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CAUSES D’IMPURETÉ

terrain, par l'absorption, peuvent créer des associations microbiennes, et donner aux germes préexistants dans l'organisme Les éléments nécessaires à leur développement et à leur virulence.

Ainsi une eau sale, dépourvue de bacille d'Eberth, ne produira pas à elle seule la fièvre typhoïde, mais elle créera, comme l’ont démontré les expériences de MM. Charrin et Roger, un milieu favorable à la culture du bacille d’Eberth et pourra ainsi provoquer l’éclosion de la maladie; elle ne sera pas la cause efficiente, mais la cause occasionnelle.

« On doit donc affirmer qu'une eau sale, même alors qu’on n’y a pas signalé de germes spécifiques, peut, en favorisant le développement de ceux qui existent presque partout, faire naître une épidémie grave (1). »

La prophylaxie de la propagation des maladies évitables par l’eau comprendra donc l’analyse bactériologique de toute eau qui doit servir à la consommation, complétant ainsi l’analyse chimique, utile, mais insuffisante, et comme conséquences, la condamnation des puits et sources contaminés, la surveillance des fosses d’aisance, des fumiers, des eaux ménagères, des égouts, sous le rapport de l’infection de l’eau par filtration, enfin la stérilisation des eaux de consommation.

(1) Lereboullet, Académie de médecine, 6 mars 1894.

L'origine hydrique des maladies contagieuses est la grande théorie étiologique actuelle : tout en ne la rendant pas exclusive et en ne niant pas l’influence de l'air, du sol, des aliments, il faut reconnaître que l’eau explique bien des contagions dans lesquelles les autres éléments morbifères ne semblent pas pouvoir être incriminés.

ILest des maladies, telles que là tuberculose, où l'air et les aliments sont les principaux modes de contagion ; il en est d’autres, au contraire, telles que la fièvre typhoïde et le choléra, où l’eau tient la première place, et, depuis les recherches faites par MM. Brouardel, Thoinot en France (1), Koch en Allemagne, presque toutes les épidémies de l’une ou de l'autre de ces maladies apportent une nouvelle confirmation de leur origine hydrique.

TL. Fièvre rypnoïne. — Le rôle de l'eau dans la propagation de la fièvre typhoïde est démontré par de nombreuses observations d’épidémies, ce qui a permis à M. le Professeur Brouardel de dire que 95 fois sur 100, l’eau est le véhicule du bacille d'Eberth.

En 1880, une épidémie de fièvre typhoïde sévit à l'école" communale de petites filles de Planguenoual ;

(1) Brouardel et Thoinot, article Fièvre TypHoïpr du Traité de medecine de Rrouardel et Gilbert, t. I, Paris, 1895.

le D' Gibert recherche les causes et découvre que l’eau qui servait à l’alimentation des élèves était souillée par des fosses d’aisance. L'eau est surveillée, la fièvre typhoïde cesse.

En 1882-1883, Auxerre fut le centre d’une épidémie de fièvre typhoïde, qui fut spécialement étudiée par le D' Dionis. Il remarqua que la distribution de la fièvre était calquée sur la distribution des eaux. L'eau dite « eau de Vallon » était l'agent contaminé. Il y avait à Auxerre deux casernes : l’une, encombrée, buvait de l’eau saine; elle n’eut pas, malgré l’encombrement, à subir les ravages de l'épidémie ; l’autre, bien que présentant de meilleures conditions d'hygiène générale, buvait de l’eau de Vallon ; elle fut un foyer typhique.

Le village de Lausen, dans le canton de Bâle, n'avait pas eu d’épidémie de fièvre typhoïde depuis 1814, et pas un seul cas depuis sept ans. En 1872, dix cas se montrent à la fois ; en quelques jours, le chiffre des malades atteint 57, et continue peu à peu, pour arriver à 130 sur 800 habitants. En comparant la répartition de la contagion à la distribution de l’eau, on constata que seules, avaient été contaminées les maisons qui se servaient de l’eau des fontaines publiques ; cette eau provenait d’un ruisseau qui était en communication, à une certaine distance du village, avec la fosse d’aisance d’une maison où il y avait eu deux cas de fièvre typhoïde (Modelsky).

