CAUSES DE L'IMPURETÉ DE L'AIR
Il existe en outre dans l'air, l’eau, le sol, des poisons, des substances solubles, en dehors de tout microbe, qui favorisent le développement des microbes existant en nous.
2° Microorganismes. — Tout en ayant la composition chimique normale, l’air peut contenir en suspension des germes vivants pathogènes : c’est l'air infecté par lestuberculeux,les typhiques, et en général par tous les malades atteints d’affections contagieuses. Il est l'élément contagionnant, répandant et semant partout les maladies dont il porte les germes.
Le nombre des germes que renferme l’air est très variable, suivant les endroits, les saisons, la direction des vents; dans les appartements, il varie suivant la propreté, la position sociale des habitants, le degré de l'encombrement, l'heure du jour.
Par contre, si l’air peut être très riche en germes, il peut aussi n’en contenir que de minimes proportions : l’air des montagnes, l’air de la mer.
Pour fixer les idées, voici quelques chiffres, empruntés aux recherches de Miquel :
1 microorganisme par m. c. dans les glaciers. 160 — — au parc de Montsouris.
5500 — — rue de Rivoli.
Tout en ne contenant pas de germes pathogènes, l'air peut encore être nuisible ; il suffit qu'il renferme quelques bacilles non pathogènes, qui, au
contact des germes pathogènes de l'organisme, forment des associations microbiennes dangereuses. «Des microbes atténués au point de ne plus produire à eux seuls une maladie peuvent s’exalter, se revivifier et redevenir virulents, lorsque deux espèces sont introduites dans un organisme (1). »
3° Manque d'air. — Enfin, sans contenir des matières minérales ou organiques nuisibles, des germes pathogènes, l’air peut encore être malsain par sa trop faible quantité d'oxygène; de même que l'organisme a besoin d’une certaine quantité d'aliments, d'une ration normale, de même il a besoin d’une quantité déterminée d'air ; s’il y a insuffisance, par exemple lorsqu'il ÿ a encombrement, lorsqu'il existe des habitations sans fenêtres, l'organisme ne fonctionne plus comme il le devrait. C’est une misère physiologique que de respirer un air sali, dépourvu de tonicité.
Cela ne donne point le choléra, ni la fièvre typhoïde, mais cela peut y prédisposer, et en tous cas cela déprime la vitalité de l'organisme.
1° Air vicié par des matières minérales ou organiques. — Tous les ouvriers sont plus ou moins ex-
(1) Galtier, Académie des sciences, 30 avril 1894.
posés à contracter, par le fait même de leur profession, des maladies: les unes graves (colique saturnine, nécrose phosphorée), les autres plus bénignes (blépharite des boulangers).
Mais l'hygiène industrielle bien appliquée peut diminuer le nombre des malades.
L'air peut contenir en excès des matières nuisibles à la vitalité de l'organisme; les principales sont: l'oxyde de carbone, l'hydrogène sulfuré, le chlore, l’acide sulfureux, l’ammoniaque, l'hydrogène carboné, le sulfure de carbone, les vapeurs mercurielles, le phosphore; ces matières peuvent se répandre dans l’air, soit à l’état de vapeurs, soit à l’état de poussières.
[. VAPEURS ET GAZ TOXIQUES. — Les vapeurs irritantes (vapeurs acides, fumées) donnent lieu, par absorption brusque, à des accidents de suffocation. Presque toujours ces accidents sont suivis de crachements de sang, indice d’une irritation violente des voies pulmonaires.
Lorsque ces vapeurs sont respirées en petite quantité, elles provoquent à la longue une altération de la bouche, de la gorge, des bronches. Les fabricants de produits chimiques, les étameurs sont soumis à ces dangers.
Les vapeurs métalliques constituent le mode d’intoxication le plus redoutable du plomb, du mercure et de l’arsenic.
On a noté la fréquence relative des épidémies de maladies infectieuses dans certaines industries qui dégagent des gaz toxiques; or, ce qu'il s’agit de savoir, c'est de quelle façon, directe ou indirecte, ces gaz ou vapeurs influent sur le développement de ces épidémies.
