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VIIL. TRANSMISSION DE LA PESTE PAR L'AIR. — M. le Pro

fesseur Proust (1) prouve que la saison, l'humidité de l'air, la température, les vents sont autant d’éléments à étudier dans la transmission de la peste.

IX. TRANSMISSION DU TÉTANOS paR L'AIR. — Le tétanos estune affection virulente, essentiellement transmissible: l'air semble être un facteur important de la contagion.

En soumettant des animaux à l'influence des poussières d’une salle d'hôpital, MM. Chantemesse et Widal ont pu tétaniser des animaux.

III, — Moyens d'éviter la transmission des maladies par l'air.

De mème qu'il y a plusieurs causes d'infection de l'air, de même il y a plusieurs moyens à mettre en pratique pour combattre la viciation de l'air.

L'impureté due aux matières minérales et organiques est combattue par l'hygiène industrielle ; celle qui est causée par les germes vivants sera supprimée par la désinfection et l’aération.

1° Impureté due aux matières minérales et organiques. — Hygiène industrielle. — L’hygiène industrielle combat cette cause de viciation de l'air en surveillant l'installation des ateliers, en ordonnant une bonne ventilation, en prescrivant les pro-

(1) Proust, La défense de l'Europe contre la peste, 1897.

cédés les moins dangereux pour le maniement des substances nuisibles, en indiquant des précautions : prophylactiques, auxquelles doivent se soumettre les ouvriers.

Un décret du 10 mars 1894 prescrit le nettoyage par voie humide du sol des ateliers, avant l’arrivée des ouvriers.

Dans les ateliers où l’on manie le mercure, on devra répandre du chlorure de chaux qui, en se combinant avec les vapeurs mercurielles, préviendra leur nocivité.

Sans passer en revue les différentes industries dangereuses pour la santé des ouvriers, et les différentes pratiques nécessaires pour diminuer leur nuisance, ce qui constitue une question fort intéressante, mais trop vaste pour être traitée ici, je donnerai simplement deux exemples.

A. — Pour l’assainissement de la fabrication des allumettes, on peut employer trois sorles de remèdes :

1° Suppression du phosphore blanc;

2° Emploi de machines automatiques closes;

3° Assainissement des locaux.

La première question a été étudiée dernièrement par une commission spéciale présidée par M. Schlæsing, et les résultats en ont été très satisfaisants. Il ne reste plus qu’à les appliquer à la pratique courante et à faire passer dans nos mœurs l’usage des allumettes au phosphore rouge.

Les machines automatiques closes donnent en Amérique d'excellents résultats; mais les brevets pris par les inventeurs les rendent presque inabordables par leurs prix aux usines françaises. Il faut attendre que les ingénieurs français aient trouvé à les remplacer par d'autres machines équivalentes.

L’assainissement des locaux est le remède urgent à appliquer. On doit pratiquer dans les ateliers une ventilation très énergique, donner aux ouvriers un vestiaire Sain, un lavabo hygiénique et un réfectoire à l’abri des vapeurs de phosphore.

Enfin, la commission signale, comme mesure prophylactique excellente, le déplacement des ouvriers d’un service à l’autre, de façon à leur permettre de vivre pendant quelques mois à l’air, après avoir respiré pendant un certain temps les vapeurs toxiques.

B. — Les ouvriers qui sont le plus souvent frappés d'empoisonnement saturnin sont ceux que le travail expose aux poussières plombifères et ceux qui ont des contacts directs avec des préparations plombiques ; toutefois l'absorption des poussières plombifères est infiniment plus dangereuse que le contact. Pour éviter aux ouvriers, dans la mesure du possible, les dangers qu'offre cette industrie, il faudra donc diminuer, autant qu’il se pourra, la quantité de poussière ; or il à été reconnu que le maniement de la céruse humide ou mélangée à l'huile dégage moins de poussières qu'à l'état sec ; par suite, l'absorption

sera moins considérable, et l'intoxication aura moins de chance de se produire.

Mais, si perfectionnée que soit la méthode industrielle, elle offre encore des chances d'infection, chances que des mesures sanitaires particulières peuvent encore diminuer. Ainsi, à la sortie des ateliers, les ouvriers devront se tremper les mains dans des solutions faibles de sulfure de sodium ou de calcium et les frotter ensuite avec du sable argileux ; puis se laver les mains, la figure, la bouche, les narines. S'il est nécessaire de se laver parfaitement les mains, le visage, il faut en outre surveiller la propreté des vêtements. Dans les fabriques modèles, tout ouvrier doit recevoir en entrant une blouse qu'il quitte en sortant.

Un ouvrier qui sort de la fabrique, les mains, la face et les vêtements chargés de toxiques, continue d’absorber, en respirant et en prenant ses aliments, les poudres plombifères qui n'étaient encore que déposées sur sa peau et ses habits (1).

Ce sont là autant de précautions qui diminuent les chances de réceptivité de l’intoxication.

Ce qui est vrai pour les industries du phosphore et du plomb l’est aussi pour toutes les industries dans lesquelles les ouvriers manient des matières nuisibles à la santé, et l'hygiène prophylactique

(1) Arm. Gautier, Le cuivre et le plomb dans l'alimentation et l'industrie. Paris, 1882,

des intoxications industrielles comprendra donc : 1° L'emploi des procédés qui donneront le moins de chances d'infection;

2° Des pratiques de propreté chez tous les ouvriers maniant des substances toxiques.

2° Infection par les germes vivants. — Désinfection. — Les bacilles des maladies contagieuses peuvent, comme nous l’avons vu, se répandre dans l’air et le rendre un milieu infectant.

L'air, au contact des déjections, des crachats, des desquamations des malades, se charge de bacilles qu'iltient en suspension etqui, au contact d’un terrain propice à la culture, passent dans l'organisme, s’y développent et y produisent la contagion.

La prophylaxie des maladies évitables exige donc d'éviter autant que possible l'infection de l’air, de faire une désinfection rigoureuse, partout où il y aura eu des maladies contagieuses. L’infection de l’air se faisant par les déjections, les crachats et les desquamations des malades, c'est à ces trois agents de transmission qu'il faut appliquer la désinfection.

I. Disscrions. — Les déjections sont surtout en cause pour la fièvre typhoïde et le choléra.

En tous temps, les déjections des personnes saines seront reçues dans des water-closets hygiéniquement construits, surveillés et bien entretenus: il faudra

veiller à ce que les tuyaux des fosses ne présentent

pas de fissures, par où pourraient se produire des émanations de gaz nuisibles.

Les déjections des malades seront reçues dans des vases contenant un antiseptique et déversées ensuite dans les water-closets, également avec une solution antiseptique.

En temps d'épidémie, il sera particulièrement nécessaire de ne négliger aucune de ces pratiques, il vaudra mieux les exagérer que risquer de ne pas en faire assez.

IL. Cracnars. — Lorsqu'il s’agit de maladies à expectoration, les déjections deviennent des causes d'infection moindre, mais les crachats tiennent alors la première place parmi les agents contagionnants.

En effet, si la tuberculose se transmet par l’air, ce n’est pas l’haleine du tuberculeux qui infecte l'air. L'air, expiré par le tuberculeux, n’est pas par luimême infectieux, il ne le devient qu'au contact des crachats. C’est la virulence du crachat, qui, en se desséchant, met en liberté les bacilles de Koch qu’il contenait. Ceux-ci se répandent dans l’air et envahissent, par son intermédiaire, les terrains favorables à leur culture.

La pneumonie semble contagieuse et les crachats, par leurs organismes pathogènes spécifiques, sont les agents les plus habituels du contage ; la contagion est même possible après laguérison de la pneumonie (Dieulafoy).

G. BAILLIÈRE. — Mal. évitables. 6

Comme ilexiste bien des gens qui ont la mauvaise habitude de cracher partout et souvent, et que, en particulier, les tuberculeux ne font pas exception, et comme, d'autre part, on ne fait rien ou à peu près rien, jusqu'à présent du moins, pour annihiler Ja virulence des crachats, il n’est pas étonnant de constater l’envahissement toujours croissant de la tuberculose ; pourtant on pourrait enrayer cet envahissement, avec quelques mesures de désinfection et quelques règlements d'hygiène bien appliqués.

D'ailleurs le tuberculeux est un malade d'autant plus dangereux que sa maladie, au début du moins, ne le force pas au repos et à l'immobilité, et que dans la plupart des cas, il continue à vivre comme tout le monde, à travailler dans un atelier ou dans un bureau: il ne cesse donc d'infecter tous ceux qui l'approchent, il sème le bacille de Koch partout où il passe, c'est un foyer d'infection ambulant.

Puisque l'air ne transmet la tuberculose qu'autant qu'il se trouve en contact avec des crachats de tuberculeux, la prophylaxie se résume à ceci: plus de crachats se desséchant à J’air libre, et partant, plus d’air infecté par les bacilles de Koch, et diminution sensible de la contagion tuberculeuse.

Mais ce qui semble si facile en théorie est difficile en pratique, parce que d’abord peu de personnes connaissent le rôle des crachats dans la contagion et par conséquent n’y attachent pas d'importance ;

parce que ensuite l'homme aime la liberté et admet difficilement une réglementation dont il ne comprend pas l'utilité, surtout lorsqu'elle vise des actes privés qui ne lui paraissent pas gèner ses semblables.

Toutefois un certain nombre de mesures peuvent ètre prises pour assurer la diminution de ce mode d'infection, essentiellement évitable.

1° Défense de cracher. — I] faudrait défendre de cracher dans les lieux publics (théâtres, cafés, églises, bureaux d'administration, ateliers, voitures et chemins de fer); on y défend bien de fumer, pourquoi ne pourrait-on pas défendre de cracher?

