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CHAPITRE IV

LES FIEVRES ÉKUPTIVES

I. Caractères généraux.— Les fièvres érupLives sont i-epréseiitées dans l'armée par la rougeole, la scarlatine et la variole.

Ces affections occasionnent chaque année dans nos garnisons près de :200 entrées aux hôpitaux (vcy. p. 52) et environ 6 décès (voy. p. 54) pour 10000 hommes présents. Alors que les deux premières semblent avoir augmenté de fréquence, depuis quelques années, dans nos garnisons de l'intérieur, la variole, grâce aux mesures de vaccination et de i-evaccination appliquées dans l'armée française, tend à disparaître de nos régiments.

Sur 1000 malades entrés chaque année dans nos hôpitaux, 60 sont atteints de fièvres éruptives (voy. p. 51).

Celles-ci occasionnent, en moyenne, 60 décès sm' 1000 décès généraux dans les garnisons de l'intérieur (voy. p. 53).

Toutes offrent leurs manifestations caractéristiques vers la peau et s'accompagnent d'une éruption spéciale, d'où le nom de fièvres éruptives qui leur a été donné, pour les distinguer des autres fièvres infectieuses.

Ces maladies ont pour caractères connnuns : leur nature infectieuse et spécifique, la contagiosité, l'épidémicité, l'éruption.

Les oreillons, par leur fréquence dans l'armée et leur coïncidence avec la rougeole et la scarlatine, se rappi'ochent beaucoup des fièvres éruptives.

Au contraire, \diSuette miliaire diffère de celles-ci par sa rareté parmi les soldats, par la durée variable de ses périodes, la fréquence des rechutes et des récidives ; son développement foudroyant et sa rapidité d'extension la rapprochent beaucoup plus de la grippe et du choléra.

Les fièvres éruptives sont très contagieuses ; la contagion peut être immédiate, c'est-à-dire avoir lieu par le malade lai-même, ou bien médiate, c'est-à-dire se faire par l'intermédiaire d'objets provenant du malade (linge, literie, vêtements) et peut-être également par l'intermédiaire d'une personne saine, ayant été antérieurement en rapport et en communication avec un individu atteint de la même affection.

Le contage peut être transporté ainsi à de grandes distances et déterminer, dans certains cas, des épidémies dont la cause peut paraître obscure et qu'on a eu tort de rapporter jadis à une éclosion spontanée. Il est très tenace, peut persister pendant longtemps sous forme de germe latent et se réveiller sous l'influence de certaines conditions extérieures ou individuelles.

Cette transmission à distance du contage explique l'augmentation de fréquence qu'offrent actuellement ces affections, par suite du nouveau système de recrutement appliqué à notre armée et de l'arrivée continuelle, dans les casernes de contingents représentés par les réservistes, les territoriaux, les hommes à la disposition, et qui, pendant toute l'année, importent dans les casernes les germes contagieux des épidémies qui régnent dans la population civile.

Les lièvres éruptives offrent plus de fréquence pendant la saison hivernale. Elles présentent une préférence assez marquée pour certains corps d'armée, principalement pour ceux du sudouest de la 1^'rance.

On constate fréquemment l'apparition simultanée ou successive de la rougeole et de la scarlatine dans les mômes corps de troupes ou dans les mêmes casernes.

Nous avons signalé pins haut la coïncidence des oreillons avec les fièvres éruptives ; voilà pourquoi certains auteurs ont admis entre ces dernières et les oreillons une communauté de nature et d'origine, malgré les différences si grandes que ces maladies ofîrent au point de vue symptoma tique et clinique.

Dans une ville de garnison où existent plusieurs casernes, la rougeole et la scarlatine atteignent de préférence l'une d'elles et se propagent ensuite successivement aux autres, après avoir

épuisé leur action sur les troupes logées daus chaque casernement. Il est rare que les premiers cas soient disséminés dans plusieurs casernes; ils se localisent généralement dans Fune d'elles avec une fixité remarquable.

Il n'y a qu'un nombre très restreint de soldats qui soient réfractaires aux fièvres éruptives. Dans ces cas, l'immunité est acquise et résulte, soit d'une première atteinte, soit simplement d'un séjour prolongé au milieu d'un foyer infectieux.

