LE FOL ET
Kxirait du livre d'A. Palingh. 16.-)9.
l'exécuteur le fustigeait violemment avec des verges, et les soubresauts que la douleur imprimait à s du corps doublaient encore ses tourments. Si la confession ne venait pas, l'exécuteur enlevait la sorcière avec une poulie jusqu'au plafond et la laissait retomber tout d'un coup sur le pavé de la salle. Et cela recommençait jusqu'aux aveux.
Si l'estrapade était impuissante, on avait le chevalet. C'était une poutre de bois triangulaire à angle supérieur aigu, sur laquelle
LES SORCIERES.
OU metlait à cheval la prévenue. Puis ou lui suspeudait aux pieds uue série de poids. L'arêle de bois eulrait lentement, mais sûrement, dans les chairs, et à chaque refus d'avouer, l'exécuteur ajoutait un poids. Marie Carlier, âgée de treize ans, fut mise au chevalet en 1047. Elle y resta plusieurs heures, et il fallut ajouter trois fois des poids pour la faire confesser. Elle fut brûlée vive. A
\.\ TORTliRE nu COLLIER.
E\l ait du Ivre (l'A. l'iilingli. IfiôO.
cause de son jeune âge, et pour ne pas apitoyer la foule, on décida que l'exécution aurait lieu dès l'aube.
On avait encore la ressource du collier. On nommait ainsi un cercle de fer garni de clous à Tint l' rieur. 11 était attaché à un poteau, et l'on y mettait le cou de l'accusée. Les pointes étaient calculées pour entrer à peine dans les chairs. Alais on rôtissait avec des brasiers ardents les jambes de la prévenue, et la douleur faisait
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qu'en remuant elle s'enfonçait cl!e-mêm3 les pointes de fer dans la gorge.
Ou se demande comment, dans de pareils tourments, l'aveu n'arrivait pas immédiatement. N'oubliez pas cependant que cet aveu entraînait d'emblée le bûcher sans grâce possible. Et puis
.IPHKS LA OLESTIOY.
F.xirail ilii lluc (l'A. Palingh. ) li.-.îl.
beaucoup de ces malheureuses supportaient la torture précisément parce qu'elles ne sentaient rien, comme les sorcières d'aujourd'hui, dont je vais bientôt vous parler : elles étaient anesthésiques. Quelquefois l'immensité même de la douleur les fliisait tomber en une sorte d'extase. Elles apercevaient tout à coup leur démon favori, elles se vantaient de le voir, et, disaient-elles, il leur conseillait de ne ri^ni dire, d'avoir courage, car il leur supprimait toute douleur : cela s'appelait le cJianue de lacilarnilé.
Quelquefois, la sorcière n'hcsitait pas : l'intensité des souffrances était telle qu'elle avouait cFembléc, puis elle nommait ses complices. Elle désignait n'imporle qui comme ayant été au sabbat avec elle, et toutes les personnes nommées étaient aussitôt arrêtées et jugées.
Un jour, une accusée, à la torlure, désigna h un juge sa propre femme : elle fut immédiatement arrêtée.
Le juge Nicolas Remy a fait un long traite sur les tortures qu'il avait ordonnées, et, dans ses vieux jours, au milieu des douceurs de la retraite, il écrivit là-dessus un grand poëme totalement absurde dont j'extrais ces quelques vers qui nous intéressent particulièrement :
Autant on s'édifie en face des sorcières Qui savent piofilcr de leurs heures dernières, Autant chacun s'indigne à l'ohstinalion Qu'elles montrent souvent dans leur oj)inion. Ces femmes, en effet, au milieu des tortures, Vantent leur probité, leurs intentions pures, Eludent du questeur les argimients pressants, S'indignent de se voir en proie à ses tourments, Et par aucun aveu n'indiquent leur défaite; Mais d'où vient qu3 leur bouche est ici si discrète? On croirait le démon en leur gosier placé, Tant il se gonfle cl tant le silence est gaidé.
Mais déjà si l'on sait les verser sur le dos,
Et dans leur bouche ouverte infuser un peu d'eau,
Surtout de l'eau sacrée emprunlée à l'église,
Une confession aussitôt est émise.
Les Grecs, en leurs tourments si raffinés, si forts,
IV'en obtiendraient jamais l'aveu des moindres torts;
Tous leurs poils tomberaient de leurs peaux ràtisstej
Qu'on les verrait dormir sans crainte, déhontées.
