UN COQ HYPNOTISE
D'après une phofcgraphie de l'aateur.
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Pour provoquer le somnambulisme, le manuel opératoire est bien simple. On peut faire regarder au sujet un corps brillant 5
cf, principalement, elles ne voient pas les couleurs, tantôt d'un seul œil, tantôt des deux yeux; elles sont achromato/jsùjiies ; tout leur semble gris, elles vivent dans une nature sépia, et rien ne doit èlre plus pénible. Leurs sens sont donc dans une sorte d'état de sommeil permanent dont certains excitants, les métaux, l'électricité, l'aimant, peuvent les tirer temporairement.
Leurs nuiscles sont souvent paralysés; rien de plus fréquent que les paralysies hystériques. D'autres fois, ils sont violemment contractures et demeurent ainsi des années. Une violente émolionpcut faire cesser ces paralysies ou ces contractures subitement.
On peut d'ailleurs provoquer ces contractures facilement : il suffit souvent de tirer brusquement le bras d'une hystérique pour qu'il demeure contracture dans la situation qu'on lui a donnée.
Enfin, les hystériques nous présentent des périodes d'attaque où elles reproduisent i peu près tout ce que nous allons obtenir d'elles par le magnétisme.
Quand une hystérique va tomber en attaque, la première chose qu'elle éprouve, c'est une certaine gêne, une certaine angoisse, comme une boule qui remonterait de l'estomac vers la gorge. 11 ne s'agit, eu réalité, que de contractions musculaires de l'œsophage. Puis, tout à coup, la malade pousse un grand cri et tombe à la renverse, ses yeux se convulsent, et une sorte de bave, d'écume, vient baigner ses lèvres. Au même moment, les bras s'étendent vivement, et les poignets se tournent en dehors. Le corps entier est roidi comme dans une attaque de tétanos. A ce moment la malade pousse un grand cri, se courbe en arc, de telle sorte qu'elle ne repose que sur la tète et les talons, son corps formant sur le lit comme l'arche d'un pont. La période dite tétanique est terminée; une série de grands mouvemenis désordonnés succède : c'est la période clonique. Celle-ci dure deux ou trois minutes Alors commence la période des contractures. Tantôt le corps entier reste contracture, tantôt c'est une partie seulement. C'est ainsi que la contracture des bras donne souvent k la malade l'attitude du crucifiement, et ce crucifiement peut durer des jours entiers avec insensibilité complète. Après quoi survient une période de repos : on dirait que tout est fini et que la malade dort. Mais alors commence la dernière période, celle qui nous intéresse le plus, celle des extases, que M. Charcot a mieux appelées les allitudes passionnelies. L'hystérique, absolument étrangère à tout ce qui l'entoure, ne percevant ni son, ni lumière, se met à poursuivre un rêve qui a ceci de particulier, qu'il est toujours le même et qu'il est la reproduclion d'un événement ou d'une série d'événements de son existence.
L'hystérique, dans les périodes des altitudes passionnelles de son attaque, est donc en réalité une somnambule spontanée et automate. Cela vous fera comprendre pourquoi il va nous être si facile, tout à l'heure, de la faire entrer en somnambulisme artificiel. La malade voit d'abord quelque objet effrayant. Son attitude est terrible. Mais les traits se détendent, et voici une apparition plus douce, une vraie extase religieuse. 11 y a i Paris seulement au moins une centaine de malades de ce genre.
Cette longue parenthèse que je viens d'ouvrir, cette description de la maladie hystérique avait pour but de rappeler le terrain sur lequel nous allons opérer, le milieu sur lequel les pratiques hypnotiques venant agir provoquent des manifestations hystériques en fout semblables à celles qui se produisent spontanément, manifestations qui sont le somnambulisme artificiel, la catalepsie, V automatisme.
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le plus ordinairement, vous vous placez au-devant de la personne que vous voulez somnambuliser, et vous la priez de vous regarder fixement : au bout d'une ou deux minutes, vous voyez ses yeux devenir vagues , puis s'injecter, se mouiller de larmes, et, finalement, au bout d'un temps qui varie d'une minute à un quart d'heure, suivant que le sujet est plus ou moins habitué, les yeux se ferment, la tète tombe, et quelquefois un peu d'écume vient à la bouche de l'hystérique. Le sommeil est produit; c'est le premier état, c'est un sommeil vrai, avec perte absolue de connaissance : c'est donc plus que de l'hypnotisme.
Si le sujet est un peu remuant, on peut lui maintenir les pouces dans les doigts refermés. Quant aux passes, c'est-à-dire aux mouvements des mains de l'opérateur devant les yeuxdu sujet, je les ai toujours vues retarder l'apparition du sommeil : M. Ch, Richetdit, au contraire, en tirer grand parti.
