‹ Les maladies épidémiques de l'esprit; sorcellerie, magnétisme, morphinisme, délire des grandeursChapitre 31 sur 58 · MÉTHODE DE FARIA · texte numérisé non relu

MÉTHODE DE FARIA

« L'abbé Faria, magnétiseur célèbre, qui montrait ses somnambules en spectacle, et mourut avec la plus belle réputation de charlatan qu'homme du monde ait jamais eue , et surtout mieux méritée , l'abbé Faria , dis-je , pour augmenter le merveilleux de ses expériences et, partant, donner plus d'éclat à ses représentations , avait imaginé une méthode qui n'eut point d'imitateur et ne réussit guère qu'entre ses mains. Il faisait commodément asseoir dans un fauteuil la personne qui voulait se soumettre à son action , lui recommandait de fermer les yeux , et , après quelques minutes de recueillement, lui disait d'une voix forte et impérative : Dormez I

« Cette simple parole, jetée au milieu d'un silence prestigieux et solennel par un homme dont on racontait des prodiges , faisait ordinairement sur le patient une impression assez vive pour

produire en lui une légère secousse de tout le corps , de ]a transpiration, et quelquefois le somnambulisme. Si cette première tentative ne réussissait pas , il soumettait le patient à une seconde, puis à une troisième, et même à une quatrième épreuve ; après quoi, il le déclarait incapable d'entrer dans le sommeil lucide.

« Cette méthode ne diffère point essentiellement des précédentes j seulement, l'appareil cabalistique dont l'abbé Faria intimidait les esprits faibles et crédules qui s'abandonnaient à lui , en neutralisant chez ces derniers toute espèce de résistance morale , les préparait à recevoir plus promptement les influences d'une volonté d'ailleurs puissante, jj

C'est en face de ce fatras que se trouva Braid. Il se demanda si toutes ces passes ne constituaient pas un simple procédé d'hypnotisme, et si la contemplation d'un point fixe ou animé de mouvement ne produirait pas le même effet que tous les gestes des magnétiseurs. Le succès répondit à sa tentative, et il arriva à faire tomber un sujet en sommeil hypnotique rien qu'en lui faisant contempler une boule de métal. Le fluide magnétique était renversé.

Et même l'état produit de cette manière toute physique était tel, l'insensibilité du sujet était si complète, que Braid put opérer, amputer des malades qu'il avait hypnotisés. Ses expériences furent répétées en France par Broca , par j\lM. Verneuil et Lassègue, et donnèrent absolument les mêmes résultats. C'était un grand progrès : la chirurgie pouvait se faire sans douleur. Malheureusement l'hypnotisme n'est pas possible sur tout le monde. Un grand nombre d'insuccès se produisirent, et puis arrivèrent le chloroforme, l'élher, le protoxyde d'azote; les essais de Braid tombèrent dans l'oubli jusqu'au moment où un courageux savant français, M. le professeur Charcot, les reprit et les amena où je vais vous dire.

Mais , auparavant, laissez-moi vous rendre témoins d'un certain nombre d'expériences d'hypnotisme.

Les animaux peuvent être hypnotisés, et cela précisément par le procédé de Braid.

Voici une vieille expérience, due au P. Kircher , qui va vous le démontrer. Je prends un coq et je le place le bec appuyé sur cette table noire; puis, partant du bec de l'animal, je trace une raie de craie sur laquelle ses deux yeux convergent aussitôt; j'enlève mes mains, et vous voyez le coq demeurer inerte. Je puis le pincer, le brûler : il ne bouge pas. Si je remplace la raie de craie par une lumière électrique, l'elfet est encore bien plus intense.

L'animal est susceptible d'éducation; quand on l'a souvent hypnotisé , il tombe bien plus facilement encore dans le sommeil. J'ai possédé un coq Bentham qui servait à mes expériences ; il était , comme tous les oiseaux de sa race , très-remuant et trèsindocile : or, il me suffisait de placer le bout de mon doigt devant son bec pour le faire tomber dans un état de complète immobilité.