Cette immunité peut disparaître au bout de quelques années : il n'est pas rare de voir dans notre armée des hommes a tteints de rougeole, pendant leur présence sous les drapeaux, et qui avaient eu la même affection pendant leur enfance et antérieurement à leur incorporation,

Vincubation des fièvres éruptives offre une durée très variable suivant chacune d'elles (un à cinq jours pour la scarlatine, quinze pour la rougeole et la variole).

Ces affectionsprésententdans leurévolution plusieurs périodes, que l'on distingue généralement en périodes cVinvasion, (Véruption, de desquamation.

Il semble que la première période dure d'autant plus longtemps que la maladie doive être plus courte et plus bénigne.

Les symptômes les plus constants sont l'éruption et la fièvre, et cependant, dans certains cas, l'une et l'autre peuvent faire défaut.

D'après la gravité des symptômes, on distingue habituellement des formes bénignes et abortives et des formes graves et malignes., comprenant elles-mêmes une forme nerveuse {foudroyante, ataxique, adynamique') et une forme hémorragique .

La prédominance de l'une on de l'autre de ces difi'érentes formes explique la gravité si variable qu'offrent les fièvres éruptives dans notre armée. Il arrive quelquefois que ces maladies présentent une bénignité remarquable et ne déterminent qu'un certain nombre d'indisponibilités sans aucun décès. D'autres fois, au contraire, l'apparition de la rougeole et de la scarlatine dans une caserne occasionne, parmi les hommes atteints de l'une ou de l'autre de ces aiïéctions, une mortalité considérable.

Les compUcalions sont fréqueiiLes ; elles ont plusieurs origines :

1° Exagération anormale d'un symptôme prédominant;

2° Accident ou trouble surajouté, occasionné le plus souvent par une affection secondaire ;

3" Coexistence d'une autre maladie infectieuse ;

4° Lésions viscérales parencliymateuses, interstitielles et vasculaires (néphrite, myocardite , artérite, hépatite, etc.) (Guinon) (1).

La microbiologie des fièvres éruptives est encore peu avancée. La plupart des micro-organismes isolés des tissus et des humeurs des malades (mucus buccal, exsudais pharyngés, sang, pus, exsudais séreux) sont des micro-organismes connus et ne constituent probablement pas les agents producteurs de la maladie elle-même, mais plutôt des agents ^'infections secondaires, développés à l'aide de la maladie première ; ils pénètrent peut-être dans l'organisme, grâce aux lésions des muqueuses pharyngées (scarlatine, variole) et respiratoires (rougeole) ou de la peau (variole).

Le parasite;, que l'on a signalé dans la plupart des fièvres éruptives, offre tous les caractères du streptocoque du pus et de l'érysipèle; c'est l'agent des infections graves, des septicémies et des pyoémies mortelles, des pneumonies lobulaires, etc. Ce micro-organisme paraît exister normalement chez quelques sujets et résider dans la bouche et le pharynx (Netter, Miller, Vignal) ; dans les hôpitaux, particulièrement dans les services d'isolement, on le trouve fréquemment contenu dans la salive des malades, surtout quand le séjour de ceux-ci dans les salles est prolongé ; d'autres éléments viennent le renforcer : tels sont les altérations des muqueuses, la chute de répithélium,ou,du'moins, la destruction des éléments protecteurs (cils vibratiles, cellules superficielles), le gonflement de la muqueuse elle-même (Guinon).

Il n'existe pas de médicaments spécifiques ou préventifs des fièvres éruptives. Trois grandes indications dominent le traitement curatif :

(1) Voy. Guiiioii, Traité de laédechie, 1891, t. 11, art. Fiévues éruptives.

1° Modérer la fièvre ;

2" Calmer les accidents nerveux;

?)° Combattre les infections secondaires.

Les mêmes médications s'adressent aux deux pi'emièrcs indications ; elles consistent dans l'emploi des antipyrétiques et de V hydrothérapie, principalement de la b a Inéo- thérapie, lotions et affusions froides, bains froids, que j'ai souvent employés dans les formes graves et nerveuses de ces maladies.

