‹ Les maladies épidémiques de l'esprit; sorcellerie, magnétisme, morphinisme, délire des grandeursChapitre 55 sur 58 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

aujourd'hui une charité religieuse et une bienfaisance laïque. On se bat jusque sur ce terrain-là.

Aussi, je serais bien étonné si la maladie du vingtième siècle venait de quelque développement démesuré de l'esprit d'altruisme. Ce n'est pas là qu'il faut chercher.

Nous ne sommes pas non plus au temps où l'on mourait pour une idée; de nos jours, les Alacchabées mangeraient de la charcuterie en face du bourreau , et rentré dans sa maison , Régulus rirait au nez des Carthaginois.

C'est qu'en effet, la conscience morale est fort amoindrie chez la masse des hommes. Xous avons eu trop de fois l'occasion de le dire au courant de ces conférences, cela tient à l'exagération, chez nous, de la concurrence vitale.

Je me souviens qu'un criminel qui avait lu Darwin, et qui en avait appHqué les doctrines avec une logique que n'avait guère prévue le grand et honnête savant anglais, disait devant moi au président de la cour d'assises : « J'ai tué, tuez-moi; j'avais le droit de le faire, vous l'avez également; je ne suis qu'un vaincu, et vous un vainqueur; il n'y a ni morale ni orincipes sociaux, il n'y a qu'une lutte pour l'existence, et le succès est au plus fort. » Ce monstre exagérait ce qui est la manière de voir de bien des gens, qui ne s'en croient pas plus malhonnêtes pour cela.

Aussi, ce qui caractérise l'esprit public de la iin de notre siècle, c'est la voracité avec laquelle la masse se lance à la conquête de l'argent, et s'il reste dans un coin quelques poètes, quelques amis désintéressés de l'art ou de la science, il faut voir avec quel joli dédain le monde se rit de leur naïveté et de leur misère.

Lisez nos journaux, écoutez la conversation de nos salons : le grand peintre est celui qui vend cher; le grand savant est celui dont la découverte est en commandite ; le grand romancier, celui qui tire son cinquantième mille, son œuvre fùt-elle la description d'un tas d'ordures ou d'une lalrine.

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Et sur tout cela naît, comme sur un fumier, la plus étonnante des littératures. N'avons-nous pas vu paraître récemment encore, et avec un grand succès, un livre voué pendant trois cents pages à l'exaltation d'un moutard de dix ans déjà pourri de vices, pendant qu'un autre ouvrage de mêms volée nous présentait une fille de vingt ans, hystérique, non d'hôpital, mais de salon, étonnant son mari, qui n'a pourtant pas l'air d'un néophyte?

Ah! pourvu que petit Bob et Pauletle ne soient pas les héros des romans du vingtième siècle! J'aime encore mieux Coupeau et l'éternelle famille des Rongon-Macquart.

C'est dans ce milieu que se passe la vie de riniille. Quels éléments peut-elle nous fournir pojr arriver à soupçonner la maladie qui menace nos descendinls?

La base de la famille est le mariage. Y a-t-il une institution sociale plus menacée? Si l'on veut bien jeter un coup d'œil sur ce qui se passe dans les clissss inférieures, on verra que le mariage en a presque disparu, au moins dans les villes. On s'en passe purement et simplement : il naît des enfants , et la tendance de cerlains sociologistes serait de les faire élever tous par l'État, de revenir aux vieilles lois de la Grèce. Sans aller si loin, on remarquera que, sans cesse, les naissances illégitimes augmentent, et ceci ne saurait même être une mesure du mal, la plupart des ménages irréguliers n'ayant pas d'enfants. Dans la classe bourgeoise, l'union libre n'existe pas; le mariage règne en maître! mais comment se pratique -t-il? La recherche de deux êtres qui s'aiment et s'estiment, qui se désirent physiquement et moralement, est devenue une exception telle que bien des gens refusent à priori d'y croire. La dot, les espérances , tout est là. Le mari est homme de cheval, la femme a son couturier : ces ménages-là ne durent pas deux ans; et alors s'ouvrent deux solutions, l'adultère et le divorce.

Le divorce est bruyant et mal porté j l'adultère est le retour à

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