L'intoxication lente par les gaz toxiques, méphitiques ou putrides, affaiblit l'organisme, produit la misère physiologique et crée une prédisposition aux maladies infectieuses.
D'après le D'° Maittei, les animaux soumis aux inhalations des gaz toxiques se montrent moins résistants que les animaux sains ; chez les animaux chroniquement intoxiqués, l'infection a une marche plus rapide.
Les animaux réfractaires ou peu sensibles aux infections perdent leur immunité naturelle et acquièrent la prédisposition à ces infections, après qu'ils ont été soumis à l'inhalation des divers gaz toxiques.
L'action des gaz toxiques, en tant qu’elle augmente la prédisposition des animaux aux maladies infectieuses, ne doit pas être considérée comme une action élective ou spécifique du poison sur tel organe, appareil ou tissu, mais bien comme un facteur complexe, un trouble plus ou moins profond dans l'échange des matériaux organiques, comme-une cause de débilité ou de dépérissement, par altération
PREUVES DE LA CONTAGION PAR L'AIR. d9
générale, fonctionnelle et nutritive de l’organisme tout entier.
Il. Poussrèrus. — On a généralement regardé les poussières mêlées à l’air des ateliers comme une des principales causes de la tuberculose. S'il est évident que certaines poussières ont une action qui se manifeste de suite par des symptômes bien déterminés (sycosis anthracosis), il est du moins prouvé que toutes agissent de la façon la plus nuisible sur les organes broncho-pulmonaires et peuvent ainsi devenir une cause favorable au développement de la tuberculose chez des individus déjà prédisposés.
« Toutes les industries à poussières ont une action sur les bronches et les poumons, que ce soient des poussières métalliques (aiguiseurs d’aiguilles) ou des poussières végétales ou animales (meuniers, pelletiers); cette action se traduit par une irritalion chronique dela muqueuse du pharynx, des bronches (1). »
Si les poussières ne peuvent par elles-mêmes engendrer des maladies infectieuses, elles servent du moins de support aux agents microbiens de ces maladies ; ce sont en général les poussières animales
qui remplissent cette fonction ; le charbon est souvent propagé par des poussières de laine et de crin (2).
(1) Brouardel, Responsabilité des patrons dans certains cas de maladies épidémiques (Ann. d'hyg., 1893, t. XXIX, p.5).
(2) Leroy des Barres, Le charbon (pustule maligne, ædème malin)
observé à Saint-Denis sur les criniers et les mégissiers (Ann. d'hyg., 1890, t. XXIII, p. 496).
Ün grand industriel voyait depuis quelques années un nombre assez élevé de ses ouvriers obligés de cesser leur travail par suite de tuberculose pulmonaire. Plusieurs étaient morts.
D'après une enquête médicale et professionnelle, la contagion provenait des poussières que les ouvriers respiraient le matin pendant le balayage des ateliers qui avait lieu, non avant Je travail, mais pendant le travail même ; il était possible en effet que les crachats de la veille, desséchés sur les planchers, fussent entraînés par le balayage, mélés à la poussière et finalement respirés par des ouvriers qui, prédisposés par le siderosis résultant des poussières développées pendant le travail, devenaient ainsi tuberculeux.
Si cette hypothèse était exacte, il suffisait de remplacer le nettoyage à sec par le lavage, ou plutôt l'essuyage au torchon mouillé, pour arrêter les progrès du mal. Il fut ainsi ordonné, et l'épidémie de tuberculose disparut rapidement. (Cas de M. Napias.)
2° Air vicié par les germes pathogènes vivants. — Bien que les germes pathogènes de l'air ne semblent PaS parcourir de grandes distances, et qu’ils retombent généralement très vite sur le sol, il existe Cependant un certain nombre de maladies microbiennes qui se propagent par l’air.