2° Usage des crachoirs. — 1] serait utile de répandre l’usage des crachoirs renfermant une solution antiseptique. Il existe bien des établissements, spécialement construits pour recevoir les déjections, dans les meilleures conditions de propreté et de salubrité, pourquoi l’usage des crachoirs entrerait-il plus difficilement dans les mœurs ? Comme toutes les innovations, il entraînerait bien des réclamations, mais les heureux résultats que donnerait cette pratique, seraient les meilleures preuves de son utilité.

Il faut se servir de crachoirs, contenant une certaine quantité de liquide antiseptique, et non des matières pulvérulentes telles que du sable, du son, des cendres: dans les rares endroits, où j'ai vu employer des crachoirs, j'ai constaté que l’on uti-

lisait précisément ces matières pulvérulentes, sauf dans les hôpitaux. Il est presque plus mauvais pour la prophylaxie, de se servir de crachoirs renfermant des matières pulvérulentes que de ne pas en avoir; Car ce qui est dangereux dans le crachat, c'est le dessèchement; or le mélange avec des matières pulvérulentes a au contraire pour résultat d'activer le dessèchement et de permettre aux mouvements de l'air de soulever des parcelles des expectorations en même temps que ces matières elles-mêmes.

ILest donc nécessaire de recevoir les expectorations dans un liquide, de façon à empêcher le dessèchement avant le moment de s’en débarrasser; on videra les crachoirs dans les water-closets et on les nettoiera journellement à l'eau bouillante. Mais jamais il ne faudra les déverser sur les fumiers ni dans les cours ou les jardins.

M. le D: Cornet a établi, par des expériences, qu'il

‘n’y a pas de bacilles dans l’air des salles de tuberculeux, crachant dans un crachoir à liquide antiseptique.

M. le D’ Thoinot, chargé par la Commission de la tuberculose, d'établir le matériel de la désinfection des rachats dans les hôpitaux de Paris, a demandé : un crachoir individuel par malade, un crachoir dans les salles et couloirs, et un appareil stérilisateur des crachoirs.

Chaque crachoir est rempli au tiers environ d’une solution phéniquée à 5 p. 100 colorée.

Le stérilisateur des crachoirs, construit par Lequeux, se compose essentiellement d’une chaudière en cuivre, au fond de laquelle on verse un peu d’eau, destinée à être vaporisée au moyen d’un brûleur à gaz.

Cet appareil assure la désinfection par la vapeur à 100° des crachats tuberculeux (1).

Malgré la grande supériorité des crachoirs à liquides, il est des cas où leur emploi est difficile; on peut alors, à défaut de mieux, se contenter de crachoirs à sable humide.

Au 5° régiment du Génie, M. le médecin-major Landriau a obtenu du commandement l’établissement de crachoirs salubres.

Dans tous les escaliers, dans toutes les chambres, on a placé de nombreux crachoirs, contenant du sable rendu humide à l’aide d’une solution d'acide phénique. Ces crachoirs sont régulièrement vidés, et renouvelés, et il est interdit sous peine de punition de cracher ailleurs que dans les crachoirs.

Malheureusement cette excellente mesure n’existe pas dans tous les régiments, car ces précautions sont laissées à l'initiative privée; aucun décret n’établit une règle générale.

(1) Thoinot, La lutte contre la tuberculose, organisation dans les hôpitaux d'un service pratique de désinfection des crachats (Ann. d'hyg., décembre 1897).

Ainsi au 124° régiment d'infanterie, il y a bien des soi-disant crachoirs, mais ce qu'on y appelle un crachoir est plutôt une boîte à ordures; on y dépose tous les détritus, toutes les poussières de la chambre; c’est un véritable nid à microbes; mieux vaudrait n'en pas avoir.

Cette question de la prophylaxie des crachats de tuberculeux et en général de malades atteints d’affections expectorantes conduit à parler de la communication que M. Vallin a faite à la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle, le 25 mars 1896, sur l'utilité d’un crachoir de poche (1). fl

L'emploi de crachoirs de poche permettrait aux phtisiques et à tous les catarrheux d’expectorer, sans danger pour leurs voisins.

L'appareil qu’il a proposé est en verre bleu, muni d’une soupape à ressort.

L'idée est excellente en soi; elle supprime l’emploi du mouchoir, comme crachoir, usage déplorable au point de vue prophylactique ; le mouchoir en effet favorise le dessèchement des crachals, et chaque fois que le tuberculeux déplie son mou- ‘ choir, il met en liberté les bacilles de Koch qu'il renfermait et les répand autour de Jui ; mais actuellement il est encore difficile de faire entrer l'usage de

(1) Vallin, Crachoir de poche (Ann. d’hyg., 1896).

cet instrument dans la pratique, parce que le public n'en comprend pas l'utilité.

Pourtant à l'étranger, le crachoir portatif est employé dans presque tous les sanatoria; beaucoup de malades l’ont adopté, même en dehors de ces établissements. |

Dans certaines localités d'Allemagne, où la mortalité par tuberculose atteignait de 4, 8 à 7 p. 1000 habitants, cette mortalité a diminué, depuis la défense de cracher sur le sol, et l'emploi des erachoirs portatifs, varie entre 2,8 et 4,8.

En France seulement, on n’y a pas encore eu recours.

On prétextera sans doute qu'il est mauvais de révéler aux malades qu'ils sont phtisiques ; mais on peut se passer de cet aveu; il suffit, comme l’a conseillé M. Armaingaud, de déclarer que toutes les expectorations sont dangereuses, aussi bien celles des catarrheux, des simples bronchitiques que celles des tuberculeux.

3° Prophylaxie générale des crachats. — 1] est évident que ces mesures générales de prophylaxie publique devraient être appliquées par chacun en particulier, dans son habitation.

Un progrès s’est déjà fait sentir, puisqu'il est interdit de cracher dans les omnibus, dans les wagons de chemins de fer; mais l'interdiction est faite sans sanction ; il y a encore bien des personnes

qui ne s'occupent guère de la défense, qui d’ailleurs est souvent édictée de façon peu visible.

Depuis trois ans, il y a en Australie une loi, qui punit d’une amende de deux francs tous ceux qui

crachent dans un lieu public.

En Amérique, il existe une sanction analogue :

Un citoyen de San Francisco, qui avait été une première fois arrêté et condamné à 25 francs d'amende pour avoir - craché sur le parquet d’un tramway, a été arrêté pour le même délit et condamné à 24 heures d'emprisonnement.

L'ordonnance suivante promulguée par le Conseil de santé du village de Saranac Lake, New-York, peut être proposée aux hygiénistes comme le règlement idéal en matière d'hygiène « sputative ».

Attendu que les matières expectorées par les personnes atteintes d'une maladie quelconque des voies respiratoires, poumons, gorge, bouche et nez, contiennent des germes capables de transmettre la même maladie aux autres personnes.

Le Conseil de santé du village de Saranac Lake déclare expressément que le rejet au hasard de ces matières dans des endroits où la maladie pourrait être communiquée aux personnes saines est un danger pour la santé publique et, pour ce motif, adopte Les prescriptions suivantes :

Art. I. — À toute personne qui expectore en raison de quelque maladie des voies respiratoires, il est formellement interdit de cracher sur le parquet des maisons, églises, écoles, magasins, dans les promenades, ou dans tout autre endroit où les matières expectorées pourraient transmettre la maladie.

Art, II. — Toute personne qui transgressera le premier

article de cette ordonnance sera passible d’une amende n’excédant pas 5 dollars (25 francs) pour une première infraction, et 25 dollars pour une infraction ultérieure.

Nota. — Les hôtels, auberges et maisons meublées devront être munis de crachoirs, pour l'usage de leurs hôtes.

Les crachoirs devront être désinfectés chaque jour et contenir une certaine quantité d’une solution antiseptique.

Les personnes qui auront besoin d’expectorer dans la rue devront être munies de petites pièces d’étoffe qui, après usage, devront être conservées et brülées dans le plus bref délai possible. Des morceaux de papier chinois ou de papier à toilette répondent à ce besoin. Le fait de jeter ces papiers, sans les brûler, après s’en être servi, sera regardé comme une violation de l'ordonnance.

On ne devra jamais se servir de mouchoirs pour recevoir les matières expectorées.

Si on le fait, les mouchoirs devront être bouillis ou lavés dans une solution antiseptique, dans le plus bref délai, avant d’être envoyés au blanchissage.

On objectera peut-être que la réalisation de ce projet esl impossible. À première vue, sans doute, la mise en pratique paraît difficile, mais si l’on commençait par expliquer au public pourquoi il est défendu de cracher, ceux que les convenances ne touchent pas ou qui méconnaissent la propreté et qui par conséquent considéreraient cet avis comme inutile, comprendraient peut-être si au lieu de leur dire simplement: « Il est défendu de cracher » comme on dit « Il est défendu de fumer », on leur montrait que c'est un moyen de protéger la santé publique et en particulier leur propre santé. En ne

s'adressant plus aux convenances ni à la propreté, mais à la santé, ils comprendraient sans doute, car tout ce qui touche à la santé intéresse l’homme. Enfin : tout le monde aurait tendance à faire respecter la défense, puisque chacun y trouverait son profit.

Il y a quelques mois à Londres, deux infirmières causaient dans un omnibus. L'une raconta à l’autre qu'elle était attachée au service des varioleux et qu’elle venait de quitter l’hôpital, après avoir passé trente-six heures auprès de ses malades. À ces mots, un voyageur fit arrêter l’omnibus ; un policeman fut requis, et, ayant reçu les déclarations des voyageurs, il envoya la voilure au plus prochain poste de police, où elle fut soumise à une désinfection complète.

Les voyageurs rédigeaient en même temps une requête, à l'effet d'obtenir que l’usage des omnibus soit désormais interdit aux infirmières des hôpitaux.

