MALADIES PRODUITES PAR LES CHAMPIGNONS
Pour la commodité de l'exposition, nous diviserons ces maladies en deux groupes :
A. — Maladies des feuilles ;
B. — Maladies des racines, du tronc et des branches.
A. — Maladies des Feuilles
HÉMILÉIA
Les Urédinées, famille de champignons, à laquelle appartient V Heniileia vastatrix^ produisent, en fructifiant sur les organes vivants des plantes qu'ils attaquent, des amas de poussière rouge orangé ou couleur de rouille. Cette coloration a fait donner aux maladies produites par les Urédinées le nom de Rouilles ; et ce terme conviendrait fort bien pour désigner la maladie produite sur les Caféiers par V Ileniileia vastatrijc-, si, depuis longtemps déjà, le même mot de « rouille « ne servait à caractériser les désordres dus à la larve de Ceniiostonia coffeella. Pour éviter toute confusion, nous appellerons, comme on le fait généralement, la « rouille vraie » des Caféiers la maladie de l'héniiléia ou simplement V « hémiléia ».
En anglais, on la désigne communément sous le nom de « coffee-leaf disease » (maladie de la feuille de Caféier) et quelquefois de « red spot » (tache rouge).
L'hémiléia fut découvert en i868, par le D'" Thwaites(3), à Ceylan, dans le district de jNIadulsima, dans la partie montagneuse du sud-est de l'île. L'année suivante, la maladie apparaissait sur le continent, au Maïssour, et, depuis lors, son aire d'extension s'est considérablement accrue, comme nous le verrons plus loin.
Des feuilles de Caféiers malades, envoyées en Angleterre
par le D' Thwaites, ont permis à Berkeley et Broome de décrire sommairement le champignon parasite qui la cause ; ces mycologues le nommèrent Heniileia vastatrir, genre et espèce nouveaux (1).
Depuis cette époque, Fétude de la maladie et du champignon ont donné lieu à la publication d'un nondjre considérable de notes et de travaux dont je cite les plus importants (i). Néanmoins il subsiste encore certains points de la
(i) — (Ij Berkeley et Broome, in « Gardener's Chronicle », 6 iiov. 1869, p. ii5^. — (2) Berkeley, Enemies of the Coffee-Tree, in « The Ceylon Observer », 23 mai 1870. — (3) D' Thwaites, Beport for 1871, in J. Nietner, The Coffee-Tree and its Enemies in Ceylon, 1' éd., Colombo, 1880, p. •l'I.
— (4) Russel, Administration Report on the Central Province for 1871.
— (5) Berkeley, in « Linnean Soc. Journ., Bolany », XIV, p. 93, pi. 3. (ig. 10; et « Quarterly Journal of microscopical Science », 1873, p. 79. — (6) D''Thwaites, The Ceylon Coffee Fungus, in « Quarterly Journ. ofmicr. Se. », 1874, p. 298-300 (extrait du D' Thwaites' Annual Report of the Peradeniya hotanical Garden). — (7) Hooker, in « Gard. (]hron. », 1874, p. 253. — (8) Farlow, in « Quarterly Journ. of micr. Se. », juillet 1874. — (9) Cooke, in<( Indian Muséum Report », 1876, p. 5. — (10) Hooker, Report on the progress and condition of the Royal Gardens at Kew diiring the year 1876. — (11) Cooke, Orange mould on forest trees, in « Grevillea », 5, 1877, p. 145. — (12) Cooke, Leaf-disease on Coffee and other trees, in « Gard. Chron. », 1877, VII, p. 441 — (13) Berkeley, Coffee-leaf disease, in « Gard. Chron. », VII, p. 377. — (14) D' Talmy, médecin de la marine. Notes sur les maladies qui attaquent les Caféiers en divers pays. Tirage à part, Paris, 1878 (reproduit dans les Publications de la Société des études indo-chinoises. — Essais agricoles et industriels faits en Cochinchine depuis la fondation de cette colonie jusqu'en 1897. Tome I, Imp. Rey, 1897). — (15) R. Abbay, Observations on Hemileia vastatrix, the so-called Coffee-leaf disease, in « Linn. Soc. Journal, Botany », vol. XVII, 1878, p. 173, pi. i3 et 14. — (16) R. Abbay, Proceedings of the Planters Association of Ceylon for the year ending february 17, 1879, Colombo. —
(17) The compaign of 1879 against Coffee-leaf disease, Colombo, 1879. —
(18) U. Morris, E.rperiments on the Coffee-leaf disease (analysé in« Gard. Chron. », 1879, I, p. 564; H. P- 240). — (19) D. Morris, Coffee-leaf disease of Ceylon and Southern-India, d'après « Nature », 3 septembre 1879, et « Gard. Chron. », 1879, p. 53i, fig. 87. — (20) D. Morris, Note on the structure and habit of Hemileia vastatrix, tlie Coffee-leaf disease of Ceylon and Southern-India, in « Linn. Soc. Journ., Botany », XVII, London, 1880, p. 5i2-5i7, i pi. — (21) M. C. Cooke, Tvo Coffee diseuses, in « Popular Science Review » n° LIX, p. CXXXV. — (22) W. T. Thyselton Dyer, The Coffee-leaf disease of Ceylon and Southern-India. in « Quarterly Journ. of micr. Science », 1880, p. 119-129, 6 pi. — (23) Bruinstma, Jets over de Ceylon'sche Coffiebladziekte opJava, in « Isis, Maandschrift voor Naturvetenschap », 1880. — (24) D»" William Bidie, Remarks on the Coffee-leaf disease, in « Linn. Soc. Journ., Bolany», XVII,
biologie du parasite qui demanderaient à être élucidés ou vérifiés ; il serait utile surtout que les indications bien nettes du traitement fussent établies par des expériences précises dans les stations agronomiques des régions tropicales.
Je n'ai vu nulle part la maladie signalée sur les fruits, et il semble que ce ne soit que très exceptionnellement qu'on
1881, p. 458. — (25) « Gardcncr's Chronicle )) : {a) 1877, p. 107; (h) 1881, I, p. 2o3; (c) 1881, II, p. 568; (d) 1893, p. 862. — (26) H. Marshall Ward, The Coffee-leaf diseuse, a preliininary report hy the governinent-cryptogamist, Peradeniya, i5 juin 1880. — (27) H. Marshall Ward, Coffee-leaf disease, second and third Reports, in « Sessional Papcrs », Colombo (Ccylon), 1880 et 1881 (reproduits in « The weekly Ceylon Observer <>. 1880 et 188 1). — (28) H. Marshall Ward, On the Morphology of Hcmileia vastatrix Berk. and Br., the Fungiis of the Coffee disease of Ceylon, in « Quarlerly Journ. ofmicrosc. Se. », nouvelle série, 1882, p. i-ii, pi. I-III.
— (29) H. Marshall Ward, Researches on the life-history of the Coffeeleaf disease, in « Linn. Soc. Journ., Botany », vol. XIX, p. 299-335, juin 1882. — (30) H. Marshall Ward, in « Trimcns' Journal of Botany british and foreign », nouvelle série, vol. XI, London, 1882, p. 255. — (31) J. P. Stork, JAe Coffee-leaf disease, in« Gard. Chrou. », 1882, 1, p. 219, 220. — (32) J. Delalande, Observations sur les maladies des Caféiers à la Réunion, Rennes, i883. — (33) H. Semler, Die tropische Agrikultur, 4 vol. Wisraar, 1886-1892. — (34) W. Burck, Over de Koffiehladziekte on haar te hestrijden, Amsterdam, 1889. — (35) « Tropical Agriculturist », Colombo (Ceylon) : années 1889-1890, («) p. 189, 469; 1890-1891, [h] p. io4, 439; 1891-1892, {c) p. 107, 746; 1893-1894, [d] p. 63i; 1895-1896, (e) p. 829. — (36) De Bérard, Rapport sur une maladie des Caféiers aux îles Philippines, in « Bulletin du Ministère de l'agriculture », 1898, n» 8, p. 1008-1024, Paris. — (37) W. T. Thiselton Dycr, Préventive measures for the Coffee-leaf disease, in « Royal Gardens Kcw Bulletin of miscellaueous Informations » 1893, p. 362. — (38) Id., « Bull. Kew », 1894, p. 456. — (39) E. Raoul et P. Sagot, Manuel pratique des cultures coloniales et des plantations des pays chauds. Tome II, P* partie : Culture du Caféier, par E. Raoul, Paris, 1894. — (40) « Vossischc Zeitung », n" 428, i3 sept. 1894.
— (41) Prof. D"" Sadebeck, Einige Beohachtuiigen und Bemerkungen iiber die durch Hemileia vastatrix verursachte Blattfleckenkrankheit der Kaffeebxume, in « Forstlich-naturwisscnschaflliche Zeitschrift », IV, 1895, p. 340. — (42) Bonâme, Rapports annuels de la Station agronomique de l'île Maurice (Colony of Mauritius], années 1896 {a), 1897 (b). — (43) P. Hennings, Eine neue Blattfleckenkrankheit (Hemileia Woodi), auf den Ibo-Kaffee, in Beutsch-Ostafrika, in Zeitschrift fur tropische Landwirthschaft, Der Tropenpflanzer, n°^ 5 et 8, 1897. — (44) Fritz Noack, Molestias de plantas culturaes propagadas pela importacao de sementcs e mudas, in « Bolelim do Instituto Agrononiico do Estado de Saô-Paulo eui Campiuas », IX, mars 1898. — (45) Raedt van Oldenbarnevelt, De Koffiecul-
puisse voir les fructifications du champignon sur les parties extrêmes de très jeunes rameaux.
jNI. Marshall Ward (27, Second Rej)ort) pense, d'ailleurs, que cette action sur les rameaux est, en général, produite par des champignons étrangers à Thémiléia.
Apparence de la maladie. — Dans le premier stade de la maladie, les feuilles atteintes portent déjà les filaments du champignon, dans leurs tissus, que rien ne vient encore en déceler extérieurement la présence. Et précisément, c'est là un fait où M. Sadebeck(41) croit trouver une cause active de dispersion de la maladie, lorsqu'on a importé, dans des régions encore indemnes, de jeunes pieds de Caféiers très récemment envahis et ne montrant encore au dehors aucune trace de mal.
Le premier symptôme d'infection de la feuille est fourni par l'apparition d'une petite tache jaunâtre, de dimension fort réduite, i à 2 millimètres au plus au début. Cette décoloration très localisée ne se montre bien à cette période qu'à la face inférieure ; elle paraît plus évidente, translucide en quelque sorte, et comme une petite tache d'huile, si l'on prend soin de regarder la feuille par transparence, en l'interposant entre l'œil et la lumière.
Cette première apparence est due, nous le verrons, à la modification que le mycélium du parasite imprime au contenu cellulaire, encore vivant à cette période, à la chlorophylle en particulier. Quant à la face supérieure de la feuille, elle n'est pas encore sensiblement modifiée dans
tuur op Java, Gravenhagc (La Haye), 1898. — (46) M. Cornu, in « Revue Coloniale », n° 44, 3 novembre i8()8. — (47) Georges Massce, A Text-hook of plant-diseases caused hj cryptogamic parasites, London, 1899. —
(48) Edmond Bordage, Notice sur les parasites du Caféier à l'île de la Réunion, in « Revue des Cultures coloniales, n» 28, 5 mai 1899, Paris. —
(49) Schelfer, Vcrslag om tret don Staat \'aii' s Lands Plantentuin te Buitenzorg, 1877. — (50) P. Hennings, Die wichtigsten Pilzkrankheiten der Kulturpflanzen unserer Kulunien, in « Deutsche Kolonialzeitung », i^"" juin 1895, p. 117.
sa couleur. La décoloration s'accentue sur la face inférieure, en même temps que la tache y grandit progressivement; puis, lorsque cette tache a atteint environ trois millimètres, elle se couvre d'un enduit pulvérulent, d'un jaune assez clair d'abord, qui passe à l'orangé vif et s'attache aux doigts quand on touche à la partie envahie de la feuille. A ce moment, le parasite a produit au dehors ses premières spores qui impriment leur couleur à la tache.
La dimension de cette dernière augmente encore, et, couverte de sa poussière orangée, on peut la voir arriver à un diamètre d'un centimètre et demi.
La face supérieure reste dépourvue de la matière rouge, car les spores ne s'y produisent pas; elle devient peu à peu, à partir du centre, d'une couleur livide ou brunâtre plus ou moins marquée. La face inférieure de la tache, elle aussi, se modifie ; le milieu se décolore d'abord, en prenant un ton grisâtre indécis, et dans les taches déjà un peu âgées, c'est la périphérie seule qui forme une couronne jaune orangé. La forme des taches est, en général, arrondie (fig.i); parfois une nervure, moins facilement pénétrable aux fdaments du champignon, la limite sur un coté, où elle acquiert un contour plus ou moins polygonal. Il peut arriver aussi que deux ou plusieurs taches voisines deviennent confluentes, et alors la tache générale qui en résulte prend de plus grandes dimensions, et son contour est plus compliqué de forme.
La poussière rouge orangé renferme quelquefois
Fig-. I . — Face inférieure d'une feuille de Caféier attaquée par Vllemileia vastatrix. (Réduction aux 3/4 de la grandeur naturelle.)
de petites larves qu'on voit déjà nettement à la loupe, longues d'un millimètre à un millimètre et demi, colorées en rouge, comme la surface qui les porte et assez peu
mobiles (fig. ■>.). Plusieurs auteurs les signalent : le D"" Thwaites (6i, le D"" Bidie (24), dans rinde; M. Delalande i32i, M. Bordage (48) , à La Réu- ,.. T I ri nion. Pour M. Bordasse, c'est
r ip. vi. — Larve d mit' Lecidoiuvo, & '
habitant les taches d héiniiéia. A ane larve de Cécidomye (Dip-
i^auche, la larve entière, grossisse- < n t-, » i ii
ment environ ■?.o diam. A droite, tere). Peut-etre u est-clle pas
la partie antérieure de la larve, différente du CecidonU/û IWegrossissement environ (xi diani. ^
dinicola, qui n'est pas rare sur beaucoup d'Urédinées, surtout des formes Urédo, en Europe. En tous cas, bien que cette larve se nourrisse des spores du champignon parasite, le développement de ce dernier n'en semble guère affecté.
Dans l'intervalle des taches, le plus souvent la couleur verte se maintient sur les feuilles ; mais, si ces taches sont nombreuses et confluentes, la feuille brunit et ne tarde pas à se dessécher. Assez souvent aussi, sur les feuilles mourantes, la portion de limbe qui entoure la tache d'hémiléia conserve, pendant assez longtemps, une coloration vert pâle bien visible; mais cette marge elle-même jaunit à la fin, et la feuille meurt définitivement.
Conditions de développement. — L'humidité intense est très favorable au développement de la maladie et à son extension rapide. En même temps, le vent est un facteur de dispersion fort important : il transporte sur les feuilles encore saines les germes du champignon, dont l'humidité détermine le développement rapide. Aussi est-ce pendant la saison pluvieuse, dont le moment d'apparition et la durée sont très variables suivant les régions, que la maladie sévit et se répand activement sur les feuilles. Les observations recueillies à Ceylan par M. Marshall \^'ard (29) sont
particulièrement instructives à ce point de vue; je les résumerai brièvement.
A Ceylan, et dans la région méridionale de la péninsule indoue en général, la mousson, vent du sud-ouest à la fois chaud et très humide, qui vient de la mer des Indes, souffle de juillet à fin septembre. Elle s'accompagne, le plus souvent, d'un temps couvert, avec augmentation notable de Tétat hygrométrique de l'air. Les conditions les plus avantageuses pour le développement de VHemileia vastatrix, et, en général de tous les champignons parasites, se trouvent alors réalisées.
A ce moment, une grande partie des fruits du Caféier ont mûri et sont récoltés, mais la végétation de la plante n'en continue pas moins et avec vigueur. Il en est de même du parasite, malheureusement, et la maladie, évoluant dans un milieu aussi favorable, acquiert alors son maximum d'intensité. C'est en septembre surtout qu'on trouve le plus de feuilles atteintes, à des degrés divers. Les jeunes feuilles peuvent être envahies dès leur épanouissement; pourtant, lorsque les taches jaune orange s'y montrent, on voit généralement au-dessus d'elles deux ou trois paires de feuilles plus jeunes, développées depuis l'infection. La violence du vent éparpille les spores et les dépose à d'assez grandes distances sur des Caféiers ou d'autres arbres : M. Ward, ayant déposé des toiles dans des plantations et dans les environs, put, à l'aide du microscope, y constater des quantités innombrables de ces germes.
Ces mêmes spores, trouvées sur des arbres voisins des Caféiers, firent croire à plusieurs personnes que la maladie de l'hémiléia attaquait aussi ces arbres, plantés soit à titre d'abri pour le Caféier, soit par le fait du hasard. Le D' Tliwaites (3 et 4) et Cooke (11, 12) ont les premiers fait justice de cette opinion en démontrant que les lésions qui pouvaient fortuitement exister sur les feuilles, à côté de spores à'Hemileia vastatrlv, étaient, en réalité, dues à des parasites tout
~ 20 à fait différents de ce dernier et, par suite, sans relation aucune avec lui.
Vers la fin, et après la période de la mousson, en octobre surtout, une grande quantité de feuilles malades tombent, et l'arbre est à moitié dénudé. Aux Philippines, dans le district de Lepanto (île de Lucon), après une première atteinte en 1891 (36), les branches de Caféier ne conservaient que deux ou trois paires de feuilles, au lieu de six à huit qu'elles ont habituellement.
Ensuite, d'octobre à fin décembre, le mal s'atténue, mais ne disparaît pas entièrement ; parfois môme la fin de cette période est marquée par une recrudescence courte, mais souvent intense de la maladie.
La saison sèche, qui à Geylan s'étend de janvier à fin mars, est, en somme, le seul moment où Fcn ne voit que peu ou pas de feuilles malades. Les vents alizés du nordest, qui sont secs, au moins pour la partie méridionale de l'île, protégée par d'assez hautes montagnes, font alors sentir leur action sur les Caféiers. La végétation ne tarde pas à se ralentir, et, pendant cette période de repos relatif, la plante achève dans ses tissus l'accumulation des réserves nutritives, qui serviront plus tard à l'édification de nouvelles feuilles et à la production des fruits. Pendant ces trois premiers mois de l'année, les taches d'hémiléia, si elles ne sont pas tout à fait absentes, cessent, en tout cas, de s'étendre. En effet, la sécheresse de l'air arrête le développement du parasite et ce n'est que dans les bas-fonds, dans les vallées étroites et humides, que la maladie se maintient avec une assez faible intensité.
En avril-mai, l'atmosphère redevient humide, mais parfois le ciel reste serein; et comme l'air se maintient calme, la précipitation de rosée pendant la nuit peut être abondante. De ce moment, grâce à l'humidité, avec la reprise de la végétation du Caféier, le développement des nouveaux bourgeons, puis l'épanouissement et la fécondation des fleurs, recommence une nouvelle période active dans l'évo-
— dilution de riiémiléia. x\lors, sur les feuilles oii le champignon végétait à l'état dormant, les spores reparaissent et la maladie se répand à nouveau, pour acquérir, comme nous Tavons dit, son développement le plus intense pendant la mousson de septembre.
Des observations à peu près analogues ont été faites, aux Indes néerlandaises, par M. Biirck en particulier i34). Et, à part quelques différences qui tiennent à des causes exclusivement locales, la maladie de Thémiléia se comporte partout à peu près de même.
En résumé, comme beaucoup de maladies cryptogamiques, l'hémiléia procède par poussées, par invasions successives, d'autant plus intenses et durables que les conditions de chaleur et d'humidité se trouvent convenablement et pendant plus longtemps réalisées. Ce sont elles, on le conçoit, qui règlent la végétation du parasite.
Les feuilles sont, en général, envahies dès leur jeunesse; mais il n'est pas rare, dans des conditions favorables de développement, de voir le nombre des taches augmenter sur des feuilles déjà adultes.
L'âge des Caféiers n'a aucune influence. Le D" Bidie a observé la maladie (24) sur des Caféiers n'ayant encore que leurs deux cotylédons.
Le préjudice causé à l'arbre n'est pas fatalement très grave aux premières atteintes. La végétation faiblit, il est vrai, plus ou moins. En effet, dans les parties qui correspondent aux taches sur les feuilles, la fonction chlorophyllienne et l'assimilation sont bien vite supprimées. Cette perturbation que la présence du parasite détermine dans la nutrition de la plante est en connexion étroite avec le nombre et l'étendue des taches. La diminution de la récolte en baies en est la conséquence; mais son importance est assez variable. Sur les arbres très atteints les graines sont mal venues, restent petites et souvent mûrissent mal. Aux Philippines (36), à la suite de la première atteinte en 1891, la récolte se réduisit à 35 % de ce qu'on espérait.
En même temps, la plante, dans laquelle raceiimulation des réserves, hydrocarbonées surtout, a été réduite du fait de la maladie, émet rapidement de nouvelles feuilles pour remplacer celles qui sont tombées; de ce fait, la plante s'épuise encore, et la déchéance devient bientôt très apparente. Si, dès lors, les attaques graves se reproduisent souvent et que chaque fois une partie du feuillage tombe prématurément, si les conditions extérieures, humidité, nature et qualité du sol, sont un peu défectueuses, l'état de décrépitude s'aggrave de plus en plus. Et quand le Caféier, pour reconstituer plusieurs fois une partie de son feuillage, a utilisé peu à peu toutes ses réserves nutritives, réserves que l'état misérable de sa végétation ne lui permet pas de renouveler, il périclite brusquement et meurt au moment de la saison sèche.
L'influence des engrais sur la marche et l'intensité de la maladie n'a fait, à ma connaissance, l'objet d'aucune étude spéciale; c'est une lacune qu'il serait urgent de combler. D'après M. Lecomte (i), les cendres de bois répandues aux pieds des Caféiers seraient fort utiles et aideraient la plante à résister à l'action déprimante du parasite. Cette matière renferme beaucoup de potasse sous la forme de carbonate : on sait que c'est un élément indispensable à la végétation du Caféier.