L. Transmission pr La FIÈVRE TYPHOÏDE PAR L'AIR. — Les détracteurs de l’origine hydrique de la fièvre typhoïde font de l'air le principal véhicule du ba-
cille d'Eberth : sans tomber d’un excès dans un autre, il faut, je crois, tout en accordant une plus grande part à la transmission par l’eau, reconnaître que l'air est souvent aussi l'agent infectant. Dans son rapport au Congrès d'hygiène et de démographie de Vienne, M. le Professeur Brouardel (1) disait que 95 fois sur 100, l’eau était le transmetteur du bacille typhique, mais il accordait néanmoins une certaine action à l'air.
Lassine rapporte (2) qu'en 1874, une épidémie de fièvre typhoïde sévit sur les élèves du lycée de Lyon. Le licenciement eut lieu. Les élèves, en arrivant dans leur famille, y propagèrent la fièvre typhoïde ; il est évident que l’eau n’a eu aucune action dans cette contamination ; l’air infecté par les lycéens était seul en cause.
A. Ollivier a observé, en 1882, deux cas de contagion de fièvre typhoïde par l’air, à l'hôpital Saint- Louis ; une jeune fille entre à l'hôpital pour une fièvre typhoïde ; dix à quinze jours après, deux de ses voisines sont prises de la même maladie, alors qu'il n'existait ni dans le service, ni dans l'hôpital, aucun cas de ce genre. Les deux nouvelles malades affirmèrent qu'il n'existait aucun cas de fièvre typhoïde
(1) Brouardel, Des modes de propagation de la fièvre typhoïd e
conférence au Congrès de Vienne (Ann. d'hyg., 1887, t. XVIII, P- 385). ,
,+ (2) Lassine, Propagation de la fièvre typhoïde par l'air. Thèse de Paris, 1889.
dans la maison qu’elles habitaient, ni dans les maisons voisines et qu’elles n’ont visilé aucune personne atieinte de cette maladie.
En 1886, M. le Professeur Debove a communiqué à la Société médicale des Hôpitaux un exemple de la contagion de la fièvre typhoïde par l'air. Il s’agit de six enfants appartenant à la même famille, dent cinq furent atteints successivement de la fièvre typhoïde. Ù |
Le premier enfant atteint a contagionné ses frères, qui venaient prendre leurs repas dans la chambre du malade ; la maison habitée était neuve; les soins de propreté avaient été bien observés, les cabinets d’aisance avaient été journellement désinfectés, ainsi que tous les linges souillés ; l’air seul a donc pu être la cause de la contagion.
M. le Professeur Brouardel, en 1887, à rapporté le fait suivant : « Gielt raconte qu'un homme ayant contracté à Ulm la fièvre typhoïde revient dans son village où la maladie ne s'était pas montrée depuis de longues années ; les déjections du malade sont Jetées sur un fumier. Au bout de quelques semaines, cinq hommes sont employés à enlever ce fumier ; sur les cinq, quatre sont atteints de fièvre typhoïde. Les déjections de ces nouveaux malades sont enfouies sous un autre fumier qui n’est enlevé qu'après neuf mois. Deux hommes sont employés à ce travail : l’un d'eux contracte la fièvre typhoïde. »
Dans cette relation, non seulement l’air était infecté, mais encore il est resté infecté pendant longtemps.
On objectera peut-être qu’il faut chercher une autre cause, puisque la première fois, sur cinq hommes soumis aux mêmes conditions de contagion, quatre seulement ont été malades, et la seconde fois sur deux, un seul a été atteint; mais cette remarque n'intirme nullement l’étiologie de. l'air, puisque, comme nous l'avons vu, il faut, pour qu'une infection se produise, un terrain et un germe. Or tous les individus en observation, dans le cas présent, étaient sous l'influence du germe; mais s’il yenadeux qui sont restés indemnes, on peut supposer qu'ils avaient un bon terrain, qui leur a permis de résister, tandis que les cinq autres étaient des affaiblis, et constituaient de bons terrains de culture.
L’épidémie du couvent du Bon-Pasteur, rapportée par Budd, fournit encore des preuves de la transmission de la fièvre typhoïde par l’air.
« Des infiltrations étendues s'étaient produites dans les conduits de vidanges d’une maison, où d’ailleurs la fièvre typhoïde n'existait pas.
