des troupes algériennes offre une remarquable analogie avec celle que présente la môme morbidité parmi les troupes de l'intérieur.

Pendant le printemps, la proportion des cas est à peu près la même pour les unes et pour les autres ; mais, pendant l'été, la morbidité typhoïde offre, dans notre armée d'Afrique, une élévation considérable, qui dépasse de beaucoup celle qui, pour la même saison, s'observe dans notré armée à l'intérieur, puisque la proportion des typboïdiques, par rapport à l'effectif, y est près de trois fois plus grande (voy. tracé IX).

La fièvre typhoïde règne à l'état endémique dans les grandes villes des trois provinces de l'Algérie. C'est la province d'Oran qui est habituellement la plus éprouvée par cette affection.

(1) Expédition de Tunisie.

Marvaud.

Tracé IX. — Morbidité mensuelle par fièvre typuoïde en Algérie et en Tunisie en 1888.

La moi'Lalité présente les mêmes variations saisonnières que la morbidité ; elle esl. surtout accusée pendant la saison estivo-automnale; et le chiffre des décès est, proportionnellement à l'effectif des troupes, quatre fois plus élevé que dans les 'garnisons de France.

La fièvre typhoïde se manifeste également à l'état épidémique dans les garnisons du nord de l'Afrique, et, malgré les faits invoqués par Boudin pour établir sa doctrine, il n'est point rare d'observer des épidémies typhoïdes, môme dans les localités les plus exposées à la malaria. Nous citerons notamment les épidémies meurtrières qui eurent lieu, en 1876, à Lalla-Margnhia (division d'Oran) et à Soukarhas (division de Constantine) ; en 1877, à Bou-Saada division d'Alger) et à Bône (division de Constantine).

Cette explosion épidémique survient généralement pendantla période estivo-automnale, en même temps que se manifestent, dans les contrées malariennes, les fièvres intermittentes et rémittentes.

Cette coïncidence de ces deux groupes depyrexies, qui a donné

lieu à la conception des fièvres typho-malariennes, entraîne souvent des difficultés de diagnostic, sur lesquelles nous aurons soin d'insister dans le cours de ce travail.

Dans certaines localités, le chifTre des atteintes est vraiment considérable. Ainsi, la morbidité typhoïde s'est élevée en 1876 à -48 pour 1000 hommes dans la gai'uison de Soukarhas ; en 1877, à 90 pour 1000 dans celle de Guelraa ; la même année, à 123 pour 1000 dans celle de Bou-Saada.

La Tunisie paraît beaucoup plus éprouvée que l'Algérie ; les troupes, qui occupent ce pays depuis 1881, payent encore actuellement uu lourd tribut à la maladie, qui, en 1889, a déterminé parmi elles 45 entrées à l'hôpital et 7 décès pour 1000 hommes présents. La garnison de Tunis est particulièrement atteinte; chaque année, la fièvi'e typhoïde y occasionne une poussée épidémique qui coïncide avec la saison d'été. On observe également cette maladie à Gabès, à Sousse et dans la plupart des garnisons de la province.

Un fait intéressant et (}ui résulte des chilires fournis parla statistique, c'est la différence de vulnérabilité qu'offrent, vis-à-vis de la flèvre typhoïde, les diverses armes qui occupent l'Algérie et la Tunisie. Ainsi, pendant les trois dernières années, ces armes ont été éprouvées par cette maladie dans les proportions suivantes pour 1000 hommes présents :

Spaliis . .

C'"'* de pionniers et de fusiliers de discipline.

Tirailleurs.

Iialaillons d'infanterie légère d'Afrique. . . .

Zouaves .

Régiments étrangers

Chasseurs d'Afrique

On voit que les régiments de zouaves, les régiments étrangei's et les régiments de chasseurs d'Afrique offrent une morbidité typhoïde trois fois supérieure à celle de la totalité de l'armée française; en revanche, les régiments de spahis et de tirailleurs algériens paraissent beaucoup moins éprouvés ; du reste, ce

sont les Français, incorporés dans ces régiments, qui présentent la presque totalité des atteintes.

