‹ Les maladies épidémiques de l'esprit; sorcellerie, magnétisme, morphinisme, délire des grandeursChapitre 44 sur 58 · LE GLANEUR DE MADOPOLIS · texte numérisé non relu

LE GLANEUR DE MADOPOLIS

M. Z..., rédacteur en chef, travaillait fiévreusement, composant jusqu'à cinq pièces de vers par jour, demandant des articles, examinant, corrigeant, coupant ceux qu'on lui apportait. Chose curieuse , il ne pouvait supporter les compliments, et envoyait brutalement promener ceux qui essayaient de le féliciter. Un jour, une surveillante lui demande fort poliment de lui prêter le Glaneur. Il refuse net, et s'emporte même hors de tout propos. Il le reconnaît bientôt, et il s'empresse d'envoyer à la dame le journal refusé avec cet envoi :

A MADAME LA MUSICIENXE.

Vous avez désiré, Madame, Lire notre premier Glaneur,

' Pour plus de dôtiils sur le Glaneur de Madojjolis, voyez le travail de Scnloux. Paris, 1867.

Et pour nous tout désir de femme

Est un honneur :

Aussi dimanche, à la soirée, J'enrageais de vous refuser Notre prose trop admirée.

Pour m'excuser,

Hier donc, j'ai fait l'écriture Que je vous offre en ce moment; El je l'ai faite, sans ralure,

En peu de temps.

Puisse ma copie illisible Atteindre cependant le but De celui qui fut irascible

Dès le début!

Car ce hut est d'être agréable A qui sait charmer nos loisirs; A qui pour chacun est aimable

En ses plaisirs :

Et si le Glaneur qu'on accuse D'avoir plus d'esprit qu'il n'en a, Vous fait rire , ma pauvre Muse

Aussi rira.

Celte activité exubérante n'était pas profitable, il faut l'avouer , à M. Z... Il brutalisait tout le monde et injuriait ses collaborateurs; aussi les articles ne venaient-ils plus au Glaneur , qui, en revanche, était rempli des siens. 11 abordait tout : la prose, les vers. Laissez-moi vous citer une pièce vraiment étonnante, qu'il fit à un moment où il était dans un état d'effrayante excitation. De Charenton on aperçoit le chemin de fer de Lyon et la ligne d'Orléans : ce ne sont que sifflets, que passages de convois; c'est une distraction pour tout le monde, le Glaneur ne pouvait manquer d'en parler.

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