« Une personne, atleinte de fièvre typhoïde, vient habiter la maison; plusieurs cas de contagion se produisent, sans pour cela que les personnes approchant la malade soient plus particulièrement atteintes. La contagion se fit par les émanations des infiltrations,
qui, sans influence jusque-là, deviennent contaminantes par l'introduction dans les conduits des déjections de la typhique. Il fut d’ailleurs reconnu qu'il n'y avait aucune communication entre les conduits de vidanges et les réservoirs d’eau potable. »
Un cas analogue s’est produit à l'hôpital de Bâle. Des cas de fièvre typhoïde se développaient chez des personnes n'ayant aucune relation avec les salles de fiévreux. On reconnut que les contaminations étaient dues à un tuyau conduisant les gaz de la fosse d’aisance; ce tuyau présentait des fissures par lesquellesse dégageaient les émanations contagionnantes (Liebermeister).
Murchison (1) a rapporté le cas suivant, dans lequel la propagation de la fièvre typhoïde a eu pour cause l'infection de l’air par des émanations d’égout. Dans l’école des garçons de la maison de charité de Colchester, une épidémie de fièvre typhoïde éclate ; elle frappe en premier les enfants qui occupaient en classe des bancs placés sur le trajet d’un courant d'air qui avait lieu entre l'égout ouvert dans le couloir, la porte et le feu. L’égout fermé, la fièvre disparut. Toute contagion par importation a semblé devoir être exclue, après des recherches soigneuses de ce côté.
Voici deux observations recueillies par M. le Profes-
(1) Murchison, La fièvre typhoïde. Traduction francaise. Paris,
seur Landouzy, qui témoignent de la propagation de la fièvre typhoïde par l'infection de l'air, due à des tuyaux d’évent :
A. — Un jeune homme appartenant à une famille de dix personnes et vivant en apparence identiquement de la vie de toute la famille, eut seul la fièvre typhoïde. Aucune contagion directe ne put être mise en cause, puisqu'il n'avait eu autour de lui aucun cas de fièvre typhoïde et que personne de la famille n'avait eu ni dothiénenterie, ni maladie à caractères typhoïdes. Tandis que sa famille habitait un vaste appartement ayant jour d'un côté sur un boulevard et de l’autre sur une large cour, le jeune homme occupait seul un petit appartement, prenant jour sur un angle de cour ; or, précisément dans cet angle de cour se trouvaient deux latrines, dont les tuyaux d’évent affleuraient à 50 centimètres environ des fenêtres du petit appartement. Là était donc évidemment la cause de la maladie; et cette disposition particulière rendait également compte de ce fait que seul, de cette maison très peuplée, ce jeune homme ait été atteint; seul il avait été exposé à la contagion, et seul il avait été contaminé (1).
B. — Une jeune fille occupant avec sa famille un hôtel entre cour et jardin est atteinte de fièvre
(1) Brouardel, Modes de propagation de la fièvre typhoïde (Ann. d’hyg., 1887, t. XVIIT, p. 385).
G. BAILLièRE. — Mal. évitables. 5
typhoïde, tandis que personne de son entourage n'est malade. On ne constate aucune contagion directe possible. Mais, comme dans l'observation précédente, les tuyaux d'évent de la fosse d'aisance venaient déboucher à quelques centimètres audessous de l'unique fenêtre de la chambre de la jeune fille.
Cette jeune fille était donc bien placée pour contracter la fièvre typhoïde ; elle vivait et respirait sur une fosse d'aisances, qui d’ailleurs ne sentait pas mauvais, puisque personne n'avait Jamais remarqué ce tuyau.
Dans l'épidémie de fièvre typhoïde qui éclata dans la garnison de Laval, en février 1897, on ne pouvait incriminer l’eau.
L'eau passait dans des filtres Chamberland, très surveillés, désinfectés et nettoyés toutes les semaines; d'ailleurs, plusieurs fois l'analyse de l’eau a été faite, et toujours elle a donné un résultat négatif.