Le village de Monts est divisé en deux agglomérations : Monts-Haut et Monts-Bas, séparées par une distance de 140 mètres environ. L'eau de consommation n’est pas la même pour les deux parties du village. Deux cas de fièvre typhoïde sont constatés à Monts-FHaut; le linge de ces malades est lavé dans un réservoir, situé à proximité de la source qui alimente Monts-Bas ; une épidémie éclate à Monts-Bas ; elle sévit sur toutes les maisons indifféremment, sauf sur une, qui avait une source particulière. On condamne la source venant de Monts-Haut, l'épidémie cesse (1).

En 1886, une épidémie éclate à Clermont- Ferrand ; elle sévit également sur Clermont et Mont- Ferrand, distants de deux kilomètres : elle n’est observée ni à Royat ni à Chamalières, aussi proches de Clermont que l'était Mont-Ferrand (2). En recherchant l’étiologie de cette épidémie, on reconnut que Clermont et Mont-Ferrand étaient placés sous le même régime d’eau, tandis que Royat et Chamalières étaient alimentés par une eau provenant d’autres sources, n'ayant aucun rapport avec celles de Clermont et Mont-Ferrand. Un couvent de Clermont possédant une source spéciale est resté indemne (Brouardel).

En 1888, l’École normale d’institutrices de Saint-

(1) Baraduc, Revue d'hygiène, 1881.

(2) Brouardel, Annales d'hygiène, 1887, t. XVII.

Brieuc est frappée d’une épidémie typhique ; l’eau dont on faisait usage était de l’eau d’un puits, à parois non étanches, qui communiquait avec une fosse d’aisance.

En 1890, une épidémie sévit à Trouville (1). Le : bruit se répandit que l’infection était due à des fouilles de constructions que l’on avait entreprises entre Trouville et Deauville, plus près de Deauville que de Trouville; toutefois Deauville n’a présenté aucun cas de fièvre typhoïde.

Puisque ces deux stations balnéaires se trouvaient à peu près dans les mêmes conditions, puisque toutes deux étaient proches des fouilles, la cause de l'épidémie tenait à une différence hygiénique quelconque entre les deux. Or la distribution d’eau n'étant pas la même, l’eau semble donc devoir expliquer l’étiologie de cette contamination.

Mais dans toutes ces questions de contagion par l'intermédiaire de l’eau, il ne suffit pas de faire la preuve, il faut encore la contre-épreuve. Partout où l’eau pure est substituée à la mauvaise eau, on voit la fièvre typhoïde diminuer.

À Paris, l’eau de consommation a différentes origines ; la Dhuys et la Vanne donnent une eau excellente ; la Marne, la Seine offrent une eau très

(1) Brouardel et Thoinot, Épidémie de fièvre typhoïde à Trouville, en août, septembre, octobre 1890 (Ann. d'hyg., 1891, t. XXV, p. 231). |

médiocre, polluée par Les déjections des riverains et des mariniers.

Tant que les habitants de Paris consomment de l’eau de Dhuys ou de Vanne, la fièvre typhoïde est rare; dès qu’on lui substitue l’eau de Seine ou de Marne, elle augmente.

En 1882, une caserne de sapeurs-pompiers, neuve, bien construite, reçoit de l’eau de Marne ; la morbidité typhique est de 17 0/0: La vieille caserne Jean- Jacques Rousseau, alimentée par l’eau de Vanne, n’a qu'une morbidité de 0,7 0/0. En 1886, on a substitué dans la première caserne, l’eau de Dhuys à l’eau de Seine, la morbidité est tombée à 3 0/0 (D' Régnier).

