‹ Les maladies épidémiques de l'esprit; sorcellerie, magnétisme, morphinisme, délire des grandeursChapitre 22 sur 58 · CL"!-, 1US0\ DE LA DEMOISELLE DU CHE\E · texte numérisé non relu

CL"!-, 1US0\ DE LA DEMOISELLE DU CHE\E

Fiic-shuiL- d'une graiare du livre de Carré de Mjnljeron.

cipilent hors de sa bouche; elle voudrait pouvoir dire tout à la fois tout ce qui lui est arrive, et rendre compte de tous les sentiments de leconnaissance qui embrasent son cœur. Tous ceux qui la voient et qui l'entendent sont dans la dernière surprise d'une si étonnante métamorphose, mais surtout M. Bailli et AI. Boudou, qui l'avaient encore vue la veille, et qui, par les connaissances que leur donnent et leur profond savoir et leur longue expérience, étant plus certains que personne que son état était absolument incurable, ne peuvent s'empêcher de reconnaître l'œuvre de Dieu, en la voyant, ce jour 15 juin, subitement guérie, parlant, marchant et agissant avec facilité. »

Marguerite Duchêne a été le sujet d'une guéri son miraculeuse au moins aussi frappante que celle de la Couronneau. C'était certes une hystérique des plus complètes : météorisme, boule hystérique, paralysies, violentes attaques convulsivcs, léthargie prolongée, elle avait tout ce qui constilue ce terrible état. Ecoutez plutôt ce qu'en dit Carré de Alontgeron :

« Voici une miiladie d'un genre bien singulier : c'est une agonie de plusieurs années, c'est une complication de maux aussi effrayants dans leur réunion qu'inconcevables dans leur durée. Dans la tète ce sont des douleurs excessives, dans l'estomac une rupture de vaisseaux qui lui fait perdre continuellement du sang et l'empêche de prendre aucune nourriture. C'est au dedans une langueur mortelle jusque dans le principe le plus intime delà vie; c'est au dehors une couleur cadavéreuse qui semble avoir prévenu la mort. C'est enfin une personne qui éprouve sans cesse la faiblesse et des suffocations de l'hydropisie, la pesanteur et l'engourdissement de la paralysie, et qui tombe tous les mois dans les plus violentes attaques, à la suite desquelles elle reste souvent en léthargie pendant plusieurs jours. »

Cet affreux état disparaît par une neuvaine à Saint-Médard oii se rend la Duchêne.

138 LES MIRACLES DE SAi.\"T-M EDAIU).

« Le IG juillet 1731, premier jour de sa neuvaiiie, à peine reçoit-elle les impressions de la vertu bienfaisante qui s'exhale du tombeau du saint pénitent, que ses membres paralytiques sont agités par une force inconcevable, et dès lors le mal de tète qui l'accablait depuis cinq ans cesse pour toujours; les vaisseaux rompus dans la poitrine et l'estomac, qui, depuis trois ans, étaient la source funeste d'un vomissement de sang presque journalier, sont rejoints et régénérés; et la fièvre continue, dont les frissons et les redoublements ne lui laissaient pas un seul jour de relâche, se dissipe entièrement, ainsi que les vomissements de sang et de nourriture.

« Le 17, elle éprouve les mêmes agitations que la veille, et l'effet n'en est pas moins digne d'admiration; sa poitrine, extrêmement enflée, reprend son état naturel, et la voix, presque entièrement éteinte, lui est rendue avec toute sa force ordinaire.

« Le 18, après ses agitations sur le tombeau, elle ne sent plus le mal de côté qui la tourmentait sans cesse depuis si longtemps; et en effet, la tumeur est dissipée, et l'on ne trouve plus de vestige de la grosseur qu'elle formait au côté.

« Le 19, une sueur prodigieuse découle de tous ses membres, qui étaient d'une monstrueuse grosseur; ils se désenflent à la vue des spectateurs étonnés, et l'hydropisie disparaît.

« Le 20, on voit ses veines et ses nerfs s'enfler et s'agiter avec une violence extrême, et dès ce moment la paralysie cesse d'être.

« Enfin, le 21, le Seigneur met le comble à ses dons : une force extraordinaire accompagne la guérison la plus complète; elle marche avec tant de légèreté qu'on a peine à la suivre, et elle jouit dès ce moment de la santé la plus parfaite et d'une vigueur infatigable. »

A partir de ce moment les miracles affluent, Philippe Sergent, Gautier de Pézénas sont guéris l'un d'une paralysie, l'autre d'une affection oculaire. Mademoiselle Mossaron, Anne Lefranc, paralyti-

LES AIIi'ACLES DE SAIXT-MEDARI). 133

quos aussi loiilcs les deux, reviennent délivrées après une visite au tombeau du diacre. Et, chose caractéristique, l'archevêque de Paris, M. de Vintimille, bien dans l'esprit de ce dix-huitième siècle qui n'aimait pas les miracles, l'archevêque de Paris déclarant fausse et non prouvée la guérison des deux malades, l'une d'elles le traduit pour ce fait devant le Parlement.