Pour le sûr, le démon, dans quelque coin caché,
Conduit toute la scène avec autorité.
C'est lui qui leur impose une màle constance
El contre la douleur leur ferme résistance.
On sail qu'il est instruit des tourmer.ts préparés,
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Et les en averlit en larmes mesurés, Qu'il leur déclare aussi la peine rigoureuse Qui suivrait (le leur pacte une caplure honteuse; Qu'au moment que quelqu'une en danger de mourir Ksi sous d'affreuv tourments sur le point de trahir, Il se rend auprès d'elle et lui donne courage, Lui promettant ses soins poar réparer l'outrage.
En ma présence, un jour, ce fait est arrivé :
Comme à mes questions d'un air embarrassé
La sorcière restait enlièrement discrète,
Je soupçonnais près d'elle une cause secrète,
Elle baissait les yeux et puis les relevait,
Par ses gestes à soi du secours appelait.
J'exigeai la raison d'une si grande crainte;
La sorcière alors déposant la contrainte ;
ce Hélas! s'écria-t-el!c, dans sa vive douleur.
Voilà de tous mes maux l'abominable auteur.
Il se lient sur ce mur, placé dans celte fente;
Pour me couper la voix, il sème l'épouvante;
Des pâlies d'un homard ses mains ont le contour;
Dans la f3nte il s'avance et rentre tour à tour.
Semblable au limaçon qui rencontre une borne.
Ah ! voici qu'il recule avec sa double corne ! »
De la société siges modéraleurs,
De tous crimes commis inflexibles vengeurs,
Juges, ne craignez point de vous montrer sévères
Dans vos arrèls portés pour punir les sorcières;
Traitez, si vous voulez, de recils fabuleux
Leur pacte et leur pouvoir sur un ciel orageux;
Mais en tout lieu bétail, arbres, vignes, moissons,
Hommes, femmes, enfants, tombent sous leurs poisons.
Sur ces faits, prononcez du bûcher le supplice,
Tous les siècles loueront ces actes de justice.
A la suite de la torture, la sorcière était coudaumée. Les peines variaient : souvent on la bannissait du pays ; c'était quand les preuves avaient tout à fait manqué : on décapitait quelquefois, mais rarement. On trouve quelques exemples de sorcières jetées dans une marmite d'eau bouillante. Plus généralement, on bridait, soit après strangulation, soit d'emblée. Dans quelques cas, la sor-
dère clait rôtie à petit feu pour que la douleur fût plus longue et plus cruelle.
Quelques sorcières furent condanuices à l'enfouissement. A Valenciennes, une jeune fille de dix huit ans fut enlerrée vive pour sorcellerie; les cris de la malheureuse enfant étaient si horribles que le bourreau ému se trouva mal et refusa de continuer. Le juge, très-tranquille, lui ordonna de finir.
Souvent la sorcière clait menée au bûcher sur la claie, c'est-àdire qu'on l'attachait au derrière d'une charrette et qu'on la traînait par les rues la face contre terre, dans la boue, sur les pierres et dans la poussière.
Louise a retrouvé une série de factures du bourreau, on y voit exprimée chaque phase de la torture pour laquelle il demande quelques deniers; chaque note se termine par une réclamation de deux sous pour le blanchissage de ses gants blancs.
Voilà, Messieurs, le tableau, non chargé, des horreurs de la sorcellerie. Pour que ma tâche soit complète, il faut maintenant que j'en examine avec vous les cas les plus célèbres et que je vous montre à quel degré cette plaie terrible s'était répandue sur la terre il y a trois cents ans.
L'histoire des sorcières célèbres commence par un nom qui va vous émouvoir, car il s'agit d'une des gloires les plus pures de la France. Jeanne d'Arc fut condamnée et brûlée par le tribunal ecclésiastique français pour avoir appelé'Satanàson aide et exterminé l'armée anglaise.