Au point de vue de la gravité de la maladie, l'étendue de la plantation ne manque pas d'importance. L'hémiléia est toujours plus répandu dans les grandes agglomérations de Caféiers que dans les plantations moyennes, intercalées au milieu d'autres cultures (35, a). C'est là, d'ailleurs, nous l'avons dit dès le début de notre étude, un caractère commun à toutes les maladies parasitaires, végétales aussi bien qu'animales. L'encombrement est la cause efficiente de leur généralisation. Une trop grande densité dans la plantation agit dans le même sens.
De même, un excès d'ombrage, en diminuant l'aération et
(i) Revue des Cultures coloniales, n° 22, 5 février 1899, p. 80.
en augmentant rhumiclité de l'air, favorise le développement du parasite. Néanmoins, il est indéniable que des rideaux de grands arbres convenablement orientés agissent très heureusement contre l'extension de Fliéniiléia. En effet, pour une localité donnée, on le conçoit facilement, c'est suivant la direction du vent dominant que le parasite se propage peu à peu à l'aide des spores charriées par le courant aérien. Des abris suffisamment hauts arrêtent au passage un nombre considérable de ces spores et beaucoup d'entre elles se dessèchent et périssent sur place", avant d'avoir atteint les Caféiers.
Il est à observer que lorsque le Caféier végète pour ainsi dire à l'état de nature, dans un climat, sur un sol et à une altitude convenables, qu'il ne subit aucune taille ou seulement une taille modérée, il résiste bien en général à l'hémiléia, car il répare facilement ses pertes. C'est, de même, par la qualité avantageuse du sol qu'il faut expliquer les dégâts moins intenses dans les terres siliceuses et ferrugineuses (39, p. 4), si elles sont assez profondes et bien drainées. L'absence d'argile, ou une faible quantité seulement de cette substance, est une circonstance favorable pour la végétation du caféier, du moins le Caféier d'Arabie.
On comprend jjien maintenant l'influence néfaste des conditions culturales défectueuses, aggravée encore quand les arbres ont été plantés sur des sols que leur nature physique, chimique ou géologique rend ))eu propres à cette culture. La nocivité de la maladie dans de send)lables conditions vient toujours compliquer et augmenter l'état de végétation précaire où subsiste la plante. M. Sadebeck (41) a insisté particulièrement sur ce sujet. C'est à ce groupe de causes qu'il faut attribuer sans doute l'abandon progressif de la culture du Caféier au Natal, abandon qui s'étendra certainement à d'autres régions, en Afrique surtout, où le Caféier a été souvent planté d'une façon un peu inconsidérée, sans s'inquiéter suffisamment des conditions nécessaires à sa réussite.
Ces causes d'ailleurs ne sont pas étrangères aux désastres produits par Thémiléia à Ceylan, bien que d'autres raisons qu'on pourrait qualifier d'extra-pathologiques aient amené beaucoup de planteurs de l'ile à arracher systématiquement leurs Caféiers, même encore en état de bon rapport.
Dégâts. — On peut juger de l'importance pécuniaire des dégâts amenés par l'hémiléiasi l'on examine les statistiques publiées sur Ceylan. En 1878, année particulièrement défavorable pour le Caféier, la maladie aurait produit une perte évaluée à 5o millions de francs. Et, pendant les dix années qui ont suivi l'apparition de Vllemileia vastatriXy le préjudice éprouvé par les planteurs de Ceylan ne serait pas inférieur à 35o millions (15). D'ailleurs, l'exportation du café, qui y avait atteint le chiffre de 41-885.097 kilos en 1879, est tombée à 9.067.292 kilos en 1884 et à 2.8i5.488 en 1893. Depuis quelques années, la production se relève un peu, mais l'introduction du Libéria, qui permet d'étendre à la plaine la culture du Caféier, n'y est certainement pas étrangère. Il faut dire qu'à Ceylan le Caféier fut planté un peu partout, que bien des terres à Caféier étaient, sinon de mauvaise qualité, du moins peu appropriées à cette culture, qu'enfin on a soumis la plante à un régime épuisant pour lui faire rendre le maximum de récolte par tous les artifices possibles, taille, apport excessif d'engrais, etc. Puis, lorsque l'hémiléia eut considérablement diminué les rendements, sans qu'on connût encore de moyens bien pratiques de réduire ses ravages; lorsque, en un mot, la culture devint sensiblement moins rémunératrice, un revirement s'opéra, la « fièvre du thé » s'empara des esprits. Presque partout le thé fut substitué au Caféier; en 1879, déjà, un dixième des surfaces de culture occupées par le Caféier donnait asile à d'autres plantes, et surtout l'arbre à thé. Depuis cette époque, la culture de cette dernière plante s'est répandue de plus en plus, et, à l'heure actuelle, elle constitue la source la plus importante des revenus de l'ile.
Histoire du champignon. — Le champignon qui produit cette redoutable maladie de la feuille, VHemileia vastatrix, appartient, avons-nous dit, à la famille des Urédinées. M. Bùrck (34) a, il est vrai, professé une opinion différente; mais les savantes et minutieuses recherches de ]\I. Marshall A^'ard ne laissent subsister aucun doute sur la place qu'occupe le champignon dont nous parlons, dans la classification mycologique. C'est dans le même groupe que se rangent les Piiccinia, les Uromyces^ etc., et, en général, les champignons qui produisent les « rouilles » des plantes sauvages ou cultivées.
Étudions maintenant l'histoire biologique de ce parasite. Elle a été établie par les observations et les expériences de nombreux botanistes et mycologues, surtout Berkeley, le D' Thwaites, Cooke, R. Abbay, le D' Morris, Thyselton Dyer, Marshall Ward, Biirck, Sadebeck, dont j'ai énuméré plus haut les travaux les plus importants.
Les premières spores, les plus nombreuses sur la plante vivante et les plus anciennement connues forment les amas orangés que nous avons signalés à la face inférieure des feuilles malades. Ces amas constituent Vuréclo et ces spores de l'urédo sont nommées par les mycologues urédospores. L'emploi du microscope est nécessaire pour les observer, de même que toutes les particularités de la structure intime du champignon.
Ce n'est que lorsque le mycélium, c'est-à-dire l'organe filamenteux formant l'appareil végétatif du champignon, s'est déjà bien avancé dans l'intérieur du tissu de la feuille et l'a intimement pénétré, qu'on voit apparaître les urédospores. Elles sortent en petits bouquets un peu élargis du parenchyme de la feuille par l'ouverture des stomates.
Ces urédospores, d'abord hyalines, à peu près lisses, sont produites à l'extrémité de filaments du mycélium situés dans le voisinages des stomates et qui, agglomérés en une
Fig. j. — Bouquet d ui'édospo res jeunes sortant par l'orifice d'un stomate : Vr, urédospores ; Pa. paraphyses My, mycélium.
masse dense, sortent par Fouverture de ces organes (fig. .)). Ces filaments portent d'abord un léger renflement hyalin, à leur sommet; celui-ci augmente bientôt de volume; et, tout en conservant sa transparence, il se sépare par une cloison transversale du reste du filament.
L'urédospore esl alors diflerenciée du mycélium, et elle persiste jusqu'à la fin de son évolution constituée par une cellule unique.
Bientôt, elle augmente de volume ; à peu près arrondie au début, elle acquiert une forme ovale, plus ou moins régulière, s'atténuant souvent un peu vers la base, son poinl d'insertion sur le filament. Puis la surface et le contenu de la cellule d'urédospore se modifient complètement.
Au début, les urédospores sortent de l'ouverture du stomate en une masse arrondie, étranglée à sa base, formée des filaments fertiles. A mesure que leur volume augmente, elles se compriment réciproquement ; celles du centre s'allongent un peu, les périphériques prennent la forme d'une pyramide tronquée, à base supérieure arrondie, ainsi que la face externe, tandis que les deux faces internes s'aplatissent. Parfois, les filaments qui touchent les bords de l'ouverture du stomate et sont comprimés par elle ne semblent pas évoluer, par leur extrémité. Ils se modifient peu, s'arron dissant et s'élargissant un peu seulement par leur som met sans prendre nettement le caractère des urédo'
Fig. 4. — Groupes d'urédospores : à gauche, vues de profil ; à droite, de face. A droite et en bas, vues par dessous avec les paraphyses au centime ; à droite et en haut, vues par dessus.
spores. Ce sont là, autant que j'ai pu m'en rendre compte par l'examen d'échantillons malheurevisement déjà un peu secs, les organes décrits par R. Abbay(15) sous le nom de cystides. Ces sortes de paraphyses ne sont pas rares chez les Urédinées. On les voit, en particulier, bien développées, dans les Melampsora ^ voisins du genre Hcinileia. Là, comme partout où on les rencontre dans cette famille de champignons, leur origine n'est pas différente de celle que je crois devoir leur attribuer chez VHemileia vastatrix : ce ne sont que des urédospores avortées, arrêtées dans leur développement, comme Ta déjà déclaré M. Massée (47).
Enfin, les urédospores acquièrent leur forme et leurs dimensions définitives, en même temps que la membrane se différencie en deux couches, toutes deux hyalines : l'externe épaisse, l'interne très mince et en contact immédiat avec le contenu cellulaire. La face externe de l'urédospore se bombe, devient plus convexe, en se couvrant d'un grand nombre de petites verrucosités obtuses, de 3 ou 4 [Jde haut (i). La surface interne, qui au début est sensiblement formée de deux plans, se creuse un peu, mais elle reste à peu près complètement lisse (d'où Tétymologie du terme Hemileia : Jieiui^ à demi et leios, lisse).
A l'état adulte, la spore dont la surface externe est nettement convexe, et Tinterne concave, a souvent ainsi une apparence réniforme. Pendant que ces modifications se sont opérées dans la forme, le contenu de l'urédospore s'est transformé aussi. On y voit apparaître dès le début des corpuscules incolores arrondis : ce sont
^. :"). — Urédosiiores à' Hemileia vastatrix. Eu haut la mise au point du microscope a été faite sur le contenu de l'urédospore; en bas, sur la surface.
(i) Le |x est l'unité do mesure pour les objets vuf ?quivaul à un millième de millimètre.
:roscopc
des vacuoles remplies de liquide cellulaire, ce que M. Van Tieghem a appelé des hydroleucites, noyées dans un protoplasma granuleux. Dans celui-ci se montrent bientôt des granulations de couleur jaune d'or ou orangé, ainsi que quelques sphérules plus volumineuses, remplies d'un liquide oléagineux et colorées en jaune vif. Ce sont les corpuscules et les sphérules colorés qui impriment à l'urédospore et par suite à la tache d'hémiléia sur la feuille une couleur orangée (fig. 4 et 5).
L'urédospore étant tout à fait mûre, l'extrémité du filament sur lequel elle a pris naissance se gélifie et l'urédospore se détache. Elle reste sur la tache ou dans son voisinage, ou bien elle tombe sur la face supérieure d'une feuille placée au-dessous ; souvent aussi le vent l'entraîne au loin.
A ce moment, en tous cas, elle est apte à germer et elle peut atteindre 35 tj. dans sa plus grande dimension; mais, en moyenne, les urédospores ne dépassent guère 3o ;;..
Les urédospores anciennement formées, qui tombent sur la tache et y persistent, se décolorent peu à peu en vieillissant et deviennent à peu près hyalines, tout en conservant les aspérités de leur surface. Lorsque l'urédospore mûre de V Hemileia vastatrix se trouve dans des conditions convenables de température et d'humidité, elle germe rapidement. La germination s'établit en général par deux points opposés (fig. 6) où l'exospore s'amincit et d'où sort un filament limité par l'endospore
Fig. 6. — Germination des urédospores d'He/nilcia i>astatrix . A gauche, stade du début ; l'g. filaments germinatifs ; au milieu, à une période plus avancée ; à droite, extrémité d'un filament gcrminatif déjà développé. (D'après M. Marshall Ward.^
très ténue. On peut voir parfois plusieurs spores germinatifs, et M. Marshall Ward en a compté jusqu'à cinq. Le contenu de l'urédospore s'éclaircit, et lorsque le filament germinatif a acquis une certaine dimension, les granulations colorées de Furédospore ont quitté la cavité de celleci pour se rendre dans le filament. Le filament germinatif peut se ramifier, mais il ne se cloisonne pas toujours.
Souvent son extrémité est un peu renflée, simulant une spore secondaire (fig. 7). Puis, lorsque la germination a acquis une certaine longueur, si elle s'est effectuée sur la face inférieure d'une feuille de Caféier, le filament s'insinue par son extrémité dans l'ostiole d'un stomate (fig. 8). Bientôt, tout en se ramifiant, il progresse peu à peu entre les cellules superficielles, détruisant de proche en proche la substance qui les unit. L'infection est alors opérée.
M. Marshall Ward a pu se persuader, par une observation attentive des infections qu'il opérait en déposant des urédospores sur la face inférieure de feuilles de Caféier, que la germination de cette urédospore peut commencer même avant 24 heures. Le jour suivant, le filament germinatif atteint les stomates, et, au troisième jour, le mycélium a déjà pénétré entre les cellules de la feuille. C'est à la température de 24° centigrades environ que cette germination de l'urédospore s'accomplit aussi rapidement, dans un milieu riche en humidité. Ce sont là les conditions optima
Fig. 7. — Extrémités de filaments germinatifs d'urédospores d'/fe?ni/eia castatrix.
Germinations artificielles comme pour la fig. 6. (D'après M.
Marshall Ward.)
.-Ur
Fig. 8. — Pénétration d'ui ment germinatif d'uiédo A'Hemileia vastatii.v ]); stomate. (D'après M. M; Ward.)
.hall
— sodé développement du parasite; elles se trouvent souvent réalisées dans les régions chaudes au moment de la saison pluvieuse, et on comprend alors que cette période soit aussi celle de l'extension rapide de la maladie.
Les filaments germinatifs d'urédospore ne semblent pas capables de perforer directement la cuticule saine de la feuille et, en somme, de pénétrer celle-ci autrement que par les ouvertures naturelles des stomates. M. Ward n'a pu opérer l'infection par la face supérieure de la feuille, à peu près dépourvue de stomates, qu'en enlevant au préalable par une coupe tangentielle la cuticule de la feuille et en mettant à nu le parenchyme sous-jacent.
M. Bûrck, qui a contribué aussi pour une bonne partie à étendre nos connaissances au sujet de V Hemileia vasta- Irix (34), a précisé le temps strictement nécessaire pour que les urédospores puissent germer en présence de l'eau ; il l'estime à une durée de contact de 2 heures 20 minutes en moyenne. Il a montré, de plus, que pour les feuilles étalées et ayant par suite dépassé l'état tout à fait jeune, c'est plus souvent vers la pointe que se produisent les nouvelles taches. On doit, en effet, considérer que les urédospores tombent en général sur la face supérieure de la feuille et qu'entraînées par les eaux pluviales, c'est dans la partie la plus déclive, à la pointe seulement, que les gouttes d'eau qui les contiennent séjournent assez longtemps pour que la pénétration s'opère.
D'autres observations de M. Biirck nous ont également fourni une des raisons pour lesquelles les feuilles jeunes et encore enroulées sont bien plus vulnérables ^vis-à-vis de l'hémiléia. Leur position permet, en effet, à l'eau d'y persister plus longtemps et aussi de mouiller plus facilement la face inférieure garnie de stomates, déjà suffisamment différenciés, par lesquels se fait l'infection. C'est pourquoi Ton voit tant de jeunes feuilles atteintes toutes les fois que l'hémiléia sévit avec quelque intensité.
Les premières observations faites au sujet de la germi-
nation des iirédospores par le D"' Thvvaites et M. Abl)ay (15) diffèrent sensiblement de celles de M. Ward. Ce que M. Ward regarde comme une urédospore, et c'est maintenant l'opinion généralement admise, était considéré par M. Abbav comme un sporange, d'où il voyait sortir des spores. Ces observations, contestées d'abord par M. Morris (20), n'ont pas été vérifiées depuis ; on doit les considérer comme des erreurs d'observation, et les prétendues spores de M. Abbay ne sont peut-être pas autre chose que les sphérules du contenu de l'urédospore, expulsées de celle-ci par la déchirure de la mendjrane, à la suite d'une pression de l'objectif du microscope sur la lamelle couvreobjet. De plus, M. Abbay aurait vu ces mêmes spores, issues du prétendu sporange, germer par la production d'un fdament, dont le sommet portait des chapelets de petites spores secondaires disposées comme les conidies d'un Pénicillium. Cette notion a d'ailleurs fait douter à un esprit éclairé comme l'était Berkeley que Yllciitilcia vaslatrix fût une Urédinée, un tel mode de germination ne paraissant guère admissible pour une urédospore. Mais comme M. Abbay n'a jamais pu obtenir d'infection sur les feuilles vivantes de Caféier avec cette forme Pénicillium, je considère avec M. Ward que c'est là un organisme étranger à VHemileia vastatrix. Je pense que ce n'a pu être qu'une impureté qui s'est glissée dans les cultures, sans doute même le Pénicillium, glaucum, cette moisissure verdâtre qu'on observe partout à la surface du globe sur les matières organiques exposées à l'humidité et qui constitue vraisemblablement l'espèce la plus répandue dans la classe des champignons.
Si les urédospores ont été desséchées pendant quelque temps, il faut attendre un temps variable avant l'apparition de tout indice de germination, et celle-ci s'établit dans ce cas avec une lenteur proportionnée à l'état de sécheresse de l'air ambiant. Les urédospores formées au début de la saison sèche se trouvent précisément dans ce cas, et cela
nous explique Tatténuation qu'on observe dans le développement de la maladie dès le commencement de cette période.
Dans Tair sec, les urédospores peuvent rester vivantes plusieurs semaines sans entrer en germination. C'est ainsi que des échantillons de feuilles de Caféier atteintes d'hémiléia ont pu, en 1882, être envoyés de la Réunion en Angleterre, à Kew, et de là expédiés à Strasbourg, sans que les urédospores qu'elles portaient eussent perdu leur faculté germinative, puisqu'elles développèrent des filaments lorsqu'on les plaça dans les conditions requises de chaleur et d'humidité.
Des températures extrêmes, trop basses ou artificiellement trop élevées, sont défavorables aux urédospores. Elles arrêtent leur germination et les tuent en peu de temps.
De môme, un certain nombre de substances sont susceptibles d'empêcher la germination des urédospores ou de tuer les jeunes mycéliums qui en sortent. M. Ward cite, à ce propos, les solutions faibles d'acides et d'alcalis en général, l'acide sulfureux, l'acide phénique, déjà recommandés à l'état de vapeurs, par plusieurs auteurs pour le traitement de l'hémiléia, comme nous le verrons plus loin. Mais on doit retenir en première ligne le jus de tabac, expérimenté par M. Biirck (34), et surtout les préparations cupriques. jNI. Sadebeck (41) a étudié comparativement, dès 1889, l'action du jus de tabac et de la bouillie bordelaise sur les urédospores de V Hemileia vastatrix. Il a constaté que la bouillie bordelaise tue les urédospores en quelques minutes ; l'action du jus de tabac est identique, mais elle est plus lente. Ces observations ont été le point de départ du traitement le plus actif que l'on puisse conseiller actuellement contre l'extension de l'hémiléia.
Lorsque l'infection est réalisée, c'est-à-dire lorsque le filament germinatif de l'urédospore a pénétré le paren-
chyme de la feuille de Caféier, il se passe un certain temps, nous l'avons déjà dit, avant qu'une modification extérieure quelconque vienne indiquer la présence du parasite, bien que l'analyse microsco])ique permette déjà de la déceler sûrement. M. Ward considère qu'en général c'est vers le 1 4' jour que la tache se montre avec évidence ; peu distincte au début pour un œil non exercé, elle prend bientôt la teinte jaunâtre et produit les urédospores caractéristiques. Pourtant, le môme auteur l'a vue apparaître dès le 9' jour, dans des cas particulièrement favorables pour le parasite et sur des feuilles très jeunes et succulentes; d'autres expériences lut ont prouvé que la sécheresse allonge notablement la durée de cette période (29). Il résulte aussi de ses observations que la variété de Caféier n'est pas sans importance, non plus que l'âge de la feuille, puisque sur les feuilles adultes la tache n'est guère visible avant le 17' jour. Ces différences dans l'évolution de l'hémiléia s'expliquent d'ailleurs sans dilliculté, par cette raison que, chez les feuilles jeunes, la minceur et le défaut d'incrustation des membranes facilitent singulièrement l'extension du mycélium; et, de ce fait, la période d'incubation de la maladie se trouve raccourcie. D'un autre côté, il est indiscutable que ces deux conditions d'épaisseur et d'incrustation des membranes varient sensiblement d'une variété à une autre.
La notion de la durée d'incubation de l'hémiléia a permis à M. Biirck (34) de fournir l'explication de ce fait, facile à vérifier : que la maladie paraît en général plus intense sur la troisième paire de feuilles à partir du sommet du rameau que sur toutes les autres, alors qu'à ce moment les deux premières paires non déroulées semblent souvent encore indemnes. Cela tient à ce que les feuilles de la troisième paire, qui sont alors en général étalées, ont été infectées très jeunes dans le bourgeon, et que pendant le temps où les deux paires supérieures se sont montrées, l'hémiléia a atteint sur la troisième paire sa période aiguë, période pendant laquelle la production d'urédospores est à son
maximum. A ce moment, sur les deux premières paires, au contraire, Tinfection, quoique souvent réalisée, peut n'avoir pas dépassé la période d'incubation où elle n'est pas encore apparente.
La tache une l'ois visible, les urédospores sortent par les stomates au bout de très peu de jours, et d'autant plus rapidement que les conditions extérieures sont j)lus avantageuses pour la végétation du parasite. Les urédospores se détachent à mesure qu'elles mûrissent, et en même temps de nouvelles surgissent à leur place. La production des urédospores pourrait ainsi durer sur une tache de lo à 16 semaines et même plus '29;.
Le nombre des urédospores produites est très considérable ; M. Ward aurait pu en compter sur une seule tache jusqu'à iSo.ooo. Elles sont toujours plus nombreuses sur les jeunes feuilles, à cause du foisonnement plus abondant et plus rapide du mycélium.