Chaque année, en été, on constate une recrudescence de fièvre typhoïde dans les quartiers où l’eau de Seine est substituée à l’eau de source ; c’est une expérience tout à fait probante, constatée depuis plusieurs années, et maintenant que la vérification est faite, il serait temps, semble-t-il, d'éviter aux Parisiens, de servir inutilement de sujets d'expérience. Tous les ans, à l’époque de la sécheresse et de la chaleur, lorsque l’eau commence à manquer, le Conseil municipal discute vivement les moyens à employer pour approvisionner Paris d’eau saine en quantité suffisante : 1l décide même le captage de nouvelles sources que l’on amène à grands frais; cela n'empêche que tous les ans, à la même époque, la fièvre typhoïde subit une recrudescence, avant même que tout le

monde sache que l’eau de rivière est substituée pour quelques jours à l’eau de source.

Amiens a été longtemps un centre typhique ; en 1881, à la suite de l’amélioration des eaux d'alimentation, la mortalité et la morbidité par fièvre typhoïde baissent; tandis que de 1876 à 1881, la moyenne des cas était de 111 pour 10 000, en 1881 et 1882, elle devient 3,6 pour 10 000.

Jusqu'en 1890, il y avait une moyenne de 5, 5 cas de fièvre typhoïde par mois à Angoulème. L'eau que la municipalité distribuait aux habitants, sous le nom d’eau potable, était de l’eau de la Charente, prise en aval de deux égouts, servant de déversoir à 29 fosses d’aisance. Le lycée et l'établissement du Sacré-Cœur qui n’employaient pas l’eau municipale, ne présentaient pas de cas typhiques. En 1889-1890, le régime des eaux change; l’eau distribuée est de l’eau de source, indemne de contamination; immédiatement la morbidité diminue et la moyenne tombe de 5,5 à 1,2.

La municipalité de Lille a fait établir une statistique qui prouve qu'en 1894, sur 80 cas de fièvre typhoïde, 75 se sont déclarés dans des maisons où l’on faisait usage d’eau de puits, mal protégés contre les infiltrations. Depuis que l’eau à été améliorée, l'état sanitaire s’est modifié.

À Verdun, en 1888, il y avait eu en deux mois 110 cas de fièvre typhoïde ; l’eau de puits, qui était

G. Barzuière. — Mal. évitables. 10

l’eau d'alimentation, contenait 50 000 germes par centimètre cube. On ferme ces puits et on donne en place de l’eau de source; la fièvre typhoïde cesse presque complètement, puisqu’en 21 mois on n’a constaté qu’un cas isolé. M. Mosny a démontré en 1888, à la Société de médecine publique, que lorsque 7 pour 100 des maisons de Vienne étaient alimentées en eau de source, la mortalité typhique annuelle était d'environ 200 ; quinze ans plus tard, quand 90 pour 100 des maisons recevaient de l’eau de source, la mortalité était tombée à 10 au lieu de 200.

M. Aigre (1) rapporte une épidémie qui sévit en 1889sur un faubourg de Boulogne, le quartier Baudet. En cherchant l’origine et la marche de l'infection, il apprit que les habitants buvaient de l’eau de puits, qu'il reconnut en communication avec des. fosses d'aisance ; il réussit à en interdire l'usage, l'épidémie diminua. Quelque temps après, quelques habitants du quartier se servirent à nouveau de l’eau prohibée ; immédiatement l'épidémie eut une recrudescence.

De 1886 à 1889, Budapest a été le siège d’une épidémie de fièvre typhoïde, le chiffre moyen de la morbidité typhique était de 1500. Les VI° et VIT® arrondissements, alimentés par une eau non filtrée, étaient surtout éprouvés. En comparant la

(1) Aïgre, Marche de la fièvre typhoïde à Boulogne-sur-Mer (Ann. d'hyg., 1894, t. XXXII, p. 141).

morbidité de ces arrondissements, habités par une population pauvre et prédisposée, à celle des arrondissements voisins pourvus d’eau filtrée, Korësi trouva la proportion de 2 1/2 à 1, pour toutes les affections contagieuses. Il en conclut que si la même proportion existait pour la fièvre typhoïde dans les mêmes arrondissements, l’eau n’y serait évidemment pour rien. Tout au contraire, il trouva pour cette maladie une proportion de 5 à 1. La différence qui existaitentre la proportion 2 1/2 à 1 et la proportion 5 à 1, était évidemment due à l'influence que pouvait exercer l’eau, puisque toutes les autres conditions restaient les mêmes. Korüsi (1) démontra ainsi que, à côté des influences nocives qui se font sentir sur le domaine de distribution d’une eau non filtrée, cette eau augmente, pour ceux qui en font usage, le danger de la contamination, et qu’elle l’augmente de plus du double.