En outre, un fait particulier prouve d'une façon bien évidente l'innocuité de l’eau; le 124° régiment d'infanterie occupait deux casernes, alimentées par la même eau ; dans l’une, il y avait de la fièvre typhoïde, dans l’autre, il n’y a pas eu un seul cas.
La cause de l'épidémie fut attribuée à la propagation par l'air de poussières et de germes provenant d'une fabrique de poudrette, située à environ
150 mètres de la caserne. Dans la caserne contaminée, se trouvaient huit compagnies ; sur ce nombre, quatre seulement présentaient des cas de fièvre typhoïde. Dans les quatre autres, il n’y eut qu’un cas isolé. Or les quatre compagnies infectées de fièvre typhoïde occupaient des chambrées et des réfectoires dont les fenêtres prenaient ouverture directement sur la fabrique de poudrette ; les chambrées et les réfectoires des quatre autres compagnies restées indemnes n'avaient aucune ouverture de ce côté.
Il faut donc supposer que les hommes de ces compagnies respiraient dans les chambrées un air vicié, et qu’en outre, au réfectoire, ils pouvaient absorber avec les aliments des poussières transportées de la fabrique de poudrette par le vent et tombées sur les tables, sur les assiettes.
Toutes ces observations de contagion de fièvre typhoïde prouvent que l’air est, dans certains cas, l'agent transmetteur du bacille d'Eberth. Cependant il faut remarquer en même temps que si l'air contagionne, il a un champ d’action très limité; il ne porte pas les germes au loin; l'infection se fait sur place ; l'atmosphère malsaine reste localisée, et ne présente pas de tendance à la dispersion; c’est en cela que le mode d'action de l’air et celui de l’eau diffèrent.
IL. TRANSMISSION DE LA TUBERCULOSE PAR L'AIR, — La théorie de la contagion de la tuberculose n'est pas
une théorie nouvelle, c'est une théorie rénovée et remaniée.
Les anciens maîtres de la médecine croyaient tous à la possibilité de cette contagion.
Ainsi Morgagni évitait de faire les autopsies des phtisiques, par crainte de se contaminer.
Broussais et ses élèves appliquèrent à la tuberculose leurs idées anticontagionnistes et la transformèrent en une maladie essentiellement héréditaire.
Villemin (1865-1869) a remis en honneur la théorie contagionniste et l’a établie sur des bases cerlaines (1).
Koch, en 1882, a découvert le bacille tuberculeux et il est admis aujourd'hui par presque toutes les Écoles que si la tuberculose est quelquefois héréditaire, elle est essentiellement microbienne et contagieuse; la plupart des cas observés s’expliquent par la contamination.
La tuberculose n'est donc plus une fatalité, une maladie inévitable, que l’on apporte en naissant ; elle est classée scientifiquement parmi les maladies contagieuses; elle ne l’est malheureusement pas encore administrativement, puisque les mesures de désinfection ne sont pas encore rendues obligatoires pour les tuberculeux ; il serait néanmoins temps de passer de la théorie à la pratique, puisque du fait que
(1) Villemin, Études sur la tuberculose. Paris, 1868.
la tuberculose est une maladie microbienne, elle est une maladie évitable. C’est un facteur important de la morbidité et de la mortalité, d'autant plus important qu’il s'adresse de préférence aux jeunes gens et aux adultes dans la force de l’âge, à ceux qui peuvent rendre le plus de services à la société; et pourtant on ne fait encore rien ou presque rien contre lui, bien que l’on puisse beaucoup.
Cornet a recueilli, avec des précautions antiseptiques et aseptiques rigoureuses, les poussières déposées sur les murs et tentures des appartements de phtisiques ; il en a fait des bouillons de culture; il a injecté ces bouillons à des lapins, qu il à ainsi rendus tuberculeux.
Il a également fait la contre-expérience, en injectant à d’autres lapins des bouillons de culture contenant des poussières d'appartements non contaminés ; les résultats de ces dernières inoculations ont été négatifs.
Decor a pu également rendre tuberculeux un cobaye, qu'il a soumis à l’action du papier d'une chambre de tuberculeux.
En dehors de ces expériences de Date: les faits cliniques de contagion sont nombreux et confirment les résultats obtenus.
