PHTISIQUES
ABMES
DÉcÉnfes
RÉFOEiMlïS
TOTAL
1" A rinlérieiir :
Cavaliers de remonte .......
Ouvriers d'artillerie ........
Infirmiers militaires
Train ................
Garde républicaine. ........
Chasseurs à pied ..........
Commis et ou vriersd'administrat'""
Secrétaires d'état-major et de re-
Artillerie de forteresse .......
2° En Alçjérie :
Compagnies de discipline . . . . .
Cliasseurs d'Afrique ........
Tirailleurs algériens ........
Bien qu'offrant une mortalité phtisique très élevée, pour les raisons indiquées plus lian t, la Garde républicaine ne présente cependant qu'une proportion de poiti'inaires (-4,16 pour 1000 hommes) assez ordinaire, comparable à celle du train, mais inférieure à celle de la cavalerie, de l'artillerie et surtout de l'infanterie.
C'est ce tte dernière qui offre le déch et total le plus élevé (6, 39 pour 1000 hommes) avec les Sapeurs-Pompiers (6,32) où la proportion des éliminations pour tuberculose est considéral)le.
l^es infirmiers sembleraient moins atteints, résultat qui pourrait indiquer le faible rôle joué par la contagion dans l'étiologie de la tuberculose, mais qui s'explique plutôt par cette raison que les sections d'infirmiers se recrutent parmi les soldats qui ont fait un an de service dans les régiments d'infanterie, alors que ceux-ci, pendant la première année de l'incorporation, se sont débarrassés des hommes malingres et prédisposés à la phtisie.
11 y a un fait qui ressort également du tableau précédent, c'est le petit nombre de tuberculeux que présentent les corps français occupant l'Algérie et la Tunisie, comparativement aux corps de l'intérieur. Cette immunité relative peut s'expliquer par une double influence représentée, d'une part par le climat, d'une autre part par la sélection qui a lieu, au moment du recrutement, pour certaines de ces troupes (zouaves: 1,7 pour 1000 hommes).
11 faut signaler, cependant, la proportion assez forte de tuberculeux dansles corps formés engrandepartie d'indigènes (tirailleurs algériens : 5,9 pour 1000 hommes ; spahis, 4,4), et qu'on peut attribuer à une prédisposition relative à la race, ainsi qu'aux conditions hygiéniques si défectueuses dans lesquelles vitlapopulation arabe.
go f r(^qiie^ice suivant Vûge et V ancienneté de service. — L. Colin (1) a dressé, d'après la statistique médicale de l'armée, le tableau suivant, qui représente la mortalité par phtisie, suivant l'ancienneté de service, pendant la période triennale 186-4-65-66 :
Moins d'un an de service.
De 1 à 3 ans , De 3 à o ans De !i à 7 ans
(l) L. Colin, art. Moruidité Am Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, p. 381.
De 7 à 10 ans De 10 à li ans, Plus de 14 ans,
Ces chiffres indiquent une élévation de la mortalité par phtisie avec la durée du service mili taire. L. Colin oppose cette augmentation de décès phtisiques, proportionnelle à l'ancienneté de service, à la diminution qu'offrent les affections spéciflques, à mesure que les soldats sont plus éloignés de l'époque de leur incorporation.
En 1880, dans mon travail sui' la Phtisie dans, l'armée, j'ai fait le dépouillement de l'ensemble des statistiques médicales publiées alors, pour déterminer l'influence de l'ancienneté de service siu' la fréquence des décès par phtisie dans l'armée ; malheureusement, je me suis trouvé en face d'ime difficulté, c'est que, tandis que les statistiques médicales de l'armée, établies avant la guerre de 1870-71, présentaient la répartition des décès phtisiques suivant l'ancienneté de service, les statistiques publiées depuis 1872 tenaient compte de l'âge du soldat.
Cependant cette difficulté m'a arrêté d'autant moins dans mes recherches que j'ai pu me convaincre facilement que ces deux conditions (ancienneté de sei'vice et âge) présentaient une similitude suffisante pour figurer ensemble dans le même relevé. Il y a bien peu de soldats, en effet, dans noti-e armée, chez lesquels la durée du service ne soit pas subordonnée à l'âge. Du reste, j'ai eu soin de distinguer et de considérer isolément les deux périodes séparées par l'interruption nécessitée par la gueri'e franco-allemande.