Cet exemple permet de bien augurer de la façon dont le public ferait respecter l'ordonnance défendant de cracher, s’il connaissait son utilité ; ce qu'il a fait pour la variole, qu'il sait être contagieuse, il n'hésiterait sans doute pas à le faire également pour les crachats, s’illes savait capables de transmettre des maladies à expectoration.

En tous cas, en attendant qu'une mesure générale prescrive cette pratique prophylactique, l'application individuelle peut déjà donner des résultats satisfaisants.

III. DÉSINFECTION GÉNÉRALE MIEUX APPLIQUÉE. — La désinfection des appartements habités par des malades atteints d’affections contagieuses et des objets qui leur appartiennent a fait de grands progrès, dans ces dernières années, depuis l’application de la loi du 30 novembre 1892, qui rend obligatoire la déclaration des maladies contagieuses et qui oblige à la désinfection consécutive.

Cette pratique excellente, qui donne déjà de bons résultats, pourrait en donner de bien meilleurs, si elle était mieux appliquée et plus étendue.

Dès qu'une maladie contagieuse est signalée dans une maison, immédiatement les désinfecteurs sont avertis, ils se rendent au lieu indiqué et là, ils font la désinfection sur place des appartements; ils emportent à l’étuve tous les objets transportables.

Toutefois, même lorsqu'elle est pratiquée par les désinfecteurs officiels, la désinfection est souvent mal faite, elle donne alors une sécurité dangereuse. L'observation suivante, rapportée par M. de Pradel, en est la preuve :

« Dans un local, un enfant est atteint de la diphtérie. Il guérit. L'appartement est désinfecté, tant bien que mal, par les parents du malade, qui, quelque temps après, déménagent et vont habiter ailleurs.

Un nouveau locataire prend possession du loge-

ment; et deux ans après, un de ses enfants est atteint de diphtérie. Il meurt. Les désinfecteurs de la ville pratiquent les pulvérisations au sublimé; les objets ayant appartenus au malade sont brulés.

« Peu de temps après, un nouveau cas de diphtérie se produit dans l'appartement ; une nouvelle désinfection est faite par le service municipal.

« Un troisième locataire vient occuper le mème local; trois mois après, un des enfants est aîteint de diphtérie, il meurt; le service re opère encore une fois la Hautes ».

Il en résulte donc que les deux premières désinfections avaient été mal faites; je ne parle pas de celle qui a été faite par les premiers locataires euxmêmes, qui évidemment avait dû être très sommaire.

J'ai vu, pendant mon année de service militaire, deux épidémies de rougeole.

Dans l’une, au 124° régiment d'infanterie à Laval, il y a eu 30 malades environ, tous casernés dans des chambres voisines.

Comme désinfection, on se contentait de désinfecter la literie le jour où le malade entrait à l'hôpital.

L'autre épidémie, au 5° génie à Versailles, ne mérite même pas le nom d'épidémie, puisqu'il n’y eut que quatre cas.

La désinfection fut autrement sérieuse. Dès l’apparition de la rougeole, M. le D' Landriau fit pratiquer la désinfection de la literie des malades, désinfecter les

chambres, en pulvérisant les parquets au sublimé, et en blanchissant les murs à la chaux phéniquée.

La différence d'intensité des deux épidémies est certainement expliquée par la différence de désinfection. S'il élait un endroit où logiquement la rougeole devait se propager plus vite, c'était à Versailles, car la caserne était une vieille construction, tandis qu’à Laval elle était beaucoup plus moderne.

IV. MALADIES NÉCESSITANT LA DÉSINFECTION. — La liste des maladies contagieuses, à la suite desquelles la désinfection est obligatoire, n’est pas assez étendue. Elle devrait comprendre toutes les maladies microbiennes, puisque toutes les maladies microbiennes sont contagieuses ; en tous cas, il en est une qui par sa fréquence et ses nombreux ravages, impose absolument la désinfection, c’est la tuberculose. Il est démontré d'une façon évidente que la tuberculose est contagieuse, que les tentures, les tapis d’une chambre de tuberculeux contiennent des bacilles aptes à tuberculiser les terrains favorables à la culture; la démonstration expérimentale a été faite sur des animaux, la clinique en donne des exemples journaliers.

Malgré cela, on n’exige pas encore la désinfection des appartements occupés par des tuberculeux; on a constaté des successions de contagion tuberculeuse, dans une chambre contaminée, et on ne cher-

che pas à mettre un frein à cette longue série de

crimes, car ce sont des crimes, puisque l’on connaît le moyen d'empêcher ces morts prématurées et que volontairement on ne fait rien pour les prévenir.

En mars 1896, M. Leroy des Barres a denouveau insisté sur la nécessité de faire entrer la tuberculose dans la liste des maladies contagieuses à déclaration et à désinfection obligatoires.

On lui a objecté que la désinfection chez les tuberculeux devrait se faire non après le décès, précaution un peu illusoire, puisque c’est l’expectoration surtout qui est dangereuse, mais pendant toute la durée de la maladie, et une fois par semaine au moins. Or, dit-on, rendre la désinfection obligagatoire, ce serait au moins quintupler les opérations du service de la désinfection; mais ne vaut-il pas mieux développer ce service et épargner la morbidité et la mortalité humaines ? Il est préférable de dépenser un peu plus pour éviter les maladies, que de reculer devant de nouveaux frais, quitte à laisser la contagion faire des progrès.

Les commissions d'hygiène font tous leurs efforts pour obtenir la désinfection dans les cas de tuberculose; mais ces efforts restent sans résultat: voici d’ailleurs le vœu récemment émis par la commission d'hygiène du cinquième arrondissement de Paris, qui doit être adopté par tous ceux qui ont souci de La santé publique :

1° La tuberculose doit être regardée comme une maladie endémique, contagieuse au premier chef;

2 Il est facile, dans une famille aisée, de demander, à l’occasion de cette maladie, la désinfection, qui ne sera jamais refusée ;

3° Mais La plupart des tuberculeux habitant de pauvres logements, la désinfection ne sera faite que si elle est rendue obligatoire ;

& Il ya donc lieu d’assimiler la tuberculose aux autres maladies contagieuses et de la soumettre à la désinfection obligatoire.

La Commission de la tuberculose a émis en 1897, les conclusions suivantes :

1° La substitution du lavage des parquets au balayage à sec et au cirage qui souillent l’atmosphère de germes pathogènes et créent ainsi la contagion ;

20 Le recueil et la désinfection des crachats ;

3° La désinfection de tous les objets, à l'usage des malades ;

4° La réforme du mobilier des salles de malades;

50 L'habillement des malades qui laisseront à l’entrée du service tous leurs vêtements pour être soumis à l’étuve.

Le collège médical de Hambourg a publié en 1896, sous forme d’une petite feuille distribuée gratuitement une instruction populaire pour éviter la tuberculose :

4° La tuberculose fait mourir chaque année plus d’individus que toute autre maladie; à Hambourg ses victimes dépassent chaque année le chiffre de 1500. Il n’est pas de maladie qui nuise plus aux forces et à la prospérité du peuple. 20 Cette affection frappe le plus souvent les poumons. Mais elle peut atteindre encore d’autres organes et en particulier

les glandes, les os, les articulations. Ces différentes formes de la tuberculose peuvent se compliquer ultérieurement de phtisie pulmonaire.

3° La maladie est contractée par l’homme sain de deux façons principales, par l’expectoration d'individus atteints de tuberculose pulmonaire (phtisie pulmonaire) et par le fait de vaches tuberculeuses.

Après l'introduction du germe de la maladie, il se passe des mois, quelquefois des années avant que se manifestent les conséquences de la contagion.

4° La contagion par l’expectoration peut avoir lieu directement par la toux. Bien plus souvent l’expectoration contagionne de la façon suivante : projetée sur le sol, les murs, les mouchoirs, les vêtements, les meubles, elle sèche, se réduit en poussière respirée par les individus bien portants.

Les enfants sont particulièrement exposés au danger, non seulement parce que la réceptivité pour la maladie est très grande à leur âge, mais parce que, jouant souvent par terre et habitués à porter à leur bouche leurs mains sales et leurs jouets, ils sont plus facilement en contact avec l’expectoration réduite en poussière.

La réceptivité s’accroit quand l'organisme est affaibli par une cause quelconque (accouchement, maladie et chez les enfants, en particulier pendant la rougeole et la coqueluche).

Les germes de la maladie peuvent pénétrer chez les gens sains, par toutes les petites plaies (éruptions humides de la peau, écorchures dues à la présence de parasites, dents malades).

5° Pour diminuer la contagion par l’expectoration, il est nécessaire que tout individu atteint de toux place sa main devant sa bouche, quand il tousse, et qu'il ait soin de cracher dans un crachoir ou un vase spécialement destiné à cet usage.

Les gens bien portants qui ont à s'occuper de personnes: atteintes de la poitrine doivent veiller à ce que cette prescription soit exactement remplie.

Tout tuberculeux qui manque à la prescription précédente compromet la santé de son prochain et surtout celle de sa famille qui habite avec lui.

Un phtisique qui exécute soigneusement cette prescription n'est pas dangereux pour son entourage.

6° Il est à recommander de placer des crachoirs dans tous les locaux où il vient beaucoup de monde; ils sont nécessaires partout où se trouvent des tuberculeux.

Pour remplir les crachoirs on se servira de préférence de sciure de bois humide, ou mieux d’eau antiseptique.

Le contenu des crachoirs, doit être souvent renouvelé ; on le brülera si possible, mais on ne le jettera jamais avec les balayures. Les crachoirs remplis d’eau seront vidés aux cabinets.

T° Les vêtements, linges et effets souillés par l’expectoration des phtisiques doivent être soigneusement lavés ; le mieux est de les faire bouillir ou de les désinfecter.

8° Dans les locaux où se tiennent des phtisiques, il faut maintenir une propreté rigoureuse, une aération large et faire pénétrer le soleil autant que possible; en particulier, on combattra la poussière, en essuvant fréquemment avec un linge humide.