Dans une vieille maison de Londres, meurt un phtisique. Un locataire bien portant lui succède ; il est atteint de tuberculose peu de temps après son
installation; il meurt. Ses quatre filles viennent alors habiter la maison ; elles sont également contagionnées et deviennent tuberculeuses (1).
A Paris, dans un bureau de grande administration, qui comptait vingt-deux employés, il entre deux tubereuléux. Pendant plusieurs années, ces malades valides toussent et crachent.sur le plancher du local exigu et mal aéré, où ils travaillent à côté des employés sains. Or, dans l’espace de quelques années, treize d’entre eux ont succombé à la tuber- ‘culose. Deux tuberculeux ont donc contagionné et tué treize hommes sains. fé . Lallement (2) rapporte que, dans l'agence d’une administration du quartier du Sentier, il entre un employé tuberculeux, installé dans un coin, où il toussait et crachait continuellement ; il meurt. Celui qui le remplace, bien portant, se tuberculise et meurt peu de temps après.
Le D' Engelmann (de Kreuznach) a rapporté de curieux cas de transmission de tuberculose par l’air, qui se sont produits dans une cité ouvrière où logent des ouvriers souffleurs de verre.
Ces ouvriers sont bien payés et bien nourris; ils occupent des habitations saines et bien construites, où ils ne sont pas victimes de l'encombrement. La
(1) Miller, British medical Journal, janvier 1894. (2) Lallement, L'hérédité et la contagion dans la tuberculose. Thèse de Paris, 1891-1892.
cité a été construite en 1865. Aucun cas de tuberculose n’a été constaté jusqu'en 1874. A cette époque, la femme et le fils d’un ouvrier, qui étaient tuberculeux, meurent; l’ouvrier quitte le logement. Il est remplacé par un autre ouvrier etsa famille, composée de six personnes ; ils sont tous bien portants. Au bout de quelque temps, la tuberculose exerce ses ravages sur cette famille. Plusieurs ouvriers se succèdent ainsi, et en douze ans, dans le même local, contaminé la première fois en 1874, dont on n'avait nichangé les papiers, ni blanchi les plafonds, ninettoyé les planchers, on constate douze décès par tuberculose.
On objectera peut-être que la profession de souffleur de verre prédispose à la tuberculose; mais si, dans les cas rapportés, la profession avait une influence, comment se ferait-il que tous les cas se soient produits seulement dans le même logement, pendant que les autres ouvriers, soumis aux mêmes conditions hygiéniques, habitant des logements identiques, mais non contaminés, restaient sains (1)?
Une jeune fille revient dans sa famille avec une tuberculose contractée en pension, elle meurt. Sa jeune sœur hérite de sa chambre et de sa garde-robe; elle devient tuberculeuse et meurt. La dernière
sœur hérite à son tour de la chambre et des vôte-
(1) Engelmann, Berliner klin. Wochenschrift, janvier 1889.
ments ; elle subit le même sort. Les parents étaient et sont restés sains et bien portants. (Villemin.)
Delamarre a rapporté en 1859, à l’Académie des sciences, le cas suivant :
« Un tuberculeux meurt dans un appartement.
Trois locataires, non parents du défunt, viennent successivement y mourir de tuberculose ; ils étaient tous sains auparavant. » |
Une famille de sept personnes bien portantes s’installe dans un appartement, qu'avait occupé auparavant un tuberculeux. Au bout de deux ans, le père et le fils meurent de tuberculose ; et peu de temps après, la mère et deux filles présentent des lésions tuberculeuses (1).
Dans une école des Vosges, où l’on ne connaissait pas la tuberculose, l'administration envoie un instituteur tuberculeux ; bientôt, cinq enfants sont atteints de tuberculose et meurent; la population protestant, l’instituteur est envoyé dans un autre village qui le refuse, et il va ainsi successivement de village en village; les populations protestant et refusant l’instituteur malade, l'administration s’est décidée à le mettre à la retraite.