Le mycélium d'Hcniileia vaslatrix est constitué par le développement du filament germinatif de l'urédospore dans les tissus de la feuille du Caféier. 11 a été vu dès les j)remières observations, mais c'est encore à ]\L Marshall AVard que nous en devons une étude approfondie (28). Je me j)ermets d'ajouter quelques observations personnelles sur ce sujet.
A l'état jeune, ce mycélium est grêle, formé de filaments hyalins, ramifiés, sobrement cloisonnés, assez souvent remplis d'un protoplasma finement granuleux. Il pénètre entre les cellules, les dissocie en détruisant à l'aide de ses sécrétions le ciment qui les unit (fig. 9). Quand il rencontre sur sa route des espaces intercellulaires, il les comble en produisant souvent de courtes ramifications un peu irrégulières de forme, plus ou moins renflées au sommet, ce qui donne un peu à cette masse une apparence coralloïde. La dimension moyenne des filaments est d'environ 6 ]}. en diamètre.
Des coupes transversales un peu fines, faites dans une feuille atteinte, permettent de voir la pénétration du mycélium dans rintérieur des cellules de la feuille. Les filaments
Fig. 9. — Mycélium A' llemileia vastatrix. A gauche, coupe transversale dans une l'cuille atteinlo : E.s., épiderme de la face supérieure de la feuille ; My, mycélium ; Se, ses suçoirs. — A droite, pénétration des suçoirs dans les cavités fcllulaircs : mêmes lettres. (La figure de droite d'après M. Marshall Ward.)
y envoient des rameaux, agencés comme de véritables suçoirs, en général étroits, courts et trapus, brusquement renflés en général, arrondis à leur sommet et possédant un contenu chargé de granulations brillantes. Pour une cellule donnée, leur nombre est variable. On n'en rencontre en général qu'un ou deux; mais sur des feuilles très atteintes, on peut voir des cellules dont les parois sont pénétrées de toutes parts.
La première manifestation du parasitisme sur la cellule vivante est le changement de couleur des plastides chlorophylliens qui peu à peu jaunissent. A mesure que le suçoir s'accroît dans l'intérieur de la cellule parasitée, le contenu de celle-ci perd progressivement les caractères qui le distinguent dans les éléments vivants et il ne tarde pas à périr. Il se contracte et se coagule en une masse, d'abord faiblement colorée, mais prenant ensuite une teinte brunâtre plus prononcée, à laquelle participe moins fortement l'enveloppe de la cellule. Parfois, cependant, on trouve des
cellules d'oîi le protoplasme disparaît à peu près complè tement et est remplacée d'abord par un liquide aqueux, puis par de l'air.
Le rôle du suçoir cesse alors, car V Hemileia vastatrix, comme les Urédinées en général, étant un parasite dans toute l'acception du mot, ne végète qu'aux dépens de la matière vivante. Pendant ce temps le mycélium se développe vers la périphérie de la tache, s'avancant de proche en proche dans les parties vivantes du parenchyme foliaire. Néanmoins son extension n'est pas indéfinie, car nous savons que la dimension de la tache ne dépasse pas une certaine limite.
Les portions du mycélium qui sont les plus voisines de la lace inférieure de la feuille s'amassent dans la chambre postérieure des stomates; ils s'y enchevêtrent étroitement les uns dans les autres et forment des corps arrondis, opaques, dont la nature a été expliquée par M. Morris (20). Ces organes, fréquents chez les champignons, ont reçu le nom de stromas; ils sont le résultat d'une différenciation plus ou moins marquée du mycélium qui peut arriver à simuler un véritable parenchyme. La portion de ces stromas la plus voisine de l'ouverture des stomates émet des faisceaux de filaments hyalins, libres, qui sortent en gerbe par l'ostiole. Ce sont les pédoncules des urédospores qui vont se différencier à leur sommet, ainsi que je l'ai décrit ci-dessiis.
Plus tard, quand la production des urédospores a cessé sur les taches, M. Marshall Ward y a observé (28) la formation d'une seconde espèce de spores, les téleutospores (spores tardives), qui se rencontrent assez généralement chez les Urédinées. Leur mode de formation est le même que celui des urédospores, auxquelles on les trouve d'ailleurs souvent mélangées. Comme celles-ci, elles prennent naissance à l'extrémité de courts stérigmates, qui sont de même des ramifications ultimes du mycélium et sortent par les stomates en un faisceau un peu divergent à partir de
Tostiole d'oîi il émerge. Encore jeunes, et dès leur apparition hyalines et arrondies, elles ressemblent à s'y méprendre à des urédospores envoie de formation; mais leur évolution ultérieure va les en différencier nettement. A l'état adulte, et lorsqu'elles sont fraîches, leur contenu montre de nombreuses granulations de couleur orangé vif, mais leur forme est différente de celle des urédospores; elles sont irrégulièrement arrondies, ou plus souvent en forme de toupie un
Fig. 10. — Téleutospores d Ilemileia vastadi.v ci leur germination. An milieu, deux téleutospores mûres ; à gauche, la germination normale : Pr, promycélium ; Spd, sporidie ; Stg, son stérigmate. A droite, promycélium isolé dont la cellule terminale a donné deux sporidies. (D'après M. Marshall Ward.)
peu surbaissée, plus larges et moins hautes que les urédospores. L'exospore est aussi moins épaisse et absolument lisse (fig. lo). Ce sont bien, sans doute, des téleutospores qu'a vues Cooke (9), quand il déclare qu'en vieillissant les urédospores perdent les aspérités de leur surface, ce qui est contraire à la réalité des faits.
La téleutospore germe sur place et d'une façon toute différente de l'urédospore, comme nous le verrons tout à l'heure. Ces téleutospores sont toujours beaucoup moins nombreuses que les urédospores.
La production des téleutospores est la dernière manifestation de l'activité du mycélium du champignon parasite. C'est sans doute pour cette raison qu'on les voit naître le plus souvent dans les portions centrales de la tache. Dans cette région, en effet, les cellules de la feuille complètement mortes sont devenues incapables de nourrir le mycélium
qui les a peu à peu épuisées, les amenant à la déchéance finale. Avant de périr, comme les cellules de son hôte qu'il a tuées, ce mycélium produit alors ses téleulospores.
C'est au moment où elles sont formées que la tache prend, vers son milieu, cette teinte grisâtre, indécise, qui succède à une coloration plus foncée. Ce phénomène s'explique facilement : A cette période, on rencontre sur la tache un nombre assez restreint de téleutospores orangées, mêlées à de nombreuses urédospores anciennes et pour la plupart décolorées ; la teinte qui en résulte se superposant à la coloration faiblement brunâtre du tissu détérioré et en partie rempli d'air, il en résulte pour l'œil l'impression d'une tache d'un blanc grisâtre ou plutôt de couleur indéfinissable.
Après la formation des téleutospores, on rencontre souvent, sur les taches, d'autres petites espèces de champignons qui vivent sur les parties mortes et parachèvent définitivement leur destruction. Ils ne sont en aucune façon parasites, ni liés de quelque manière que ce soit au cycle de développement de VHemileia vaslatrix.
Les téleutospores peuvent germer sur place, encore attachées à leur support, sur la feuille même, si elles se trouvent dans des conditions convenables de chaleur et d'humidité. Elles émettent à leur sommet un filament germinatif de nature spéciale, le promycélium, qui ne prend qu'un développement limité. Cet organe ne se ramifie j)as ; son enveloppe mince et transparente est le prolongement de la membrane interne de la téleutospore dont il est issu. Lorsque le promycélium est devenu six ou huit fois plus long que la téleutospore et que le contenu de celle-ci a, en grande partie, émigré dans la cavité du filament, trois cloisons transversales apparaissent et divisent ainsi le promycélium en quatre cellules. Chacune d'elles pousse dans le voisinage immédiat de la cloison qui la limite une ramification latérale grêle. L'extrémité de ces rameaux se renfle en une petite masse sphérique ouovalaire, à contenu orangé finement granuleux et montrant souvent dans sa masse
une grosse vacuole arrondie et incolore. Ce sont des sporeisecondaires, les sporidies. Leur menibrare est mince, hyaline et lisse; leur dimension est beaucoup plus faible que celle de la téleutospore. La cellule terminale du promycélium produit sa sporidieà son sommet, et, occasionnellement, elle peut donner naissance à deux sporidies qui sont placées côte à côte (fig. lo).
Détachées de la feuille, les téleutospores germent facilement dans Feau pure, Teau sucrée faible et d'autres liquides de composition plus complexe. La longueur du promycélium, variable avec le milieu de culture, y est toujours plus grande que dans la germination spontanée de la téleuto* spore sur la feuille.
Les sporidies, une fois mures, germent aussitôt dans l'eau et divers liquides nutritifs. Le phénomène s'accomplit tout aussi facilement quand
elles sont encore fixées Fig. n. — Goniunalioii des sporidies d7/c-
au promycélium. Elles ""''"'" "f"u'" ' "' ''''''"' ^'d!!'ïf 'Z
i J h, c el (i, phases successives de la ger-
émettent un filament très mination.
délié qui atteint en longueur environ quatre fois le diamètre de la sporidie (fig. II). M. Marshall Ward, à qui nous devons toutes ces observations (27, 28), a pu réaliser la germination des sporidies sur des feuilles de Caféier vivantes; mais il ne les a jamais vues pénétrer les tissus et produire une infection quelconque, comme on y arrive facilement avec des germinations d'urédospores. Aussi déclare-t-il ignorer le sort ultérieur des germinations de sporidies et le rôle de ces organes, rôle qu'il y aurait grand intérêt à établir, nous allons voir de suite pourquoi :
En dehors des urédospores et des téleutospores, on sait qu'un bon nombre d'Urédinées montrent encore deux autres formes de spores naissant dans des réceptacles
spéciaux, lesquels, dans Tordre ordinaire de leur apparition, sont la spermogonie ou aecidiole et l'secidium. Les quatre formes se suivent régulièrement : la production de spermogonies et d'sccidiums étant liée à la pénétration des germinations de sporidies nées de la téleutospore, Turédo prenant naissance lors de sa première apparition après la pénétration du filament germinatif d'une spore d'tpcidium. On n'a pas constaté sur le Caféier la présence de spermogonies ni d'œcidiums, mais cela ne prouve nullement que VHemileia vastatrix soit dépourvu de ces deux formes. Il faut considérer, en effet, que, chez un certain nombre d'Urédinées, les formes spermogonie et œcidium d'un côté, urédo et celle à téleutospores de l'autre, ne peuvent prendre naissance que sur deux plantes différentes et qu'en pareil cas les spores d'œcidium, pas plus que les téleutospores, ne sauraient infecter la plante sur laquelle ils végètent. Or, d'après M. Marshall Ward, c'est le cas des téleutospores de V Hemileia vastatrix. On voit donc que l'hypothèse émise plus haut n'est nullement dépourvue de vraisemblance. Je ne vois pas pourquoi, en tout cas, on devra de préférence rechercher ces formes spermogonie et fccidium sur des Rubiacées, comme le conseille M. Marshall Ward (29), plutôt que sur des plantes d'une autre famille. En effet, dans les Urédinées qui établissent la série de leurs fructifications sur deux hôtes différents, ceux-ci sont souvent botaniquement fort éloignés l'un de l'autre. Tel est, par exemple, le cas du Puccinia graminis, qui cause la rouille la plus commune des céréales : il donne sa spermogonie et son oecidium sur l'épine-vinette, son urédo et ses téleutospores sur le blé, l'avoine et un certain nombre d'autres graminées. Quoi qu'il en soit, il y a là, on le comprend, une lacune dans nos connaissances au sujet de VHemileia vastatrix; et ce n'est que lorsqu'elle sera comblée que nous serons exactement renseignés sur les différents modes d'infection du Caféier par la maladie de l'hémiléia.
L'hémiléia attaque toutes les variétés du Caféier d'Arabie, mais il en est parmi elles qui sont plus sensibles à son action : telle est la variété Maragogipe (38). D'origine brésilienne, c'est-à-dire d'une région jusqu'ici indemne de la maladie, il semblait que sa croissance rapide, la dimension notable de ses feuilles, dussent lui permettre de résister sufïisamment à la maladie (39, p. 89). En réalité, il n'en est rien, et, transportée hors de sa patrie, elle a montré le grave défaut de souffrir beaucoup de l'hémiléia.
On sait depuis longtemps (25 a) que le Caféier de Libéria est aussi fréquemment atteint que le Caféier d'Arabie, Comme on le plante assez souvent dans des terrains bas et un peu humides, cet habitat y facilite l'extension du champignon; mais la puissance de végétation de la plante lui permet d'en souffrir beaucoup moins. La chute des feuilles est moins fréquente que chez l'Arabica, et c'est à cette cii • constance surtout que le Libéria doit le développement pris par sa culture depuis quelques années.
Il est remarquable que les hybrides d'Arabica et de Libéria jouissent d'une immunité bien plus grande que celle des parents. Aussi a-t-on cherché à répandre à Ceylan depuis quelques années les hybrides du Libéria et de la variété Maragogipe de l'Arabica. Il en est de même à Java, pour l'hybride de Libéria, et de la variété Java qui se greffe bien sur le Libéria et y pousse vigoureusement. Mais le grand défaut de ces hybrides de Libéria et d'Arabica, défaut que la culture n'a pas encore corrigé, c'est de fournir des graines bien moins appréciées au point de vue commercial que celles des variétés de l'Arabica. D'un autre côté, le café Leroy, de Maurice et de la Réunion, considéré par beaucoup de botanistes comme une espèce spéciale [Coffea laiiriiia) et que M. Raoul croit être un hybride du Café marron [Coffea mauritiana) avec l'Arabica est atteint, lui aussi, par l'hémiléia, mais peu gravement (32, 42 b). Le D^ Thwaites(3) et M. M. Ward (28) ont également trouvé le champignon à Ceylan sur le Coffea travancorensis^ qui vit
à Tétat sauvage dans les jungles, et, actuellement, riiémiléia est très répandu sur cette espèce {35 e^
Enfin, il est démontré que l'hémiléia peut aussi se montrer sur des Rubiacées autres que celles du genre Coffea. Le D' O. Warburg (41, 43j Fa vu, dans le jardin de Buitenzorg (Java), attaquer diftérentes espèces du genre Gardénia dans le voisinage de Caféiers malades. A Ceylan, on a signalé aussi l'hémiléia, mais avec doute, sur une autre Rubiacée, Diplospora spliœrocarpus (35 c).
Répartition de la maladie. — L'hémiléia, observé à Ceylan en i8(i8, s'y est vite généralisé. L'année suivante, il atteignait la péninsule indoue (21), dont les plantations furent envahies en peu de temps. Il était à Sumatra en 1876(49); bientôt après, en 1879, Java était contaminé (17, p. 89 et i.)o), puis les îles Fidji (22), Maurice (1880), la Réunion (1880,). Natal a été atteint sans doute vers 1878. Pour Madagascar, oîi la maladie est déjà assez ancienne, je n'ai pas trouvé de documents pour en préciser la date. En lout cas, des feuilles apportées par le D'' Keller en i88(S, de Madagascar à Zurich, présentèrent à l'examen du D"" Cramer les fructifications du champignon iD'" Gœldi, Relatorio sobre a molestia do caffeeiro na provincia do Rio de Janeiro, 1887, p. 100). Au Tonkin, il a été signalé en 1888 par Balansa [Revue niijcoîogique, 1888, p. 78). Les récentes plantations de l'Afrique orientale allemande, dans l'Ousambara, présentaient des traces évidentes de l'hémiléia en 1894 (40), et on vient de le signaler à Zanzibar [Revue des Cultures coloniales, n"du j janvier 1900). Raoul déclare contaminés ou fortement suspects Bornéo et la JNIalaisie (39). Les Philippines sont envahies depuis 1890 ou 1891 (36). Aux îles Samoa, on l'a récolté en 1894 (llarkness, in North American Fungi, n° 8198, de Ellis et Everhart). Enfin, M. Sadebeck (41) et M. Hennings (43) croient Vlleniileia vastatrix indigène dans le centre africain, et j'avoue qu'il me paraît difficile d'admettre qu'il en soit autrement. En
effet, dans la région du lac Vicloiia-Nyanza, où le Caféier d'Arabie a été trouvé depuis longtemps (1861), par l'explorateur Grant, à Tétat sauvage, on y a depuis lors observé à deux reprises TUrédinée du Caféier. Le D'" Fischer Ta vue le premier, puis |)lus lard le l)"^ Stuhlmann (1897). Le second l'a récoltée sur la rive occidentale du lac à Bukoba, dans la partie la plus éloignée de l'Afrique orientale allemande. La plante hospitalière serait une variété nouvelle du Caféier d'Arabie, Coffca arctbicd var. ShihlnKiiiiii, d'après le D'' Warburg.
En somme, à Tlieure actuelle, on ne considère comme indemnes que la côte occidentale d'Afrique, la Nouvelle- Calédonie et toute l'Amérique avec les Antilles (44, 46 . M. P. Hennings (50, p. 171) indique le Guatemala comme étant contaminé. Peut-être y a-t-il erreur. La maladie qui y sévit serait due au SliWuni fUividuni^ dont nous parlerons plus loin [Tropical Agriculturist, i'"' mars 1897, p. 63 1). J'ajouterai que INI. F. V. Morren, dans un ouvrage tout récent [KoffiecuUuur in Giuitemcthi^ Amsterdam, 1899), ne fait aucune allusion à la présence de l'hémiléia et qu'il constate que, dans ce pays, on ne rencontre sur le Caféier aucune maladie grave. Je ne crois pas non plus que l'hémiléia se rencontre aux îles Sandwich et au Queensland (Australie), où le Caféier est également cultivé.
En tous cas, dans toutes les régions où nous venons de constater la présence de VHemileia vastatri.r, il est bien certain qu'il y a été importé, hormis sans doute Ceylan et le centre africain ; et, dans la plupart des cas, ce sont, comme le pense jNL Sadebeck, très probablement de jeunes plants récemment envahis qui ont apporté le mal. On dit souvent que les graines décortiquées et sèches sont inoffensives (46). Mais je crois qu'il y a quelques restrictions à faire à ce sujet.
Origine de l'hémiléia. — Ceci nous amène à rechercher l'origine de l'hémiléia, la raison pour laquelle il est apparu
brusquement à Ceylan en 1868, et sV est si rapidement répandu, Tout d'abord, il est logique de croire que si les Caféiers de Ceylan étaient déjà atteints avant cette époque, il fallait que le champignon y fût rare, car personne ne l'avait signalé. jNI. M. Ward a accusé le Coffea travancorensis (44) d'avoir contaminé l'Arabica. 11 considère que l'extension énorme prise par la culture du Caféier a offert à un moment donné un support nutritif si avantageusement approprié pour le parasite que ce dernier a pu s'y multiplier à l'aise et s'y développer très rapidement. Cependant, si, en réalité, les choses se sont ainsi passées, il est singulier que le fait ait tardé si longtemps à se produire et qu'on n'y ait pas plus tôt rencontré le parasite; car c'est en somme vers l'année 1670 que les Hollandais introduisirent à Ceylan la culture du Caféier. 11 est vrai qu'elle n'y a pris d'importance qu'après l'occupation définitive de l'île par les Anglais (i833) ; en i8d6 déjà, l'exportation du café arrivait presque à la moitié (220. 089 quintaux) du maximum qu'elle a atteint en 1870.
J'ajouterai que ce fait de l'apparition brusque d'une épidémie nouvelle et son extension très rapide sur une plante de grande culture ne constituent pas un cas isolé en pathologie végétale. M. P. Hennings (50) rappelle, à ce propos, l'histoire de la Puccinie des jNlauves {Piiccinia Malvaceariim), qui est une Urédinée comme VHeiuileia vastatrLv. La Puccinie des Mauves, qui avait été observée dès 1869 en Espagne, s'est montrée brusquement en 1872, dans les environs de Bordeaux sur les Mauves et quelques genres voisins de Malvacées, Roses trémières, etc. (i). Depuis, elle a envahi l'Europe continentale jusqu'en Sibérie, l'Angleterre, et on l'a trouvée même en Australie. Ce parasite, heureusement pour les mycologues, avait été décrit bien des années avant par ^Montagne sur des échantillons de
(i) DuRiEU DE Maisonnei vi; ET Mad. ***, Apparition subite et invasion rapide d'une Puccinie exotique dans le département de la Gironde, in « Actes de la Société linnéenne de Bordeaux », XXXIX, 2^ livraison, 1873.
Guimauve {Alt/hva offici/ialis), provenant du Chili. Car, si, comme le fait observer Durieu, le champignon n'eût pas été déjà connu, « on se demande quelles seraient les opinions « des botanistes, leurs hypothèses plus ou moins hasar- « dées, pour explicjuer son arrivée subite partout où croit (( une mauve ». L'invasion du PhytopJitord de la maladie de la pomme de terre, de l'Oïdium, du Mildiou, du Black-Rot de la vigne fournissent des exemples analogues.
Une autre opinion sur la cause de l'apparition de l'hémiléia à Ceylan a été émise par Cruwell (10). Il avait trouvé, au cours d'un Vovage à la république de Libéria, des feuilles de Coffea liberica quelque peu décolorées, et il en conclut qu'à Ceylan on avait dû importer l'hémiléia en même temps que ce nouveau Caféier. Le Libéria n'a, en effet, pénétré à Ceylan que peu de temps avant l'invasion de l'hémiléia, ainsi qu'en témoigne une note d'iVlexander (i) relatant l'histoire de l'introduction du Libéria à Ceylan depuis les premiers essais infructueux tentés en 1866, jusqu'à l'établissement de plantations qui furent faites sur une grande échelle dix ans plus tard et réussirent parfaitement. Des feuilles de Caféier de Libéria récoltées par Cruwell furent envoyées à Kew ; mais Berkeley, à qui les échantillons furent soumis, déclara que la décoloration devait être attribuée à une autre cause que Thémiléia. D'ailleurs, jusqu'aujourd'hui, la maladie n'est pas signalée siu* la côte occidentale d'Afrique, pays d'origine du Caféier de Libéria, et l'opinion émise par Cruwell paraît dénudée de fondement.
Examinons maintenant la question sous une autre face.