De tous ces prodiges, et pour ne pas sans cesse répéter la même chose, je n'en choisirai que deux ' qui rentrent mieux dans notre cadre parce que les détails en sont bien connus.

Le premier se rapporte à une demoiselle Coirîn , jeune encore, qu'une paralysie retenait au lit. De plus, depuis quinze ans, elle avait au sein une tumeur qui avait crevé un jour en laissant échapper du pus et qui en donnait toujours un peu depuis lors. Carré de Moutgeron la qualifie naturellement de cancer, mais on me permettra de douter qu'une pareille affection puisse durer quinze ans chez une femme encore jeune. 11 s'agissait sans doute d'un abcès et d'une fistule consécutive.

En sommeil y avait longtemps que cette pauvre femme était au lit désespérant de sa guérison, quand el!e eut l'idée de se rendre au tombeau du diacre. Se trouvant hors d'état d'être transportée (elle habitait \an terre), elle demanda à une voisine d'aller lui chercher un peu de terre du tombeau et d'y porter une cliemise qu'on ferait toucher à la pierre.

Ainsi fut-il fait, et la malade attendait avec impatience le retour de son émissaire; enfin elle arrive apportant la terre et la chemise. Celte fois le prodige est instantané. Voici le récit de Carré de Montgeron :

« A peine la moribonde s'est tait mettre la chemise qui avait touché le précieux tombeau, qu'elle éprouve presque à l'instant la vertu bienfaisante qu'elle y avait puisée; celte impotente, qui,

1 V'oir pour plus de détails le livre très-remarquable de Mathieu, Histoire des miracles et des convulsiuniiaires de Saiiit-Médard. Didier et C"^, éditeurs à Pari».

depuis le commencement de sa paralysie, était restée perpéluellement couchée sur le dos sanspouvoirchangcrde situation, recouvre subitement des forces, et se retourne elle-même dans son lit... Le lendemain 12, elle s'empresse d'appliquer sur son cancer, source funeste de tous ses maux, la précieuse terre qui a approché du tombeau du saint pénitent, et aussitôt elle remarque avec admiration que le trou profond de son sein, d'oii sortait sans cesse depuis douze ans un liquide corrompu et infect, s'était séché surle-champ, et commençait à se refermer et à se guérir. La nuit suivante, un nouveau prodige redouble encore sa reconnaissance. Ses membres paralytiques, qui depuis tant d'années représentaient les membres d'un mort par leur froid glaçant, leur immobilité pesante, leur maigreur affreuse et leur raccourcissement hideux, se raniment tout à coup; déjà son bras a repris la vie, la chaleur et le mouvement; sa jambe retirée et desséchée se déploie et s'allonge; déjà le creux de sa hanche se remplit et disparaît; elle essaye si elle pourra, dès ce premier jour, se servir de ces membres nouvellement rappelés à la vie, mais dont la maigreur porte encore les livrées de la mort; elle se lève seule, elle se soutient sur le bout du pied de cette jambe qui depuis si longtemps était beaucoup plus courte que l'autre; elle se sert aisément de son bras gauche, elle s'habille et se coiffe avec ses mains... Depuis ce moment, chaque jour voit éclore de nouvelles merveilles. Le 14, notre miraculée marche avec plus de facilité que le jour précédent. Dieu, qui n'a pas besoin de temps pour créer tout ce qu'il lui plaît, rétablit eu peu de jours dans sa cuisse et sa jambe gauche un nombre infini de vaisseaux qui avaient été détruits et anéantis depuis longtemps par le dessèchement. Le 19 du même mois, elle descend dans l'appartement de sa mère, qu'une longue maladie retenait depuis longtemps au lit... Ses deux frères, l'un valet de chambre du Roi, l'aulre garde du corps de Sa Majesté, accourent pour la voir dès ce même jour, 19 août; elle les aperçoit, elle se

La Demoiselle Coïrin

\Ki.''nijee r,jriiJi rivzci-r iiu s^tnc/u n-L' ootu/ir, nui tùvuts u aits Liy iJifcil ^uk J/-fe»//i^,'/-ii" [■•cutdcLt mamelle, et f^rcJu se n tir ii/w /uir^iJù-ie si:r toiit ee nuùtw i.\Ht-\ \^ui iLj'uls L' Mtenu t'iiu's tizvil e/tiie/mw/U reliiv ' etiu'ssee/ie' tes miixeles île .<v/ ' etiisse et lie sayiun/'e , lyr/Ltiie aive ^yy le a yiciist ir^i sur ees num~T/n rtim/'les ti' lei terre iTtse ojtprès ilu Tbni/'eaa de ÀfJe P^-tRJS .

