MALADIE PRODUITE PAR UNE ALGUE
GEPHALEUROS VIRESCENS
Le Caféier de Libéria peut être attaqué par une algue verte que je rapporte au Cephaleuros virescens Kunze (i), et c'est M. Marshall Ward qui l'a signalée le premier sur cette plante, dans l'Inde (2). Cette algue, qui appartient à la famille des Chroolépidées du groupe des Confervacées, n'est d'ailleurs pas spéciale au Caféier de Libéria; on la trouve sur des plantes fort diverses, toutes à feuilles lisses et coriaces, camélias, crotons, citronniers, arbre à thé, etc. Sur cette dernière plante, il constitue un parasite dangereux quand il passe des feuilles sur les rameaux (3). (]omme beaucoup d'autres / Chroolépidées {Treutepolilia flava, par exemple), elle a une aire de dispersion \/^ "■ fort étendue et se rencontre fréquem-
* '' ' ment dans les régions chaudes des deux
- Un écus- mondes, scn de Cephaleuros j'^j recu, de la Réunion d'abord, des
çirescens Kunzc, sur
la face supérieure feuilles attaquées par cette algue ; de- «rr 'df'lnLt: P>.is, m. Émlle Laurent m'en a fait par- (Grossi deux fois et venir de beaux échantillons provenant
du Congo belge.
Le Cephaleuros virescens apparaît sur la feuille de Caféier de Libéria comme de petites plaques minces, parfaitement
(i) CeUe détermination a été corroborée par lexamen qu'a bien voulu faire de mes préparations M. Bornet, membre de l'Institut, dont l'opinion fait autorité en matière d'algologie.
(2) Marshall Ward, Structure, development and life history ofa tropical epiphyllous Lichen, in « Transactions of the Liunean Society, » i88/i, série II, vol. II, p. 87 avec pi.
(3) George Watt, The Pests and Blights ofthe tea-plant, Calcutta, i8y8, p. 443-459.
— lOo — adhérentes, nombreuses, irrégulièremenl arrondies, d'un gris olivâtre plus ou moins foncé et qui à Tœil nu semblent comme pulvérulentes. C'est à peu près exclusivement la face supérieure de la feuille qui les porte.
Sous la loupe, le bord libre de la plaque se montre finement lobé ou fimbrié, et la pulvérulence qui couvre la surface se résout en une infinité de petits poils dressés {{\g.:i:i).
La partie envahie de la feuille est parfois légèrement épaissie et un peu proéminente; c'est quand l'attaque de l'algue est peu intense qu'on observe ce fait et, dans ce cas, sur la face inférieure de la feuille^ dans la région de la plaque, la couleur verte naturelle persiste sans se modifier. Ailleurs, au contraire, à l'endroit de cette plaque, la feuille diminue d'épaisseur, et sur la face inférieure on observe une coloration rougebrunàtre, tandis (jue le bord de la plaque est limité par une marge étroite, faiblement bombée, appartenant au tissu de la feuille.
L'analyse microscopique montre que le thalle de l'algue, la portion végétative, est constitué par des filaments agencés en un faux parenchyme par leur accolement (fig. 23).
Le thalle s'étend ainsi sous la cuticule et la sépare de l'épiderme supérieur sur toute l'étendue de la lâche. Dans les cellules de l'algue, les plastides chlorophylliens, verts normalement, prennent pour le plus grand nombre une coloration rouge qui leur est communiquée par une matière oléagineuse.
Sur un grand nombre d'espèces végétales attaquées par
Fig. ■>.). — Cejjhaleuros t'irescetis. — r*oi'tioii d'une coupe transversale dans un écusson : Cut.s., cutioulc de la face supérieure de la feuille ; Ep. s., l'épiderine supérieur; Pa. p^, Pa. p.), les deux couches de cellules en palissade ; T'A. s-c, thalle sous-cuticulaire; Fi, filaments du thalle ayant fait irruption au travers de l'épiderme et tuant les cellules en palissade.
le CepIiaLeuros vlrescens, cette algue ne dépasse guère la cuticule dans le tissu de la feuille et le dommage causé est nul. Il n'en est pas généralement ainsi pour le Caféier de Libéria et pour l'arbre à thé, en particulier.
Sur le (Caféier de Libéria, on peut voir les filaments de l'algue, constitués en des sortes de rhizoïdes, s'insinuer entre les cellules épidermiques, pour faire irruption entre les éléments de la première ou même des deux couches du parenchyme en palissade (fig. y.3 et ■>4)- Ces fdaments ne pénètrent pas les cavités cellulaires et ils se nourrissent simplement par osmose aux dépens des cellules qu'ils touchent ; ces cellules, cependant, ne tardent pas à périr.
Leur contenu coagulé devient opaque et prend une couleur marron foncé intense. Cette teinte mêlée à celle des filaments du thalle produit une coloration rouge un peu brunâtre sur la face inférieure, lorsque la pénétration, ayant dépassé les cellules en palissade, a gagné le parenchyme lacuneux, dont les éléments sont aussi en grande partie frappés de mort 'fig. 34)-
En même temps, vers les bords de la plaque, les cellules restées vivantes, celles surtout des deux couches en palissade, ne tardent pas à réagir par suite de l'irritation amenée par ce parasitisme. Elles deviennent le siège de cloisonnements qui s'établissent d'après le mode originaire de formation du tissu subéreux, et les cloisons sont dirigées suivant un plan parallèle à la surface de la feuille (fig. a.'ï).
Ce tissu de nouvelle formation subit à peine la modification subéreuse et on le voit quelquefois envahi à son tour et tué par les filaments de l'algue parasite. En tous cas.
Fig. 24. — Ccphalcurus virescens. — Mêmes leUres que fig. 23. Les filaments /•'{, et ^4 cheminent vers le parenchyme lacuneux, après avoir tué les cellules en palissi.do.
dans les parties les plus éloignées de Talgue, les éléments nouveaux formés parle cloisonnement s'allongent sensiblement et prennent à peu près la longueur des cellules du parenchyme palissadique normal; c'est ainsi que se con-
'Pa-ttx.. __
Fig. 25. Cephaleuros ciVescews. — Schéma de la coupe transversale d'une feuille
de Caféier de Libéria et de l'écusson qu'elle porte : dit. i, cuticule de la face inférieure de la feuille; N, une nervure; Ep. i, épiderme inférieur; Pa. m, partie morte de la feuille; /., L', ses limites ; Bo. s, bourrelet subérisé ; P. st., poil stérile ; P. xp., poil sporangifère. (Pour le reste, mêmes lettres que fig-. ■l'i.)
stitue la marge hypertrophiée du bord de la plaque. Dans la partie centrale, au contraire, le tissu mort se rétracte et contribue à. diminuer là Tépaisseur de la feuille.
Si la pénétration s'établit plus lentement, la plante a le