On n'a jusqu'ici décrit que trois espèces dans le genre Hemileia, et elles ne se rencontrent que sur des Rubiacées. Ces trois espèces sont bien voisines les unes des autres et on peut être tenté, à l'exemple de M. Massée, d'attribuer à
(i) J. Alexandkr. Colonial Notes. The introduction and cultivation of Liberian Coffee in Ceylon, in « Gardener's Clironicle », XV, p. 33i, 33^.
la seule influenoe du support les différences légères qu'on peut observer entre elles.
Les deux autres espèces du genre sont Heiuileia Canlliii et Hemileia Woodi.
\i'Hemilei(( Caiithii Berkeley et Broonie, décrit dans les Fungi of Ceijlon, n" 833, par Berkeley, attaque à Ceylan et aux Indes une plante sauvage, qui y est commune, le Canthium (Ploctronia) campanulatum. 11 diffère à peine de V Hemileia vastatri.r.
Pour Vllewileia Woodi, il a été trouvé vers i88o,à Natal, par M. J. ^I. A^ ood, sur le Vangueria iiifausta et décrit par Kalcbbrenner et Cooke [Grevillea, IX, p. cas). En 1894, le D'" Volkens le retrouvait dans la région du Kilima- N'djaro sur un autre Vangueria à fruits comestibles, le Vangueria edtilis. Peu de temps après (1890), M. Perrot rencontrait la même espèce sur un Caféier sauvage, le Coffea Iho Frœhner, près de Lindi, dans l'Afrique orientale allemande (43). Yi' Hemileia Woodi constitue, à la face supérieure des feuilles, des taches brunes, arrondies, devenant confluentes sur le tard; à la face inférieure, les taches montrent de petites pustules rouge orangé, pulvérulentes, pâlissant bientôt et blanchissant en vieillissant. Elles sont formées d'urédospores nombreuses, irrégulièrement arrondies, plus ou moins concaves d'un coté, de couleur jaune d'or, hérissées de petites pointes surtout sur la face convexe et pédicellées. Cet Hemileia ne s'éloigne guère du vastatrix que par ses urédospores pédicellées. On y voit bien certains organes spéciaux, paraphyses ou cystides, lisses, aplaties, hyalines. Mais nous savons que de tels organes se voient sur les taches, jeunes surtout, de V Hemileia vasiatrix, où Abbay (15) les a constatées le premier.
Enfin, dans ces deux espèces, la dimension des urédospores est à peu près la même, de 3o à 35 \}.. M. Massée (47, p. 28) déclare même qu'à son avis, il serait presque certain qu'à l'occasion VHemileia Woodi envahirait le Caféier, et il ajoute que ce serait vouloir « aller au-devant
« d'un désastre que de planter des Caféiers dans le voisi- « nage de Vangueria »,
Ces quelques considérations ne donnent pas évidemment à préjuger d'une façon certaine sur l'origine réelle de Vllcniileid vastatriv et la cause de son extension subite sur les Caféiers, puisque les documents sur ce sujet sont insuffisants. J'ai cru cependant devoir les exposer pour mettre exactement la question au point.
En tous cas, il serait fort intéressant de tenter l'infection des Caféiers d'Arabie et de Libéria surtout, avec chacun des deux Hemileia, CnntJiii et Woodi, et de môme l'infection de Canthium et de Vangueria avec V Hemileia vastatrix. Si, en cas de réussite et au bout de quelques passages sur les plantes hospitalières, on assistait à une évolution des spores de l'un queh^onque des parasites vers un autre des trois types décrits à' Hemileia, on pourrait affirmer l'identité de deux ou môme des trois espèces. Et dès lors la solution de ce problème éclairerait d'un grand jour la question de l'origine de la maladie sur les Caféiers.
Je crois nécessaire de rappeler ici Texistence possible de formes spermogonie et aecidium sur une ou plusieurs plantes non encore déterminées ; mais ce n'est encore qu'une hypothèse, et il n'est pas mieux démontré que l'infection par V Hemileia vastatrix de plantes autres que les Caféiers ait pu, à notre insu, jouer un rôle actif dans l'apparition ou l'extension de la maladie. J'ai voulu signaler ce côté du sujet, mais je ne m'y arrête pas plus longtemps.
Traitement. — Dès l'apparition de l'hémiléia, on proposa et on mit en usage un certain nombre de remèdes. Berkeley (2) conseilla le premier l'emploi du soufre en insufflations ou des solutions d'acide sulfureux.
Abbay (16) préconise le badigeonnage des troncs à l'eau de chaux; et, pour préserver plus sûrement les plantations, il insiste sur la nécessité de récolter et d'incinérer soigneusement les feuilles tombées et, en général, tous les débris
qui jonchent le sol : mesure excellente qui donne de bons résultats, quand elle peut être convenablement appliquée.
M. Morris (18,1) considère que, pendant la période de végétation active du parasite, toutes les parties du Caféier, ainsi que la terre, doivent être copieusement traitées à la fleur de soufre ; et, de ce traitement, il attendait l'arrêt du développement et la mort du mycélium parasite. Un peu plus tard (18, II), il a conseillé d'adjoindre à une partie de fleur de soufre deux parties de chaux en poudre et d'employer en insufflations sur les arbres malades le mélange de ces deux substances, qui produit de l'acide sulfureux en présence de l'air humide.
L'acide sulfureux, à l'état de vapeurs, proposé en fumigations par M. Wall et d'autres expérimentateurs, a été également essayé (17, p. 8 et p. ii à 22). On le produisait par la combustion d'un mélange de soufre, salpêtre et charbon de bois, mélange oii ces produits sont associés dans des proportions différentes de celles de l'ancienne poudre à canon, et qui est moins fusant que cette substance. Malheureusement, l'acide sulfureux montra ce grave défaut qui était à prévoir : il corrodait fortement les feuilles, les jeunes surtout, ce qui aggravait encore le mal.
M. Storck (31) préfère aux substances précédentes les vapeurs d'acide phénique.
M. Biirck (34), ayant constaté l'action efficace du jus de tabac, recommande de traiter les feuilles de Caféier avec ce liquide et concurremment avec une solution d'acide sulfurique : et, pour réduire l'infection au minimum, il donne une grande importance à l'établissement d'abris destinés à arrêter le vent qui étend le mal en apportant les germes du parasite. Dans le but d'éviter l'affaiblissement des arbres, dû à l'enlèvement systématique des feuilles malades, il s'est arrêté à l'emploi d'un instrument de son invention, une sorte d'emporte-pièce, qui n'extrait de la feuille que la partie contaminée.
Peu de temps après, l'action incontestable des prépara-
lions cupriques, comme moyen de préservation dans bon nombre de maladies des plantes, vigne, pomme de terre, etc., suggéra à plusieurs personnes l'idée d'utiliser la bouillie bordelaise pour enrayer les dégâts de Fhémiléia. Les expériences de M, Sadebeck (41) établirent pleinement le bienfondé de cette pratique en démontrant que la bouillie bordelaise tue en quelques minutes Furédosporc, l'agent actif de dissémination de la maladie. Depuis lors, l'efficacité de ce traitement a été démontrée en maintes circonstances.
En somme, la bouillie bordelaise constituait, sur les autres substances employées auparavant un progrès notable; car si, en réalité, aucune parmi ces dernières ne s'est montrée complètement inefficace, les résultats obtenus étaient insuffisants. D'un autre côté, l'excès de main-d'œuvre ([ue nécessitent quelques-unes des opérations proposées les rend très onéreuses et a toujours empêché leur généralisation. Pourtant, quelques mesures accessoires, l'emploi des abris, la récolte et la destruction par le feu des feuilles malades tombées méritent d'être conservées et utilisées selon le cas.
L'application de la bouillie bordelaise n'exige pas une main-d'œuvre très considérable, quand la maladie se présente avec une intensité moyenne ; mais, dans les cas d'attaque grave, où il devient nécessaire de renouveler plus souvent les traitements, il n'est pas toujours possible de lé faire dans les plantations très étendues surtout, et le résultat obtenu est insuffisant.
Il faut, en effet, considérer qu'au moment où la bouillie bordelaise est surtout utile, c'est-à-dire pendant la période d'extension rapide de la maladie qui est la saison des pluies, les violentes averses ne sont pas rares. Elles lavent les feuilles et entraînent rapidement le dépôt cuprique qui protège celles-ci contre l'infection. C'est la raison pour laquelle des savants comme M. Treub et M. Sadebeck (41), des praticiens comme M. Semler(33), sans rejeter complètement le
traitement à la bouillie bordelaise, ne lui accordent cependant qu'une importance secondaire.
On connaît heureusement, à l'heure actuelle, des formules de bouillies cupriques sensiblement plus adhérentes que la bouillie bordelaise ancienne, dont la composition et le mode de préparation n'étaient pas, en général, bien précisés.
La bouillie sucrée de Michel Perret réalisait déjà un progrès sensible, qu'Aimé Girard mit en évidence par des expériences très précises; il montra que l'adhérence de la bouillie sucrée était nettement supérieure à celle de la bouillie bordelaise simple. Puis survinrent les dégâts graves produits parle Black-Rotdans beaucoup de vignobles en France, surtout ceux du Sud-Ouest. Comme pour l'hémiléia du Caféier, la bouillie bordelaise était souvent incapable de préserver les vignes pendant les étés très humides, où des pluies incessantes lavaient les feuilles au fur et à mesure des traitements. Les viticulteurs ainsi éprouvés sentirent le besoin de posséder un agent plus actif que la bouillie bordelaise ou les autres similaires; il était, en tous cas, indispensable de préciser les diverses conditions de leur emploi, et les formules les mieux appropriées pour obtenir le maximum d'effet utile. Il se créa, à cet effet, un courant de recherches qui a amené quelques résultats pratiques.
En premier lieu, M. G. Lavergne indiqua une formule de bouillie au savon, sans addition de chaux qui se montra bien adhérente.
Puis MM. Guillon et Gouirand étudièrent l'adhérence d'un certain nombre de bouillies cupriques. Ils pulvérisaient ces bouillies sur des plaques de verre poli, parfaitement nettoyées au préalable à l'alcool. Les plaques étaient exposées après séchage à une pluie artificielle régulière et identique pour toutes et d'égale durée, et ensuite le cuivre restant fournissait par son dosage le pouvoir adhérent de la bouillie. Ces expériences établirent plusieurs faits qui sont à retenir:
i" Les bouillies, quelles qu'elles soient, sont d'autant
moins adhérentes qu'elles sont plus anciennement préparées.
2" La bouillie bordelaise neutre est plus adhérente que les bouillies bordelaises acide ou basique.
y La bouillie bordelaise simple, la bouillie bordelaise additionnée de gélatine ou de mélasse sont celles qui conservent le plus longtemps leur adhérence après leur préparation.
4*^ La gélatine (à la dose de 3 Y^q dans une bouillie bordelaise neutre à 2 % de sulfate de cuivre); le savon (bouillie à 2 % de sulfate de cuivre et 3 % de savon, sans chaux); la mélasse (à la dose de i % dans une bouillie bordelaise neutre à 2 % de sulfate de cuivre), sont, dans l'ordre décroissant, les substances qui donnent le plus d'adhérence aux bouillies.
5" Pour ce qui est de l'addition de mélasse et de gélatine, l'augmentation en poids de ces substances diminue l'adhérence de la bouillie.
6° Les autres bouillies cupriques utilisées jusqu'ici à base de carbonate de soude ou de potasse, l'eau céleste, le verdet, n'offrent aucun avantage sur la bouillie bordelaise.
D'un autre côté, des expériences assez analogues tentées par jNL J. Perraud sur feuilles de vignes et raisins lui ont donné des résultats très approchants. M. Perraud accorde une importance considérable à la nature de la chaux qui entre dans la préparation de la bouillie bordelaise. L'adhérence sera toujours plus grande en employant la chaux grasse qui ne devra être éteinte qu'au moment de l'emploi. Il préconise une formule de bouillie à la colophane solubilisée par le carbonate de soude, que ses expériences lui ont montrée être plus adhérente et plus active que toutes les formules qu'il a expérimentées.
1 es expériences que je viens de relater, pour si instructives qu'elles soient en elles-mêmes, devraient cependant être complétées par des essais faits directement et dans des conditions analogues sur les Caféiers; car, bien que la feuille de ces plantes soit lisse et glabre sur ses deux faces,
on ne saurait cependant Fassimiler à une surface de verre polie, plane et dépourvue d'accidents à sa surface.
Nous savons déjà que, pour le traitement de riiéniiléia, l'adhérence est le facteur le plus important. C'est pourquoi je m'arrêterai à l'emploi d'un des composés suivants :
1° La bouillie bordelaise neuîi'e à 2 % de sulfate de cuivre;
2° La bouillie à la chaux additionnée de i % de mélasse;
3° Les bouillies au savon ;
4" La bouillie à la colophane.
Je vais les étudier successivement et montrer leurs qualités et leurs défauts.
Le mode de préparation de la bouillie ^^ordelaise est simple; toutefois, il faut reconnaître qu'en général on apporte peu de soins à sa fabrication et l'effet utile s'en ressent.
On procédera comme il suit :
On fera dissoudre dans la moitié à peu près de l'eau à employer les 2 % de sulfate de cuivre. La solution peut se faire à chaud dans une quantité d'eau moindre. Mais il est plus simple de la faire à froid dans un vase en cuivre, en grès ou en bois, d'une contenance suffisante, un tonneau défoncé d'un côté par exemple. Les cristaux de sulfate de cuivre seront immergés près de la surface du liquide dans un panier en fil de cuivre, ou, plus simplement, dans un nouet de linge à mailles larges ou un panier d'osier. La solution de sulfate de cuivre, plus lourde que l'eau tombe au fond et le sel se dissout assez rapidement à la surface. Il est indispensable, pour cette opération, d'éviter l'emjjh^i de tous ustensiles en fer. Ce métal, en effet, se substitue au ('uivre en donnant du sulfate de fer, et la dissolution s'appauvrit d'autant.
La chaux, récemment éteinte et, si possible môme, éteinte au moment de l'emploi, sera délayée dans l'eau restante, et on versera le lait de chaux ainsi obtenu dans la solution de sulfate de cuivre assez lentement et en agitant constam-
iiienl. Il vaut toujours mieux procëdei* ainsi et se servir d'un lait de chaux très dilué que de l'aire une pâte épaisse de chaux en n'employant que très peu de liquide. Le dépôt qui se produit est à grains plus fins et il encrasse moins les instruments d'épandage. On conçoit par suite qu'il se répande plus régulièrement sur les feuilles et que son action soit plus parfaite.
Pour obtenir une bouillie neutre, ni acide ni alcaline, il suffira, si la chaux est pure, d'un poids de cette substance inférieur à la moitié du poids de sull'ale de cuivre employc'. Mais, comme la qualité réelle de la chaux, au point de vue chimique, est souvent inconnue, soit que le calcaire utilisé pour sa fabrication soit impur, ou que la cuisson n'en soit pas parfaite, il sera toujours préférable de confectionner un lait de chaux à deux parties pour 5o ou 60 d'eau, qu'on versera lentement dans la solution de sulfate de cuivre jusqu'à ce que le liquide ((ui surnage ne rougisse plus le papier de tournesol bleu, c'est-à-dire ne soit plus acide, comme l'est naturellement le sulfate de cuivre. En un mot, il faut que le sulfate de cuivre se trouve entièrement décomposé j)ar la chaux, sans qu'il y ait un excès de celle-ci.
On devra donc, avant d'arriver au résultat définitif, essayer à plusieurs reprises un papier de tournesol bleu. Le résidtat obtenu, on vérifiera, en employant le papier de tournesol rouge, s'il n'y a pas excès de chaux. Dans ce cas, le papier rouge bleuirait, et il sera nécessaire de rajouter par petites quantités du sulfate de cuivre. L'état neutre est obtenu lorsque le liquide qui surnage ne modifie en rien la couleur des papiers de tournesol rouge ou bleu.
Ce résultat acquis, la bouillie, bien agitée d'une façon définitive, peut être utilisée de suite, et nous savons déjà qu'elle sera d'autant plus adhérente, c'est-à-dire utile, que l'emploi suivra de plus près sa confection. Il sera toujours bon de tamiser la bouillie, pour éviter, dans les instruments
d'épandage, la présence de parcelles solides qui en obstruent ou encrassent les organes.
En principe, on évitera de verser le sulfate de cuivre dans le lait de chaux, surtout si on a employé de la chaux vive et qu'on n'ait pris qu'une faible quantité d'eau. Dans ce cas, l'hydratation de la chaux développe une température assez élevée, et, d'après M. Gayon, c'est à cette cause qu'on doit attribuer la formation possible d'un précipité noir absolument inactif. Ce précipité est du bioxyde de cuivre ou oxyde cuivrique (Gu G), dû à la simple déshydratation en présence de la chaleur de l'oxyde de cuivre hydraté bleu, lequel est, nous allons le voir, le principe actif du déj)ôt de la bouillie bordelaise.
Si l'on manquait de papiers de tournesol bleu et rouge, on y pourrait remédier de façon simple :
On reconnaîtra que la bouillie renferme un excès de sulfate de cuivre en trempant dans le liquide qui surnage un morceau de fer quelconque, une simple lame de couteau par exemple. Si le fer se recouvre d'un mince enduit rougeâtre de cuivre, il y a dans la bouillie un excès de sulfate de cuivre, et dans ce cas, le liquide surnageant, tout en restant transparent, conserve une légère teinte bleuâtre.
S'il y a, au contraire, excès de chaux, il suffit de recueillir dans un verre un peu de ce liquide qui surnage et de souffler doucement sur sa surface; il s'y forme une mince pellicule blanchâtre de carbonate de chaux, l'acide carbonique existant dans l'air expiré.
Dans la bouillie bordelaise, le sulfate de cuivre est immédiatement décomposé par l'adjonction de la chaux et il se forme un précipité insoluble d'un beau bleu constitué par le mélange de bioxyde de cuivre hydraté (Cu O^ H") avec du sulfate de chaux. Quand la bouillie est devenue neutre, le liquide, dès que le dépôt est tombé au fond du vase, est parfaitement transparent et renferme seulement une petite quantité de chaux en dissolution. L'hydrate d'oxyde de cuivre, qui seul agit dans la bouillie bordelaise, est à peu près com-
plètement insoluble dans Teaii pure; il ne se dissout que très lentement dans les eaux météoriques qui renferment en dissolution de l'acide carbonique et des traces de carbonate d'ammoniaque donnant ainsi naissance à du bicarbonate de cuivre, entièrement soluble. Il est admis que cette solution, toujours très faible, de bicarbonate de cuivre, agit sur les spores qu'elle rencontre en empêchant leur germination; il n'est guère probable, en effet, que l'hydrate d'oxyde de cuivre puisse, comme quelques personnes l'ont pensé, produire une action quelconque par son simple contact.
L'épandage de la bouillie bordelaise se fait avec des pulvérisateurs, soit à dos d'homme pour les petites exploitations, soit à dos ou à traction d'animal pour les grandes. Il est à observer, toutefois, que les pulvérisateurs à dos d'homme manœuvres par des ouvriers consciencieux et exercés répandent les bouillies d'une façon plus uniforme, au moins pour la majeure partie des nombreux systèmes qu'on trouve dans le commerce. Pour remplir le pulvérisateur, le mélange sera puisé par des augets en bois ou en cuivre, après avoir eu soin, au préalable, d'agiter la bouillie dans le récipient, pour que le mélange du liquide et du précipité soit aussi homogène que possible. De cette manière, la quantité de produit cuprique déposée sur les feuilles sera sensiblement la même, pour toute l'étendue de la plantation. Enfin on devra, autant que possible, conduire la pulvérisation de telle sorte que les deux faces des feuilles y participent également.
Le mode de fabrication de la bouillie, le soin à apporter à son application ont une importance considérable; mais la question de l'opportunité des traitements, c'est-à-dire la détermination précise des époques oîi ils doivent être faits, est encore une condition non moins indispensa])le de réussite dans la lutte contre l'hémiléia.
Les données que j'ai fournies plus haut ont montré que c'est avec la saison des pluies que se produisent les pre-
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mières taches. C'est, par suite, un peu avant son début que théoriquement on devrait faire le premier traitement; son but, en effet, est d'empêcher la germination des urédospores que va déterminer une température humide et chaude. Ce premier traitement est. le plus important de tous, puisqu'il réduira la première infection au minimum et atténuera, par ce fait, la violence des suivantes. Pour qu'il portât tous ses fruits, il serait déjà trop tard d'attendre l'apparition des premières taches. Aussi, ce premier traitement sera-t-il copieux; car, son but étant surtout d'empêcher la germination des spores, on doit couvrir sur la feuille le maximum de surface. En même temps, on apj)ortera à la confection et à la pulvérisation de la bouillie toutes les précautions énumérées ci-dessus.
Les traitements suivants seront plus ou moins rapprochés, suivant l'intensité des chutes de pluie. Il sera toujours nécessaire de faire une nouvelle application toutes les fois qu'on verra apparaître de nouvelles taches, de manière à immobiliser les urédospores qui vont s'y produire en empêchant leur germination.
Les conditions qui règlent l'application des traitements varient d'ailleurs d'une région à une autre. Elles sont, en somme, sous la dépendance étroite de l'intensité de végétation du parasite, liée elle-même à toutes les influences climatériques locales. En tous cas, la protection ne sera réellement effective que si le traitement est généralisé, de telle manière que, pour un rayon assez étendu, aucun foyer d'infection ne puisse persister.
Actuellement, parmi les composés cupriques, c'est encore la bouillie bordelaise qu'on utilise le plus fréquemment; aussi en ai-je décrit minutieusement la préparation et l'usage. D'ailleurs, ce que j'ai dit au sujet des indications et de l'opportunité des traitements s'applique aussi bien aux autres bouillies, et je m'abstiendrai d'y revenir.
La bouillie bordelaise présente quelques inconvénients qui ne sont pas sans importance.
