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DANS UNE FAMILLE PAUVRE

En ville ou à la campagne, dans une famille pauvre , petitement logée, n’ayant parfois qu’une pièce, il faut, dans les cas de maladie contagieuse, envoyer le

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malade à l’hôpital toutes les fois que cela est possible et faire désinfecter; mais, dans les villages, il n’y a généralement pas d’hôpital; il faut, dès lors, puisqu’on ne peut faire d’isolement proprement dit, faire quand même un isolement relatif, dans une certaine mesure efficace. Il faut d’abord et autant que possible éloigner les enfants, les placer ailleurs, cela se peut généralement, puis prendre les dispositions suivantes :

Placer le lit dans le point de la pièce le plus en dehors des allées et venues qu’on ne peut empêcher, et pour rappeler à chacun qu’il ne faut pas s’approcher du malade, entourer le lit à une certaine distance d’une corde sur laquelle on peut suspendre, notamment du côté d’un second lit, s’il y en a un second dans la pièce, un drap qu’on imbibera de temps à autre d’une solution antiseptique. Placera l’intérieur de cet espace réservé, près du lit, mais pas à portée du malade , un seau et une cuvette contenant de la solution antiseptique.

Une seule personne de la famille doit, autant que possible, rester avec le malade et lui donner ses soins afin de diminuer les chances de contagion et d’augmenter celles de voir observer les prescriptions hygiéniques faites. S’il s’agit d’une maladie qu’on ne contracte pas deux fois, du moins en général, et si une des personnes de la famille l’a eue

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déjà, c’est elle qu’on désignera de préférence pour soigner le malade (roug'eole, scarlatine, variole, fièvre typhoïde). Cette personne se vêtira, pour approcher du malade, d’un vêtement de fil ou de coton (pas de laine) et quittera ce vêtement après avoir donné ses soins au malade et le laissera dans l’espace réservé ; chaque fois qu’elle en sortira, elle plongera ses mains dans la cuvette garnie de la solution antiseptique. Tous les jours, deux fois par jour plutôt qu’une, le plancher sera lavé aux alentours du lit avec de la solution forte. Les aliments seront autant que possible cuits et consommés hors de la chambre; ils ne devront pas, dans tous les cas, y être conservés sans être enfermés et bien couverts et placés aussi loin que possible du malade. Personne ne devra prendre son repas sans s’être soigneusement lavé les mains. Il ne sera fait aucun balayage à sec; le balai sera toujours enveloppé d’un linge trempé dans la solution antiseptique forte. Pour le reste des prescriptions, on se conformera aux règles établies pour toute personne soignant un malade atteint de maladie transmissible, en n’importe quel lieu.

Instructions pour les personnes qui soignent les

MALADES AU COURS ü’UNE MALADIE TRANSMISSIBLE.

Il n’est question, ici, que des devoirs de la gardemalade soignant un malade atteint de maladie

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transmissible contagieuse ou infectieuse, contagieuse spécialement. Ils ont trait aux soins du malade, de son linge et de sa chambre et à ses soins personnels.

Soins du malade. — Les soins à donner au malade en tant que contagieux ou infectieux, et en dehors des prescriptions spéciales du médecin, consistent surtout dans des soins minutieux de propreté antiseptique, lotions fréquentes avec des solutions antiseptiques, du visage, des mains, de la barbe, au réveil, avant et après les repas; lavage de l’anus et du siège après chaque selle. Ces lavages sont faits de préférence avec de l’ouate hydrophile imbibée d’une des solutions antiseptiques (solution d’acide borique spécialement) et, à défaut d’ouate, avec des linges ou bien des éponges qui sont soigneusement | nettoyées après chaque lavage et conservées dans un vase garni de solution antiseptique.

Soins du linge et des objets à l’usage du malade. — En règle générale , le malade doit être maintenu constamment dans un état parfait de propreté antiseptique, son linge doit être changé souvent (1), et toutes les fois qu’on le change il faut que celui qui

(1) En prévision de ces changements, il faudra se rappeler qu’il doit toujours y avoir dans la réserve de linge destiné au malade (linge déposé dans le cabinet de toilette) tout ce qui est nécessaire et que toute pièce de linge qui en a fait partie ne doit rentrer à la lingerie ou dans l'armoire au linge qu’après avoir été désinfectée, même si elle n’a pas servi.