MALADIE DE I, A DEMOISELLE C 0 I R I V . Fac-shnite d'are gravuie du Lvre ie Carre de Monlgeion.

CUÉRISOX DE LA DEMOISELLE COIUU".

Fac-simi'e d'nne rraiore du livre de Carré de Jlonlgoron.

lève et s'avance au-devant d'eux. Il n'en faut pas davantage pour les convaincre, quoique les postes qu'ils occupent ne les portent nullement à croire aisément aux miracles opérés à l'intercession de M. de Paris. Mais notre miraculée va bientôt paraître devant tous les yeux. Le 24 du même mois d'août, elle va à pied à sa paroisse, où, depuis plusieurs années, elle n'avait pu se faire transporter, même dans un fauteuil... Elle a même la force de se soutenir à genoux... Elle marche en sortant de l'église avec encore plus de facilité qu'elle n'en avait eu pour y venir, »

Le cas de la demoiselle Hardouin est bien net aussi, l'hystérie s'y montre avec plus de détails encore que dans les autres, puisque la guérison se manifeste au milieu d'une de ces attaques convulsives que nous savons déjà être particulières à nos malades. D'ailleurs, chez elle, les paralysies venues coup sur coup ont entièrement l'allure de la paralysie hystérique aussi bien par leur début que par leur terminaison. Xotre narrateur ordinaire, au texte duquel je ne veux rien changer, nous rapporte ainsi l'événement :

« C'est, dit-il, au milieu d'une situation désespérée, c'est après que toutes ses forces sont anéanties, c'est lorsqu'elle n'attend que l'heure qui doit l'affranchir de toutes les misères de la vie, qu'une personne de piété, dont la foi est encore animée par l'état affreux oîi elle voit cette moribonde, lui propose de se faire porter sur le tombeau du saint diacre. Elle savait qu'il y avait eu un grand nombre de miracles opérés par son intercession ; mais, brûlant du désir du bonheur éternel, elle préférait ses infirmités à la santé la plus parfaite, les regardant comme un moyeu de satisfaire pour ses fautes et de quitter bientôt la terre.

« Cependant la personne qui lui conseille de demander sa guérison par l'intercession du saint pénitent, lui fait entrevoir combien un prodige si éclatant pourrait servir à manifester la sainteté de celui qui, par son appel canonisé de Dieu même, nous

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a appris à discerner la vérité crime manière sûre, à la lumière des œuvres du Très-Haut. Ce motif la détermine, elle rassemble tout le peu qui lui res'ait de forces pour écrire qu'elle veut qu'on la transporte à Saint-Médard. Son directeur refuse d'abord d'y consentir, et craint que ce ne soit tenter Dieu, tant il est persuadé qu'elle ne peut s'exposer à faire un pareil trajet sans courir le risque d'une mort qui lui paraît inévitable; il consent néanmoins de s'en rapporter au cliirurgien. Le cliirurgien, qui avait entendu parler des miracles, mais qui avait différé à les croire jusqu'à ce qu'il en eût vu quelqu'un de ses yeux, fut curieux d'éprouver si Dieu ferait celui-ci, et considérant que dans les maux désespérés il est permis de tout tenter, il déclara que, loin de s'y opposer, d serait charmé qu'on transportât sa malade à Saint-Médard.

« Le 2 août fut le jour pris pour Texécution de cette entreprise ; mais tandis que la moribonde n'est occupée que de la gloire qui doit revenir du miracle de sa guérison à celui par l'intercession de qui elle la demande, les porteurs de chaise qui viennent pour la transporter, s'effrayent en voyant son corps hideux, pâle, livide et décharné, qui reste immobile, et qui a perdu jusqu'à l'usage de la parole. Us doutent d'abord si c'est un cadavre ou une agonisante qu'on leur ordonne de descendre d'un troisième étage jusque dans la rue. Us l'enlèvent cependant avec son fauteud, mais les syncopes où elle tombe aussitôt qu'ils la remuent, augmentent encore leur frayeur. Ces hommes endurcis, et accoutumés à manier des personnes infirmes, croient à tout moment que celle-ci va expirer entre leurs bras ; ils n'osent presque la toucher, ils craignent en l'agitant de faire exhaler le souffle de vie qui lui reste, ils la placent avec son fauteud dans leur chaise à porteurs dont ils ôtent le siège à cet effet. Un second évanouissement dans lequel elle tombe aussitôt qu'ils sont en chemin, redouble encore leur crainte et celle des personnes qui l'accompagnent. Elle arrive en cet état à Saint-Médard, en sorte qu'elle ne s'aperçoit qu'elle