Elle a été reconnue plus adhérente à Tétat neutre; mais il faut avouer — et ce n'est pas la première fois que ce fait est mis en lumière — que, si la bouillie peut être confectionnée neutre, elle redevient rapidement alcaline. En effet, la chaux est peu soluble dans l'eau, et, lorsque la totalité du sulfate de cuivre a été décomposée, les parcelles de chaux en excès, malgré la gangue de sulfate de chaux et d'hvdrate d'oxyde de cuivre qui les environne, ne tardent pas à se dissoudre en certaine quantité dans la liqueur. Si Ton diminue la quantité de chaux, de façon à se rapprocher aussi près que possible du quantum nécessaire à la décomposition du sulfate de cuivre, on risque fort d'allonger notablement la durée de préparation de la bouillie, et même, si la chaux s'était un peu carbonatée, de n'en apporter qu'une quantité insuffisante.
Par le volume considérable du dépôt insoluble qu'elle donne, la bouillie bordelaise encrasse souvent les pulvérisateurs. De plus, la lenteur de la solubilisation de l'hydrate d'oxyde de cuivre par les eaux météoriques rend cette même bouillie moins rapidement active que plusieurs autres, la bouillie bourguignonne, par exemple, qui est à base de carbonate de soude. Dans cette dernière, l'action du carbonate de soude sur le sulfate de cuivre donne un produit soluble, le sulfate de soude, et un dépôt formé du mélange d'hydrate d'oxyde de cuivre et de carbonate de cuivre, plus facilement transformable en bicarbonate de cuivre soluble que l'hydrate d'oxyde de cuivre seul. L'encrassement du pulvérisateur est sans importance ; malheureusement, la bouillie bourguignonne est assez rapidement entraînée et résiste mal à des averses fortes et continues.
Dans le môme ordre d'idées, une bouillie à base de carbonate de potasse présenterait le grand avantage d'apporter au sol de la plantation un élément utile aux Caféiers, la potasse, alors qu'au contraire la soude, répandue en quantité même assez faible, est défavorable à la végétation. Mais le carbonate de potasse coûte au moins trois fois plus cher
que le carbonate de soude, et la bouillie potassique a été reconnue moins adhérente encore que la bouillie sodique.
Il serait facile d'ailleurs, en modifiant un peu la formule de la bouillie bordelaise, de solubiliser une petite quantité de l'hydrate d'oxyde de cuivre qui y est contenu. 11 suffit d'ajouter à la bouillie terminée un peu d'ammoniaque. Le liquide surnageant prend une teinte bleue, tout en restant transparent, et suivant la quantité d'ammoniaque employée, il y existe une quantité plus ou moins grande de ce produit complexe qu'on a appelé ammoniure de cuivre, et qui, sous le nom de réactif de Schweizer, est utilisé comme dissolvant de la cellulose. Une quantité d'ammoniaque de a pour looo de bouillie me sendde suHisante. On pourrait aussi mettre dans la l)ouillie un léger excès de sulfate de cuivre, mais nous savons cpic co serait diminuer son adhérence.
En somme, si l'adhérence esl la coutlition indis|)ensable de l'activité d'une bouillie, encore l'aut-il que le ])roduit déposé sur les feuilles puisse ch)nu(M", sous l'aclio;! ties eaux météoriques, un produit cupri(|ue soluble om])ècliant toute germination de spores.
Voyons maintenant commentées coiulitions sont réalisées dans les autres bouillies que j'ai citées.
La bouillie sucrée, à base de mélasse, peut être confectionnée soit par le procédé de Michel Perret, soit en additionnant simplement la bouillie bordelaise de la quantité suffisante de mélasse, i % seulement d'après MM. Guillon et Gouirand. Néanmoins, la composition chimique de la bouillie obtenue peut varier sensiblement, suivant son mode de préparation, la quantité et la nature de la mélasse employée. Pour confectionner la bouillie sucrée de Michel Perret, on prend en général deux parties de chaux et deux parties de mélasse que l'on mêle en remuant dans quantité suffisante d'eau. Il se forme alors des combinaisons de chaux avec les sucres de la mélasse, saccharose, glucose, lévulose.
Dans deux parties de sulfate de cMiivre dissous à part, on verse la mixture de mélasse et chaux, on agite vivement, on parfait avec de l'eau la quotité de cent parties et la bouillie est faite.
Par ce procédé, la décomposition du sulfate de cuivre par la chaux et les sucres de la mélasse ou leurs combinaisons amène, comme dans la bouillie bordelaise, la formation d'hydrate d'oxyde de cuivre et de sulfate de chaux, dont une faible partie entre en dissolution; mais, de plus, l'oxyde de cuivre entre en combinaison avec les sucres de la mélasse, formant des sels, peu stables d'ailleurs, qui sont solubles et colorent en bleu le liquide qui surnage quand on laisse reposer la bouillie. De même, le dépôt renferme des sucrâtes de chaux, composés insolubles des sucres de la mélasse avec la chaux. Comme il y a, en général, excès de chaux dans cette bouillie, la réaction en est le plus souvent alcaline.
On obtient un résultat analogue en remplaçant la mélasse par une plus faible quantité de sucre ordinaire (saccharose) pur. Le sel dissous est alors un saccharate pur de cuivre. Il en est de môme avec les glucoses, mais la quantité de sel de cuivre (glucosate) soluble est très faible et le liquide est à peine coloré. Les sucrâtes de cuivre dissous dans cette bouillie à la mélasse se décomposent assez vite; c'est là sans doute l'origine du dépôt noir brun d'oxyde de cuivre qui s'observe dans la bouillie au bout de peu de temps.
La bouillie sucrée obtenue par l'adjonction de mélasse à une bouillie bordelaise neutre ne renferme pas nécessairement un sel de cuivre en dissolution. On s'en rend compte en remplaçant la mélasse par une certaine quantité, environ la moitié par exemple, d'un des sucres qu'elle peut renfermer, saccharose, glucose, etc. Dans de telles conditions, si on filtre la bouillie, le liquide qui passe est parfaitement hyalin et ne renferme pas de sel de cuivre. Mais si l'on remplace les sucres purs par une quantité de un pour cent de mélasse un peu acide, le liquide fdtrant est coloré en
bleu par un sol de enivre dissous et sa rëaelion est alcaline. La formation de ee sel de cuivre tient sans doute à la pro>senee d'un acide organique coinj)lexe dans la mélasse; en effet, comme on vient de le voir, l'apparition d'un sucrate de cuivre semble exiger la formation préalable du sucrate de chaux correspondant. Et ce dei'iiiei' corps ne prend naissance que si on emploie le procédé de Michel Perret.
Quelle que soit d'ailleurs leur composition, les bouillies sucrées sont plus adhérentes que les bouillies bordelaises, et on devra préférer les formules qui donnent nai: un produit (Uiprique soluble.
issance a
La première formule de bouillie an savon, (pii a été donnée |)ar ^L G. Lavergne en 1897, est la suivante :
SavDii noir i .000 urammcs.
Siiltalc (If cuivre )oo grammes.
I'"au 100 litres.
On dissoul,;» part, le sa^on,en le malaxanl dans l'eau avec une spatule ou un instrument analogue (jnelconque ; puis, après dissolution complète, on verse peu à peu l'eau savonneuse dans la solution de sulfate de cui\ re, en agitant fortement. Puis, on ajoute la (piantité d'eau ni'ccssaire pour faire loo lilrt^s. La bouillie est d'un l)cau verl. Comme elle renferme souvent des grumeaux, elle (h^nande plus que toute autre bouillie cuprique à èti'e lamis(''e avant l'emploi. Elle a l'avantage d'adhérer fortement aux feuilles; mais bien des expérinuMitateurs ont obtenu des jnixtures presqiu? inutilisables, à dé|)ol très granulé, iournissant, à leur surface, une mousse épaisse, consistante. Aussi, les pulvérisateurs s'encrassent-ils très rapidement et leur nettoyage est assez laborieux.
Depuis les ])remiers essais de M. Lavergne, on a augmenté la quotité j)our cent de sulfate de cuivre et on l'a amenée juscpi'à '>. % de sulfate de cui\ r(^ contre 3 % de savon.
- Gl — Les insuccès (|iii st^ produisent clans la labiicalion des ])()iiillies au savon, insuccès cjuil n'est pas toujours possible d'éviter, tiennent à des causes multiples, mais surtout à la nature très varial)le des savons et à la composition des eaux employées.
Les sa^olls pau\ res en alcalis, ou du nu>ins eji carbo^ liâtes alcalins, Iburnissent particulièrenuMit des préci[)ités compacts. L'eau très calcaire donne aussi naissance à des savons de chaux cpii agissent dans le même sens. On a mis en vente, il est \ rai, des savons spéciaux, en poudre, dont la composition exacte n'est d'ailleurs [)as bien connue; mais on riscpierait Tort de n'en pas rencontrer partout.
Dans les bcniillics au savon, suivant les |)roporlious relatives de suUale de cuivre et de savon, le c-uivre est précipité en cjuantité variable sous l'orme de sel insoluble.
Avec les proportiojis de i % de sulfate de cuivre et 3 % de savon noir, une certaine partie du sulfate de cuivre reste en dissolution; mais elle est accompagnée d'un autre sel cupricpu' soiuble, dû à la présence d'acides organicpies complexes, diOérenls de ceux dont j'ai parlé pour la mélasse, (pioicpie se conipoilant de même au point de vue cbijuicpie. l'ne analyse de celle bouillie, que mon ami "SI. \. \'ivier, directeur de la station agronomicpu' de Melun, a bien voulu i'aire sur ma demande, lui a en effet prouvé : i° c[ue la partie licpude de la J)ouillie contient très approximativement les deux tiers du cuivre total; v"cjuela cjuantité d'acide suli'uricpie cjui se lrou\e dans le licjuide filtré est insuffisante pour saturer tout l'oxyde de cuivre, d'aulajil cpi'il v existe en même temps du sulfate de potasse. Double raison pour c|ue le cuivre en dissolution soit en grande partie à l'état de sel organicjue.
Le reste du cuivi-e est précipité en un dé|)ôt vert, formé d'oléate, de margarate, de stéarate, etc., de cuivre, dépôt insoluble dans une eau tenant en dissolution de l'acide carbonicpie, soluJde seulement dans l'eau chargée d'ammoniacjue. L'eau |)hniale ne j-eniplil cette dernière condition
que très irrégulièrement; aussi, lorsque le (?uivre soluble a disparu, entraîné rapidement par les pluies violentes, le dépôt restant sur la feuille ne diffère guère d'un vernis et il peut être insuffisant. D'un autre coté, sur des organes jeunes, la quantité notable de sel de cuivre soluble contenu dans la bouillie peut être corrosive. En somme, malgré leur adhérence considérable, les bouillies au savon ne sauraient, à mon avis, être préférées aux bouillies sucrées.
La bouillie à la colophane de M. Perraud est, d'après son auteur, bien plus adhérente que la bouillie bordelaise, et le cuivre qui persiste sur les feuilles est solubilisable assez facilement. Les réactions chimiques qui se produisent sont identiques à celles de la bouillie bourguignonne et le liquide qui surnage reste incolore.
La colophane ne se mélangeant pas à l'eau, M. Perraud la solubilise en la transformant en une espèce de savon résineux. A cet effet, dans une solution bouillante de carbonate de soude à aS %, il projette de la colophane pulvérisée à la dose de 25 %, en agitant fortement.
Le produit refroidi se conserve pendant quelque temps; par suite, il n'est pas besoin de dissoudre à nouveau de la colophane chaque fois qu'on doit faire de la bouillie.
La formule ])réconisée est la suivante :
Eau loo litres .
Sulfate de cuivre -i kilogr.
Colophaue solubilisée o,5oo gr.
Carbonate de soude Quantité suffisante pour
alcaliniser légèrement.
La colophane préparée est versée dans une certaine quantité d'eau tenant en dissolution le sulfate de cuivre. Au mélange bien brassé on ajoute une solution de carbonate de soude suffisante pour alcaliniser légèrement, c'est-à-dire jusqu'à ce que le papier de tournesol rouge commence à bleuir-, enfin on termine en introduisant la quantité d'eau suffisante pour faire cent parties.
Cette bouillie donnerait, d'après M. Perraud, d'excellents résultats. Pour le cas de riiéniiléia, il sera bon de Texpérimenter comparativement aux autres.
En employant pour dissoudre la colophane la potasse caustique sous ("orme de potasse d'Amérique, il en faut une quantité sensiblement plus faible que de carbonate de soude; on pourrait, après avoir achevé la décomposition du sulfate de cuivre, produire une alcalinité légère à l'aide du carbonate de potasse. Si, comme il est probable, l'adhérence se maintenait suffisante, la présence de cette quantité de potasse, très faible cependant, sera une condition avantageuse pour le Caféier, comme dans le cas que j'ai cité plus haut.
On a préconisé rt'cemment les sels de mercure pour remplacer les sels de cuivre dans le traitement des maladies cryptogamiques des végétaux, et on les a employés à des doses beaucouj) j)lus l'aibles. L'action de ces substances ne s'est pas en général montrée supérieure à celle des composés cupriques; et, comme les sels de mercure amènent une dépression sensible de la végétation chez les plantes, comme leur emploi n'est pas sans présenter quelques dangers pour les ignorants ou les imprudents, je ne veux pas m'y arrêter plus longtemps et je me dispenserai de les conseiller.
Le traitement pratiqué contre l'hémiléia à l'aide des composés cupriques serait bien des fois insuffisant si l'on prenait soin d'observer quelques précautions accessoires. Leur but est la destruction des feuilles malades qui entraîne la disparition des spores virulentes ([u'elles peuvent renfermer.
Divers procédés ont été mis en usage. Le traitement au soufre ou à la chaux pour les feuilles tombées, recommandé par divers auteurs, est coûteux et insuffisant. De même, le procédé de stérilisation proposé par M. Sadebeck (41) et qui
— G4 — consiste à arroser les débris à la bouillie bordelaise n'est guère plus pratique. Je pense, au contraire, que l'idée émise par Abbay (16) d'accumuler les feuilles tombées et de les bri'der est infiniment plus rationnelle. On ferait de petits tas de })lace en })lace de ces feuilles tombées et de tous autres débris jonchant le sol, et pour en favoriser l'incinération, on pouri'ait au besoin les arroser de pétrob^ ou de quelque autre matière inflammable.
A Java (45), on a obtenu de bons résultats d'un labour assez profond qui enfouit les feuilles et les reiul en même temps inoffensives.
Pour diminuer l'intensité de l'infection, on n'oubliera ])as, surtout quand il sera fait de nouvelles plantations, que les grandes étendues d'un seul tenant sont bien ])lus exposées à une dangereuse extension du mal, et que, dans ce cas, les haies d'arbres élevés arrêtent au passage une grande quantité des germes entraînés par le vent, sans dommage aucun pour les plantes ligneuses autres que les Caféiers. L'expérience des j)lantes de Java est, sur ce point, concluante. Mais, comme l'a fait ol)server M. Semler ^33), le procédé n'est guère applicable eu pays de montagne et il est bien peu efficace; de plus, il obligt^ à sacrifier des surfaces considérables d'un sol qui peut avoir une grande valeur. Le même auteur objecte encore qu'à rom])i-e des grands arbres le Caféier ne saurait pousser convejiablcment partout et enfin que le morcellemeni ri'nd rexploitation plus difficile.
M. Semler croit également que, pour diminuer l'intensité de la maladie, il serait nécessaire de limiter autant qu(^ possible la production du feuillage au moment où YJfci/n'/cia vastatrix se développe le })lus aciivement, c'est-à-dire en général pendant la deuxième moitié de la saison pluvieuse. L'abondance de feuillage, en effet, en même temps qu'elle diminue l'aération défavorable au champignon, ofl're à ce dernier un support plus étendu. M. Semler conseille, ])ar suite, de ne pratiquer les façons culturales et l'apport
- Go — d'engrais, qui influencent la poussée des feuilles, qu'à un certain moment dont l'époque doit être déterminée d'une façon précise, et de telle manière qu'au moment de la période dangereuse le Caféier ne possède que le minimum de feuillage. J'ignore si cette méthode a donné quelque résultat au point de vue pratique. Elle me semble inutile et d'ailleurs elle n'est guère réalisable, puisque la végétation du Caféier et celle de son parasite sont intimement liées l'une à l'autre et régies par les mêmes influences détei minantes.
A maintes reprises, pour faire disparaître une maladie de plante se montrant pour la première fois dans une région, on a essayé les « traitements d'extinction ». On les réalise en détruisant par le feu toutes les plantes atteintes, ainsi que les pieds sains qui les environnent; parfois même on a écobué le sol. Ces traitements n'ont que bien rarement réussi jusqu'ici et l'iiémiléia n'a pas fait exception à la règle. L'expérience faite par le gouvernement anglais aux îles Fidji en 1879 est, à ce sujet, bien probante (22). Sur la proposition de son envoyé, le D"" W. Mac-Gregor, il acheta toutes les plantations malades et les fit détruire i)ar le feù; mais la maladie n'en persista pas moins.
Mesures préventives. — Voyons maintenant quelles mesures on doit édicter pour empêcher l'introduction de l'hémiléia dans des contrées encore indemnes.
En premier lieu, de l'opinion de toutes les personnes qui se sont occupées de ce côté de la question, il est une mesure ({ui s'impose : la prohibition absolue de l'importation de Caféiers de toutes espèces et variétés, quel que soit leur âge, et quand bien même ils ne présenteraient extérieurement aucune trace de la maladie. Pour plusieurs régions jusqu'alors indemnes, régions séparées du foyer primitif par de vastes étendues marines ou de très grands espaces dépourvus de Caféiers, il a été reconnu que l'infection ne connaissait d'autre origine que l'introduction de plants
paraissant sains, jeunes la plupart du temps. M. Cornu (46) pense qu'on devrait surtout interdire d'une f'aeon formelle aux jardins coloniaux l'expédition de Caféiers vivants.
Aussi bien que celle des plants, Timportation des fruits frais est à proscrire ; car les spores tombées à la surface du péricarpe peuvent y persister assez longtemps à l'état vivant pour amener une infection dès leur arrivée à destination.
Quant aux fruits desséchés, comme l'ancienneté de leur dessiccation ne pourrait être appréciée par les agents de l'administration et que, s'ils sont assez récents, ils peuvent encore receler des spores virulentes, il semble plus simple de les interdire également.
On sait que quelques Rubiacées sont attaquées par des Hemileia^ que ces Hemileia sont assez voisins pour qu'on ait pu supposer qu'ils ne constituent qu'une seule espèce, que, de plus, ï Hemileia vastatri.r a été trouvé sur des Gardénia. Cette considération doit décider les gouvernements intéressés à imiter la Hollande qui a interdit à Java l'importation de plantes fraîches et aussi bien de graines de toutes les Rubiacées. Il y aurait peut-être quelques restrictions à apporter à une mesure aussi sévère. Exceptionnellement, l'importation des quinquinas ou des ipécacuanhas, par exemple, pourrait être tolérée, car on n'y a jamais constaté à' Hemileia, ni aucune autre Urédinée.
Au sujet des graines, qu'elles soient ou non numies de leur parche, les avis sont partagés, pour ce qui est de leur introduction directe sans aucune précaution préalable, M. Cornu (46) les considère comme inoffensives. Je crois prudent, néanmoins, de faire subir à ces graines un traitement destiné aies désinfecter, de manière à détruire toute possibilité de développement ultérieur des spores à' Hemileia que le hasard aurait pu y apporter dans le pays où s'est pratiqué le dépulpage. La seule condition à exiger du traitement est qu'il n'altère pas sensiblement la faculté germinative des graines auxquelles on l'applique.
Dans ce but et sur ma demande, M. Dybowski a bien voulu
— 67 ~ faire exécuter quelques essais au Jardin Colonial de Nogentsur-Marne qu'il dirige. Pour la désinfection des graines de café, j'avais conseillé l'emploi comparatif de l'acide sulfureux en vapeurs et, d'autre part, de solutions de sulfate de cuivre et de sublimé corrosif (bichlorure de mercure) à différents titres.
Les graines déjà en état de germination ont eu beaucoup à souffrir du traitement, comme c'était d'ailleurs à prévoir.
Les va})eurs d'acide sulfureux en vase clos ont retardé la germination vis-à-vis des témoins et, au bout de cinq semaines, les o.j'ô des graines n'avaient pas germé. Avec une solution de sublimé corrosif à i °/„„ ])endant une, deux ou trois heures, les résultais, sensiljlement les mêmes, n'ont guère différé du précédent.
Seules, les solutions de sulfate de cuivre, tout en retardant un peu la germination, sont susceptibles d'être utilisées. La solution à 2 % n'a détruit le pouvoir germinatif des graines que dans i/o des cas, après des immersions de une, deux et trois heures. La proportion des graines germées restait la même avec ces durées différentes du trempage.
L'emploi d'une solution plus faible, 5 grammes de sulfate de cuivre pour un litre d'eau, par exemple, sera suffisant pour tuer les spores à' Hcmilcia vastatri.t\, puisque celles-ci perdent toute faculté de développement après un contact de quelques minutes avec la bouillie bordelaise, dans laquelle les composés solubles de cuivre sont pour ainsi dire absents.
La durée d'immersion sera au plus d'une demi-heure. Les graines seront brassées convenablement dans la solution, de manière à expulser les bulles d'air qui, persistant dans le sillon, pourraient empêcher l'action du sel de cuivre sur quelque spore. Puis, ces graines, ayant été enlevées et rincées aussitôt après à grande eau, on les fera sécher à l'ombre le plus rapidement possible.
KOLEROGA
On désigne au Maïssour (Mysore), dans THindoustan, sous le nom de koleroga ^terme emprunté à la langue canara, une maladie du Caféier que les planteurs anglais ont appelée aussi black-rot (pourriture noire), ou encore leaf-rot (pourriture de la feuille), et qui, au Venezuela, porte communément le nom de candeUllo.
D'après le D"" Ernst (i), elle a été signalée au Venezuela, dès 1868, par Miguel Errera et reconnue aussitôt d'origine cryptogamique. Le D'' Ernst ainsi que Cooke (2) la différencient nettement de la « rouille » (« mancha de hierro » en espagnol, « iron stain » en anglais), produite par un insecte lépidoptère, le Cemiostoma coffeella, et aussi de différentes maladies des feuilles dues à des champignons y produisant des macules; car, primitivement, le koleroga avait été généralement confondu avec toutes ces affections.