Les locaux où des phtisiques ont longtemps vécu ou sont morts, doivent être désinfectés.

On ne doit pas s'emménager dans un appartement où vient d’habiter un phtisique, avant qu'il soit désinfecté.

(Les désinfections sont faites par le service de l’État moyennant une taxe modérée fixée par un tarif. Elles sont gratuites quand elles sont faites sur la demande d’un médecin des pauvres ; dans les autres cas, les officiers de police peuvent, après constatation de l'indigence, diminuer la’ taxe ou la supprimer. Les demandes de désinfection sont reçues dans tous les postes de police).

9° Les phtisiques ne doivent pas partager le lit d'individus bien portants ; les enfants doivent être éloignés de la chambre des phtisiques.

G. BaILLÈRE, — Mal. évitables, 1

Si des phtisiques ont à manier des produits alimentaires ou des vêtements, si des phtisiques vivent habituellement avec des gens sains (dans les écoles, bureaux, ateliers, fabriques), les directeurs de ces maisons, écoles, bureaux, ateliers, doivent leur imposer d’une manière spéciale l'observation de la prescription du paragraphe V et veiller à une stricte pro-

preté.

100 Les femmes tuberculeuses ne doivent pas allaiter

d'enfants.

14e La tuberculose des bovidés est une maladie très répandue aux environs de Hambourg ; elle est souvent difficile à reconnaitre. Comme les germes de la maladie passent souvent dans le lait des vaches, il faut faire bouillir le lait avant

de le consommer.

12° On peut d'autant plus espérer le rétablissement des tuberculeux qu'ils se sont soumis plus tôt au traitement médical (1).

V. Lieux A DÉsiNFECTER. — 1° Voitures. — Il arrive constamment que des voitures qui ont transporté des malades atteints de maladies contagieuses, soient occupées quelques instants après par des personnes bien portantes qui auront ainsi de nombreuses chances de recueillir le germe de la contagion.

Témoin, l'observation suivante :

« Une dame prend avec deux petits enfants une voiture de place. Au bout de deux heures environ, elle rentre chez elle : « Ah! les jolis enfants, dit le cocher pendant qu’on le paie, comme ils ont l'air bien portants! Ce n’est pas comme le pauvre petit

(1) Münch. med. Wochen., n° 37 et Bulletin médical.

que j'ai conduit à l'hôpital avant de vous prendre et qui râlait si fort sur les genoux de sa mère que je l’entendais de mon siège ». Dès le soir, les « deux jolis enfants » étaient pris du croup, tous deux mouraient le lendemain ».

Il est vrai que depuis ces dernières années, on a établi des voitures-ambulances, destinées à transporter les malades dans les hôpitaux ; on a en outre prescrit la désinfection des voitures qui trans- -portent des malades; mais cette prescription n'est guère appliquée.

En principe, il y a en permanence, à la porte de chaque hôpital, à Paris, un gardien de la paix qui surveille les voitures amenant des malades; il les empêche de partir, avant de savoir le diagnostic de la maladie. Si on est en présence d’une maladie contagieuse, il fait désinfecter la voiture. Le principe est bon en soi, mais il est mal appliqué.

D'abord, l’agent de service est rarement à son poste. Lorsque j'étais stagiaire à l'hôpital Necker, je passais tous les matins devant l'hôpital des Enfants- Malades, j'ai remarqué souvent l'absence de l’agent de police et j'ai vu des voitures amener des malades et repartir immédiatement sans qu’on les soumette à la moindre formalité sanitaire.

En outre, lorsque la désinfection est faite, elle est très sommaire.

Enfin les mesures prises n’ont en vue que la

désinfection des voitures après transport à l’hôpital, mais on ne s'occupe pas des voitures dans lesquelles les convalescents font leurs premières sorties; ils portent souvent encore à ce moment le germe de la contagion et par suite ils infectent les voitures. La surveillance est difficile, il est vrai, mais le danger n’en existe pas moins.

2% Habitations. — À. Maisons particulières. — Puisque la désinfection bien exécutée empêche la contagion par l’air, dans les maisons, il faut la pratiquer, après toutes les maladies contagieuses.

Les observations de contagion, en particulier de la tuberculose, par les appartements, sont nombreuses ; nous en avons cité plusieurs; on pourrait en trouver beaucoup d’autres ; si la désinfection systématique était mise en pratique, on ne verrait pas des appartements occupés par des tuberculeux, rester infectés et faire longtemps après de nombreuses victimes.

On a dit que, dans le cas particulier, l'intérêt serait

urtout de désinfecter l'appartement pendant la

maladie, puisque les crachats sont les agents contagionnants ; mais s’il peut paraître difficile de mettre cette mesure en pratique, la désinfection post mortem n’en reste pas moins préférable à l’abstention absolue.

Ii faut reconnaître que, depuis trois ans, la pratique de la désinfection des maisons entre dans les mœurs; mais elle est encore trop rare.

Il est triste de voir avec quelle insouciance, on s'installe dans une maison, sans se préoccuper jamais de savoir si les gaz de l'égout ne refluent pas à l’intérieur, si les fosses d’aisance sont en bon état, s’il n'y a pas de causes d’insalubrité, s’il n’y a pas eu de malades dans l'appartement. On songe à la décoration, on oublie l'assainissement ; si les murs sont sales, immédiatement on les cache avec un papier neuf, sans penser aux nombreux microbes qui doivent accompagner la saleté, on ne s'occupe que de ce qui se voit ; le microbe est invisible, on le néglige. Propriétaires et locataires s’ingénient à trouver des papiers « peu salissants », suivant l’expression consacrée, c’est-à-dire des papiers capables d’'emmagasiner la poussière et les microbes, sans rien laisser paraître. Les papiers riches, comme les papiers «peu salissants », sont tous anti-hygiéniques, tous des nids à microbes.

Lorsque dans les logis d’indigents, on voit le papier humide, décollé, déchiré, pendant en loques, on peut se demander ce qu'il doit renfermer de matières organiques, de miasmes, de microbes.

Ce qui ne devrait pas être toléré, c’est la transmission de ce foyer nuisible à tous ceux qui viennent successivement occuper le même logement.

Il faudrait faire accepter la substitution de la peinture à l’huile au papier, ce qui permettrait un lavage efficace, à chaque changement de locataire.

Il existe, en Angleterre, une association pour la surveillance sanitaire des maisons ; M. Vallin a émis souvent le vœu de voir en France une création analogue ; il voudrait que « tout propriétaire soumette à chaque locataire ou acheteur un état de lieux sanitaire, faisant connaître la disposition complète ct rigoureuse de la canalisation. Ce plan indiquerait aussi la disposition des cheminées, de leurs conduits et de leurs prises d’air, la profondeur et le mode de construction des puits, fontaines, citernes : il donnerait enfin des renseignements sur la provenance supposée de la source et de la nappe d’eau captée, sur la canalisation destinée à l’eau de boisson dans ses rapports avec le voisinage des eaux ménagères et des fosses d’aisance.

Il est certain que la surveillance sanitaire des maisons, telle que l’a souhaitée M. Vallin, rendrait d’utiles services à la prophylaxie des maladies évitables.

D'ailleurs elle est en voie d'exécution ; le service des casiers sanitaires des maisons qui a commencé à fonctionner à Paris vers le 20 juin 1894 en est un commencement de réalisation. Depuis le mois de janvier 1894 jusqu’au 4« décembre 1895, il avait recueilli 19136 descriptions d'immeubles et avait constitué déjà 92 400 dossiers. Il est à souhaiter que

l'établissement du casier sanitaire soit achevé dans un bref délai.

C'est un moyen d'informations mis à la disposition de tous les services de l'administration ; ce sont les Archives sanitaires de Paris.

Il serait en outre utile de rendre obligatoire la désinfection des appartements, à chaque changement de locataire. En effet le locataire qui a précédé pouvait être un tuberculeux au début, il pouvait déjà cracher et semer autour de lui des bacilles de Koch, sans avoir encore été arrêté dans sa vie journalière et sans avoir encore consulté un médecin ; personne ne pouvait donc supposer qu'il fut une cause de contagion.

Le contrôle serait assez facile, car l'administration sait toujours quand un locataire quitte un appartement, par les déclarations de vacances aux contributions.

Mème lorsque la désinfection serait inutile, au point de vue de la contagion, elle deviendrait alors simplement un nettoyage plus complet que celui que l’on pratique d'habitude, et l'inconvénient n’en serait pas bien considérable.

D'ailleurs, on a rendu obligatoire le nettoyage extérieur des maisons, tous les dix ans, on tend à l’étendre aux cours intérieures ; la désinfection des appartements serait le complément naturel de ces mesures de propreté et d'assainissement.

En tous cas, en attendant que cette pratique devienne exigible, il me semble que tous ceux qui ont

souci de leur santé et de celle de leur famille auront intérêt à y recourir.

Malheureusement tant qu'elle sera facultative, il n'y aura que les riches et les aisés qui emploieront cette mesure sanitaire; les ouvriers et les pauvres la négligeront, et pourtant ce sont eux qui en tireraient le plus grand profit, par cela même qu'ils se trouvent toujours dans des conditions hygiéniques moins bonnes, puisqu’aux germes pathogènes s'ajoute pour eux un autre élément de morbidité, l'encombrement.

Mais il ne suffit pas de faire la désinfection dans un appartement avant de sy installer, il faut le maintenir sain, et il est de toute importance de surveiller spécialement l'air des chambres à coucher où l’homme passe la moitié de sa vie.

Une propreté rigoureuse, une aération journalière et abondante seront des mesures sanitaires aussi élémentaires qu'utiles, que l'on complètera, en évitant d'y installer des poêles d’où émanent des gaz toxiques.