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vient d’être retiré soit plongé dans une solution antiseptique et qu’il soit maintenu humecté par cette solution jusqu’à ce qu’il soit désinfecté; de cette manière les microbes ou les déchets qui les renferment en grand nombre, débris d’épiderme, crachats, sueurs, ne risquent pas de vicier l’air et les objets. Pour cela, dès qu’ils sont retirés, ils doivent être plongés dans une des solutions antiseptiques indiquées et y être maintenus pendant deux à trois heures, puis ils sont transportés au dehors dans un sac également imbibé de cette solution (1).

S’il s’agit de linge ayant été directement souillé parles évacuations du malade, selles, vomissements, crachats, il faudra le tremper et le laisser macérer dans la solution antiseptique.

S’il est à présumer que le malade souillera plus particulièrement telle ou telle partie de son linge, il faudra prendre des précautions spéciales ; ainsi, pour un malade qui devra souiller par ses expectorations ou par des mucosités venant du nez, son coussin, son oreiller, la partie des draps qui avoisine la figure, on recouvrira ces parties du Couchage avec

(1) S’ils sont emportés dans le sac humide aussitôt après avoir été retirés et plongés dans lé liquide antiseptique, ils ne sont pas dangereux pour l’entourage tant que le sac sera humide, mais ils le seraient pour celui qui les manipulera après, si, avant de les laver, on né les soumettait pas dé nouveau à la désinfection.

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des serviettes qu’on fixera par des épingles de nourrice ; s’il s’agit d’un malade pouvant aller sous lui, on placera sous son siège un drap d’alèze (1).

Les mouchoirs doivent être changés fréquemment ; on a proposé, et la mesure aurait du bon dans certains cas, de substituer aux mouchoirs de toile, de fil ou de coton, de petits mouchoirs en papier, souple et résistant à la fois, qui seraient brûlés aussitôt après usage.

Dans certains cas, il est bon que les serviettes comme les mouchoirs ne soient mis en service qu’après avoir été plongés dans une solution antiseptique faible et bien séchés.

Aucune pièce de linge avant touché le malade ne doit être séchée dans la chambre ; les serviettes et mouchoirs propres, au contraire, peuvent, après avoir été plongés dans la solution antiseptique, être suspendus dans la chambre pour y être séchés, parce que si un linge ayant servi au malade ne peut que répandre des germes d’infection, du linge propre, imbibé d’antiseptique, ne peut que répandre des éléments de désinfection et remplacer dans une certaine mesure les vaporisations antiseptiques qui sont souventpratiquées par d’autres moyens.

(t) Un drap d’alèze est un vieux drap propre, plié en plusieurs doubles, qu’on glisse sous le siège du malade et qu’on enlève dès qu’il est souillé, sans avoir pour cela à défaire le lit.

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Pendant tout le cours de la maladie, le linge provenant du malade, même ayant subi la désinfection immédiate, ne doit jamais, par précaution, être lavé directement à l’eau pure et mélangé au linge des personnes saines ; il pourrait directement ou par l’eau de rinçage transmettre la maladie. Il doit toujours être, avant la mise au lavage, trempé et maintenu pendant une heure environ dans une des solutions antiseptiques fortes indiquées.

Crachoirs. — Les malades ne doivent jamais cracher sur le parquet, dans un mouchoir ni même dans les cendres du foyer ; tous ces objets ainsi souillés peuvent constituer des moyens de propagation de la maladie. L’usage du crachoir est donc indispensable.

Le crachoir doit être de désinfection facile et toujours garni de solution antiseptique forte, à moins qu’on ne fasse usage de petits crachoirs en carton qu’on brûle aussitôt après s’en être servi. Les crachoirs en verre ou porcelaine doivent être désinfectés tous les jours en les lavant à l’eau bouillante, et, en cas de diphtérie (croup), en les laissant pendant une heure tous les jours dans de l’eau bouillante à laquelle on ajoute 15 grammes de carbonate de soude (cristaux) par litre.