D'autre part, et nous allons retrouver la chose chez l'homme, une surprise très-brusque peut produire le même effet.

Je saisis subitement un poulet et je le mets d'un coup le dos sur la table : il y reste immobile, hypnotisé. Preyer dit cataplexié : le mot ne fait rien à la chose,

La même pratique réussit fort bien aussi , comme vous le voyez, avec un moineau ; si l'on a eu soin de mettre à l'animal la tête sous son aile, la durée de l'état hypnolique est très-longue.

Sur le cochon d'Inde, l'hypnotisme est très-facile à réaliser. Je prends un de ces petits animaux , je choisis de préférence une femelle, car AI. Laborde a démontré que l'expérience ne réussissait bien que sur ce sexe, et je i'étends brusquement sur le dos : el.'e y demeure indéfiniment , elle ne remue pas , elle est insensible , car je la pince très-fortement.

Voici un autre cochon d'Inde à qui je mets des boucles d'oreiiles très-brillantes en acier : le malheureux petit animal tourne les yeux pour les regarder , puis il s'endort à ce point que je ne puis le réveiller. Je lui tire un coup de pistolet contre l'oreille : ses moustaches sont brûlées, mais il ne bouge pas.

Tous ces animaux sont hypnotisés; leur état consiste dans la perte du sentiment et de la sensibilité, mais ils ne dorment pas, ne rêvent pas; ils ne sont pas somnambules.

Cet état d'hypnotisme, vous pouvez le produire presque sur toute personne qui s'y prête; mais si vous expérimentez sur une de ces malades qu'on appelle des hystériques , alors vous obtenez un état tout différent. Les mêmes moyens vous amènent au somnambulisme artificiel. La différence du sujet produira la différence des effets. C'est ici que commencent les découvertes de M. Charcot et les recherches de la Salpêtrière auxquelles le savant expérimentateur a bien voulu me permettre de collaborer *.

• Il faut ici que je rappelle ce qu'est une liystérique et quels sont les principaux phénomènes qu'elle présente, car nous allons voir que son élat de somnambulisme n'est qu'une simple modification, quelquefois une simple reproduction de ces phénomènes.

Rien au premier abord ne distingue une hystérique d'une autre femme, peulêtre un peu d'étrangeté dans la figure et dans l'accoutrement. Ces malades, en effet, se couvrent de couleurs criardes et sans harmonie.

Ce que l'on observe tout d'abord en elles, c'est Vanesthésie ; les hystériques, en effet, sont insensibles quelquefois d'un côté du corps, quelquefois des deux. Il est possible de les transpercer avec de longues aiguilles sans qu'elles ressentent rien. Il en rcsu'.le pour elles des erreurs singulières : tout un côté de leur corps semble mort; elles ne savent pas où sont leurs bras ou leurs jambes si elles ne les regardent pas. Quelquefois elles se laissent brûler sans même s'en apercevoir. Un jour, une malade de la Salpêtrière s'aperçut qu'un trou existait au bas qu'elle venait de mettre : elle se mit à le repriser et se promena toute la journée'. Le soir, impossible d'ôter son bas; elle appelle à l'aide, et l'on s'aperçoit qu'elle l'a profondément cousu avec sa peau. Un médecin français, M. Burq, a montré que des applications de plaques de métal sur les points insensibles leur rendait la sensibilité (c'est ce qu'on a appelé la métallot/iérapie) , et, chose curieuse, la commission qui examinait ce phénomène constata que, pendant que la sensibilité reparaissait sur un bras, par exemple, elle disparaissait sur l'autre juste au même point, en sorte qu'il n'y avait aucun bénéfice pour le sujet.

L'anesthésic de la peau s'étend ai x autres sens; les hyslériques entendent mal

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