Il sera également bon d’y séjourner le moins possible, en dehors des heures de sommeil, de façon à ne pas vicier l'air, et en tous cas, lorsqu'on ne peut faire autrement que de s’y tenir, il faudra renouveler l'air avant de se coucher.

Une maison salubre sera donc bien éclairée, bien aérée, les chambres y possèderont un cube d'air suf-

fisant, les cabinets d’aisance seront rendus inoffensifs, les eaux ménagères s’écouleront facilement.

Il faut avouer que, dans un grand nombre d’immeubles parisiens, même nouvellement construits, beaucoup de ces conditions primordiales de salubrité ne sont qu'incomplètement remplies ; dans les maisons anciennes, les odeurs et les émanations sont souvent insupportables et deviennent une cause permanente de danger pour la santé publique.

A Londres, dans une rue du district de Saint- Gilles, se trouvait un îlot de maisons, remarquables par la grande mortalité qui y régnait ; la fièvre typhoïde y était en permanence. Les autorités ont exproprié l’ilot, des maisons salubres ont été construites. Depuis ce moment, la mortalité qui était, avant 1889, de 50 à 60 p. 1000 est descendue à 17 p. 1000.

Malheureusement il existe encore dans les quartiers populeux des grandes villes de nombreuses habitations d’une insalubrité notoire. Les habitants qui s’y risquent, alléchés par un bon marché relatif, ignorent les dangers qui les y attendent. « Quand un effondrement se produit dans une chaussée, quand une maison menace ruine, on barre la rue, de par la loi, et aucun passant, même de bonne volonté, ne peut s’y risquer; pourquoi, quand, à la suite d’une expérience prolongée, on a acquis la cerlitude qu’une maison est manifestement néfaste,

ne barrerait-on pas la porte, comme on barre la rue? » (1).

B. Démolitions. — Après l'étude de la prophylaxie hygiénique des habitations, il est une autre question du même ordre qui offre également un grand intérêt. Je veux parler des démolitions. Il suffit d’avoir passé près d'un chantier de démolitions, pour avoir remarqué la quantité de poussières répandues dans l'air environnant. Or on peut se rendre compte du danger que peuvent offrir pour la salubrité publique ces poussières, lorsque l’on regarde l’état des immeubles abandonnés subitement dans l’espace de quelques jours, avec la quantité de papiers, chiffons, vieux cartons, meubles délabrés, débris de matières organiques, qui, pêle-mêle, jonchent le sol des caves, des cours et de la toute la maison.

Le 19 février 1897, le Conseil d'hygiène de la Seine a indiqué les mesures hygiéniques à prendre en cas de démolition : |

1° Préalablement à toute démolition, nettoyage et balayage de toutes les caves, sous-sols, rez-de-chaussée et étages, et incinération sur place des Abe et détritus de toute nature, ordures, papiers, vieux chiffons, etc.

20 Péstention par le service municipal de désinfection de tous les locaux suspects et qui, depuis cinq ans, auraient été contaminés par un cas d'une des maladies contagieuses dont la déclaration est obligatoire, aux termes de la loi du 30 no-

(1) A. Prieur, Salubrité de l'habitation (Tribune médicale, mars 1896).

vembre 1892, ainsi que les locaux précédemment occupés par des cliniques et des sages-femmes.

3° Vidange, curage et asséchement de toutes Les fosses fixes et mobiles, des puits, puisards, caves infectées par des dépôts de fromages ou de matières organiques, égouts particuliers et canalisations souterraines; aspersion des murs et des parois au moyen d’une dissolution de sulfate de fer à 5 p. 100 et ensuite badigeonnage au moyen d'un lait de chaux vive. Pour la vidange des fosses et le curage des puits et puisards, on se conformera aux règlements en vigueur et notamment à l'ordonnance de police du 20 juillet 1838.

Le badigeonnage devra être fait à la chaux vive et non au moyen d’un badigeonnage à la colle additionnée de blanc de Meudon. |

Le blanc de Meudon, qui se compose d'un lait de chaux additionné de colle de peau et de gélatines plus ou moins putréfiées, est un terrain de culture tout préparé pour la multiplication des germes et des bacilles.

4° Dans le cas de démolition des fondations en contre-bas du rez-de-chaussée et notamment de berceaux de cave, d'anciennes fosses ou d’anciens égouts et de toutes cavités souterraines, les matériaux, les résidus retirés des fouilles et Les terres infectées qui en sont extraits et qui seraient reconnus capables de compromettre gravement la santé et la salubrité publiques et d'engendrer des maladies endémiques, épidémiques ou contagieuses, seront saupoudrés et mélangés de sulfate de fer pulvérisé et de chaux vive, à raison de 500 grammes de sulfate de fer pulvérisé et de 1 kilogramme de chaux vive par mètre cube.

Ces débris de démolition et ces terres ne pourront être enlevés qu'aux décharges publiques, hors Paris, et dans des cas

spéciaux, terres infectées par des fuites de fosses d’aisances, d'anciens égouts, etc., elles devront être portées aux voiries, dans des voitures couvertes qui ne laissent rien répandre sur le sol.

5° Pour protéger le voisinage de la poussière, il sera établi sur la ligne mitoyenne, séparant les maisons à démolir des immeubles non atteints, des barrières en planches jointives et d’une hauteur suffisante.

C. Hôtels. — L'’utilité de la désinfection’'obligatoire des appartements à chaque changement de locataire, non douteuse dans les maisons particulières, devient absolument indispensable dans les hôtels où une même chambre est occupée à de très courts intervalles par de nombreux voyageurs, dont l’état sanitaire est presque toujours inconnu.

Lorsqu'on pénètre dans une chambre d’hôtel, on ne sait Jamais si celui qui vous a précédé, n’était pas un malade, un tuberculeux.

Si l’on va dans une ville d'eaux, dans une station balnéaire, à l’époque de la saison, il arrive souvent que l’hôtelier donne au nouvel arrivant une chambre quele précédent voyageur quitte à l'instant même ; comme neltoyage et désinfection, on se contente de changer les draps de lit, quand encore on le fait, et de mettre des serviettes propres.

I y a deux ans, j'ai passé quelques jours en Auvergne ; J'ai visité Royat, la Bourboule, le Mont-Dore. J'ai remarqué que dans les chambres de ces hôtels, spécialement fréquentés par des malades, les lits sont

entourés de rideaux, les murs couverts de papiers plus ou moins propres ; il serait curieux de rechercher le nombre des bacilles contenus dans ces tentures, dans ces papiers; il doit être considérable. Comme ces rideaux restent en place pendant toute une saison, il est facile de voir le nombre d'individus qui sont exposés à la contagion.

Voici dans le même ordre d'idées, une observation rapportée par M. le D: Jullien à la Société de médecine de Paris (1) :

« J’accompagnais un tuberculeux dans le Midi, et de concert avec le médecin de la ville où nous nous trouvions, nous cherchions un logement. J'en vis quelques-uns qui me tentaient beaucoup, mais mon confrère m'avertissait discrètement : « Haltelà, un phtisique vient d'y mourir et nulle désinfection n’a été faite ». Grâce à cette obligeance, je pus éviter l’écueil, mais on comprend que ce médecin, vis-à-vis d’un malade ordinaire, eût gardé le silence. Nos confrères ne sont pas indépendants, leur situation les oblige à des ménagements à l'égard des hôteliers, par une conspiration de tous les intérêts, sauf celui du malade. »

Voici encore une autre observation, rapportée à la même séance de la Société de médecine de Paris, par M. le D: Gillebert-Dhercourt (2) :

(1) Jullien, Société de médecine de Paris, avril 1896. (2) Gillebert-Dhercourt, Société de médecine de Paris, avril 1896,

« Un malade, allant en Espagne, passe à Marseille, y devient plus souffrant, et y meurt. Le maître d'hôtel exige une somme de 500 francs pour la désinfection de la chambre. La désinfection n’a pas été faite, et trois jours après l'enterrement, la chambre était occupée par un nouveau locataire ».

1 faudrait donc que les chambres d'hôtels et de maisons garnies soient meublées et tapissées de telle manière que la désinfection y soit facilement et complètement réalisée, après le départ de chaque voyageur ; le public est le premier intéressé à la réalisation et à la bonne exécution de ces mesures prophylactiques.

Depuis quelque temps, plusieurs stations thermales sont déjà entrées dans cette voie de progrès. C'est ainsi qu’à Arcachon, à Menton et à Nice, les municipalilés et les médecins ont établi un service de désinfection des chambres d'hôtels, qui fonctionne d’une manière régulière, sous leur surveillance et leur contrôle. Chaque fois qu’un nouveau locataire se présente dans un hôtel ou une villa, il peut s'assurer que la chambre qu’il va occuper a été rigoureusement désinfectée, en exigeant la présentation du certificat d'assainissement.

Il faut souhaiter que l'initiative privée étende la pratique de la désinfection, en ‘attendant que les pouvoirs publics la rendent obligatoire.

VI. DésiNrecrion pans L'ARMÉE. — Il est regrettable qu'il n'existe pas de règlements précis dans l’armée

pour la désinfection, car ils’y commet souvent des crimes de contagion.

J'ai vu, dans la compagnie du 124° régiment d’infanterie à laquelle j’appartenais, un homme qui, après quatre mois de service, fut réformé pour tuberculose. Il avait, pendant ces quatre mois, occupé un lit d’une chambre voisine de la mienne; il y avait craché et semé le bacille de Koch de tous côtés. Il part. Le lendemain de son départ, sans la moindre désinfection, ses. couvertures, ses matelas et ses vêtements sont distribués à de jeunes soldats quiarrivaient justement au régiment.

Quant à la chambre, aucune désinfection n'y a été faite.

Ce qui est assez curieux, c'est que, deux mois avant, dans cette même chambre, un homme occupant un lit voisin avait été réformé pour tuberculose. Celui-ci ne serait-il pas l’origine de la contagion; nalurellement, on n'avait pas pris plus de précautions hygiéniques.