D'après Cooke (3), c'est surtout dans la région du Malnad, au Maïssour, que le koleroga est particulièrement répandu, en dehors du Venezuela. Le D' J.-D.-A. Cockerell (4) Ta également vu à la Jamaïque, où il semble avoir été observé dès 1864, sans qu'on l'ait néanmoins étudié (5). Enfin, à Java aussi, le Caféier est atteint, et le mal serait bien plus fréquent que ne le croient beaucoup de planteurs (6). La maladie peut atteindre d'autres plantes; au Maïssour, Cooke cite un
(i) D' Ernst, op. cit., p. 14, et Botanische Notizen an Caracas, in « Botanisches Centralblatt », i88o, 2, p. 1 178-1179.
(2) Cooke, The Coffee diseases in South-America, in « Linnean Society's Journal, Botany », vol. XVIII, pi. XVIII (Séance du 3 février 1881).
(3) Cooke, Tvi>o Coffee diseases, in « Popular Science Review », n" LIX.
(4) Gardners Chronicle, XIII, 1893, p. 3o3.
(5) Id., VIII, 1877.
(6) Rallier, E. Die Krankheiten des Kaffeebaumes, in « Wiener illustrirte Zeitung », 1880, p. 458. — Raedt van Oldenbarnevelt, De Kofjiecultuur op Java. S' Gravenhage (La Haye), 1898.
palmier, l'Aréquier {Areca Catechu); à Java, d'après M. Raedt van Oldenbarnevelt, un arbre à ombrage pour le Caféier, le dadap (légumineuse du genre Albizzia), en souffre aussi parfois.
Dans rinde, la maladie apparaît au mois de juillet, et, d'après le rapport des indigènes, il ne se passe pas d'année humide, sans qu'elle se montre et sévisse plus ou moins fortement.
L'arbre attaqué se reconnaît de loin aux nombreuses feuilles desséchées qui pendent entre les rameaux, souvent détachées, mais semblant retenues comme par des toiles d'araignée. Ces feuilles atteintes présentent, sur une étendue variable de leur face inférieure, parfois sur presque toute la surface, une très fine membrane, d'un blanc grisâtre, ayant assez l'apparence et la consistance de la baudruche, lisse et adhérente à l'état sec, et qui se rétrécit en s'épaississant quand elle atteint le court pétiole qu'elle couvre. Quand le temps est très humide, ce revêtement devient visqueux, et on le détache sans difficulté par fragments, avec la pointe d'une aiguille ou d'un canif. La feuille, dès lors, souvent tuée dès le début, se décompose; la pellicule visqueuse brunit de plus en plus, et, sous l'influence d'une humidité persistante, il en découle goutte à goutte un liquide foncé.
Le D' Ernst assure que cette mince membrane gagne le pétiole et la feuille opposés, puis^ se répandant sur l'entrenœud, passe au nœud suivant sur les deux feuilles qui s'y insèrent. Il ajoute que, sans pouvoir dire exactement où commence l'attaque, il s'est bien rendu compte que le mal procède toujours, en suivant une marche ascensionnelle, montant du tronc vers les branches et non pas en sens contraire . A
La gravité, et même l'apparence de la maladie, diffèrent dans l'Inde et au Venezuela. Au Ma'issour, d'après Cooke, les fruits sont souvent attaqués et tombent en masse ; il a estimé, d'après les renseignements recueillis, que la perte
annuelle n'était pas loin d'atteindre le quart de la récolte, Au Venezuela, le D"" Ernst n'a pas noté cet envahissement des fruits et, de la lecture de son mémoire, il semble résulter que la maladie ne produit que peu de dégcàts. De plus, le même auteur ne fait aucune allusion à la viscosité possible de Tenduit qui couvre les parties malades. Or, Texamen d'échantillons envoyés à Cooke par le D' Ernst lui-même a permis au mycologue anglais d'aflirmer l'identité des deux parasites dans le candelillo et le koleroga. C'est donc à une cause extérieure, peut-être une sécheresse plus grande de Tatmosphère au Venezuela, ([u'on doit attribuer ces variations.
A Java aussi, le koleroga cause moins de dommages que dans l'Inde, d'après M. Raedt van Oldenbarnevelt.
L'examen, à une forte loupe, des portions malades permet déjà de résoudre la fine pellicule en une quantité considérable de filaments très ténus, intriqués les uns dans les
Fig. 12. — PeUicitlaria Koleroga. — A droite, mycélium, /ï, ot sporos (conidios), Co. — "A gauche, un filament fertile, Fi, avec une conidie mûre, Co, et une autre jeune, pédicellée, Co.j. (D'après Cooke.).
autres. L'étude au microscope d'une portion de cette membrane ramollie par une immersion suffisante dans l'eau montre que ces filaments, disposés en un réseau serré, constituent le mycélium d'un champignon; ils sont hyalins, cloisonnés, copieusement ramifiés, croisés dans toutes les directions, d'un diamètre variant de 5 à 7 [;. 1/3. Vers le sommet de ces filaments, il s'y produit de petits corps glo-
bilieux, faiblement hérissés, courtement pédicellés à l'état jeune, entièrement sessiles lorsqu'ils sont adultes. Ces corps globuleux ont tous les caractères de spores, mais on ne les a jamais vus germer (fig. i-^.).
Le tout, fdaments et corps globuleux, est agglutiné par la matière visqueuse, qui sans doute provient de la gélification de la partie externe de la membrane des fdaments. Une immersion de douze heures dans Feau n'a pas permis à Cooke de dissoudre cette membrane et d'obtenir la mise en liberté des spores.
L'acide nitrique rend bien les fdaments et les spores plus nets, mais ils ne tardent pas à se dissoudre et à disparaître dans la masse.
La place de ce champignon dans la classification n'est pas sûrement établie. Le D'" Ernst avait cru y voir une forme Oïdium, qu'il avait rattachée à une espèce de Périsporiacées non décrite, Erysiphe scandens ; il en a donné une figure dans la planche qui accompagne son mémoire. M. Hallier croit également qu'il appartient à ce groupe (i). Cooke n'a pas admis cette détermination. L'examen du champignon de Venezuela lui a montré, je l'ai dit plus haut, qu'il s'agissait du même parasite qu'au Maïssour. Conformément à son opinion qui a prévalu, on nomme cette espèce Pellicularia Koleroga Cooke, genre et espèce tous deux nouveaux fa). Il est considéré comme une Mucédinée, et ce n'est sans doute (priin état incomplet d'une forme à asques inconnue.
Quoi qu'il en soit, le mycélium ne semble pas pénétrer les tissus de la feuille, et Cooke, tout en s'étonnant qu'un champignon épiphyte, c'est-à-dire entièrement superficiel, puisse nuire aussi gravement à la plante, déclare cependant que cette déchéance du Caféier ne peut reconnaître d'autre
(i) Hallier, E., loc. cit.
(2) Cooke, in « Grevillea », IV, 1875, p. 116. — Id.. p. i34 [Affinities of Pellicularia). — Id., IX, 1880, p. 10.
raison que rol)striirtion des stomates de la face inférieure de la feuille.
L'emploi de la fleur de soufre en insufflations, conseillé par le D"" Ernst et aussi par Gooke, a donné au Venezuela quelques bons résultats. De même, lorsque l'existence de la maladie était reconnue dès son apparition, l'enlèvement rapide et l'incinération des parties atteintes a permis de restreindre notablement l'extension du mal au Venezuela et dans l'Inde.
CHAMPIGNONS MAGULICOLES
Je désigne sous ce titre i ii certain jiombre d'espèces, dont le mycélium, attaquante tuant les cellules du parenchyme de la feuille, produit sur celle-ci des taches de couleur variée; sur ces taches ou macules apparaissent les fructifications qui se montrent sur l'une ou l'autre des faces, ou sur les deux pour certaines espèces. Ces fructifications se présentent en général comme de petits points noirs, plus ou moins nettement visibles à l'œil nu.
Ces divers champignons maculicoles ne peuvent en général être différenciés que par un examen attentif au microscope, et à la condition expresse que leurs organes de fructification soient parvenus à l'état de maturité. C'est pourquoi ils ont été souvent confondus les uns avec les autres, et aussi parfois avec les dégâts de la rouille sur la feuille, dont la cause est un insecte lépidoptère du genre Ceiniostoma.
Les maladies produites sur les feuilles par ces parasites n'ont pas, en général, reçu de nom particulier. Le D'' Spegazzini(i) leur applique le nom viruela (variole), et M. Adolfo Tonduz, celui de maya^ sous lequel on désigne ces lésions à Costa-Rica.
Les champignons qui les produisent ne sont pas tous également répandus ni également nuisibles, et leur étude complète nécessite encore des recherches. Comme les champignons en général, on les trouvera toujours plus répandus dans les parties abritées, basses et moins sèches; leur période de développement coïncide avec la saison des pluies et subit un temps d'arrêt pendant la période chaude et sèche.
(i) D"" Carlos »Spegazzini. Las enfermedades del Cafeto en Costa-Rica ((' Revista de la Facultad de Agronomia y veterinaria », n" 122, octobre 1896, la Plata).
La lésion produite, sur la feuille du moins, se localise à la macule, qu'on voit souvent isolée du tissu voisin par une formation circulaire de liège plus ou moins colorée et proéminente ; ce liège est ici peu abondant, en général. Aussi, voit-on les macules persister sur la feuille sans se détacher du tissu vert qui les entoure. Le dommage est insignifiant quand les taches sont peu nombreuses; mais, si les feuilles sont couvertes de macules, la fonction chlorophyllienne surtout, et, par suite, la nutrition générale se trouvent ralenties dans la plante. Parfois même, les feuilles couvertes de taches peuvent tomber après avoir progressivement jauni et dépéri, et, la cause d'infection })ersistant, si les conditions extérieures, l'humidité en particulier, sont avantageuses, les nouvelles feuilles qui apparaissent sont envahies à leur tour.
Dans la tache, on peut voir, à l'aide du microscope, que le mycélium du champignon non seulement entoure les cellules, mais pénètre même leur cavité. Le résultat immédiat de ce phénomène est la mort de la cellule. Le protoj)lasma et les contenus cellulaires tués et coagulés se réunissent en une ou plusieurs masses dans l'intérieur de la cellule ; elles ne tardent pas, par un processus chimique encore mal élucidé, à brunir et donnent à la macule une teinte brunâtre plus ou moins imiforme.
Dans plusieurs espèces, les macules se décolorent en vieillissant à partir de leur centre. Au microscope, on trouve les cellules centrales à peu près dépourvues de leur contenu brun; il est remplacé par de l'air, qui dontie la couleur blanche à la macule. Le mycélium du champignon a utilisé le contenu pour son développement; et, dès lors, obéissant à une loi biologique pour ainsi dire générale et dont les effets sont particulièrementvisibles chez les êtres inférieurs, ildonne naissance àdes organesde reproduction. La réserve de matière nutritive nécessaire au foisonnement du mycélium étant épuisée, ce mycélium ne pouvant progresser plus loin, à cause de l'obstacle oj)posé par le liège protec-
teiir, la fnictifîcation devient nécessaire pour assurer la conservation de Tespèce.
Pour ce qui est du traitement, il ne saurait être que préservatif, puisque dans les portions correspondant aux macules le tissu est tué. On devra s'appliquer à empêcher la germination des spores et par suite la réinl'ection sui' les surfaces encore saines; à cet effet, on utilisera les propriétés anticrvptogami({ues des sels de cuivre dans les mêmes contlilions que pour le traitement de l'hémiléia. Comme toujours, Jes soins culluraux, le drainage du sol, s'il y a lieu, remj)loi raisonné des engrais et surtout des engrais azotés, destinés à aider la régénération du système foliaire, aideront puissamment au succès d'un traitement préventif convenablement oj)éré.
Sphœrella coffeicola (]()<d<o et Stilbum flavidum (^ooke. — C'est à dessein que je réunis sous le même titre ces deux espèces, car il n'est pas rare de les rencontrer ensemble et cote à côte sur la même macule, bien que, plus souvent, elles se montrent isolées. Elles semblent plus fréquentes sur les feuilles de Caféier que tous les autres champignons maculicoles.
La maladie que produisent les deux champignons que je viens de nommer fut observée la première fois en Colombie, vers 1876, par M. Saenz, professeur àl'Université de Bogota. A cette époque, elle fut confondue avec le koleroga et la rouille; un envoi de feuilles malades fait à Cooke permit à cet éminent mycologue d'élucider la cause véritable de la nouvelle maladie et de différencier celle-ci des deux autres (i).
Le même auteur la siijnale éaralement en Nouvelle-Grenade, au Venezuela, à Costa-Rica, où elle a commis des dégâts importants, étudiés par M. Adolfo Tonduz \:>.\\ on l'a
(i) M. C.CooKi:, The Cuffee diseuse in South-Ainerica. (2) The tropical Agriculturist, 1893-1894, p. 807, et 1894-1893, p. 12. (Traduction anglaise de M. Ferguson.)
reconnue aussi au San-Salvador, d'après M. Saenz(i), ainsi que dans la province de Chiapas, au Mexique (a), et au Guatemala (3).
C'est dans ces divers travaux que j'ai puisé mes documents pour la description qui suit.
La maladie exige pour son développement une saison pluvieuse prolongée, accompagnée d'une température plutôt un peu basse. Elle débute en général par les parties hautes ou froides des plantations et elle s'étend rapidement quand les conditions météorologiques lui sont favorables. Les arbres chétifs ou ceux qui végètent dans un sol qui leur convient mal sont toujours plus gravement atteints. A l'approche de la saison sèche, les phénomènes morbides s'atténuent, mais ils réapparaissent souvent avec une égale intensité dès les premières pluies.
Il est encore des conditions secondaires pour le développement et l'extension rapides de la maladie, qui, ici, comme dans les maladies cryptogamiques du Caféier en général, ne manquent pas d'importance. Je veux parler de la trop grande densité de la plantation et aussi d'un ombrage excessif. Il faut s'en méfier et, à l'occasion, savoir y remédier.
Lorsque les taches apparaissent en nombre sur les feuilles, celles-ci deviennent rapidement ternes, puis pâlissent; elles ne tardent pas à tomber et l'arbre paraît tout pelé. De même, les fruits peuvent être envahis : on voit alors le péricarpe se mortifier par places ou même entièrement, et, au moindre vent, les baies très jeunes se détachent. Tout au moins, de ce fait déjà, se produit une perte sensible de récolte. Si, d'un autre côté, les Caféiers ont eu à supporter plusieurs fois de suite une atteinte grave, ils s'affaiblissent notablement; et, bien qu'en général ils puissent résister, de cette
(i) The tropical Agriculturist, 1894-1895, p. i3.
(2) Id., 1897, P- 63o.
(3) Id., !*■■ mars 1897, p. 63i. — George Massée, A text-book of plantdiseases, p. 446.
déchéance momentanée de la nutrition générale, il résulte nécessairement un temps d'arrêt dans la croissance de la plante et une diminution très appréciable de la production du fruit.
Les taches qui apparaissent sur les feuilles et les fruits immatures sont distinc-
tes les unes des autres, à peu près arrontlies Elles passent
(lîg. i3).
d'abord du ton vert foncé de la feuille à une teinte livide qui se modifie progressivement jusqu'à devenir presque blanche. Sur la feuille, ces macules visibles sur les deux faces sont nettement limitées et bordées d'une marge étroite, légèrement proéminente, de couleur brun un peu rougeâtre. Le diamètre de la tache varie entre un demicentimètre et un centimètre et demi. Parfois la tache possède en dedans de la marge colorée deux ou trois cercles concentriques à peu près de même couleur que la macule. Dans de pareils cas, le microscope démontre qu'il y a eu formation à plusieurs reprises d'un tissu de liège insuffisant pour arrêter le mycélium du champignon et qui a été débordé par lui.
Le Slilbum flavidum Cooke paraît plus fréquent que le second. Pour les taches des fruits en particulier, Cooke déclare n'avoir jamais rencontré que cette forme sur les
Fig. rj. — SphœrcUa coffeicola. — Stilbum fiai'iditm. — En haut, à gauche portion de feuille de Caféier portant 3 macules : l'une, m. s. sans aucune fructification; la seconde, .SY, portant le Stilbum; la troisième, Sp, le Sphierella. — A droite, une fructification isolée de S/ilbiim, grossissement environ 80. — En has : A, asque de SphœrcUa coffeicola; B, une spore isolée. (D'après Cooke.)
jeunes fruits. 11 se [)i-(''seiilc à la loupe coiiiiue une petite tige jaunâtre, très grêle, terminée par une tète arrondie. On en trouve un nombre variable sur les taches, souvent cinq ou six. Au microscope, le pied se montre formé de minces filaments, accolés les uns aux autres et (pii, vus en masse, sont très faiblement jaunâtres. Vers le scjnimet, ces filaments deviennent libi'es; ils se terminent |)ar des spores extrêmement |)etites, à ])eu près hyalines, ayant à peine un [x et demi de diamètre. C'est l'ensemble des filaments libres et des spores ([ui l'orme la tête globuleuse.
Le Sphœrella coffeicola (]ooke est formé de petits points noirs, peu nombreux sur la macule, où on n'en rencontre pas plus de deux ou trois.
Ce champignon est un Pyrénomycète, et les points noirs représentent ses périthèces en partie immergés dans le tissu, munis d'un pore au sommet, s'ouvrant sur la face supérieure de la macule; ces périthèces renferment seulement des asques et sont dépourvus de pai'a|)hyses. Les asques en forme de massue portent huit spores, fusiformes, hyalines, munies d'une cloison transversale médiane, au niveau de laquelle elles sont sensiblement étranglées ; on y voit deux gouttelettes, et la dimension de ces spores est de 25 ]). de long sur 4 i^ et demi de large (fig. i.), A et B).
Le Stilhiini flaviduni a été considéré par Cooke comme une forme inq)arfaite, une Mucédinée (moisissure) à fdaments mycéliens agrégés. Le fait de sa coïncidence assez fré({uente sur une même macule avec le Sp]iœi-eU(( , fait immédiatement venir à l'esprit l'idf'e d'une corrélation entre les deux formes. De plus, la présejice du Stilhuni, qui est la règle sur les macules jeunes des fruits, implique bien (pie ce dernier est fraïudiement j)arasite. On doit encore considérer que les Spltivrelhi sont, pour la nmjeui'e partie, des parasites de feuilles vivantes, (ju'ils sont le plus souvent maculicoles, et (pie l'association d'une forme SpJiivrelld et d'une nuicc'dinée agrégée sur une même macule n'est pas spéciale au Caféier (on la rencontre dans
l'Europe lempërëe pour le Spluerella isdi'iphora des feuilles de Stellaire et aussi pour le Sphœrella Fragariœ du P'raisiei'). On peut, dès lors, considérer comme vraisemblable l'opinion que le Stilbuin ne constitue que la phase primaire de développement, la forme conidienne du Spliierella coffeicoln . Cependant, je dois avouer que ce n'est là qu'une impression, une simple hypothèse qui a besoin d'être établie expérimentalement.
Plus récemment, M. S|)egazzini ii] a repris l'étude de cette maladie sur un envoi que lui fit de Costa-Rica M. Adolfo Tonduz.
Indépendamment du Slilbuni fUividum, qu'il rencontra fréquemment sur les macules et qu'il croit èti'e la cause unique de la maladie, il a vu sur ces mêmes nuicules, accompagnant parfois le Stilbuni, un Pyrénomycète et une forme incomplète, une ])ycni(h^ Cette pycnide ne serait sans doute, d'après M. Spegazzini, (ju'une forme i]n[)arfaite de Pyrénomycète. Ce dernier champignon a été considéré avec doute })ar l'auteur, comme une espèce non décrite, car il n'était pas entièrement développé. Cette espèce nouvelle, Lœstadia coffeicola , n'est j)eut-ètre pas différente du Sphœrella de Cooke encore immature, de l'avis même de M. Spegazzini. Quant à la pycnide, PlujIloslivta i7)coffeicola Speg., d'une détermination également douteuse pour son créateur, c'est avec cette forme sur les macules que la viruela se montrerait la plus grave. Les conceptacles de ce Phijllosticta s'ouvrent sur la face supérieure de la macule, comme les périthèces du Sphœ relia de Cooke et du Lœstadia ; ils renferment de petites spores cylindracées, obtuses aux deux bouts, munies d'une fine gouttelette, hyalines et sans cloison.
Pour ce qui est du Stilbuin flaviduiii, M. Spegazzini ne le considère pas comme une forme imparfaite du groupe des Mucédinées; il en fait un champignon autonome, un
(il !)'■ CaKI.OS Sl'IiGAZZIM, iip. cil.
Basidiomycète et le nomme Pistillaria flavida Speg. Je n'accepte pas volontiers cette interprétation, traiilant que M. Speggazini avoue n'avoir jamais pu rencontrer les spores dans aucun des nombreux échantillons qu'il a eus entre les mains. Je n'ai pas été plus heureux moi-même dans l'examen d'un échantillon que m'avait transmis M. Patouillard. M. Massée (i), qui n'a également pas réussi à trouver les spores, conserve aussi cette espèce comme un Stilbum.
Cette question, comme je l'ai déjà dit plus haut, exige donc encore de nouvelles observations.
Je n'ai pas à insister sur le traitement dont j'ai donné les indications principales. J'ajouterai seulement avec M. Spegazzini et M. Massée, qu'il sera très utile de récolter et de détruire par le feu les feuilles et les fruits tombés, sur lesquels le ou les parasites se conservent et constituent, dès que le temps redevient pluvieux, de nouveaux foyers d'infection.
La prescription que je viens de formuler est d'ailleurs applicable à toutes les maladies de feuilles en général,
Cercospora coffeicola Berkeley et Cooke. — Cette espèce produit sur les léuilles vivantes du Caféier des macules, en général j)etites (fîg. i4) ; leur diamètre moyen est de 4 à 7 millimètres, et les plus grandes Fig. 14. - Feuille de Caféier poi- atteignent rarement i centime-
tant les macules, T, du Cercospora ^
coffeicola. Xy^ Très jcuues, elles sont de
couleur brun, roux ou marron foncé, assez uniforme. Puis, à mesure que la macule croît, le centre se décolore jusqu'à devenir presque blanc, moins opaque que le restant de la
(i) George Massée, loc. cit.
feuille; mais il [)ei-siste une marge brunâtre, relativement large, par rapport à la dimension de la tache, et dont la teinte augmente progressivement d'intensité de detlans en dehors. A la limite de la macule, on voit une ligne très étroite et peu proéminente qui la circonscrit; la production de liège protecteur est ici Tort réduite. Sur la iace ijiférieure de la feuille, la macule, quoicpie bien apparente, est moins différenciée qu'en dessus. Même arrivées à leur plus grand développement, ces taches ne se crevassent pas à leur partie centrale, connue on peut le voir quelque- Ibis dans la maladie que j'ai décrite avant l'elle-ci.