Les épidémies de fièvre typhoïde qui se sont développées à Besançon et qui ont été étudiées par M. le D' Thoinot (2) sont à cet égard très probantes.

La ville de Besancon est divisée, sous le rapport de l’eau, en quatre zones : zone de l’eau d’Arcier, zone d’Aglaus, zone de Brégille, zone sans alimentation

(1) Korôsi, Influence de l'eau non filtrée sur la propagation de la fièvre typhoïde à Budapest (Deutsche Vierteljrhrschrift für offentliche Gesundheitspflege, 1892, et Ann. d’hyg., 1892, t. XX VIII. p. 156).

(2) Thoinot, Éfude sur les causes de la fièvre typhoïde à Besançon (Ann. d'hyg., 1895, t. XXXILI, p. 147).

régulière, où les habitants s’approvisionnent à des puits et citernes.

Dans l’épidémie de typhoïde qui a commencé le 19 octobre 1893 et qui a duré jusqu'au mois d'avril 1894, la très grande majorité des cas s’est produite dans la zone d’Arcier.

Dans les cas en dehors, il a été prouvé par des recherches que ces cas pouvaient être regardés comme de la zone d’Arcier, car si les typhiques n’habitaient pas officiellement la zone d’Arcier, du moins ils y passaient une grande partie de leur temps, ils y travaillaient.

Il faut en conclure que tous les cas se sont produits dans la zone d’Arcier, tandis que les trois autres zones, dans une population de 18 000 habitants, c’est-à-dire de moitié de celle d’Arcier, ont eu une immunité complète.

L'analyse de l’eau de cette source, faite par M. le Professeur Pouchet, a permis d'établir qu’elle renferme 1915 germes aérobies par centimètre cube, qu’elle est contaminée par des eaux superficielles, renfermant des matières fécales, comme le prouve la présence du coli-bacille : c’est donc une eau typhoïgène.

La cause de cette souillure de l’eau d’Arcier provient d’un petit village situé aux environs, Nancray, et la communication se fait par un petit ruisseau, le ruisseau de Nancray; c’est ce ruisseau qui à trans-

porté les souillures de Nancray où il y avait de la typhoïde à Besançon où elle éclata.

En recherchant plus loin, de 1886 à 1889 une épidémie éclate dans la zone d’Arcier et de Fontaine Argent. L'Eau de Fontaine Argent est supprimée, la typhoïde disparaît radicalement.

IT. Cnoréra. — Les travaux de MM. Brouardel et Thoinot (1) en France, Stassano en Italie, Rapchewsky en Russie, sont en faveur de l’étiologie hydrique du choléra.

Depuis 1831, Hambourg a été souvent un centre cholérique, tandis qu'Altona, située sur l’autre rive de l’Elbe et dont certains quartiers se confondent avec ceux de Hambourg n’a jamais été visitée par le choléra. Au premier abord, on s'explique difficilement cette attraction qu’exerce Hambourg sur les bacilles cholériques, mais, lorsqu'on étudie la distribution des eaux, on constate que Hambourg reçoit son eau d’alimentation directement de l’Elbe, tandis que Altona emploie bien la même eau, mais filtrée par un terrain sablonneux ; c’est donc l’eau qui fait de Hambourg un foyer cholérique, et d’Altona un centre réfractaire.

En 1849, Paris était alimenté presque uniquement par de l’eau de Seine; le puits de Grenelle fournissait de l’eau à quelques quartiers voisins, dans la région alimentée par les puits de Grenelle, le

(1) Thoinot, Le Choléra de 1884, Paris, 1886 et article CHOLÉRA du Traité de médecine, de Brouardel et Gilbert, 1896, t. II, p. 130. .

choléra n'existait pas, tandis qu'il exerçait ses ravages jusque sur les limites de ce petit territoire.