3° Encombrement. — «L’haleine de l’homme est mortelle à l'homme » (J.-J. Rousseau). L’accumulation d'organismes sains dans un espace restreint vicie l’air et crée les circonstances favorables au développement de certaines maladies contagieuses, telles que le typhus, la fièvre typhoïde, la tuberculose. L’oxygène, seul élément de l’air utile à l'organisme, est vite remplacé dans un espace clos par un excès d’acide

carbonique, nuisible au bon fonctionnement des poumons, de l'appareil circulatoire et par suite de tout l'organisme. L’encombrement est en effet une cause d'insalubrité ; partout où il y a encombrement, il y a augmentation de la morbidité et de la mortalité, car il estincompatible avec la propreté et l'hygiène ; aussi la carte de la mortalité et celle de l'encombrement sont superposables.

Ainsi à Paris, les arrondissements riches, VIII‘, IX°, XVI‘, sont précisément ceux dans lesquels la tuberculose fait le moins de victimes ; les arrondissements pauvres, XIII, XIX°, XX°, sont ceux où elle exerce les plus grands ravages.

L'’encombrement, le manque d’air, ne sont pas par eux-mêmes des agents de la contagion, mais ils sont des prédisposants, des éléments surajoutés qui mettent l'organisme dans de mauvaises conditions de résistance et qui en outre favorisent le développement des germes dans les milieux ambiants.

Certains microbes, peu nuisibles par eux-mêmes, peuvent, associés à d’autres, devenir très dangereux, « l'association microbienne est une puissance redoutable » (Pouchet). L'encombrement agit de même; l'association du microbe et de l'encombrement est également une puissance très redoutable.

Dans les villes, l’encombrement est fréquent : quatre, cinq personnes couchent dans un espace restreint, mais à la campagne, il est encore plus

considérable : bêtes et gens vivent souvent ensemble. Dans certains pays, l'habitation du paysan ne comprend qu'une pièce unique, servant à la fois de cuisine, de chambre à coucher pour quatre ou cinq personnes, d’étable pour la vache, d’écurie pour le cheval, de chenil pour le chien ; les fumiers des animaux ne sont même pas enlevés tous les jours. Les fenêtres font à peu près défaut ; la porte seule permet d’aérer un peu ce taudis, pendant quelques heures, le jour.

Les maladies dont les germes trouvent un milieu de culture favorable dans la malpropreté et dans la viciation de l’air, trouvent tous les éléments nécessaires à leur virulence dans l’encombrement: ce sont en particulier le typhus, la tuberculose.

I. Tyeaus. — Partout où le typhus est apparu spontanément, il y avait encombrement, d’où atténuation de la vitalité humaine.

Le typhus se développe en effet plus particulièrement dans les asiles de nuit où il y a encombrement de pauvres gens, généralement malpropres.

Dans les prisons de la province de Constantine, le typhus fait de temps à autre quelques victimes, parce que les conditions d’encombrement et de saleté y sont souvent réalisées.

IT. Tussrcucose. — Étant donné le grand nombre de tuberculeux valides, de tuberculeux sans le savoir,

on peut regarder les endroits où de nombreuses per- G. BAILLiÈRE. — Mal. évitables. 8

sonnes se trouvent réunies comme des milieux tuberculeux; l'encombrement crée donc une atmosphère infectée, il est par suite dangereux de placer un phtisique au milieu d’une agglomération de personnes saines; d’ailleurs l’Académie de médecine a appelé l'attention des autofités sur les dangers que les tuberculeux font courir aux collectivités telles que lycées, casernes, administrations, ateliers.

Il s'ensuit donc que les enfants, atteints de tuberculose, ne devraient pas être reçus dans les lycées, et par conséquent l'examen médical devrait être exigé à l’entrée.

Il s'ensuit également qu’il faut écarter de l’armée tous les phtisiques ; les conseils de revision doivent être très sévères à cet égard ; d’ailleurs l'exclusion des phtisiques de l’armée à un double avantage: d’abord le phtisique n’infectera pas ses camarades de chambrée, en outre il aura plus de chances de guérir, chances qui auraient été annulées au régiment (1).

L'instruction du 17 mars 1890 prescrit : les « indices de tuberculose généralisée ou localisée dans un organe quelconque motivent toujours l’exemption et la réforme immédiates. » Ilimporte dene pas attendre les déclarations des malades et d'assurer par des enquêtes l'exclusion absolue de l’armée des militaires atteints de cette affection.

- (1) Reuss, Annales d'hygiène, 1896, t. XXXV, p. 180.

Mais comme les règlements et les instructions sont faits pour ne pas être respectés, j'ai vu un malade présentant des lésions manifestes au sommet droit, qui à été maintenu néanmoins au régiment; le malheureux dut promener sa tuberculose, à ses dépens et à ceux de ses camarades, jusqu'au jour où, arrivé à la dernière période de la maladie, il vint mourir à l'hôpital.

Je dois reconnaitre qu'au 5° génie, dès qu'un individu présentait de l’amaigrissement, une respiration rude persistante, le major mettait le malade en observation; si quelques jours de repos à l’infirmerie ne donnaient pas d’amélioration, il l’envoyait à l'hôpital; ne pouvant réformer directement à l’infirmerie, il dégagait au moins sa responsabilité.

Dans la séance du 24 novembre 1897, le Conseil général de la Seine a émis le vœu suivant, relativement à l'examen par le conseil de révision des jeunes conscrits, atteints de tuberculose.

« Que l'autorité militaire tienne légitimement compte des certificats des médecins civils; que tout jeune homme suspect de tuberculose soit soumis à une observation approfondie et qu’il ne soit envoyé au régiment que si l’examen bactériologique l’a reconnu indemne du bacille de Koch ».

L'entrée d'un bacillaire dans une administration, dans un atelier est toujours suivie de plusieurs

contagions ; jen ai rapporté des exemples, j'aurais pu en citer beaucoup d’autres.

Ilest vrai que, s’il est relativement facile d'éloigner de l’armée les phtisiques, il est plus difficile de les exclure des ateliers, des lieux de travail en commun, car il faut tenir compte des exigences sociales et de la nécessité dans laquelle chacun est de travailler ; mais si l'exclusion est impossible, une surveillance rigoureuse est indiquée ; en dehors des préceptes de l'hygiène industrielle, destinés à protéger l'organisme contre les poussières minérales ou organiques, il faudra veiller à l'application de rigoureuses mesures sanitaires, destinées à diminuer les chances de propagation de la tuberculose ; l’aération des ateliers et l'usage des crachoirs à liquide antiseptique en seront la base.

III. PROPHYLAXIE DE L'ENCOMBREMENT. — Les moyens à employer pouréviter l'encombrement appartiennent aux pouvoirs publics ; ils doivent, sinon supprimer la misère, entreprise difficile, du moins en atténuer les effets.

A Budapest, se trouvent des éléments sociaux venus de toutes les parties du monde, très misérables et dépourvus des notions les plus élémentaires de l'hygiène et de la propreté. Depuis quelque temps, les autorités de la capitale hongroise se sont efforcées d'améliorer la situation de ces malheureux. Le résultat est probant. De 1884 à 1888, la phtisie enle-

vait sur 100 000 habitants 640 individus; de 1889 à 1893, la proportion est tombée à 500 pour 100000 habitants.

Il est donc de toute nécessité d’éviter l'encombrement, et, lorsque l'encombrement est, inévitable, il faut le réglementer, il faut diminuer ses inconvénients, en exigeant une rigoureuse propreté, une aération continue, et en éloignant de l’agglomération tous ceux qui, malades, peuvent contagionner les autres en disséminant les germes autour d'eux; tous ceux qui, affaiblis et délicats, présentent un mauvais terrain, que l’encombrement serait Join d'améliorer.

IV. Isocemenr. — L’encombrement, dangereux par lui-même, en tant qu'agglomération viciant l’air, devient encore plus redoutable, lorsque cette agglomération est constituée par des malades atteints d’affections contagieuses.

L'assainissement de l'air, l’aération et la désinfection des maisons, la prophylaxie de l'encombrement, sont des mesures sanitaires utiles contre les malades promenant leur maladie, tels que les tuberculeux, ou contre les contagions post-morbides, par exemple après la mort d’un malade atteint de fièvre typhoïde ou de choléra. Ce sont d’ailleurs les seules mesures possibles dans ces différents cas.

Mais la prophylaxie de la contagion pouvant provenir de malades alités, de malades chez lesquels la

maladie est en pleine évolution, offre un moyen plus efficace encore; c’est l'isolement.

Malheureusement, il n’est applicable que dans des cas particuliers. s

L'isolement est en effet impossible à réaliser contre les tuberculeux, c’est un rêve irréalisable de songer à les exclure de la société saine et de les faire vivre à part.

Mais, appliqué pour la rougeole, la coqueluche, la diphtérie et toutes les maladies contagieuses à évolution rapide, l'isolement est pratiquable, et il donne de bons résultats.

Il faudra donc, dès qu’on constatera une affection de ce genre, commencer parisoler le malade, éloigner de lui toutes les personnes inutiles.

La durée de l'isolement variera suivant les maladies.

L° Objets et vêtements. — La contagion par les objets et les vêtements touche de près à la contagion par l'air et doit y être rattachée; toutefois elle présente assez d'importance pour être étudiée d’une façon spéciale.

D’après les expériences récentes de MM. du Cazal et Catrin sur le streptocoque, le pneumocoque, les bacilles de la diphtérie, de la tuberculose, et de la fièvre typhoïde, les livres peuvent transmettre les germes des maladies. Ces auteurs ont pu tuer des animaux, en leur injectant du bouillon mis au contact de

fragments de papier, préalablement mouillés avec différents produits morbides.