LKS MIRACLES DE SAI.VT-MEDARD. 147

est à l'église et qu'elle assiste à la messe qu'au moment de l'élévation. Sou cœur aussitôt s'adresse à Celui qui est la résurrection et la vie; et d'abord que la messe est finie, on se liàte de la transporter dans le petit cimetière, et de la coucher sur le tombeau du saiut diacre.

« Le corps perclus de cette pauvre moribonde n'a pas plutôt touché la tombe salutaire, que l'immobihté de ses membres paralytiques se change tout à coup en des mouvements d'une violence extrême. Leurs surprenantes secousses paraissent être le combat de la vie qui s'empresse de repousser la mort, et qui veut la chasser de ces membres oii elle semblait régner depuis si longtemps, par son froid de glace et par linaction qui eu était l'efFet. Au milieu de ces agitations qui effrayent et qui rassurent tout à la fois, cette paralytique fait signe qu'on la ramène à l'église; c'est là que les spectateurs sont consolés, en voyant d'une manière sensible que la vertu du tombeau est empruntée de la vertu même du Tout-Puissant, puisque les agitations se renouvellent en présence du Maître comme elles avaient commencé sur le tombeau du serviteur; et il est si vrai que ces préludes de vie annoncent la main toute-puissante qui les produit, comme ils ont fait souvent aux tombeaux des saints les plus révérés, que c'est au milieu de ces violentes agitations que la parole est subitement rendue à notre impotente.

« Ce commencement de guérison, joint aux mouvements évidemment surnaturels qui continuent dans les membres de cette paralytique, font croire que le moment de sa parfaite guérison n'est pas éloigné, et que Dieu ne diffère de l'opérer que parce qu'il veut faire ce prodige sur le tombeau de celui qu'il a dessein de glorifier. On comprend cet ordre du Très-Haut, et on la rapporte sur le tombeau du saint pénitent, où la violence des agitations recommence avec plus de force qu'auparavant, comme si Dieu voulait encore augmenter ce signal pour rendre les spectateurs

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plus alteutifs à ses mer veilles. En effet, la mort, pom- cette fois, se voit contrainte de céder, elle fuit, elle disparaît. Le mouvement, la chaleur et la force avaient déjà, pendant le combat, pris la place de l'immobilité, du froid et de l'impuissance. L'ennemie étant en fuite, la tranquillité, le repos et la paix succèdent aussitôt à la violence des agitations. Les douleurs cessent, les couleurs se raniment, la santé paraît avec tous ses apanages. La miraculée se lève, elle marche, soutenue, à la vérité, mais d'un pas qui commence à être ferme et délibéré 5 elle rentre dans sa chaise à porteurs, au milieu des larmes et des acclamations de joie des spectateurs, qui la suivent en foule.

« Aussitôt qu'elle est arrivée dans sa rue, elle sort de sa chaise pour faire connaître à tous ses voisins les grâces que Dieu vient de lui faire, elle marche d'un pas assuré, elle monte légèrement jusqu'à un second étage, où elle entre dans une grande chambre, pour se faire voir plus commodément à une foule de personnes de toutes sortes de rangs et de conditions, qui s'empressent de venir admirer une guérison si subite et si parfaite. Des milliers de témoins avaient vu ses infirmités pendant six ans ; ils avaient été touchés de son état déplorable, et plusieurs de ceux qui virent le matin qu'on la transportait évanouie à Saint- Alédard, crurent n'avoir d'autres vœux à faire que de prier le Seigneur d'abréger ses souffrances. Quel est leur étonnement de voir celle qui, depuis dix-neuf mois, était percluse de presque tous ses membres, et qui, depuis quelques jours, était réduite à la dernière extrémité et privée même de la parole, marcher, parler, agir comme une personne qui n'aurait jamais été malade! que dis-je? soutenir dès le premier jour une faligue qui aurait fait succomber la santé lapins robuste, ayant été, depuis son retour de Saint-Médard jusqu'au soir, entourée sans cesse d'une foule de personnes, amies et ennemies, devant qui elle ne se lassait pas de marcher et de raconter les merveilles que Dieu venait d'opérer en sa faveur par l'interces-

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