CHAPITRE III
Pour qu’une contagion se produise, nous avons vu qu'il fallait un terrain et un germe; nous venons d'étudier le terrain, de constater son influence, et d'indiquer les conditions qu'il devait remplir pour empêcher le développement des germes infectieux.
D'autre part, nous savons que les bacilles des maladies microbiennes se trouvent partout, dans l'air, l’eau, le sol, les aliments et même l'organisme.
La lutte contre les bacilles de l'organisme se réduit à la prophylaxie du terrain qui atténue leur viru- Jence et entrave leur développement ; mais il n’en est plus de même pour les bacilles des milieux ambiants: le bon terrain pourra certes encore les empêcher de nuire, mais d’autres ressources peuvent être mises en pratique pour augmenter les chances de résistance : il sera possible d'éviter à l'organisme l’envahissement des bacilles, en assainissant les milieux, en diminuant leur virulence, en les rendant autant que possible aseptiques.
Sans prétendre jamais réaliser la vie aseptique absolue, comme MM. Nuttal et Thierfelder l'ont procurée pendant huit jours à un cochon d’Inde (1), on peut du moins diminuer la toxicité des milieux ambiants, et par suite rendre les chances d'infection moins nombreuses.
Depuis la naissance jusqu'à la mort, l'organisme consomme une quantité considérable d’air ; c'est son premier et son dernier aliment; c’est un aliment de première nécessité; on cite des personnes qui sont restées plusieurs semaines sans prendre de nourriture ; on n’a pas encore constaté d'individus qui aient pu se priver d'air pendant un jour. « L’air est le pain de la respiration; ce pain-là se respire au lieu de se manger, voilà toute la différence. » (Max Simon.)
Or si l’air contient des germes infectieux, chaque inspiration est une chance d'infection d'autant plus grande que le nombre des germes est plus considérable, et par suite, si l’on diminue la proportion des germes, les chances d'infection diminueront en même temps.
Malheureusement, si l'homme a besoin d'air, il s’occupe généralement bien peu de savoir quelle est sa qualité; il ne voit pas de différence entre un air pur et un air contaminé, un air sain et un
(1) Varigny, La vie aseptique (Médecine moderne, janvier 1896).
54 ù LE GERME DANS L’AIR.
air malsain; il en apprécie l’odeur et non la virulence.