M. Alex. Lion, de Wurzbourg, a fait des recherches bactériologiques sur cette question (1).

Il a trouvé, sur une page prise au milieu d’un livre, 250 germes par 100 centimètres carrés, et sur la couverture pour la même surface 3350 germes.

Les pages d’un vieux bouquin d'anatomie, dont on ne s'était pas servi depuis plusieurs mois, en présentaient de 2000 à 3500 par 100 centimètres carrés.

Les bacilles du choléra et de l’influenza, le diplocoque de la pneumonie, meurent par la dessiccation. Mais le staphylocoque pyogène doré, les bacilles du charbon, de la tuberculose, de la fièvre typhoïde, résistent à ce moyen de destruction, le bacille du tétanos garde sa virulence sur le papier pendant 16 mois.

M. Lion conclut que la désinfection de l’intérieur d'un livre est extrêmement difficile, et que le meilleur procédé à ce point de vue est l'emploi de la formaline.

Un médecin anglais ayant eu dans sa clientèle trois cas d’une même maladie infectieuse, et ayant fait une enquête sur l’origine de la contagion, fut amené à suspecter un livre loué dans un cabinet de lecture par une famille atteinte de la même mala-

(1) Lion, La désinfection des livres (Ann. d’hyg., 1897, t. XXX VIN, D'atsn)

die; les livres conservent en effet facilement les pellicules et les poussières; rien donc d'étonnant à ce que le livre soit un contagionnant (1).

Dans la ville de Newcastle-upon-Tyne, on emploie pour la prévention de l'infection par les livres le procédé suivant: l'inspecteur sanitaire, en faisant ses investigations usuelles, s’enquiert aussi de la destination des livres dans les bibliothèques. Dans le cas où des personnes habitant une maison infectée ont l'habitude de se servir de ces livres, on les prévient d’avoir à s'abstenir jusqu'à ce que la maladie infectieuse soit terminée et la maison désinfectée; en outre, on prévient la bibliothèque de ne plus fournir de livres et de ne recevoir ceux prêtés que contre certificat délivré par le conseil de santé; dans le cas où ily a des livres dans ces maisons, la bibliothèque est informée que l'inspecteur sanitaire en a pris possession et qu'ils seront désinfectés avant d’être rendus. |

En France, on s’est inquiété d’ailleurs récemment de la contagion par les livres dans les écoles d'enfants.

Il y a donc lieu de ne pas se servir des livres ayant séjourné entre les mains de malades atteints d’affections contagieuses, sans les avoir désinfectés au préalable, soit en les soumettant aux vapeurs de formaldéhyde, soit plutôt en les faisant passer à l’étuve.

(1) Annales d'hygiène, 1899, t. XXVIIT, p. 556.

I. Tusercurose. — M. le D: Musgrave-Claye rapporte l’histoire d’un brocanteur de Paris, qui fut atteint de laryngite et de bronchite tuberculeuses, après avoir battu des tapis provenant d'appartements occupés par des phtisiques.

Des sous-officiers prussiens, qui avaient battu et emmagasiné des effets de soldats morts tuberculeux, devinrent phtisiques.

Un homme de vingt-sept ans, sans antécédents tuberculeux héréditaires, mais surmené et fatigué par les excès, présente, au moment de son entrée à l’hôpital, des signes évidents de tuberculose pulmonaire, dont le début paraît remonter à deux mois également ; le malade avait acheté, il y a environ six mois, les effets d’un ami mort tuberculeux et avait porté quotidiennement une veste, un pantalon et des bottines, dont cet ami s'était servi dans les dernières semaines de sa vie.

II. Cuoréra. — Les linges et les objets qui ont été en contact avec les déjections des cholériques sont des agents de transmission du choléra, bien moins dangereux que l'air et l’eau, car ils ne sont que des agents locaux ; ils ne contaminent pas en une seule fois des groupes entiers d'individus ; mais, en temps d'épidémie, il ne faut pas négliger leur désinfection.

L'observation de l'épidémie d’Yport en est un exemple : à

« Des matelots, arrivant de Terre-Neuve absolu-

ment indemnes, débarquent à Cette où sévissait le choléra. Quelques-uns sont atteints ; on décide leur rapatriement par les voies de fer, dans leur pays d’origine, Yport. L'un d’eux meurt en route; sa malle continue la route et arrive à Yport. Sa femme l’ouvre, la vide et lave le linge ; elle est atteinte du choléra et meurt; le choléra n'existait ni à Yport, ni aux environs; le linge du matelot malade avait été l’agent de contagion. »

IL. Fièvre ryrnoïne. — Depuis quatre ans, la fièvre typhoïde était en permanence dans un régiment d’arüllerie, malgré toutes les désinfections locales, malgré la surveillance de l’eau et des aliments. On donnait aux recrues des culottes ayant appartenu à des typhiques, sans les avoir soumises à la désinfection. Le médecin du régiment ordonna la désinfection des vêtements; la fièvre typhoïde disparut (Gélan d'Oldenbourg, 1887).

IV. Drpnrérie. — Le bacille de la diphtérie a une grande résistance, et les cas ne sont pas rares de gens ayant contracté la diphtérie, pour avoir couché dans un lit où longtemps avant avait séjourné un diphtérique (1).

Un jeune homme meurt en Algérie de diphtérie. Après sa mort, ses papiers et ses effets sont expédiés à son frère aîné, âgé de quarante ans, demeurant

(1) Dieulafoy, Pathologie interne.

à Laval, où aucun cas de diphtérie n’existait alors. Aussitôt après avoir fouillé les papiers de son frère et secoué ses vètements, le frère aîné est atteint de diphtérie et meurt (4).

M. le D' Sevestre a rapporté, il y a quelques années, un cas intéressant de transmission de la diphtérie par les vètements :

« Une convalescente de fièvre typhoïde fut prise de diphtérie, sans qu’il y eut aucun cas dans la salle, isolée de tout le reste de l'hôpital. Interrogée, la malade expliqua que, quelques jours auparavant, elle avait recu la visite de sa sœur, infirmière à l'hôpital Trousseau, dans le service de la diphtérie, et que celle-ci lui avait laissé un châle en laine qu'elle portait habituellement sur ses épaules dans son service. Le châle avait été l’agent de contagion » (2).

V. Varoze. — Dans son rapport sur l'épidémie de variole qui a sévi à Marseille en 1875, M. le D' Gibert a reconnu que l'épidémie a pris naissance et a été particulièrement violente dans le quartier où habitent les chiffonniers ; les hardes des varioleux, amassés dans les demeures de ces industriels, étaient les facteurs de l'infection.

On peut également citer une épidémie qui s’est

développée à New-York, dans une manufacture de

(1) Thoinot, Revue d'hygiène, 1887.

(2) Sevestre, Progrès médical, juillet 1884.

papiers ; quarante personnes environ ont contracté la variole, au contact de vieux chiffons.

VI. ScarraTINE. — Il existe plusieurs cas de transmission de la scarlatine par l'intermédiaire d'une lettre.

M. le D' Grasset (de Riom) a rapporté (1) une curieuse observation de transmission « épistolaire » de la scarlatine.

Un enfant, de bonne santé, est atteint de la scarlatine; la maladie évolue normalement et la guérison en est la terminaison.

En recherchant l’étiologie de cette scarlatine, voici ce que l’on apprend :

Cet enfant habitait, avec sa famille, une maison isolée ; aucun cas n’avait été signalé dans la commune ni dans les hameaux voisins.

Mais la sœur de cet enfant se trouvait depuis six mois chez les grands-parents, à une distance d’environ 40 kilomètres. Elle y avait eu la scarlatine.

Il n’a été établi aucune communication de personne; mais une lettre a été envoyée par les grandsparents, pour donner des nouvelles, et cette lettre contenait un spécimen des fragments de peau desquamée.

L'agent contaminant a donc été la lettre, infectée par les déchets de la desquamation.

(1) Grasset, Transmission de la scarlatine par l’intermédiaire d'une lettre (Ann. d’hyg., 1895, t. XXXIV, p. 143).

Dans le cas présent, ces déchets avaient été mis volontairement.

Mais lorsqu'un scarlatineux écrit une lettre, des squames peuvent rester sur son papier, sans qu'il y prenne garde, et, parsuite, la contagion pourra atteindre les personnes qui recevront la lettre; c’est ce que l’on constate dans l'observation de Sanné (1), où deux personnes, recevant une lettre d’une amie atteinte de scarlatine (desquamant tellement, qu'elle secouait son papier pour en chasser les pellicules qui y tombaient à profusion), furent contaminées.

VII. Peste. — La contagion 2ndirecte par les effets souillés au contact du malade est admise par la plupart des auteurs.

Cette contagion a été l’objet de tentatives de vérifications expérimentales au Caire, en 1835, en présence de Gaëtani-Bey, Clot-Bey, Lachèze et Bulard.

« Le 15 avril, à midi, Ibrahim Cessan et Ben-Ali, condamnés à mort, extraits de la citadelle du Caire, se couchèrent dans des lits que venaient d’abandonner des malades atteints de peste bien caractérisée. Le 19 avril, Ibrahim avait la peste avec bubons et charbons; il mourut le 23. Ben-Ali avait également éprouvé vers la fin du troisième Jour les symptômes ordinaires de l'invasion de la peste, mais la maladie avorta. »

(1) Sanné, article ScarLATINE. Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

D'après une communication du D' Grassi, les chrétiens d’Abyssinie considèrent la peste comme une émanation bienfaisante de la divinité. Aussi, lorsque quelques-uns d’entre eux sont atteints de la peste et meurent, leurs:condisciples, désireux d'obtenir la même faveur divine, se revêtent de leurs vêtements et succombent.

Les nombreux documents réunis par M. le professeur Proust (1), établissent qu'il y a de nombreux cas de transmission de peste par les vêtements, les pièces de monnaie, etc.