Vous voyez , Messieurs , que rien n'est plus simple ; il faut de la patience les premières fois que l'on opère, et voilà tout. Il n'y a aucun fluide, bien entendu; le majnéliseitr ne sert à rien par lui-même; tout se passe dans le sujet, dont le cerveau se trouve vraiment annihilé par la pratique hypnotique et mis dans un état tel, qu'on va pouvoir provoquer en lui tel rêve que l'on voudra par suggestion. Nous avons fabriqué un automate semblable à ceux que je vous signalais dans le somnambulisme naturel , mais avec cette différence que le somnambule naturel n'obéissait souvent qu'aux impulsions de sa mémoire, tandis que le somnambule artificiel, ayant l'usage de ses sens, va nous obéir, à nous.
On peut encore endormir d'une autre manière, simplement en appliquant ses pouces sur les paupières abaissées du sujet, en tenant les tempes avec les mains et en appuyant légèrement sur les globes oculaires : c'est un procédé qui réussit bien sur beaucoup de personnes.
Enfin l'on peut, quand on a un sujet de premier ordre, se con-
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PROCEDE POL'R LA rUODlCTIOX DU SOMMEIL HYPNOTIQUE,
D'apiés une photographie de l'auleor
tenter de lui crier subitement le mot Dormez avec une certaine autorité 5 un geste tragique même ne nuit pas. C'est ainsi, vous vous le rappelez, que procédait l'abbé Faria, charlatan célèbre qui a étonné le monde il y a quelque vingt ans. Les deux premiers procédés sont ceux dont on se sert à la Salpôtrière; c'est aussi ceux-là qu'emploie le professeur de Breslau^ M. Heidenhain.
Ce que nous avons dit jusqu'ici s'applique aux premières tentatives que l'on exécute sur un sujet donné. Mais quand on a déjà hypnotisé souvent une malade , on arrive à le faire bien plus vite et bien plus facilement. C'est ici que commence le rôle de Timagination et que les charlatans ont beau jeu.
La seule idée qu'elle va être endormie fait que la malade s'assoupit presque subitement Si avec cela on lui fait croire que le magnétiseur a une influence secrète, une puissance surnaturelle, vous voyez où l'on peut arriver.
Une malade de la Salpêtrière, G..., persuadée que j'avais sur elle un pouvoir particulier, tombait hypnotisée, quel que fut l'endroit où elle nu rencontrait. Nous avons vu cette malade s'endormir ainsi au miUeu des cours, dans les escaliers. Un jour qu'en plaisantant on lui avait fait croire qu'elle serait subitem eut endormlepar la volonté au milieu d'une cérémonie publique qui devait avoir lieu quelques heures après, elle préféra ne pas se rendre à cette cérémonie, tant elle était persuadée que la chDse était immanquable.
Dans ces cas-là, l'imagination est tout : tout se passe dans le sujet. Quelques exemples vous le feront bien comprendre. Il m'est arrivé de persuader à des malades qu'elles ne pourraient quitter la salle où elles se trouvaient, parce que j'avais magnétisé les boutons des portes. Elles hésitaient longtemps à les toucher; mais dès qu'elles l'avaient fait, elles tombaient endormies. Ai-je besoin de dire que je n'avais absolument rien magnétisé? Cette
expérience est importante, car elle nous explique ces cas où des sujets s'endorment en buvant un verre à' eau magnétisée, où d'autres sont pris en se couchant sous un arhre magnétisé.
Les expériences de magnétisation à distance sont du même ordre, et relèvent de la même cause. Que de fois ne lit-on pas dans les livres de magnétiseurs qu'ils ont réussi à endormir un sujet depuis leur appartement, à travers une porte, à travers l'espace! Ici encore tout est dans le sujet. Nous avons fait souvent l'expérience suivante. On disait à la malade P... : « Dans la pièce à côté se trouve M. X...; il vous magnétise. » Elle montrait alors quelque inquiétude, et s'endormait tout à coup. Nous nous montrions alors, et l'effet aurait été très-grand si nous avions voulu. Un jour on lui dit la même chose, et le sommeil survint tout aussi vite : seulement nous n'étions pas dans la pièce à côté, nous n'étions même pas en France, et nous ne pensions guère à elle, nous l'avouons.
Une autre fois, nous disions à une malade que, de chez nous, nous l'endormirions à trois heures du soir. Dix minutes après, nous avions oublié cette plaisanterie. Le lendemain, nous apprenions qu'à trois heures la malade s'était endormie.
L'immense majorité des absurdités qui remplissent les livres des magnétiseurs peut s'expliquer de cette façon-là : imagination de la malade très-vivement frappée, et sommeil arrivant subjectivement et sans l'intervention d'aucune manœuvre extérieure.