J'ai cru, pour plus de facilité dans mes recherches, devoir limiter la première période aux six années (1864-69) qui ont précédé cette guerre. La seconde période comprend cinq années (1872-76). Je n'ai pas manqué, bien entendu, de rapporter le nombre des décès phtisiques, répartis annuellement par âge, à l'effectif annuel moyen présenté dans l'armée par les hommes de chaque âge; ce travail a été long et pénible; mais il était indispensable pour obtenir des résultats concluants.
J'ai représenté par les chiffres suivants l'ensemble des résultats auxquels ont abouti mes recherches :
Mortalité par phtisie.
1° Suivant ranciemieté de service (1" période 1864-69):
Proportion pour 1000 hommes
Moins d'un an de service 1 »
De i h 3 ans 2.54
De 3 à 5 ans 1 .45
De 5 à 7 ans 1.42
De 7 à 10 ans . 1.40
De 10 à 14 ans 2.80
Plus de 14 ans 2.73
2° Suivant l'âge des soldats (2'' période 1872-76) :
Proportion pour 1000 hommes
20 ans et au-dessous 1.11
21 et 22 ans 1.23
23 et 24 ans 1.01-
25 et 26 ans 0.91
De 27 à 30 ans 0.95
De 31 à 34 ans 3.07
Au-dessus de 34 ans 3.65
Ces chiffres offrent un certain intérêt: d'abord, ils confirment l'opinion J^ien connue des hygiénistes militaires, que les décès par phtisie augmentent proportionnellement avec l'ancienneté de service et avec l'âge des soldats ; déplus, les deux périodes, examinées isolément, se font remarquer par la similitude des résultats qu'elles présentent; on voit dans l'une et dans l'autre les décès phtisiques subir les mêmes variations et les mômes oscillations parmi les soldats.
Pour toutes deux apparaît un accroissement assez notable de la mortalité de vingt à vingt-deux ans, suivi d'une diminution graduelle, qui persiste jusqu'à l'âge de trente ans ; époque à laquelle la phtisie présente un degré de mortalité double de celui qu'elle avait offert pendant la première année de séjour sous les drapeaux. Cette mortalité continue à s'élever progressivement, à mesure que le soldat reste plus longtemps au service, ce qui contraste singulièrement avec ce qu'on observe dans la population civile, où la mortalité par phtisie, loin d'augmenter avec Tàge, comme dans l'armée, offre, au contraire, une diminution
progressive et graduelle jusqu'à la plus extrême vieillesse, ainsi que l'indiquent les documents statistiques fournis par la statistique municipale de la ville de Paris.
A quoi faut-il rapporter cette différence ?
L'influence la plus puissante, à mes yeux, doit être attribuée aux éliminations qui sont opérées dans l'armée et qui doivent nécessairement altérer plus ou moins les résultats fournis par les statistiques militaires. On sait, en effet, combien les soldats déjà anciens, c'est-à-dire ayant passé une dizaine d'années sous les drapeaux, répugnaient à être réformés et à être renvoyés dans la vie civile ; voilà pourquoi, à partir d'un certain âge, c'est-à-dire à partir d'une certaine ancienneté de service, presque tous les phtisiques succombaient dans nos hôpitaux. Je crois donc qu'on aurait tort, à l'exemple de plusieurs auteurs qui m'ont précédé dans cette étude, de négliger l'influence iinpoi'tante produite parla rareté des éliminations à partir d'un certain âge parmi les soldats, pour ne voir dans cette énorme proportion de décès phtisiques dans l'armée, à mesure qu'augmente le nombre des années de service, que le résultat de l'influence maladive exercée sur leur constitution par les fatigues et les exigences de la vie militaire.
Du reste, comme les maladies spécifiques et infectieuses, la tuberculose paraît sévir principalement sur les jeunes soldats ; c'est ce qu'indiquent nettement les chiffres suivants, empruntés à la statistique médicale de l'armée en 1888, 1889 et 1890 :