VIIL. ProPnycaxte. — Il ne faut donc se servir des objets ayant appartenu à des malades atteints d’affections contagieuses (linge, literie, vêtements, meubles, tentures, jouets, livres), qu'après une désinfection préalable, soit au moyen des étuves, soit par ébullition, soit encore par l’action de vapeurs soufrées.

En conséquence, on ne doit jamais introduire chez soi les objets, et en particulier les objets de literie, achetés dans les salles de ventes publiques, sans 1 avoir préalablement fait désinfecter.

Il est même nécessaire d’aller plus loin et, s’associant au vœu émis par le Congrès d'hygiène de Paris, en 1889, sur la proposition de M. le D' Mossé, il faudrait défendre d'introduire dans les salles de ventes

(1) Proust, La défense de l'Europe contre la Peste, 1897.

les objets de literie, tapis, tentures, sans les avoir soumis à la désinfection de l'étuve.

Puisqu'il est démontré que les vêtements, le linge sont des causes de dispersion des germes des maladies, il est une industrie tout particulièrement exposée à la contagion, je veux parler des blanchisseuses.

Dans une récente séance du Conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine, M. Vallin a fait un rapport sur la protection des blanchisseuses contre les dangers du linge sale et M. Eug. Deschamps a fait une étude très complète de la question (1).

Certes les mesures de désinfection ont pu dans une large part diminuer les chances de contagion ; mais il est encore bien des cas où la désinfection estincomplète, en particulier lorsqu'il s’agit de maladies transmissibles non encore admises dans la liste des maladies à déclaration obligatoire.

En attendant qu’un réglement sanitaire soit établi en faveur des blanchisseuses ; on peut souhaiter avec M. Vallin que les mesures suivantes se généralisent :

1° Désinfection du linge souillé par des malades.

2° Transport du linge sale dans des sacs de toile hermétiquement fermés, et lessivés avec le linge.

3° Humectation des différentes pièces par aspersion ou pulvérisation d’eau antiseptique avant le triage.

(1) Deschamps, La désinfection du linge à Paris (Ann.d’hyg., 1898, t. XXXIX, p. 25).

La prophylaxie de la contagion par les objets doit viser également un autre mode de contamination, je veux parler de la contagion par les verres à boire, dans les cafés et restaurants.

M. le D' Guermonprez a fait récemment une étude sur la transmission du cancer des fumeurs par ces facteurs ; mais ces objets, s'ils peuvent transmettre le cancer des fumeurs, doivent être surtout surveillés au point de vue dela propagation de deux maladies encore bien plus fréquentes, la syphilis et la tuberculose.

Le verre d’un consommateur est trop souvent livré au consommateur suivant, sans autre nettoyage qu’un lavage sommaire dans une eau renouvelée à de rares intervalles; ce verre est ensuite déposé sur un égouttoir et soumis à un essuyage rapide avec un linge; jamais il n’est purifié par l’ébullition, ce qui serait déjà mieux que le lavage sommaire.

Il y a donc de ce côté également une réglementation à établir et une surveillance à exercer ; carces contagions sont encore toutes des contagions évitables.

Sans vouloir exagérer les mesures prophylactiques dans de grandes proportions, il est néanmoins encore un fait qui mérite d'attirer un instant l'attention :

Une enfant a eu la scarlatine: elle entre en convalescence; la mère s'aperçoit que sa fille a besoin d’une robe ; tous ses vêtements ont été envoyés à l’étuve de désinfection; elle écrit à un ma-

gasin de nouveautés et se fait envoyer plusieurs costumes ; la jeune malade les essaie ; et on rend ce qui ne va pas bien.

Mais dans cette petite opération, faite sans aucune mauvaise intention, les squames épidermiques qui se détachent du corps à la suite de la scarlatine peuvent se fixer aux robes rendues; ces robes rentrées en magasin seront vendues pour d'autres enfants qui pourront ainsi gagner la scarlatine.

Il} y a sans doute là l'indication de mesures à prendre; soit le refus de l’envoi en communication de choses aussi personnelles que des vêtements, soit alors la désinfection rigoureuse de tout ce qui est ainsi prêté à domicile.

5° Insectes. — Vers. — Les insectes sont un mode de contamination, généralement peu connu, et qu’il ne faut pourtant pas nier.

I. Puxaises. — D'après un travail du D° Dewèvre, les punaises sont des agents de transmission de la tuberculose ; témoin le cas suivant :

La tuberculose pulmonaire survient chez un jeune garçon occupant le lit de son frère mort de phtisie, dans une chambre soigneusement désinfectée. On s’aperçut que le corps du malade était couvert de piqûres de punaises et que son lit était rempli de ces animaux. Ayant recueilli une trentaine de punaises, M. Dewèvre en fit des cultures et inocula trois cobayes, qui moururent tous trois tuberculeux.

G. Barzcière. — Mal. évitables. 9

Une autre expérience permit de constater que des punaises, mises en contact avec des crachats tuberculeux, donnaient peu de temps après des cultures fort actives.

Il existe en Russie, en Allemagne, en Angleterre, une maladie inconnue en France, la fièvre récurrente. Obermeier a montré que cette affection était due à la multiplication, dans le sang exclusivement, d'une bactérie en forme de vrille, d’une spirille. Pour produire la fièvre récurrente, il faut que la spirille d’'Obermeier soit introduite dans le sang; le germe ne saurait vivre que dans ce liquide ; dans les circonstances ordinaires, il n'arrive jamais que le sang d’un individu malade puisse passer chez un sujet sain. La fièvre récurrente est pourtant très contagieuse: la maladie sévit presque exclusivement sur les populations malpropres et pauvres; or, cette classe de la société est fréquemment visitée par la punaise, qui perfore la peau des fébricilants, absorbe leur sang chargé de spirilles, puis va enfoncer sa trompe encore souillée dans le derme d’un sujet sain et lui inocule la fièvre aussi sûrement que le ferait l'aiguille de l’expérimentateur.

Il a été démontré également que les punaises étaient les principaux agents de transmission des fièvres rémittentes.

IL. Moucues. — Les mouches se posent partout, aussi bien sur les crachats des phtisiques que sur les

déjections des typhiques ou des cholériques, que sur nos aliments, sur notre corps; cet insecte ailé est donc plus souvent qu’on ne croit un semeur de maladies, soit qu'il infecte l'organisme directement, soit qu'il l’infecte indirectement, en contaminant d'abord les aliments.

Davaine a pu inoculer le charbon à des animaux, au moyen de mouches auxquelles il fit absorber, par la trompe ou les pattes, le poison sécrété par les animaux charbonneux.

Howe a démontré le rôle des mouches dans la propagation de l’ophtalmie; Spillmann, dans la propagation de la tuberculose; Bocquillon a cité le cas d'un berger et de deux marchands de peau chez lesquels la pustule maligne s’est développée, après contamination par les mouches.

Enfin Simmonds, lors de l'épidémie de choléra de Hambourg, en 1892, a constaté que les mouches peuvent garder vivants dans leur corps, pendant deux heures environ, les bacilles cholériques qu’elles ont pris dans les selles (1).

Les mouches, pour la peste, comme dans mainte affection parasitaire, peuvent jouer le rôle d’agents de transmission.

M. Yersin ayant remarqué que, dans le laboratoire où il faisait ses autopsies d'animaux, il y avait beau-

(1) Simmonds, Deulsche medizinische Wochenschrift, 13 oct. 1892.

coup de mouches crevées, prit une de ces mouches, et après lui avoir arraché les pattes, les ailes et la tête, il la broya dans du bouillon et l’inocula à un cobaye. «Le liquide d’inoculation contenait une grande quantité de bacilles absolument semblables à celui de la peste et le cobaye inoculé est mort en quarantehuit heures avec les lésions spécifiques de la maladie. »

IT. Mousriques. — Les moustiques ont été souvent reconnus comme transmetteurs de la fièvre jaune.

IV. Vers or rerre. — Les vers de terre sont réputés des agents très actifs de la propagation des affections charbonneuses.

V. Rars. — Le rôle de ces animaux dans la transmission des germes pestilentiels est certain et s’affirme par les faits suivants.

Dans les foyers de peste de l’Hindoustan, il est de notion vulgaire, qu'à la veille de l’apparition de la peste dans une maison on trouve des rats morts.

Et sur les rats ainsi crevés dans les maisons et dans les rues de Hong-Kong, Yersin constata presque toujours en abondance le bacille de la peste. Beaucoup de ces animaux présentaient de véritables bubons.

VI. Prornyraxie. — Bien que ce rôle pathogène des insectes puisse étonner les habitants des pays oùles punaises sont considérées comme très utiles à la santé, il faudra craindre le contact de tous ces animaux nuisibles, non seulement parce qu’ils sont

sales et incommodes, mais parce qu’ils sont des agents contaminants.

Loin de les prescrire, comme on le faisait, il y a plusieurs siècles, contre les morsures de serpent, la cystite, le prurit vulvaire, il faudra les éloigner de nos habitations, et les empêcher de se mettreen contact avec l'organisme; il sera nécessaire de protéger en outre les aliments par des toiles métalliques.

6° Conclusions. — 1° L'air, l'encombrement, les objets, les insectes sont des modes de transmission des germes pathogènes, d'autant plus dangereux que l'organisme est continuellement en rapport avec ces différentes sources d'infection.

2° La désinfection, si elle ne stérilise pas d’une façon absolue l’air, le rend du moins beaucoup moins nuisible, en annihilant la plupart des germes qu'il contient ; la réglementation de l'encombrement et la surveillance sanitaire des agglomérations diminuent les chances de contamination par cet agent; la désinfection des objets ayant servi à des malades atteints d’affections contagieuses et l'éloignement des insectes, tant de l'organisme humain que des aliments, sont encore des mesures prophylactiques faciles à mettre en pratique.

3° L’isolement des malades, toutes les fois qu'il peut être appliqué, devra être prescrit comme une mesure de nécessité.

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