MALADIE DE LA DEMOISELLE THIBAUT
Fac-similé d'une gra\uie du livre de Carré de Monigeron.
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CLEinSOX DE LA DEMOISELLE THIBAUT.
Fac-similé d'une gravure du livre de Carré de Monlgeror.
Il est certain qu'une conjonctivite et même une kératite peuvent guérir en deux ou trois jours sans qu'il y ait là rien de bien extraordinaire. Mais l'archevêque de Sens, qui s'est fait l'adversaire déclaré de la puissance du diacre Paris, nous dévoile que, pendant ses pèlerinages, le jeune dePalacios soignait ses yeux par des bains de laudanum et de guimauve chaude. Il en faudrait peutêtre tenir compte.
Je n'insiste d'ailleurs pas sur ce miracle, dont les causes sortent un peu de l'étude que nous avons entreprise.
Le second se rapporte à mademoiselle Thibaut. Cette fille était devenue énorme, tant son abdomen était gonflé. Carré de Montgeron la déclare hydropique. Pour lui aussi, les membres supérieurs étaient tellement ankylosés que les doigts ne pouvaient plus remuer, crispés qu'ils étaient dans la paume de la main, oii ils avaient fini par déterminer des ulcérations et des plaies. Pour la médecine d'aujourd'hui, il s'agissait d'un cas de météorisme avec contracture hystérique, La manière dont survint la guérison le démontre assez bien,
'1 C'est dans cet état que, réduite à la dernière extrémité et désespérée par tous les maîtres de l'art, on porte cette moribonde à Saint-Médard, on la couche à côté du tombeau de AI. Paris; sa vue fait autant d'horreur que de compassion, on croit à tout moment que le souffle de vie qui lui reste va s'éteindre. Cependant, au bout d'un quart d'heure, son bras paralytique, son ventre, ses jambes et ses pieds se désenflent à la vue des spectateurs, elle se lève.
« Ce n'est plus cette hydropique dont les membres noyés étaient d'une grosseur monstrueuse. Ce n'est plus cette paralytique dont la moitié du corps n'était plus qu'un poids à charge, incapable de tout mouvement; elle marche, elle a l'usage de ses mains, elle se met à genoux, se relève, de retour chez elle monte un escalier difficile, n'a plus d'ulcères ni de plaies dès les premiers jours, jouit
au bout de huit d'uue sauté plus parfaite qu'avant le commencemeut de tous ses maux. »
Peu de jours après la guérison de mademoiselle Tliibaut, un autre miracle bien plus reteulissant encore se produisait à Saint- Médard. Il s'agissait d'une servante nommée Anne Couronneau, qui, sur la fin de 1 730, avait été frappée d'une paralysie incomplète du côté gauche du corps.
Comme elle voulait continuer à marcher, elle avait inventé une mécanique ingénieuse que nous décrit et que nous figure avec giands détails notre historien ordinaire.
« Ayant fait connaître qu'elle souhaitait des lisières, elle eu fait un étrier par lequel elle soutient en l'air son pied paralytique. Elle se fait attacher cet étrier avec des bretelles, qui, portant sur ses deux épaules, s'accrochaient à sa ceinture, et soutenaient ainsi son pied gauche, pendant que tout son corps élait suspendu sur ses deux béquilles- mais cela ne suffisant point encore, elle joignit à tout cet attirail une seconde lisière qui tenait à sa jambe gauche, et qui était passée autour de son bras droit, par le moyen de laquelle tirant en avant sa jambe gauche de toutes ses forces avec sa main droite, elle faisait avancer tout son corps par une violente secousse. Mais, pour lui donner ce mouvement forcé, elle était obligée de se renverser en arrière et de faire des contorsions et des grimaces si affreuses qu'elles faisaient horreur à tous ceux qui les voyaient, w
Alademoiselle Couronneau dut aller plusieurs fois à Saint- Médard, elle n'obtint pas sa guérison tout de suite. Renonçant même à prier pour elle-même, elle y vint une dernière fois pour demander la guérison de sa maîtresse, clouée au lit depuis longtemps. Elle se traîne péniblement jusqu'au tombeau, se fait coucher sur la dalle, au milieu d'un populaire nombreux qui attend le prodige.
« Tout à coup, au milieu des transports de son ardente prière, elle sent un serrement et un mouvement dans le talon de sa jambe