Vases de nuit. — Les vases de nuit doivent être tenus constamment dans un état de parfaite propreté,

— lui —

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les urines et les selles ne doivent pas y séjourner. Us doivent toujours être, comme les crachoirs, garnis de solution antiseptique.

Dès qu’ils ont servi, les matières fécales sont largement arrosées de solution antiseptique et transportées par la garde (ayant pris toutes les précautions de sortie recommandées) dans les latrines qui sont aussitôt lavées par la garde elle-même en projetant dans la cuvette un litre au moins delà solution antiseptique forte contenue dans la cruche ou le broc laissés en permanence dans les cabinets. S’il s’agit des urines, elles sont provisoirement vidées dans un des seaux du cabinet de toilette contenant de la solution antiseptique et de la solution antiseptique est remise dans le vase.

Soin de la chambre. — La chambre doit être toujours très proprement tenue ; tous les jours, et plusieurs fois par jour s’il est possible, elle doit être largement aérée, de préférence au moment où le soleil peut y pénétrer, en protégeant, s’il y a lieu, le malade contre l’accès direct de l’air extérieur, à l’aide d’un paravent ou d’un drap, et toujours maintenue à la température convenable.

Elle sera balayée deux fois par jour à l’aide d’un balai recouvert d'un linge imbibé de solution antiseptique ou après qu’il aura été répandu sur le sol ou plancher de la sciure de bois humectée avec de

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la solution antiseptique ou bien encore de l’herbe verte, afin d’éviter le soulèvement de poussières. Les balayures sont ensuite brûlées ou jetées dans de la solution antiseptique.

Une fois par jour au moins, les meubles seront essuyés à l’aide d’un linge légèrement imbibé de la même solution ; une à deux fois par semaine, la totalité de la chambre sera désinfectée en humectant avec une éponge ou un linge les murs et les meubles.

11 ne doit y avoir dans la chambre aucune provision de bouche, pas même du lait ou des boissons, à moins qu’elles ne soient bien bouchées et que le bouchon ne soit recouvert d’un cornet de papier renversé le débordant largement.

Soins 'personnels de la garde. — Les soins personnels de la garde, ayant pour but de la préserver contre la contagion et d’empêcher qu’elle ne transporte au dehors les germes morbides, consistent dans les précautions déjà indiquées : vêtement spécial (sarrau, bonnet, chaussures de chambre), lavage immédiat des mains et du visage et, s’il y a lieu, de certaines parties du vêtement, dans le cas d’éclaboussure par des parcelles provenant des expectorations, éternuements ou vomissements, du pus, ou du sang, ou des déjections du malade.

La garde-malade ne doit jamais prendre ses repas

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dans la chambre du malade. Elle doit, autant que possible, sortir pendant une heure environ tous les jours et se promener (en se conformant chaque fois, bien entendu, lors des sorties, aux prescriptions portées dans les instructions spéciales).

L' antisepsie de la bouche , de la gorge et du nez , nécessaire pour tous, en temps d’épidémies spécialement, l’est particulièrement pour les gardesmalades et pour les malades.

Un grand nombre de germes de maladies sont transportés par l’air et nous envahissent par les voies respiratoires ; un grand nombre de microbes pénètrent en nous avec les aliments ; beaucoup restent dans la bouche, dans l’arrière-gorge et dans le nez, prêts à devenir nuisibles à la première occasion, refroidissement, surmenage, indisposition quelconque. Les bacilles de la diphtérie, ceux de la pneumonie, de la tuberculose, de l’érysipèle et des suppurations s’y trouvent souvent ; il faut donc, pour éviter que ces maladies ne se produisent soit d’emblée, soit comme complications d’autres maladies, que la bouche, l’arrière-gorge, le nez soient fréquemment désinfectés, surtout au cours d’une maladie et en temps d’épidémie.