Je donne la préférence aux lotions froides, pratiquées comme pour la fièvre typhoïde (voy. p. 203).

J'ai recours également à l'enveloppement dans le drap mouillé froid; renouvelé quatre ou six fois dans les vingt-quatre heures et pendant une dizaine de minutes, il produit, comme l'avait remarqué Liebermeister, des effets antipyrétiques, comparables à ceux des bains froids, et détermine en môme temps une sédation notable du système nerveux. Je ne prescris l'affusion froide que dans les cas très graves, accompagnés d'hypertherniie (40° à W] et de sécheresse de la peau. Le bain froid de 18° à 20» produit des effets favorables, pour\fu qu'il n'y ait pas de troubles circulatoires, d'affaiblissement du pouls, ni de complications pulmonaires. Il doit durer au moins quinze minutes ; il faut le renouveler souvent, dès que les accidents reparaissent ; ce bain peut être administré toutes les trois heures. Généralement on obtient par cette médication un abaissement de température ; en même temps, on provoque l'éruption, qui s'accompagne ou est suivie d'une légère transpiration et de polyurie (Dieulafoy, Sevestre).

Pour satisfaire à la troisième indication, on a recoui-s à Vantisepsie, qui doit porter sur la peau, les muqueuses et les objets dont se sert le malade (bains de sublimé et savonneux, onctions avec les liniments salicylés et phéniqués).

La présence dans la bouche et le pharynx d'organismes, agents des infections secondaires, exige un nettoyage absolu et répété de ces muqueuses ; voilà pourquoi on emploie avantageusement les irrigations chaudes boriquées, salolées, phéniquées, les gargarismes antiseptiques, après toute ingestion des médicaments et des aliments.

II. Prophylaxie. — La prophylaxie des lièvres éruptives se rattache aux deux grands moyens que nous voyons employer dans toutes les maladies infectieuses: Visolement et Vantisepsie.

On sait combien la contagion à distance de ces afTections est rare ; voilà pourquoi il est très facile d'isoler les malades dans les hôpitaux, en les éloignant même peu des salles communes. Grâce au système d'isolement, que j'ai introduit, il y a trois ans, à l'hôpital militaire de Villemanzy, à Lyon, et qui, comme nous l'avons vu, consiste à traiter dans des salles spéciales chaque maladie contagieuse et par conséquent chacune des fièvres éruptives, je n'ai jamais constaté un seul cas de transmission d'une salle dans une autre.

C'est surtout pour les fièvres éruptives, qu'il est important d'affecter dans les hôpitaux deux salles, l'une au traitement des cas douteux et l'autre à l'observation des malades suspects.

Enfin, la contagiosité des fièvres éruptives étant très grande, il est bon de stériliser le malade et tout ce qui a été en rapport avec lui par les moyens antiseptiques qui sont à notre disposition ; ces moyens consistent dans les suivants :

Pour le malade, bains de sublimé ou savonneux, onctions avec la vaseline phéniquée, salolée, salicylée ; pour les médecins et les infirmiers, vêtements spéciaux, lavage des mains et du visage (solution de sublimé à pour les linges et les déjections, immersion daus une solution de sulfate de cuivre (!20 pour 1000) ou de sublimé (1 pour 1000) ; pour la salle elle-même, vapeurs de soufre et pulvérisations de sublimé ; pour la literie, emploi d'étuves à vapeur sous pression.

La fréquence et la gravité de ces affections dans l'armée française expliquent avec quel soin tous ces moyens prophylactiques sont employés par les médecins militaires pour s'opposer, autant que possible, à leur développement et à leur propagation.

L'isolement et l'antisepsie des malades atteints de fièvres éruptives y sont devenus réglementaires ; ils sont employés sur une vaste échelle dans les corps de troupes et dans les établissements hospitaliers, où l'application de ces deux mesures

préventives est généralement suivie des plas iicureiix effets.

Ajoutons que, grâce aux vaccinations et aux revaccinations obligatoires dans notre armée, l'une de ces fièvres éruptives, la variole, qui jadis exerçait avec tant de persistance ses ravages dans nos garnisons, n'y offre plus qu'une léthalité insignifiante et tend à dispai'aître du cadre de la statistique médicale.

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