Les taches, déjà un peu anciennes présentent le j)luw souvent, à leur face supérieure, de petits points d'un noir olivâtre, qui sont les fructifications du parasite.
La maladie a été signalée la première fois par Berkeley sur un envoi fait par ^I. ^Morris, botaniste cUi gouvernement à la Jamaïque. Berkeley lit parvenir des feuilles atteintes à Cooke, et ce dernier y rencontra le champignon l'ructilié ii}. Depuis lors, M. Lamson Scriliiier l'a retrouvé sur des feuilles provenant du Guaténuda (■>.). Je l'ai moinuune reçu de la Guadeloupe par l'intermédiaire de M. Elot. La maladie produite par le Cercospora du Caféier send)le moins grave que la [)récédente. On ne signale pas la chute des feuilles, ni leiu- jaunissement, pas plus que l'envahissement des fruits. Le seul renseignement que je possède m'est fourni par M. Elot: « Les arbres affectés de cette maladie semblent souffrir, leur végétation s'arrête. » On le comprendra facilement quand je dirai que, parmi les feuilles que j'ai tenues de M. Elot, l'une d'elles, dont la longueur n'excède guère un décimètre, renferme jusqu'à aj taches d'un diamètre variant de i ou -2. millimètres jusque près d'un centimètre.
Au microscope, la fructification se montre constituée par des houppes de filaments colorés en vert olive très
(i) Cooke, The Coffee-disease in South America. (2) Journal of Mycology, 1888, p. 5.
8iJ —
pâle qui font issue du parenchyme de la feuille en déchirant la cuticule de la face supérieure; une fois libres, ils divergent en formant une petite louffe un peu éj)aissie à sa base. Ces filaments, le plus souvent stériles, peuvent atteindre une dimension de lioo [j, sur 4 <^le large; les cloisons y sont toujours assez rares, •*. ou 3, rarement plus. Berkeley n'avait pu y rencontrer de spores, Gooke ne les trouva que dillicilement. Sur une quinzaine de macules paraissant fructifères que j'examinai successivement, je n'en ai vu de bien développées que sur une seule. Quand les toutlés sont fertiles (fig. i5), les filaments resteirt plus courts, leur longueur atteint au plus 80 [j,. Ils sont un peu sinueux, leur calibre ])résente souvent, de place en place, une faible dilatation en forme de petite ampoule ; et, vers le sommet, sur lequel s'attache une %spore (conidie) unique, on peut voir assez dillicilement de très fines denticulations. Les spores sont eflilées par le sommet^ un peu élargies et arrondies à leur base d'insertion ; elles sont à peu j)rès hyalines, souvent légèrement ar- (piées. A l'état adulte, elles portent deux ou trois cloisons transversales et ont comme dimensions ^5 \i. de long sur 3 de large. Lorsque je reçus l'échantillon de M. Elot, je ne découvris pas de prime abord les spores, et la détermination resta incertaine. Ce n'est que quelques mois plus tard que, reprenant cet envoi, j'y découvris des touffes fructifères. Je tentai, dès lors, de faire germer les spores; l'essai échoua, les spores étaient mortes.
Ce parasite est une Mucédinée de la forme Cercospora. La forme parfaite ascospore en est inconnue. Les champignons de ce groupe sont tous maculicoles sur des feuilles.
V\^.y^.- Cercospora cf.
fcicola : l\ droite, toufl'e de filaments frucliCères portant des conidics, Co, à divers degrés de développement ; à gauche, une conidie isolée, mûre.
Ramularia [?) Gœldiana. — Le D"' Gœldi, dans le mémoire qiril a consacré à ranguillule du Caiéier(i), a décrit avec quelques détails une maladie des feuilles de cet arbre observée par lui au Brésil et qui attaquerait également le Caféier de Libéria. Sur les feuilles, Gœldi a vu de nombreuses macules, qui, d'après les descriptions et les figures qu'il a données, présentent de grandes ressemblances avec la lésion du Cercospoi'a coffeicola. Les taches sont fréquentes sur les bords du limbe foliaire ; elles peuvent exister aussi sur les jeunes rameaux et elles se propagent et se multiplient très vite sur leurs feuilles, lorsque celles-ci se trouvent dans le voisinage de feuilles malades. Les macules se couvrent rapidement de petits points noirs : ce sont les fructifications du parasite, que, sur les feuilles, on ne trouve qu'à la face inférieure. Les semis de Caféier sont parfois envahis, et, sur les macules des cotylédons, on peut rencontrer les fructifications sur les deux faces. Au microscope, on voit ces points noirs formés par des filaments libres, cloisonnés, de couleur foncée, sortant par les stomates au-dessous desquels se rencontrent de petits amas pelotonnés de mycélium. Gœldi considère le })arasite comme un Cercospora ; mais cette opinion, qui est peut-être exacte, n'est cependant pas compatible avec le mode de formation des sj)ores et leur forme qu'il décrit d'après ses propres observations. Il aurait vu ces spores prendre naissance par étranglement du filament au niveau de la dernière cloison, ce qui amène plusieurs fois de suite la mise en liberté de l'article terminal. Peut-être y a-t-il là quelque erreur d'observation ; en tout cas, l'auteur n'a pas décrit nettement les spores et il ne sendjle pas les avoir vues à un état de maturité surtisante pour établir les aliinités réelles de ce champignon et le classer exactement, M. le D"" P. A. Saccardo a pourtant donné une diagnose de l'espèce (|iii nous occupe et
(i) D'E. A. (lŒLUi, Relalurio sobve a molestia do Caffeciro na provincia do Rio de Janeiro, 1887,
il la nomme Ramidaria Gœldidiui Sacc (i). Cependant, la classification proposée par M. Saccardo lui-même pour les champignons de ce groupe, les Hyphomycètes ou Mucédinées, ne permet pas de considérer le parasite en question comme un Raniularia. Dans ce dernier genre, en elFet, les spores sont cloisonnées et entièrement hyalines, aussi bien (jue les fdaments. Or, Gœldi ne fait aucune mention du premier de ces caractères, et, pour ce qui est des fdaments, il les dit expressément [Op. cit., p. 37) « couleur de fumée )> [cor defiunaça). Dès lors, la nature réelle de ce champignon reste douteuse et c'est pour cette raison que j'ai fait suivre le mot Ramulavla d'un point interrogatif.
Glœosporium coffeanum G. Del. — J'ai décrit cette espèce (2) sur des échantillons de feuilles de Caféier qui m'ont été apportés delà Réunion. Je fai reçue à nouveau plus récemment sur des feuilles de Caféier Bourbon provenant de la côte est de Madagascar. D'après les renseignements fort incomplets que j'ai recueillis, elle produirait des dégâts appréciables dans les plantations en différents points de la Réunion. Je dois avouer pourtant que, sur les feuilles où j'ai trouvé ce champignon, il ne s'en trouvait qu'un petit nombre qui ne fussent pas en même temps atteintes par r//^/;;t7e/« vastatrix. On ne peut conserver de doutes sur ce point que le champignon dont je m'occupe soit parasite des feuilles vivantes, puisqu'il y produit des macules dans lesquelles les cellules ont été tuées, macules bien diflerentes de celles de VHemileia uastatrix; mais la coïncidence de ce Glœosporium et de VHemileia ne permet pas d'établir d'une façon certaine la part qui doit être attribuée au premier parasite dans le dommage subi par le Caféier.
Les feuilles envahies présentent des macules brunes,
(i) P. A. Saccardo, Sylloge Fungoniiii, t. X, p. 554-
(i) G. Delacroix, Espèces parasites nouvelles. Glœosporium coffeanum nos', sp., sur les feuilles vivantes du Caféier (PI. YIII, fig. E), in « Bulletin de la Société mycologique de France, XIII, 1897, p. 110 ».
assez étendues, limitées en général par un bord libre du limbe ; elles sont anguleuses sur les autres cotés et suivent le plus souvent le contour des nervures secondaires. Les fructifications qui ne se montrent que sur la face supérieure de la feuille se présentent comme de très petits points noirs. Elles ne sont pas enfermées dans un réceptacle, elles s'ouvrent librement au dehors. Le mycélium hyalin du parasite passe entre les cellules ; il ne semble pas les pénétrer, mais les tue néanmoins, et le contenu de ces cellules du tissu de la feuille est fortement coloré en brun ; dans le voisinage de Tépiderme, le mycélium s'agglomère en une plaque brunâtre, une sorte de coussinet de i4o à 1 70 [j, de large, qui prend la place d'une ou plusieurs cellules épidermiques détruites par le mycélium. La surface de ce coussinet produit de
courts filaments dressés, C3dindric|ues, de 18 à 20 p, de longsur 3 [j. et demi de large ; ils donnent naissance, par étranglement de leur partie supérieure, à des spores cylindroovoïdes, droites ou un peu arquées, de i.") [j. sur 4 H-. Lorsque cette fructification a pris un certain développement, elle fait éclater la cuticule de la feuille de dedans en dehors, et, se trouvant en contact avec l'extérieur, les spores se détachent et se disséminent à mesure qu'elles mûrissent. MM. Ellis et Everhart ont publié dans la collection des North American Fungi [1" série, n" 3198) un échantillon récolté par le D'" Harkness aux îles Samoa en 1894, sur lequel Y Hemileia vastatri.r est associé à une espèce non
Fig. iG.
Coupe transversale dans la fruclication de Glœospoiiiim coffeanum : Co, conidic; Pa. p., parenchyme en palissade. — En haut : A, conidies isolées ; B, un stérigmate, Si, terminé par une spore encore immature.
— 86 ~ décrite de Glœosponuiii. Les deux auteurs Tont appelée Glœosporiuin coffeicoliini . Je n'ai pu étudier cette espèce, mais je suppose que ce doit être la même que celle dont j'ai parlé.
Les bouillies cupriques usitées pour empêcher l'extension de l'hémiléia sont sans doute également actives contre ce parasite.
ISI. P. Hennings (i) signale encore et décrit très sommairement deux autres espèces dans la colonie allemande du Cameroun (côte occidentale d'Afrique), toutes deux sur les feuilles du Caféier de Libéria, Ces deux espèces, Fusariuin coffeicola et Septoria coffeicola, sont maculicoles comme les précédentes, mais elles semblent sans importance prati((ue.
M. Spcgazzini (o.) signale aussi quelques petites espèces sur feuilles de Caféier d'Arabie dans l'Amérique Centrale. Ce sont des Pyrénomycètes : Clypeoliun megalosporiim et Micropelfis Tonduzii. D'après leur créateur lui-même, elles ne paraissent guère mériter de considération, le dégât produit étant à peu près nul.
(i) P. Hennings, Fitngi camerunenses, in « Englcr's Jahrb., XXII, 189'j, p. 72 ». — P. Hennings, Die wichtigsten Pilzkvankheiten der Kulturpflanzen unserer Kolonieii, in « Deutsche Kolonialzoitung, i^' juin i8c)5, n" 22 )>.
(2) D"" Carlos Spegazzini, Las Enfermedades del Cafeto en Costa-Rica , in « Revista de la Facultad de Agronomia y Velcrinaria de la Plala, n° 22, octobre i8()6 » (Reproduit dans Adolfo Tonduz, La Fumagina del Cafeto, San José (Costa-Rica), 1897, p. 2Ï et suivantes).
A. — Maladies des racines du tronc et des branches.
Ce sont de beaucoup les moins connues des maladies du Caféier et nous ne possédons sur ce chajiitre que des renseignements insuftisants.
Pourridié des racines. — J'ai reçu, à plusieurs reprises, de M. Auguste Elot, directeur du laboratoire agricole de la Basse-Terre (Guadeloupe), des racines mortes de Caféier semblant avoir succombé aux atteintes d'une maladie. Extérieurement, la lésion ressemble à celle qui envahit la vigne et un certain nombre d'arbres fruitiers ou forestiers en Europe ; pour cette raison je l'appellerai, provisoirement du moins, pourridié du Caféier.
M. Elot avaitaccompagné ses envois de lettres, qui m'ont fourni sur le mode de développement de la maladie les quelques renseignements que je vais reproduire.
D'après les observations de M. Elot, cette maladie apparaît d'abord sur les racines du ])ois-doux de la ^lartinique (Légumineuse du genre Inga), qui Là sert d'abri au Caféier; et, des racines du pois-doux, elle passerait sur celles du Caféier. Le Uocouyer est également susceptible d'être atteint.
La maladie sévit avec quelque intensité, çà et là, en divers points de la Guadeloupe : dans une plantation, par exemple, elle se montrera par places, détruisant parfois toute une rangée d'arbres. Les arbres envahis dépérissent progressivement, mais d'une façon assez rapide, et lorsqu'ils sont arrivés à la période ultime, on trouve le pivot entièrement dépourvu de radicelles, celles-ci étant depuis longtemps désorganisées et à peu près disparues. Sur des racines de un à trois centimètres, les seules que j'ai eues eu ma pos-
(i) Voir le no du 20 janvior do la Revue des Cultures coloniales.
session, on voit par places une sorte de revêtement cotonneux d'abord blanc, puis brunissant, qui ne tarde pas à se concréter en prenant l'apparence de lames étroites, aplaties, ramifiées, d'un gris plombé, terne, tranchant peu sur la couleur générale de la racine désorganisée. Examinés au microscope, ce revêtement aussi bien que les plaques se montrent constitués par un mycélium stérile formé par des filaments isolés, hyalins et très grêles dans le revêtement cotonneux, lâchement agrégés dans les lames aplaties. Ces filaments simples ou ramifiés deviennent à l'état adulte d'un gris plus ou moins foncé; ils sont alors cloisonnés transversalement ; leur diamètre est d'environ 4 V- et ils montrent de temps en temps ime varicosité latérale, quelquefois deux, immédiatement au-dessus de la cloison. L'absence de spores et de tout autre organe de fructification ne m'a pas permis de reconnaître à quelle espèce appartient ce mycélium.
Les dilatations latérales du filament le rapprochent beaucoup comme apparence de ceux du Deniatophora neca- //•/.r et surtout du RoseUinia aqiiila [i], qui produisent des pourridiés sur la Vigne, le Mûrier, etc.; mais il serait nécessaire de suivre d'une façon complète le développement de ce mycélium du Caféier pour affirmer l'identité avec l'un ou l'autre. Le manque de matériaux en bon état ne m'a pas permis de faire cette étude. 11 faut, en tous cas, reconnaître que la largeur des filaments est presque de moitié moindre que celle des filaments bruns du De mal ophora necatri.r et je serais, pour cette raison, tenté de
Fig-. 17. — Filaments de mycélium observés sur des racines mortes de Caféiers de la Guade-
ipe.
(i) Voir à ce sujet : A.-N. Berlèse, Rapporti ira Dematophora e Rosellinia, in « Rivista di patologia végétale, I, 1892 ». — Prillieux et Delacroix, Maladies des Mûriers, in « Annales de 1 Institut national agronomique, XIII, 1893 ».
rapprocher plutôt le champignon des racines de Caféier du Rosellin ici a q u il a .
Le mycélium du pourridiédu Caféier pousse des ramifications grêles, hyalines, qu'on retrouve profondément dans les tissus de la racine ; elles peuvent pénétrer les éléments du bois, qui ne tardent pas à se délignifier et à perdre en partie leur cohérence.
11 n'est cependant pas établi d'une façon certaine que ce champignon soit la cause première de la maladie et de la mort de l'arbre. Sur plusieurs arbres atteints, M. Elot a rencontré deux cochenilles souterraines , étudiées par M .
Giard, dont je parlerai plus loin. Dans d'autres cas, il a vu, sur des racines de Caféiers, vivants il est vrai, des tubérositésqui pourraient bien être dues à des anguillules; mais elles n'ont pas été examinées au microscope et leur origine reste incertaine. Pourtant, ce qui pourrait donner un certain poids à cette dernière hypothèse, c'est que ce mycélium brunâtre cjue j'ai observé
offre des caractères de ressemblance avec celui qu'a figuré Gœldi et qui accompagne des anguillules (i). Nous verrons que, dans les maladies vermiculaires des Caféiers du Brésil, la destruction des racines est parachevée par une moisissure noire, ce mycélium figuré par Gœldi, qu'on trouve abondamment sur les racines mortes. Néanmoins, ici non plus, je ne veux pas être trop affirmatif, car je n'ai pas eu la faculté de comparer les deux mycéliums par l'examen au microscope.
Fig. i8. — Mycélium observé sur des racines de Caféiers du Brésil tués par une anguillule. En^, filament plus jeune qu'en B. (D'après Gœldi.)
(i) Gœldi, Op. cit., pi. II, fig. Sa, 33, 34-
Il serait donc possible que des cochenilles ou des anguillules eussent précédé, dans le cas qui nous occupe, l'apparition du mycélium, dont l'action ne serait dès lors que secondaire. Nous aurons d'ailleurs à revenir plus loin sur le même sujet.
Quoi qu'il en soit, et comme l'a fait remarquer M. Elot(i), sur le conseil que je lui en avais précédemment donné, il sera prudent de s'opposer à Textension de la maladie, malgré l'incertitude où l'on se trouve sur son origine réelle. Pour cela, on devra arracher les arbres malades, extirper les racines aussi complètement que possible, les brûler, écobuer partiellement le sol, dans le trou même de l'arrachage. On évitera l'humidité du sous-sol, en établissant, toutes les fois qu'il sera nécessaire, des drainages ou des fossés d'assainissement.
Il V a lieu d'essayer aussi l'action désinfectante du sulfure de carbone, qui a donné quelques résultats avantageux dans le traitement d'extinction du pourridié de la Vigne d\i au Dematophora npcfitri.r[o.]. Le sulfure de carbone sera d'ailleurs également actif contre les cochenilles souterraines ou les anguilhiles.
On a encore préconisé, mais plutôt dans un but insecticide, un nouveau produit, le carbure de calcium, fourni maintenant à bon marché par l'industrie (3) et qui, au contact de l'eau, ou même simplement de l'air humide, donne le gaz acétylène. Des expériences plus récentes semblent prouver que ce corps agit surtout par la petite quantité de phosphure de calcium qu'il renferme; celle-ci, en présence
(i) Aug. Ei.oT, Conférence siii- la culture du Caféier, faite à la Chambre d'agriculture de Pointe-à-Pitre, séance du i6 juillet 1898.
(2) Voir à ce sujet : G. Fokx, communication à la Société d'agriculture de l'Hérault, in Progrès agricole et yiticole. 17 décembre 1893, p. 578. — C J. DuFOUR, Essai contre le « moisi » ou blanc des racines, in « Chronique agricole du canton de Yaud, n" du 10 février 1898 ». - Id., n» du 2 5 février i8ç)9. — Claude Brun,/.*» Pourridié. in» Réveil agricole de Marseille, n» du 5 juin 1898 ».
(3) Chuard, Chronique agricole du canton de Vaud. 10 mai 1896.
de l'eau, donne de rhydrogène phosphore, fortement toxique, qui s'enflamme au contact de l'oxygène de l'air. L'emploi de cette suhstance n'est pas exempt de dangers; son transport, surtout, exige des précautions. En tout cas, son principal avantage est son bas prix, car, s'il coûte moins cher (pie le sulfure de carbone, son aciion est inférieure à celle de cette substance. Il serait indispensable, si on voulait l'essayer, de l'enfouir dans une terre absolument sèche, pour la raison que nous avons donnée plus haut.
Le traitement du pourridié de la Vigne, tel que l'a formulé le D"" J. Dufour, comporte d'abord un traitement d'extinction analogue à celui que j'ai proposé pour le Caféier. On le fait suivre de la désinfection du sol, à l'aide ^du sulfure de carbone, que l'on emploie à la dose de p.oo grammes par mètre carré, soit y.o kilogrammes à l'are. Le sulfure est introdm't à l'aide du pal, sur le sol contaminé, après l'arrachage et l'incinération des plantes mortes. On aura pris soin, au préalable, d'isoler la portion atteinte par un fossé, dont la terre sera rejetée vers l'intérieur, et ce fossé sera établi à deux ou trois mètres au delà des pieds qui paraissent encore tout à fait sains. Un tel traitement d'extinction est à conseiller toutes les fois qu'il s'y rencontre des plantes très malades ou périclitant rapidement et qu'il importe, par suite, de détruire au plus tôt, car ils ne peuvent être que des foyers d'infection pour les pieds voisins. On peut aussi utiliser le sulfocarbonate de potasse en solution dans l'eau, au lieu de sulfure de carbone.
Une expérience de plusieurs années déjà a démontré au D" J. Dufour que le plus grand nombre des pieds de vigne replantés sur des sols pareillement traités se comportent normalement, sans paraître souffrir des atteintes du pourridié. D'autres essais ont été tentés avec des doses faibles de sulfure de carbone, ou de sulfocarbonate de potasse en solution, sur des ceps malades du pourridié, mais encore vivants. L'effet du traitement, surtout dans les sols compacts, argileux, où le sulfure de carbone se diffuse mal, n'a pas été
concluant et il n'est pas possible d'affirmer que le pourridié, même peu développé, puisse être détruit par ce procédé.
L'action du sulfure de carbone, surtout dans le traitement d'extinction, serait complexe d'après des recherches récentes. M. Oberlin (i) admet que ce corps, en dehors de son action destructive sur les organismes vivants du sol, animaux ou végétaux, possède encore une véritable action stimulante sur la végétation. Cette propriété, particulière au sulfure de carbone, qui permettrait de cultiver, plusieurs fois de suite et sans interruption une même plante sur un sol donné, serait, comme le dit l'auteur, « de nature à nous conduire sur une voie nouvelle, « en ce qui concerne la question des assolements dans les cultures ». Elle serait particulièrement avantageuse pour les planteurs de Caféiers, toutes les fois qu'il faudrait remplacer des arbres.