Pour cela, il faut qu’au moins deux fois par jour, au lever et au coucher, ces parties du corps soient soigneusement lavées avec les solutions antisep-

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tiques. Pour le nez, la solution d’acide borique à 3 p. 100 employée chaude est suffisante, du moins en général, dans le rhume de cerveau notamment, pour l’empêcher d’arriver à suppuration; mais, dans ce cas, il faut l’employer toutes les deux heures ou toutes les trois heures. Pour la bouche et la gorge, il faut employer des désinfectants plus actifs, en évitant toutefois ceux qui ont un trop mauvais goût ou qui sont dangereux, toxiques. Se basant sur ce fait (établi par M. Bouchard) que la puissance des antiseptiques peut être augmentée sans qu’ils deviennent plus toxiques quand on les mélange dans certaines proportions, M. de Christmas a donné la formule de plusieurs de ces mélanges antiseptiques propres à la désinfection de la bouche. Les plus commodes à employer sont ceux qui sont composés d’acide phénique, acide salicylique et acide citrique, fondus ensemble et mélangés avec des essences d’eucalyptus et menthe ou d’acide phénique, acide borique, thymol et essences. Un de ces mélanges, généralement connu sous le nom de phénosalyl, est couramment employé à la dose d’une cuillerée à café pour un litre d’eau pour le lavage antiseptique de la bouche, de l’arrière-gorge et du nez. Les essences ne peuvent être employées seules pour cet usage, parce que, pour avoir une activité suffisante comme antiseptiques, elles devraient

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être peu étendues d’eau et elles ne peuvent être ainsi appliquées sur les muqueuses sans danger de brûlure.

Autant que possible, il est bon de se laver la bouche, non seulement au lever et au coucher, mais encore après chaque repas.

Convalescence. — La maladie étant terminée, le danger de contagion n’a pas encore disparu ; des exemples frappants en ont été donnés, nous n'y ajouterons que ceux-ci : Une jeune fille atteinte de fièvre typhoïde et soignée à Paris est envoyée dans un petit village des Vosges pour y achever sa convalescence déjà très avancée, car elle paraissait absolument bien portante à son arrivée ; quelques jours après, alors qu’il n’y avait pas un cas de fièvre typhoïde dans tout le pays, sa famille entière est prise ; un de ses frères et une de ses sœurs succombent; leur médecin, le Dr Lardier, constate que les matières fécales, non désinfectées, sont jetées sur un fumier, au voisinage du puits dont l’eau sert à l’alimentation de la maison.

Une autre fois, c’est la famille entière du chef de gare d’une petite station qui est prise de fièvre typhoïde après le passage d’un convalescent militaire qui s’est arrêté là quelques instants pour aller aux cabinets.

Quelques maladies même, la scarlatine, par exem-

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pie, sont spécialement contagieuses au cours de la convalescence, pendant laquelle les débris d 'épiderme se détachent en grande quantité.

Il faut donc prendre, pendant cette période, les mêmes précautions que pendant la maladie. Toutefois, comme on n’est pas sûr que des imprudences ne seront pas commises par le malade qui a quitté le lit ou par l’entourage, il est bon de prendre des précautions spéciales variant avec la maladie; ainsi, dans la convalescence de la fièvre typhoïde, de la dysenterie, du choléra, de veiller surtout à ce que le malade n’aille pas aux latrines communes et que ses selles soient désinfectées avant d’y être jetées ; dans la convalescence des fièvres éruptives, de voir que les débris d’épiderme et les crachats, les mucosités du nez ne puissent se répandre et pour cela enduire le corps tout entier d’un corps gras antiseptique, de vaseline boriquée par exemple ; d’imposer l’usage du crachoir, de mouchoirs rendus antiseptiques, souvent renouvelés et plongés dès qu’ils sont retirés au malade dans la solution antiseptique.

Pour les maladies les plus fréquentes, la période pendant laquelle, après cessation de la maladie (c’est-à-dire depuis le début de la convalescence), le malade émet encore des germes morbides et peut, par conséquent, transmettre la maladie, peut être évaluée ainsi :

DÉSINFECTION APRÈS LA MALADIE

Fièvre typhoïde

Scarlatine

Diphtérie

Variole

Oreillons 3 —

Choléra 2 à 3 —

Rougeole 2 —

Après cette période, le malade est généralement baigné ou bien lavé avec de l’eau additionnée d’acide borique (40 grammes pour 1 litre) ou de sublimé (1 gramme pour 2 h 3 litres), ou fortement lavé au savon sur tout le corps, puis revêtu de vêtements propres n’ayant pas été exposés à la contagion, et seulement alors il peut reprendre, sans danger pour autrui, la vie commune.

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