Cinq ans après cette mort tragique, il se répandit bientôt le bruit qu'il existait dans le pays de 1 aud une quantité considérable de sorciers. Ceux-là avaient la spécialité d'être anthropophages. Ils se saisissaient des enfants nouveau-nés et les mangeaient : ils commençaient par leurs propres enfants; le juge Bolingen et l'inquisiteur Eude firent périr un nombre immense de ces malheureux, plus de mille certainement. Ces pauvres fous étaient hallucinés à
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ce point qu'ils venaient s'accnseï' eux-mêmes d'avoir dcleiTc des morts, de les avoir fait bouillir et de les avoir mangés. Un jeune villageois alla dénoncer sa ienime qu'il avait épousée quelques jours auparavant et accepta avec joie l'idée qu'elle serait brûlée sur lu même bûcher que lui; jamais les juges ne cherchèrent une preuve : ils s'en tinrent aux aveux, ne se demandant même pas s'ils avaient affaire à des aliénés.
Moins de vingt ans après, une grande épidémie éclata dans la ville d'Arras. Une foule de femmes se figurèrent avoir assisté au sabbat : elles étaient prises le soir de crises convulsives, tombaient dans une sorte d'extase et, en se réveillant, racontaient les choses les plus étranges. Les chroniques de Monstrelet nous racontent qu'un nombre considérable furent brûlées vives, sauf celles qui donnèrent aux juges de l'argent pour n'être pas inquiétées. Vers 1500, ce fut en Allemagne que l'on vit tout à coup les sorciers paraître en quantité. En 1484, Innocent VIII avait fulminé la bulle où il ordonnait de procéder contre eux avec la dernière rigueur. Au début, quarante et une femmes de Burbie furent brûlées vives, pour avoir mangé des enfants après les avoir fait bouillir; remarquez que jamais personne ne s'était plaint de la disparition d'aucun enfant; les accusées déclaraient leur crime avec orgueil, cela suffisait aux tribunaux. Quarante-huit autres furent brûlées à Constance pour avoir assisté au sabbat. Une d'entre elles se vanta d'être capable de déchaîner un orage par une parole magique; elle fut immédiatement mise à mort, le tribunal craignait qu'elle n'eût le temps de mettre sa menace à exécution.
A la même époque le diable envahit un couvent de Cambrai, et il entra dans le corps des religieuses. Aussitôt, toutes ensemble, elles se mirent à miauler, à aboyer, à courir, à grimper aux arbres et à se tordre par terre. Un exorcisme envoyé parle Pape lui-même ne produisit aucun effet : on fut obligé de juger et de condamner les malheureuses.
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En 1507, nouvelle épidémie, celte fois en Catalogne : trente femmes sont brûlées vives.
De 1504 à 1523, commence en Lombardiela grande épidémie de Côme dont la répression est confiée aux Dominicains. Les symptômes de la maladie sont ceux que je vous ait fait connaître. Le traitement est violent, car les Frères de Saint-Dominique font brûler plus de mille sorciers par an.
C'est à ce moment que la démonomanie règne avec fureur : cent cinquante femmes sont fouettées à Estella et une centaine brûlées à Saragosse.
Les nonnes d'Uvertet, de Brigitte, du mont de Hesse, de Kintorp, se mettent à pousser des hurlements, à gambader, à miauler. Les orphelines d'Amsterdam sont prises à la même époque; un monomane de Dole est brûlé pour avoir mangé des enfants vivants ; quatre-vingts sorcières sont brûlées en Savoie, quatre cenîs à Toulouse; à peu près autant à Avignon.
En 1580, survient la grande épidémie de Lorraine, ou Nicolas Remy fait brûler plus de neuf cents sorciers et sorcières; au même moment, Boguet en brûle six cents à Saint-Claude, et de Lancre des milliers dans le pays basque. Ici l'on rencontre une grande quantité d'enfants, de ceux que Boguet disait ne pas devoir être brûlés à cause du jeune âge, mais étranglés après avoir véhémentement senti les flammes.
Les prêtres mêmes n'échappent pas au supplice. Le malheureux curé Gdufridi, à force de s'occuper de sorcellerie, se met à déraisonner, et il estbrûlé vif en même temps qu'unejeune fille aveugle.
Dans le Berry, on brûle jusqu'à vingt et un sorciers le même jour.
Je ne vous trompais donc pas quand je vous disais que la sorcellerie avait été plus funeste à l'humanité que de grandes guerres.
J'en ai fini. Messieurs, avec la sorcellerie proprement dite, avec
LES SORCILRES.
ce que plusieurs auteurs ont appelé la diablerie active, et j'arrive à une autre forme de démence, à la possession, h la diablerie passive.
AN NO M.D-LXXXTX.