‹ Les maladies épidémiques de l'esprit; sorcellerie, magnétisme, morphinisme, délire des grandeursChapitre 15 sur 58 · UN EXORCISME EM · texte numérisé non relu

UN EXORCISME EM

Fac-similé J'une vieille estampe.

Satan, vous ai-je dit, a deux manières de procéder : il séduit la sorcière et l'entraîne avec son consentement, ou bien il entre en elle sans lui en demander la permission ; il parle par sa bouche et se sert d'elle pour arriver au mal. Il peut même posséder ainsi

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des animaux, 11 peut euvaliir des cadavres et en faire des revcnaiils.

Il y a eu des possédés de tout temps. On en trouve à chaque instant la trace dans la Bible et dans les Evangiles. Mais c'est surtout au dix-septième siècle que la possession a remué les esprits. C'a été la maladie de l'époque, comme la sorcellerie avait été la maladie du seizième siècle, comme la monomanie des grandeurs est le mal de notre siècle.

La première grande éjjidémie que nous rencontrons eut lieu dans un couvent de Madrid. C'est, en effet, presque toujours dans les couvents, et surtout dans les couvents de femmes, que les pratiques religieuses et la préoccupation perpétuelle du merveilleux ont entraîné les désordres nerveux constituant la possession.

Celle de Madrid débula dans un couvent de Hénédictines, dont l'abbesse, dofia Tcrcsa, avait à peine vingt-six ans. Une religieuse fut tout h coup atteinte de convulsions étranges; elle était prise de secousses subites, ses mains se roidissaient et se tordaient, l'écume lui venait à la bouche, elle exécutait des mouvements dans lesquels son corps était projeté en l'air et ne reposait plus que par la nuque et les talons, elle poussait des hurlements la nuit et finissait par avoir un véritable délire incohérent. Elle déclara qu'un démon nommé Peregrino (vous remarquerez qu'en Espagne le diable a un nom espagnol) avait pénétré en elle et ne cessait de l'obséder. Bientôt toutes les Sœurs, sauf cinq, et dona Teresa elle-même furent atteintes, et alors ce fut une suite de scènes indescriptibles ; les religieuses passaient leur nuit à hurler, à miauler, à aboyer, se déclarant chacune possédée par un ami de Peregrino.

Le confesseur du couvent, François Garcia, se mit à exorciser chacune des démoniaques, mais sans succès, et il fallut que le saint-office prît la chose en main et isolât chaque religieuse dans les cachots des différents monastères. Garcia, qui, dans toute l'affaire, avait montré un certain bon sens qu'on n'a guère coutume

LRBAIX GRAXDIER.

Dessin de Mercirr. d'après une vieille eslampc

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de rencontrer dans l'espèce, fut condamné pour s'être mis en relation avec les démons avant de les avoir attaqués.

La possession des Bénédictines eut certes un grand retentissement; mais leur célébrité n'est rien à côté de celle des Ursulines de Loudun, qui furent possédées l'année suivante, c'est-à-dire en 1631.

L'histoire de cette possession fameuse va être pour moi une occasion de vous faire connaître la maladie dans tous ses détails. Il faut que vous sachiez qu'il y avait alors à Loudun un prêtre nommé Urbain Grandier, âge d'environ quarante ans, très-intelligent, d'extérieur et de manières agréables, et dont on parlait beaucoup, un peu trop peut-être. Il avait eu de grands succès comme homme du monde et comme prédicateur, et cela lui avait attiré la haine féroce de tous ses confrères.

Il fut, sur des dénonciations anonymes et pour manque à la discipline ecclésiastique, condamné par son évêque h jeûner au pain et à l'eau tous les vendredis; mais cet arrêté fut annulé par l'archevêque de Bordeaux. Urbain Grandier en conçut un orgueil facile à comprendre, et revint à Loudun avec la palme du martyre. Sur ces entref;ûtes, le cardinal de Richelieu envoya dans cette ville le conseiller Laubardemont, chargé d'en raser les fortifications. Celte mesure n'était pas populaire. Grandier s'associa aux opposants, et peut-être même alla-t-il jusqu'à publier contre le grand cardinal un pamphlet resté célèbre. Toujours est-il qu'il eut dès lors contre lui ses rivaux et le gouvernement. Sa perte était décidée, et l'occasion de la réaliser se présenta d'une manière que personne, sans doute, n'attendait.

Il existait à Loudun une communauté d'Ursulines qui se vouaient à l'enseignement. Elle était composée de filles de grandes maisons, car on y voyait madame de Belciel, madame de Sazilly, parente du cardinal, madame de Barbezieux, madame de Sourdis, etc. Il n'y avait même qu'une seule roturière. Sœur Sera-

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phique Archer. Le prieur clait un certain abbô Aloussaut, qui ne tarda pas à mourir. Peu de temps après, madame de Belciel vit son cadavre lui apparaître un soir, et s'approcher de son lit. Elle poussa des cris qui rcmllèrent tout le couvent. Ce spectre revint toutes les nuits. La religieuse raconta ses terreurs à ses compagnes, et toutes ensemble elles se mirent à trembler de peur. Il en résulta que bientôt le spectre aj)parut à chacune d'elles; ce ne fut plus dans le dortoir que cris de terreur et courses Colles. Le mot de possessions fut lancé et accueilli par tout le monde : le chanoine Mignon, aidé de deux collègues, vint au couvent pour chasser les diables. La supérieure, madame de Belciel, déclara qu'elle était possédée par Astaroth, et dès que l'exorcisme commença, elle se mit à pousser des hurlements et entra en des convulsions horribles; elle prétendit, dans son délire, que c'était le curé Grandier qui l'avait enchantée, en lui offrant des roses,

Grandier n'était pas le confesseur du couvent, mais là, comme partout, on parlait beaucoup de lui et on l'admirait, malgré sa réputation d'homme léger.

La supérieure dit en outre que Grandier venait chaque nuit depuis quatre mois, et qu'il entrait et sortait en passant à travers les murs.

Les autres possédées, madame de Sazilly entre autres, entrèrent dans des convulsions qui se reproduisirent tous les jours, surtout au moment des exorcismes.

Les unes, se mettant sur le ventre, rejoignaient leur tête à leurs talons. D'autres anivaient à poser leur nuque sur la pointe de leur pied, d'autres encore fuyaient en roulant, poursuivies par des prêtres qui les pourchassaient, tenant en main le Saint Sacrement : leur langue sortait de leur bouche et devenait noire et toute tuméfiée.

Les hallucinations se joignaient aux convulsions, les possédées

voyaient leur diable : madame de Belciel s'en connaissait sept ; madame de Sazilly, huit ; madame de la Motlie, quatre; c'étaient surtout Asmodée, Aslaroth, Leviatlian, Isaacliarum, Uriel, Bélicmotli, Dagon, Alagon, etc. Dans les couvents, le diable reprend les noms qu'il porte en théologie.

Dans quelques cas, les religieuses lombaient en catalepsie ; dans d'autres, elles devenaient somnambules et erraient dans un

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