La fréquence de la tuberculose parmi les infirmiers, civils et militaires, remise en lumière en 4896 par M. le Professeur Terrier, à l’Académie de mé-
(1) Ollivier, Semaine médicale, 1890,
decine, est encore une preuve de la contagion par l'air.
On a voulu opposer aux observations de contagion de la tuberculose des faits négatifs tendant à prouver la non-contagion.
On à ainsi cité des exemples de personnes exposées aux mêmes chances de contamination : les unes sont atteintes, les autres ne le sont pas. Il est certain que parmi ceux qui sont placés dans les conditions les plus favorables à la contagion, il en est beaucoup qui restent indemnes; ces cas n’infirment pas la théorie, ils ne font que confirmer le rôle du terrain et prouvent une fois de plus la nécessité du concours simultané d’un mauvais terrain et de la présence d’un germe pour produire une infection.
« Il y a donc en quelque sorte des maisons maudites, dans lesquelles la plupart des habitants sont successivement frappés. Chose curieuse, en pareil cas, ceux des enfants qui vivent loin du toit paternel échappent à la maladie (1). »
Nous nous trouvons donc bien là en présence d’un facteur autre que l’hérédité, puisque sont seuls frappés les enfants qui vivent près de leurs parents, tandis que les autres ne subissent aucune atteinte du mal; cet autre facteur, c’est l’air infecté par les
(1) Grancher et Hutinel, art. Parisre (Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales).
parents causant la contamination des enfants qui le respirent.
III. TRANSMISSION DE LA DIPHTÉRIE PAR L'AIR. — La diphtérie est transmissible directement, mais les fausses membranes desséchées, les expectorations peuvent se répandre dans l'air, sous forme de poussières, et créer ainsi un milieu infectant.
IV. TRANSMISSION DE LA VARIOLE PAR L'AIR. — L'air peut aussi être le véhicule de la contagion de la variole; les débris organiques, les croûtes épidermiques des varioleux sont les facteurs contaminants.
M. le Professeur Brouardel a en effet reconnu que le nombre des cellules épidermiques voltigeant dans l'air d’une salle de varioleux est prodigieux. La présence de ces croûtes dans l'air des salles explique bien des cas de contagion intérieure qui étaient fréquents avant la pratique de l'isolement des varioleux (4).
V. TRANSMISSION DU CHOLÉRA PAR L'AIR. — S'il est bien établi, comme l’a dit M. le Professeur Brouardel, que l’air ne peut transporter le choléra à de grandes distances, on doit admettre que pourtant l'air peut servir de véhicule aux germes contagieux du choléra, dans un champ assez restreint. Au contact des déjections des cholériques, l’air est contaminé par les germes spécifiques; c’est pourquoi il faut se
(1) Lemarinier, Transmission de la variole. Thèse de Paris, 1887-1888. ;
méfier des effluves des bouches d’égout et des water-elosets.
VI. TRANSMISSION DE LA ROUGEOLE PAR L'AIR. — L'air ne semble pas jouer un grand rôle dans la contagion de la rougeole; la contagion se fait surtout par contact; le germe garde peu de temps sa virulence ; il semble alors facile de l’éviter.
- En ayant soin de ne pas s'approcher des rougeoleux, il paraît évident que l'on se préservera de la maladie. . ds Fe METIER
- Toutefois, malgré la simplicité du procédé prophylactique, la rougeole est peut-être la moins évitable de toutes les maladies transmissibles, d’abord parce que l’espèce humaine offre une grande réceptivité pour la rougeole, ensuite parce que la contagion est précoce; elle se fait surtout avant même la constatation des premiers symptômes; elle se fait lorsqu'on est en contact avec un rougeoleux en puissance, lorsque le danger est invisible.
VIT. TRANSMISSION DE LA SCARLATINE, DE LA COQUELUCHE, DE LA GRIPPE, ETC., PAR L'AIR. — [l existe également de nombreux cas de contagion de la scarlatine, de la coqueluche, de la grippe par l'air.
Il faut donc en conclure que l'air peut servir d'agent de contamination dans toutes les maladies à desquamation de l’épiderme, ainsi que dans toutes les maladies à expectoration.