1] existe, parmi les troupes indigènes, ime immunité bien accusée et à laquelle on n'a peut-être pas fait suffisamment attention. Dès mes premières années de séjour en Algérie, j'avnis été frappé de la rareté de la fièvre typhoïde parmi les tirailleurs algériens; notamment pendant une épidémie typhoïde, observée par moi, en 1873, à Mascara, et qui s'était étendue à toutes les troupes de la garnison, j'avais été surpris de voir les tirailleurs seuls, pourtant casernés dans les mêmes bâtiments que la légion étrangère (particulièrement éprouvée), épargnés complètement par la maladie. Aussi, dans un rapport adressé au Conseil de santé des armées et à l'Académie de médecine, je n'avais pas négligé de signaler ce fait intéressant, et je n'avais trouvé d'autre raison à invoquer pour l'expliquer qu'ime immunité de race.

Mes observations ultérieures n'ont fait que confirmer cette constatation ; pendant plusieurs années de séjour au nord de l'Afrique, je n^ai pas fait une seule autopsie d'Ai'abe atteint de fièvre typhoïde ; et les renseignements qui m'ont été fournis par plusieurs de mes camarades de la médecine militaire, au sujet de l'extrême rareté de la dothiénentérie parmi les indigènes algériens, sont conformes à ces observations.

Dans un travail récompensé par l'Académie de médecine en 1881, j'avais emprunté les chiffres suivants aux deux derniers volumes de la statistique médicale de l'armée, publiés à cette époque et qui se rapportaient aux années 1877 et 1878 :

Nombre de malades entrés aux hôpitaux pour fièvres typhoïdes et pour fièvres continues pour 1000 hommes

Tirailleurs algériens .

Zouaves

Légion étrangère . . .

LA FIÈVRE TYPHOÏDf: 149

Ces chiffres inrtiqiiaient, pour les tirailleuj-s cilgériens, une immunité bien marquée vis-à-vis de la maladie ; immunité qui persiste encore aujourd'hui pour ces troupes, comme pour les régiments de spahis, constitués en grande partie par de jeunes Arabes.

Dans les prisons, les pénitenciers et les ateliers de travaux publics, la morbidité typhoïde est toujours faible ; ce qui s'explique, d'une part, par Tàge moyen assez élevé des individus qui constituent cette population, d'auti'e part par leur éloignement de toutes les influences typhoïgènes, auxquelles les autres troupes sont exposées, par suite de leur séjour au milieu des agglomérations urbaines.

IV. — La fièvre typhoïde dans les expéditions militaires. — La lièvre typhoïde n'est pas rare dans les ai'mées eu campagne. Dans l'étude si intéressante que Kelsch a consacrée à l'étiologie de cette maladie dans les milieux militaires, cet auteur s'est élevé avec raison contre la croyance accréditée pendant longtemps que le typhus tacheté était le véritable typhus de guerre, et que la fièvre typhoïde n'avait pris place qu'à notre époque parmi les maladies des armées en campagne. Suivant lui, il est impossible de ne pas voir dans la rémittente cï automne ou des camps de Pringle, ou dans les dysenteries observées par Loren tz à l'armée du Bas-Rhin pendant la campagne de 1757, les traits du typhus intestinal, noyé soit dans les fièvres palustres, soit dans les dysenteries putrides.

Sous le premier Empire, bien des cas de fièvre typhoïde ont été compris parmi ces fièvres bilieuses et putrides, qui ont sévi à côté du typhus exanthématique dans les armées en campagne.

Pendant la guerre de Crimée, la fièvre typhoïde a été associée au typhus ; en 1859, en Italie, elle a constitué, avec les fièvres palustres, la maladie dominante parmi les troupes françaises.

