‹ Les maladies épidémiques de l'esprit; sorcellerie, magnétisme, morphinisme, délire des grandeursChapitre 21 sur 58 · MALADIE DE LA DEMOISELLE COLROXXEAU · texte numérisé non relu

MALADIE DE LA DEMOISELLE COLROXXEAU

Fac-similé d'une gravure du Ihre de Carré de Montgeroc.

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Fac-si»:i!c d'one gravnre du livre de Carré de Montgeron.

paralytique, qui est le signe aussi bien que l'impression salutaire de la main de Dieu sur elle. Notre infirme et ceux qui l'environnent s'en aperçoivent également. Ce mouvement fut extérieur et visible, et frappa la vue de ceux qui étaient présents; mais cependant personne ne comprit encore ce langage divin. La pauvre Couronneau, au lieu de s'abandonner à la joie et à la reconnaissance, se trouble et s'imagine que le mouvement qu'elle a senti et le bruit qu'elle vient d'entendre ont été causés par la rupture de ses lisières. Néanmoins Dieu ne permet pas qu'elle s'abandonne longtemps à cette inquiétude. Elle recommence sa prière avec plus de ferveur que jamais; mais, dans ce moment, on la retire de dessus le tombeau, on l'arrache comme malgré elle de cet autel dépositaire de ses vœux, pour la remettre sur ses béquilles, dont on présumait qu'elle avait encore besoin. Ainsi le Dieu d'Israël a étendu sa main, et personne n'en a connu la vérité; ce marbre, comme une autre fontaine de Siloë, vient d'opérer en un instant une guérison aussi parfaite que subite, et personne ne Fa compris; mais si l'Invisible a opéré en secret, les effets de cette main toute-puissante ne tardent pas à se développer. « A peine notre miraculée a-t-elle fait quelques pas, qu'elle sent en elle-même une légèreté extraordinaire dans tout son corps, accompagnée de frémissements dans tout le côté paralytique; ce qui la jette d'abord dans la surprise et l'étonnement. Elle s'aperçoit peu après qu'elle se soutient sur son pied paralytique qui a recouvré toute son action et toutes ses forces, elle lève ses béquilles en l'air et avance à grands pas ; elle marche si vite qu'elle eût pu suivre un carrosse, et, en un moment, elle se trouve à la porte de la maison de sa maîtresse, si émue et si fort hors d'ellemême qu'elle ne se connaît plus, et qu'elle ne peut comprendre comment elle a pu faire en si peu de temps un si long trajet. Aussi ce n'est plus cette impotente, obligée de faire les plus violents efforts, et de fatiguer horriblement la moitié d'elle-même pour

132 LES MIRACLES DE SAIXT-MEDARD.

faire avancer l'autre- c'est uue fille forte et vigoureuse, qui, malgré son âge avancé, marche avec une agilité surprenante; elle vient, pour ainsi dire, de laisser le vieil homme sur le tomheau de notre saint pénitent; elle est devenue comme uue créature nouvelle. Cette langue, qui ne pouvait que bégayer, s'énonce présentement avec la liberté la plus entière; ce bras privé de tout sentiment et de presque tout mouvement, agit avec facilité et avec force; cette cuisse, cette jambe et ce pied qui n'étaient plus pour elle qu'un poids lourd et accablant, et qui, depuis plus de six mois, ressemblaient davantage aux membres d'un cadavre qu'à ceux d'un corps animé, se trouvent d'un moment à l'autre pleins d'une vigueur infiniment supérieure à l'âge de notre miraculée, et aux forces qu'elle avait avant sa maladie. Aussi cette pauvre paralytique qui n'avançait que par ressort et par artifice, va présentement d'un pas ferme, agile et déhbéré; celle qui mettait quatre ou cinq heures à se transporter de chez elle à Saint-Médard, fait présentement le même chemin presque dans un instant ; celle qui ne pouvait faire un pas que par le secours de ses béquilles et de toute sa mécanique, et avec des contorsions effrayantes, porte présentement avec joie ses béquilles en l'air, et les montre avec empressement comme des témoins muets qui annoncent d'une manière sensible la grandeur du prodige que Dieu vient d'opérer sur elle. « Impatiente de faire éclater aux yeux de sa chère maîtresse cette résurrection de la moitié d'elle-même qu'elle vient de recevoir sur le tombeau du saint diacre, et d'apprendre si Dieu lui a aussi accordé sa guérison, elle monte avec précipitation un escalier de trois étages qui va à son appartement. Elle rencontre sur la montée une des demoiselles Garnier; mais elle est encore si hors d'ellemême, qu'à peine la reconnaît-elle, et, sans lui rien dire, elle court se décharger de ses béquilles qui ne font plus que l'embarrasser, et va au lit de sa maîtresse lui raconter avec une rapidité étonnante les merveilles que Dieu vient d'opérer sur elle; ses paroles se pré-

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