M. le D' Snow, en 1866, a mis en évidence le rôle de l’eau dans la propagation du choléra: il marqua sur un plan de Londres, d’un trait noir, chacune des maisons où avait succombé un cholérique. En comparant la tache noire irrégulière, ainsi formée, qui comprenait tout le quartier de Broad Street, il remarqua que cette distribution de la mortalité se Superposait exactement avec le plan de canalisation de Londres en eau potable. L'eau, distribuée dans cette région, était puisée au-dessous de Londres, dans la Tamise.

La dernière épidémie cholérique de Gênes est fort instructive au point de vue de la contamination des eaux par les déjections des cholériques. L'eau potable de Gênes est fournie par deux aqueducs. L'un d'eux, le canal Nicolaï, passe par le bourg de Bussalla: Le choléra sévit dans ce bourg : les déjections vont dans le canal ainsi que les eaux des lavoirs. Quelques jours après, le choléra fait son apparition à Gênes et atteint les quartiers alimentés par le canal. Sur 300 cas qui ont été constatés, 256 se sont produits sur le trajet du canal Nicolaï. On condamne le canal ; immédiatement l'épidémie entre en décroissance, et disparaît en quinze jours.

IT. Fièvre sAUNE. — En 1891, le bateau « Le Corrientes » fait escale quinze jours à Santos, où sévis-

sait une épidémie de fièvre jaune très meurtrière. Il n'y eut pas un seul malade à bord où l’on buvait de l’eau distillée et non de l’eau du pays.

Cette observation, rapportée par M.le D'Schoofs (1), prouve non seulement l'importance de l’eau dans la contagion de la fièvre jaune, mais elle montre en outre que l’air n’a qu’un rôle tout à fait secondaire, que son action ne s'étend que dans un court rayon, et avec le concours de circonstances adjuvantes telles que l'encombrement, puisque malgré l’infection de la ville, le bateau n’en subit pas l'influence.

IV. Drpurérie. — Quelques observations semblent prouver que l’eau pourrait également servir de véhicule aux bacilles de la diphtérie ; témoin l’épidémie de Raffelot, dans le pays de Caux.

Il ny aurait qu'à feuilleter tous les recueils d'hygiène pour trouver de nombreux exemples, montrant les rapports intimes qui existent entre le développement de certaines maladies microbiennes et la qualité des eaux dont font usage les personnes atteintes ; c’est ainsi que des villes comme Rennes, Madrid, Munich, Vienne (2) qui étaient réputées comme des centres endémiques de fièvre typhoïde et de choléra, se transformèrent peu à peu sous

(1) Schoofs, Application des mesures prophylactiques à bord du bateau le Corrientes pendant l'épidémie de fièvre jaune du Brésil (Ann. d'hyg., 1892, t. XXVII, p. 274).

(2) Reuss, Les eaux potables de Vienne (Ann. d'hyg., 1892, t.XXVI,

l'influence de l'amélioration du régime des eaux.

Ce sont généralement des puits ou citernes contaminés par des fosses d’aisance mal cimentées, des sources ou des rivières, souillées par des filtrations se produisant à travers les fissures du sol, qui propagent ces maladies.

Parfois l'analyse des eaux incriminées a fait découvrir les germes spécifiques ; mais lorsque cette recherche a été infructueuse, on a pu démontrer d’une autre facon, non moins probante, l’origine de l'épidémie ; la condamnation de l’eau souillée a toujours fait disparaître l'infection.

L'air, les contacts des mains, les vêtements peuvent certainement transmettre le germe morbide, mais ces agents ne créent qu'une épidémie limitée à une famille, à une maison. L'action de l’eau est au contraire générale ; elle engendre la contamination d’une ville, d’une armée.

1° Hygiène industrielle. — Au point de vue industriel, l'infection de l’eau sera empêchée, en surveillant les déchets rejetés par les usines dans les cours d’eau, en empêchant les manufactures de transformer une rivière en un égout et en un foyer d’odeurs malsaines.

I faut aussi interdire l'usage dans l’alimentation

des eaux situées dans le voisinage des établissements industriels.