« Il est vraisemblable, dit Kelsch, que les armées en campagne sont plus éprouvées par cette affection depuis le commencement du siècle que dans les expéditions antérieures, résultat qu'il faut attribuer à l'élévation considérable des effectifs et à la grande proportion de jeunes gens appelés à faire la guerre. Ainsi, du 1". mai 1861 au 30 juin 1866, l armée américaine a

compté, sur un effectif de 431237 hommes, 137137 cas de fièvres typhoïdes, contmues ou typho-palustres, sur lesquels 31232 furent suivis de mort.

« D'autre part, du 16 juillet 1870 au 1" juin 1871, l'armée allemande, sur un effectif de 813000 hommes, a présenté 74203 cas de fièvres typhoïdes, dont 8904 ont été mortels. Pendant cette période, la morbidité par dothiénentéiie a été trois fois plus élevée dans cette armée qu'en temps de paix. »

En 1877-78, pendant la guerre qui eut lieu entre la Russie et la Turquie, les armées russes qui opérèrent sur le Danube et au Caucase furent en proie non seulement au typhus tacheté et au typhus récurrent, mais encore à la fièvre typhoïde, qui y détermina un grand nombre de décès (1).

Parmi les troupes autrichiennes qui, en 1878, occupèrent la Bosnie et l'Herzégovine, cette maladie a été une des principales causes de morbidité et de mortalité ; elle a fourni 1739 cas (soit une morbidité de 25,4 poui- 1000 hommes), sur lesquels il y eut 944 décès (soit une mortalité de 14 pour 1000), alors qu'en temps de paix cette mortalité n'atteint que 1,6 pour 1000 (2).

Au commencement du printemps de 1881, quand fut décidée l'expédition de Tunisie, on considérait les troupes appelées à faire campagne dans la Régence comme devant être exposées principalement aux fièvres palustz'es ; mais on était loin de penser que ces troupes allaient rencontrer, pendant leurs opérations, un ennemi aussi terrible que la malaria, je veux parler de la fièvre typhoïde. Grand fut l'étonhement quand on apprit que nos régiments venus de Fi'ance et d'Algérie pour prendre part à l'expédition étaient surtout frappés par la dothiénentérie, plus rarement par les insolations et les affections de l'appareil digestif (dysenteries, hépatites).

La statistique médicale de l'armée correspondant à l'année 1881 indique, en effet, que la morbidité par fièvre typhoïde, dans l'armée française en Tunisie, n'a pas été moindre de 169 pour

(1) Zuber, Histoire médicale de la guerre franco-russe [Arcli. de méd. mil., 1883 t. n, p. 206).

(2) Eude, Histoire médicale de la guerre d'occupation de la Bosnie et de V Herzégovine en 1S7S {Arch. de méd. mil., 1883, t. I, p. 206).

1000 hommes présents. Quant à la mortalité occasionnée par cette affection, elle atteignit 49 pour 1000, alors que les maladies de l'appareil digestif y occasionnèrent seulement 4 décès, et les fièvres palustres 2 décès pour 1000 hommes.

Les troupes qui prirent part à Texpédition fournirent, pendant la période des opérations militaires, 200 cas de fièvre typhoïde sur 1000 hommes présents. Cette affection offrit alors une gravité considérable ; les décès qui lui sont dus entrèrent pour plus de 73 poiu' 100 dans la mortalité totale du corps expéditionnaire ; sur 100 malades, 25 à 30 succombèrent. Toutes les colonnes en marche, toutes les localités, tous les postes, et à peu près tous les points occupés, quelle que fût leur situation géographique, furent envahis par cette maladie (Czernicki) (1).

D'un autre côté, sur les 10000 hommes que comprenait le corps expéditionnaire du Sud-Oranais, en 1881-83, il y eut 1897 atteintes de fièvre typhoïde et 472 décès (2). Cette affection représenta à peu près les trois quarts de la mortalité absolue des troupes pendant la campagne (3).

Les mêmes ol)servations ont été faites dans l'expédition anglaise de 1882 en Egypte. Ce fut la fièvre typhoïde qui sévit le plus cruellement parmi les troupes qui prirent part à cette expédition ; elle y détermina une mortalité assez sérieuse, surtout à la fin des opérations (4).

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