‹ Les maladies épidémiques de l'esprit; sorcellerie, magnétisme, morphinisme, délire des grandeursChapitre 54 sur 58 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

et dans la Société. Nous prions le lecteur de vouloir bien considérer que nous n'avons pas l'intention de faire ici le procès de notre temps, non plus que sa critique. Si dans ce qui va suivre nous n'en disons que du mal, si nous oublions à dessein ses merveilleuses qualités , c'est que nous sommes pathologiste , c'est que nous cherchons les causes d'une maladie possible et probable, et que nous ne la trouverons que dans les germes mauvais qui, déjà versés dans notre société, pourront s'anéantir ou se développer.

Or, le vice qui domine chez l'homme de la fin du dix-neuvième siècle, j'entends chez l'homme ordinaire, c'est l'égoïsme. Nous ne sommes plus au temps où, pour lutter contre la nature, on avait besoin de se serrer les uns contre les autres; nous ne sommes plus à l'époque où les incursions de peuplades contre peuplades obligeaient à fusionner les intérêts pour la résistance. Aujourd'hui, tout est si bien arrangé que la sécurité personnelle est complète ; on n'y pense jamais, et quand quelque grand crime ou quelque terrible catastrophe vient rappeler que le danger existe toujours un peu, c'est avec étonuement qu'on en reçoit la nouvelle, et, avec un certain scepticisme, on se félicite de n'être pas parmi les victimes.

Ainsi, l'excès même de la ciuihsation tend à dissocier moralement la race humaine, à en séparer les éléments d'une manière latente. La charité elle-même tend à s'effacer, non pas la charité bruyante ou officielle qui entasse les millions dans les hôpitaux, non pas même la charité mondaine qui multiplie les ventes , les concerts, les bals et les bénéfices, mais la charité vraie, celle qui succède à une émotion, et qui en donne ensuite de si douces.

Cette merveilleuse vertu s'est particularisée ; elle est devenue un peu sectaire, et les gens ne sont pas rares qui, devant les souffrances, la maladie ou la misère, tiennent à savoir, avant de délier leur bourse, s'ils vont soulager quelqu'un dont les opinions sur toutes choses se trouvent conformes aux leurs. Nous avons

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