L'action bienfaisante du sulfure de carbone sur la culture est interprétée d'une façon assez simple par M. Gastine ; il croit devoir l'attribuer aux nombreux organismes du sol qui, tués par cette substance, constituent pour les plantes un engrais azoté, précieux en ce sens qu'il se trouve au contact même des radicelles. D'un autre côté, il y a lieu de tenir compte des expériences de M. Perraud (2) qui paraissent démontrer que le sulfure de carbone entrave le travail de nitrification dans le sol.
En résumé, tous ces faits, qui ne sont pas encore suffisamment établis, nécessitent de nouvelles recherches, plus minutieuses et plus complètes. Néanmoins, ces données, spéciales au pourridié de la Vigne, sont applicables, telles qu'elles sont, au pourridié du Caféier. 11 serait cependant nécessaire, par quelques expériences préalables, de préciser exactement les quantités de sulfure de carbone à employer, et surtout pour une région donnée, la période de l'année où il sera le plus avantageux de le faire. A ce
(i) Ch. Oberlin. Effets du sulfure de carbone sur les sols épuisés ou fatigués par la culture. Journal d'agriculture pratique, 1896, p. 4^9 et 499- (2) J. Pkrraud, Annales de la Science agronomique. 1896, p. 299.
sujet, précisément, des expériences tentées à Java par M. Koningsberger sur le conseil de M. Ritzema Bos (i) pour la destruction de larves terricoles nuisibles n'ont donné aucun résultat, et cet échec a été attribué à la haute température du sol, d'où le sulfure de carbone s'évapore avant d'avoir produit aucun effet utile. Peut-être dans ces conditions le sulfocarbonate de potasse enfoui dans le sol un peu avant la saison des pluies serait-il plus actif?
Le « pourridié » dont je viens de parler n'est peut-être pas difterent de la maladie dont parlent Guérin-Méneville et Perrottet (:>), maladie que l'un d'eux a observée aux Antilles et qui existait peut-être aussi à l'époque (vers i84o) à la Réunion dans le cirque de Salazie. Elle « atteint, écri- « vent ces auteurs, les Caféiers dans quelques localités et « cause leur mort au moment où on s'y attend le moins, « Cette maladie, qui se développe dans la terre, empoisonne, « disent les habitants, tous les Caféiers qu'elle atteint. Elle « est due à un très petit champignon qui se propage dans « un espace de temps très court, surtout quand ce sol est « riche en détritus de végétaux de facile décomposition. « Ces détritus favorisent la multiplication des champignons, « en entretenant une humidité constante au pied de l'arbre « et en empêchant le renouvellement de l'air dans cette « partie. » Ces auteurs ne fournissent pas d'autres renseignements sur la maladie ; ils préconisent un traitement assez analogue à celui dont j'ai parlé : arrachage et incinération des pieds malades, avec écobuage du sol envahi.
Maladie du collet. — On désigne sous ce nom, à la Réunion (3), une maladie du Caféier, qui y semble d'ail-
(i) J. RiTZEiMA Bos, Zeitschrift fur Pflanzeiikratikheiten, VIII, 1898, p. 119.
(2) Guérix-MÉxNeville et Perrottet, Mémoire sur un insecte et un champignon qui ras'Ugent les Caféiers aux Antilles. Paris, 1842, p. 23.
(3) J. Delalande, Observations sur les maladies des Caféiers à la Réunion. Rennes, i883.
leurs peu répandue. Je ne la connais pas; je cite l'auteur : « Cette maladie n'a été remarquée jus((u à présent qu'à « Saint-Benoît et à Saint-Pierre. Elle semble n'attaquer que « les Caféiers du pays, mais surtoulles jeunes sujets. Quand « ils paraissent vigoureux, sur le point de produire, ils se « mettent à pousser d'une l'acon tout à lait anormale pence dant quelques semaines ou quelques mois, puis périssent. « Si on examine attentivement un des pieds morts, on aperu coit une sorte d'hypertrophie de la couche subéreuse « autour du collet, quelquefois au-dessous. 11 sendjle que « les racines ont péri longtemps avant la tige. »
L'auteur incrimine, avec doute d'ailleurs, la cause invoquée par Guérin-Méneville et Perrottet, et il propose le greffage des Caféiers du pays sur d'autres variétés qui n'ont pas paru atteintes jusqu'alors.
Nous verrons plus loin que le « })ourridié » elles maladies que j'en rapproche ont été attribuées par M. Thierry à une cause toute différente du parasitisme d'un champignon.
Canker. — Cette maladie, appelée en anglais cdiiker (chancre) ou hai'k disease (maladie de l'écorce), a été décrite par Saner. D'aj)rès le Gardiier's ('Iifonicle [i, a) on trouverait sur les (Caféiers atteints les racines couvertes d'un mycélium blanc épais, A la base du Ironc, l'écorce se ratatine et meurt. En môme temps les pousses se dessèchent ; les feuilles prennent des taches d'un noir livide, pids elles brunissent conq)lètenient, en se roulant, comme si le soleil les eût grillées. La plante péril au jjout de peu de temps.
Le D'" Talmy, reju'oduisant à peu près aussi le (jctrdiiei's Chronicle (i, h), écrit sur ce même sujet (;>) :
(i) Gardner's Chronicle : a, 1874, p- 4i4- — /■*, '877, p. il\o-i/\-i.
(i) D' ÏALMY, médecin de la marine, Notes sur les maladies qui attaquent les Caféiers en divers pays. Tirage à part, Paris, 1878, reproduit dans les Publications de la Société des études indo-chinoises. Essais agricoles et industriels faits en Cochinchine depuis la fondation de cette colonie jusqu'en 1897. T. I, Imp. Rcy, 1897.
« Le premier synij)tôiiie de la maladie est une flétrissure « des petites branches tertiaires ou secondaires; par un « examen plus approfondi, on trouve cpie le dessous de Té- « corce des branches primaires est délabré et otïre une « moisissure bleuâtre. Cette moisissure s'étend graduellece ment par en bas à toute la tige et tue l'arbre en peu de « mois. Un arbre une fois attaqué ne peut plus se rétablir.
« Tous les sols et toutes les expositions paraissent indif- « férents à cette maladie. Les arbres commencent à souffrir « dès l'âge de six ans. L'espace de terrain planté en Caféiers M (à Natal) est déjà beaucoup réduit, les récoltes ayant été « peu rémunératrices. »
Elle serait assez répandue à Natal et existerait également à la Jamaïque, quoique moins fréquemment. On a attribué la maladie à un champignon, mais cette origine est incertaine et la maladie n'a pas été suffisamment étudiée.
11 faut ajouter qu'à la Jamaïque la maladie n'aurait guère été observée que dans des terres peu profondes, à sous-sol non pénétrable par les racines du Caféier, condition désavantageuse pour cet arbre, qui demande surtout des sols profonds et meubles. Peut-être la condition première d'apparition, sinon la cause unique de la maladie, serait-elle sim- })lement, dans ce cas, la dépression qui atteint l'arbre.
Maladie de Java. - (^ette maladie du Caféier, qui est connue à Java sous le nom de djamour oupas (i) (champignon vénéneux, en javanais), est signalée depuis assez longtemps déjà. M. Raedt van Oldenbarneveldt (2) la signale comme très dangereuse pour la plante. Des récoltes en fort bel état et promettant beaucoup se trouvent presque détruites en très peu de temps, car la maladie se montre lorsque le Caféier est couvert de fruits, pendant les périodes humides prolongées ou à la suite de pluies nocturnes abondantes. L'action nocive du mal serait moins grave dans les plantations tenues
(i) Ce terme est orthographié selon sa prouonciatiou réelle. Il s'écrit, en hollandais, djainoer uepas.
{■>.) Raedt van OLoiiNBAUNiiVELT, Op. cit.
en bon état, où les arbres à ombrage sont disposés d'une façon rationnelle, c'est-à-dire de manière que la lumière solaire n'arrive au Caféier que dans les proportions voulues. On doit s'eflbrcer, dès qu'on voit les premières traces de maladie, d'enlever et brûler les parties atteintes, ainsi que la région attenante de la tige encore saine.
C'est, peut-être, la même maladie que le D"" A. Zinimermann a étudiée à Java sur le Caféier de Libéria et qu'il identifie au canker. Il a fait i)art des premiers résultats de ses observations sur ce sujet, au Congrès pour le Caféier tenu en 1898 à Malang (Java) (i). Sur les arbres attaqués les feuilles perdent leur turgescence, s'affaissent vers le sol et palissent. ' L'écorce est lésée, et en l'enlevant, on voit qu'elle a pris une teinte brun foncé qui pénètre jusque dans le bois. Sur les taches de l'écorce, on constate la présence d'un champignon que l'auteur ne spécifie pas malheureusement, mais qu'il croit néanmoins être la cause de la maladie. Les traitements à opposer au canker n'ont pas encore reçu, d'après le D'' A. Zimmermann, une sanction suffisante de la pratique. Ils consistent à récéper les arbres attaqués au ras du tronc. Dans ces conditions, si le parasite n'a pas encore gagné le collet et qu'on puisse éviter une contamination ultérieure, les rejets poussent sains. On a proposé aussi de traiter les arbres malades avec une substance anticryptogamique; mais ce procédé ne saurait, dans le cas actuel, avoir d'efficacité que si on a pris soin d'enlever au préalable toute la partie malade de la tige, jusques et y compris un peu de tissu sain. On devra ensuite badigeonner la plaie vive avec une solution saturée de sulfate de fer ou encore une solution d'acide sulfurique à 66° Baume, à une partie pour 10 parties d'eau. Sitôt que la surface traitée sera bien sèche, on l'enduira de goudron de houille ou d'un mastic adhérent quelconque,
(i) De Indische Mercuur, n° 48, '^6 novembre 1898 (Coniplc rendu du Congrès de Malang à Java).
pour empêcher rintroduetion de nouveaux germes nuisibles.
Maladie des branchettes de Caféier. — Cette maladie du CaIVîier a été ol^servée par M. 11. N. Hidley (i) dans l'État de Selangor (Péninsule malaise), et elle y commet certains dégâts. Elle apparaît sur les rameaux jaunes; Técorce envahie se déchire, et, la lésion progressant vers la base, la branche ne tarde pas à mourir. Le parasite, selon M. Massée (?.), serait une l'orme imparfaite d'un champignon, un ascomycète sans doute, constituant un genre et une espèce nouveaux, Necator decretus^ du groupe des Tuberculariées. Le parasite se présente à la surface sous forme de petites masses qui prenne]! t naissance eous l'écorce et arrivent à l'extérieur en déchirant celle-ci, à mesure qu'ils augmentent de volume. Ils constituent de fins coussinets d'un diamètre de i mill. et demi environ, d'abord blanchâtres et secs, puis rouge orangé et un peu gélatineux; leur forme est celle de disques ou d'écussons un peu convexes, circulaires ou un peu oblongs, assez rapprochés les uns des autres.
L'examen au microscope montre à leur surface un amas de petites spores (conidies) agglutinées, à membrane transparente, à contenu rouge orangé, oblongues ou ellipsoïdes, d'une dimension de i4 à i8 \h de long sur 7 ou 8 [x de large, sans cloison.
Le support (stroma) est formé de lins filaments anastomosés, ce qui lui donne l'apparence d'un amas cellulaire, d'un parenchyme; les cellules superficielles donnent naissance aux conidies agencées en chapelet et de telle manière que, se produisant par des divisions successives de cette cellule, c'est toujours la conidie du sommet qui est la plus âgée. Les conidies adultes se détachent, tombent sur le
(i) RiDLEY, H. N., Coffee diseuses, in « Agricultural Bulletin of Malayan Peninsula », 1897, n" 7, p. ii\'o.
(2) G. Massek, Aeii' Bulletin, 1898, p. 119. — Id., A Text-hook of plant' diseuses, p. 827 et 442-
slioma et s\ agglutinenl en une Jiiasse qui transmet sa couleur rouge i\ la surface du stronia, lequel est incolore. Pour arrêter le développement de la maladie, on supprime la partie envahie des rameaux, en taillant dans le tissu encore sain. Il sera bon de protéger la plaie comme il vient d'être conseillé j)our le cas précédent.
Maladie du pied. — Dans la même l'égion, péninsule malaise, M. Ridlev (il a rencontré une autre maladie du Caféier due probablejnent aussi à un cham|)ignon qui envahit la base du tronc et les grosses racines, amenant rapidement la mort de l'ar- ])re. Aux endroits infectés, l'écorce s'épaissit fortement, blanchit et se déchire en s'écaillant. Le mal ne semble guère s'étendre. L'auteur n'a vu de champignon en fructification que sur un seul arbre. Il a rapporté Fesj)èce à un Basidiomycète, Irpex flavus ï'g'- '9 — Jif^ flavus (i' >, (^p champio-non, d'un certain
Klotzsch, d'après m. ' » ^' \ ^ '
échantillon do l'herbier VolumC, CSt décrit dcpuis longtemps
du Muséum d'histoire x^i . i / \ m ,
uaturelle [sub nomine P^r KlotZSch (^) ; il UlOntrC Un rCCCp-
Poiyporus f.). récolté tacle appliqué sur le support, étalé,
par Gaudichaud à Tou- .
vane. spongicux, de consistance molle, co-
loré en jaune, avec une marge courtement réfléchie et tomenteuse. L'hyménium, c'est-à-dire la surface fructifère qui couvre le réceptacle, est formé de dents comprimées, agglomérées par leur base en un réseau : ce qui fait que cette espèce a été classée par Junghung dans le genre Polyporus. Ce champignon a été signalé sur les chaumes de bambous, sur des troncs d'arbres indéterminés, à Java, à Ceylan, en Australie, dans
(i) RiDLEY, H. N., Op. cit., p. 147.
(2) Klotzsch, Fungi exotici e coltectiuiiihiis Btitannorum, in Linnxa, ^m, p. 452, Halle.
rAïuériqiie du Nord ; on ne l'avait pas jusqu'ici observé sur Caféier, Je ne puis lien allirmer au sujet du parasitisme de l'espèce en (juestion, n'ayant pas eu en mains d'échantillon; j'avouerai pourtant que je ne suis pas certain que VIrpex flaviis soit la cause de cette maladie, ni même (]ue la détermination (\\\ cliaiiipignon soit certaine.
Maladie du collet du Libéria. —M. Ritzema Bos rapporte (i) le cas de très jeunes pieds de Caféiers de Libéria cultivés à Java, dont l'écorce semble avoir été rongée au niveau de la surface du sol et y présente une coloration noire. Les entrenœuds supérieurs brunissent un peu et restent plus courts, leur accroissement s'arrête et les feuilles se détachent. La maladie débuterait au collet de la racine, s'étendant de proche en proche sur le pied atteint. Aussi, les indigènes de Java qui ont observé ces faits ont-ils appelé cette maladie « kadas », terme qui aurait le sens d' a affection dartre use ».
La maladie a été attribuée par M. Oudemans à un champignon Pyrénomycète du groupe des Dothidéacées, non encore décrit et qu'il a appelé Euryachora liberica (2).
Le parasite prend naissance sous l'écorce et il est appliqué sur le bois. Dans les parties inférieures de la jeune tige où il se développe dès le début, le champignon ne tarde pas à apparaître au dehors sous forme d'une masse noire, étalée, aplatie, qui constitue un stroma ; c'est l'accroissement de cet organe, en long et en large, qui fait fendiller l'écorce en de nombreux lambeaux très menus qui se détachent, s'éliminent peu à peu et mettent à nu la masse stromatique. Sur les entrenœuds supérieurs, l'écorce est restée intacte; elle est seulement brunie par la présence du stroma qui se voit par transparence au travers des tissus jeunes.
(i) J. Ritzema Bos, Onderzoek ovev eenigc zdekten in stekkeii vaakoffie en dadap, in Bulletin san het koloniaal Muséum le Haavlein, juillet 1897, p. 33.
(2) C. A. J. A. Oudemans, Note sur quelques rlnanpignons nouveaux, in Verslagen dev koninglijke Akademie \-on Wefenschappen te Anisierdam, 1897, p. 23 1, avec une fig.
La surface du stroma est rugueuse dans le bas, plus finement granuleuse vers le haut, et les aspérités qui s'y observent sont l'orifice de petites cavités, de cavernes qui apparaissent comme des points blancs dans la substance noire du stroma, quand on enlève la surface par une coupe tangentielle. Au microscope, ces compartiments, disposés sans ordre bien net, contiennent les uns des spores isolées, les autres des asques portant chacun huit spores. M. Oudemans considère les premiers comme une forme imparfaite (pycnide se rapportant au genre Haplosporella); les spores qui s'y trouvent (stylospores) sont fusiformes, hyalines, unicellulaires, aiguës aux deux extrémités, remplies d'un contenu protoplasmique finement granuleux, d'une dimension de i6 jj, sur f) [x. Les autres compartiments renferment des asques élargis vers le haut où la membrane s'épaissit (fig. y.o). Ces asques sont munis à cet endroit d'un gros pore fermé; les spores y sont disposées sur deux rangs, hyalines, unicellulaires, aiguës aux deux extrémités, d'une dimension de i4 i^. sur (i ;;,; les paraphyses sont absentes.
Le début de la maladie au collet semble bien prouver que ce sont les spores mélangées à la terre qui, dès qu'elles germent, attaquent les jeunes pieds de Libéria.
Par suite, on devra conseiller l'arrachement des pieds malades et leur incinération, et cela autant que possible avant que le stroma n'ait donné naissance aux spores. Il sera prudent de s'abstenir de replanter pendant un certain temps des Caféiers de Libéria à l'endroit où d'autres se sont montrés atteints.
— Earyaliberica
— A, un asquc et ses huit spores, Sp; P, le pore de l'asque ; E, l'épaississcrnent ; li, spores plus grossies.
Maladie de Cochinchine. — On s'est plaint dernièrement,
en Cochinchine (ij, d'une maladie qui pourrait bien être analogue à Tune des précédentes. Elle attaque le Caféier de Libéria dans les terres basses et argileuses, et se manifeste par une coloration noire du tronc et une rétraction de l'écorce. Celle-ci se couvre ensuite de points blancs qu'on a considérés comme des champignons. Les branches supérieures sont attaquées à leur tour et toute la tige se dessèche. En dernier lieu, le mal gagne vers la partie inférieure. La maladie n'est pas générale et n'apparaît que pendant la saison des pluies. On l'atténuerait en pratiquant au sol des drainages. La cause de cette maladie est, en somme, fort incertaine.
En dehors de ces maladies signalées par les planteurs, des botanistes ont décrit un certain nombre de petites espèces de cliampignons végétant sur des Caféiers mourants. Parmi celles-ci, il en est vraisemblablement qui sont parasites; malheureusement, si nous possédons de ces champignons des descriptions exactes, nous n'avons pas de renseignements précis sur la nature et l'importance du dégât produit.
Je ne crois devoir m'arréter quelques instants qu'aux trois espèces qui suivent.
Caryospora Coff'cœ Pat. — Ce champignon, de la famille des Pyrénomycètes, décrit par M. Patouillard {2), a été observé au Venezuela par M. Gaillard sur des branches mourantes de Caféier. Les fructifications sont constituées par des périthèces noirs, arrondis, punctiformes, de 1/2 à I millimètre de diamètre, munis d'un pore à leur sommet. A l'intérieur de la cavité sont des asques de rioo à aSo ]}. de longueur, sur 4j à 60 \j. de largeur, entourés de paraphyses grêles, diflluentes. Les spores, au nombre de 8 par asque,
(i) Bulletin ('■(■oiioniif/ue de Vlndo-Chiiie. w" 5, i^'" novembre i8g8, page 17G.
{■1) N. l'.vToi ii.i.vRD cl A. (iAii.i.ARD, Ckaiiijjigiioiis de Venezuela et du Haut-Or<'iio(/iio I Bulletin de la Société mycologique de France, IV, 1888, p. ii3).
sont brunes à la maturité, munies de 5 cloisons, d'une dimension de 80 [x sur .>.o [/, terminées à leurs deux extrémités par une pointe mousse, hyaline, à base élargie.
J'ai reçu les deux espèces suivantes de la Réunion (i). Elles végétaient sur des rameaux de Caféiers se desséchant sans cause apparente. Pour toutes deux, les conceptacles prennent naissance dans l'écorce,et le mycélium, peu abondant d'ailleurs, ne dépasse pas le liber. Je n'ai pas d'autres renseignements à fournir sur ces deux espèces, sinon que les feuilles des Caféiers d'où provenaient les branches en (juestion souffraient des atteintes de Y Hemileia vastatrix.
Phoma Coffeœ G. Delx. — Les conceptacles noirs de cette espèce sont peu nombreux, arrondis, de i65 [}. de diamètre environ et munis d'un pore. L'intérieur de la cavité porte des spores hyalines, fusoïdes, droites, de 16 à 18 jj. de long sur •>. [j. i/:>. à 3 [j. de large, placées au sommet de courts pédoncules, également hyalins, tie 5 [x sur i [j. 1/3. Le mycélium, brun dans le voisinage du conceptacle, se décolore à mesure qu'il devient plus grêle en s'enfonçant entre les cellules du périderme cortical.
Fi g.
Ceiifhospoia coffcicola G. Dclx. — L, les logos sporifères ; en JJ, spoiu isolées (stylospores).
Ceuthospora coffeicola G. Delx. — Les fructifications (fig. ai) sont constituées par de petites masses brunes,
(i) G. Delacroix, Quelques espèces nouvelles (Bullclin de la Société mycologique do France, Xlf, 1897, p. 122 et i23).
munies à leur soiiuiiet d'un col qui perfore lépiderme desséché sous lequel elles sont placées dans l'épaisseur du liège. Ces masses, brunes, n'atteignent qu'une fraction de millimètre dans leur plus grand diamètre; elles sont obtusément coniques et creusées à l'intérieur de compartiments inégaux, irréguliers. Sur les surfaces internes s'insèrent de petites spores, paraissant sessiles, qui sont très nombreuses, hyalines, ovoides-oblongues, d'une dimension de 5 II sur i,5 [x.
Ces deux espèces sont des formes incomplètes de champignons Ascomycètes, dont la forme à asques m'est inconnue.