Enfin, quelle que soit la manière de magnétiser, le résultat est toujours identique : le sujet demeure inerte.
C'est alors qu'on peut observer sur lui différentes particularités, dont la plus importante est l'hyperexcitabilité musculaire. En état normal, nos muscles sont excitables; de violents chocs portés sur eux peuvent les faire contracter, ils peuvent aussi le faire par action réflexe.
Dans le somnambulisme artificiel , l'action de la moelle n'étant
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COATRACTIRE PROVOQUÉE.
D'après une photogtaphie de l'auleor.
plus modérée par le cerveau, qui est annihilé, les muscles se contracteront par voie réflexe sous la moindre influence.
Passez le plus légèrement possible vos doigts sur l'avant-bras d'une hystérique endormie , et immédiatement une de ces fameuses contractures (qu'en condition première elle peut avoir spontanément) se produira aussitôt. Vous pourrez, en excitant simplement quelques muscles isolés, produire des contractures de toutes les formes. Les charlalans y arrivent par des passes, en eifleurant légèrement les groupes musculaires .
En contraclurant les muscles du dos, on parvient à donner aux sujets des poses qui semblent incompatibles avec l'équilibre. Voici deux figures qui vous montrent deux somnambules : l'une est renversée dans une situation intenable; l'autre repose par la nuque et les talons sur le dossier de deux chaises, à la façon de l'arche d'un pont. Je vous montre ces deux postures , très-exploitées par les thaumaturges, uniquement pour vous faire savoir comment je les ai obtenues.
Ce qu'on produit si facilement dans le sommeil magnétique, ce n'est, vous disais-je, que la contracture hystérique ordinaire : la preuve, c'est que si l'on réveille la malade pendant qu'elle est conlracturée, elle garde sa contracture indéfiniment, et l'on est obligé de la rendormir pour la dissiper, ce qui se fait en excitant simplement les muscles antagonistes.
L'étude de l'hyperexcitabihté musculaire a amené M. Charcoî et ses élèves à une étude des plus curieuses qui a beaucoup contribué à calmer les craintes de personnes qui, sans venir voir les expériences, avaient crié à la simulation.
Nous sommes, Messieurs, à peu près deux mille dans cette salle; sauf quelques médecins qui m'écoutent, il est vraisemblable que personne ne connaît ici l'action des muscles de la face, telle que l'a décrite Duchenne (de Boulogne), ou encore la distribution des nerfs du bras. Croyez-vous qu'une fille qui ne
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sait ui lire ni écrire et qui ariive du fond de la Bretagne connaisse les détails de cette physiologie si délicate? Moi, je ne le crois pas. Si donc elle simule, nous le verrons bien. Excitons son nerf cubital au coude : elle la nous faire quelque geste désordonné? Pas du (ont ; elle plie seulement le petit doigt, l'annulaire et le pouce : c'est, eu effet, aux seuls muscles de ces doigts que le cubital se distribue. Je connais des étudiants en médecine qui n'en savent rien. Excitons maintenant le muscle sterno-mastoïdien, cette corde diagonale que l'on voit sur notre cou quand nous tournons la tête. Voilà l'hystérique qui tourne la tête du côté opposé à notre excitation, elle savait donc aussi cette action si singulière, qu'on ne peut soupçonner à priori. Bien mieux, répétons sur les muscles de sa face, rien qu'en les excitant avec un crayon, tout ce que Duchenne a fait avec l'électricité, et voici que nous observons tous les effets qu'il a vus, et qui sont tellement complexes, que nous, physiologistes de métier, nous ne pouvons les retenir. Si cette fille simule, elle est bien savante. J'en aurai fini avec l'état de sommeil quand je vous aurai dit qu'il est possible, dans cette période, de faire lever le sujet, qui dès lors se met à vous suivre, poussant des gémissements si quelque personne vient s'interposer.
Messieurs, le deuxième état que puissent produire sur les hystériques les pratiques de l'hypnotisme, c'est la catalepsie. Cet état bizarre, dont je vais tâcher de vous donner une idée, existe normalement chez elles, et les procédés que nous employons ne servent qu'à le développer; il survient quelquefois sans aucune intervention.
Rien n'est plus facile que de faire passer un sujet de l'état de sommeil à l'état cataleptique. 11 suffit pour cela de lui ouvrir subitement les yeux. 11 demeure comme atterré , le regard reste fixe, et Taititude qu'on a provoquée demeure indéfiniment, quelle qu'elle soit. On peut mettre le sujet dans les postures les plus
EXGITATIOX DU \ERF CIBITAL PEAIDAMT LE SOMMEIL IIYPXOTIQUE.
l)"aprés une photographie de l'auteur.