Il faut, comme M. le docteur Le Roy des Barres l'a proposé pour le Croult, à St-Denis, établir une canalisation qui permette un curage complet, rapide et fréquent.

2° Infection par les germes vivants. — « La bonne qualité des eaux étant une des choses qui contribuent le plus à la santé des citoyens d’une ville, il n’y a rien que les magistrats aient plus d'intérêt à entretenir que la salubrité de celles qui servent à la boisson et à remédier aux accidents par lesquels ces eaux pourraient être altérées » (de Jussieu).

Depuis que l’on a constaté que les eaux potables pouvaient servir de transport aux germes de certaines maladies, la question de l’eau saine a été approfondie et le but général des hygiénistes est de trouver le moyen de fournir aux populations de l’eau saine. Une ville, dont l’eau potable est surement à l’abri de toute souillure par les matières fécales, ne peut devenir un centre pour le développement des maladies transmissibles par l’eau, telles que la fièvre typhoïde et le choléra.

I. ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE. — Avant de permettre l'usage d’une eau pour l'alimentation, il faudra toujours, après l’analyse chimique, faire l’examen bactériologique, et interdire toute eau qui, malgré un résultat chimique satisfaisant, donnera un résultat

bactériologique insuffisant ; non seulement il sera nécessaire d’écarter toute eau présentant des germes spécifiques, mais encore celles qui contiendront un trop grand nombre de germes indifférents.

IL Cnorx pe L'Eau. — Il faudra éviter soigneusement d'utiliser les sources situées près de terrains habités, de jardins maraichers, celles qui traversent des terrains arrosés avec des eaux d’égout et celles qui proviennent d’infiltrations superficielles.

Lorsqu'on se servira de puits ou de fontaines, la pollution par les eaux ménagères ou par les eaux provenant de terrains souillés sera évitée en construisant des réservoirs imperméables descendant jusqu'à la nappe du sous-sol et en les établissant aussi loin que possible des fosses d’aisance.

Lorsqu'on amènera une eau de source dans une localité, après l'avoir soumise à l'examen bactériologique, on veillera à l’établissement d’une bonne canalisation. À cet égard, les canalisations établies par les Romains sont une preuve du soin qu'ils apportaient au captage des sources.

En tous cas, il sera toujours bon d'empêcher la stagnation de l’eau dans les réservoirs.

IL. Srérmirisarion. — Un des procédés les plus simples et en même temps un des meilleurs, pour la filtration des eaux, est la filtration par le sable; la différence entre la mauvaise qualité de l’eau de Hambourg et la bonne qualité de l’eau d’Altona tient

à ce que cette dernière passe sur un terrain sablonneux.

Il faut que les administrations municipales soumettent les eaux à une première stérilisation, avant de les distribuer aux consommateurs ; ce serait une garantie de plus.

M. Escudier a proposé en avril 1896, au Conseil municipal de Paris, d'installer aux bassins de St-Maur le procédé de stérilisation des eaux de rivière par l'ozone, imaginé par Tyndall.

Déjà ce procédé est appliqué en Hollande, où il donne de bons résultats.

M. Tyndall garantit par ce procédé : la suppression de tous les germes, tout en laissant à l’eau un goût naturel et agréable, son état incolore, la diminution de 30 p. 100 des matières organiques, sans que ce procédé y introduise aucune substance nuisible.

Quelle que soit l’origine de l’eau d’alimentation, et quel que soit le procédé de stérilisation adopté par les administrations municipales, il faut que chaque habitant ait son filtre, bien construit et souvent nettoyé.

A défaut de filtre, et dans les temps d’épidémie, en plus de la filtration, il est bon de faire bouillir l’eau ; la température de 100°, maintenue quelques instants, étant suffisante pour tuer ou tout au moins annihiler la plupart des microbes.

3° Bonne eau d'alimentation. — La définition de

la pureté d’une eau potable a varié avec les progrès de la science. Tout d’abord on ne distinguait une bonne eau potable que par ses caractères organoleptiques.

La connaissance des propriétés organoleptiques et chimiques ne suffit plus ; il faut encore rechercher les propriétés biologiques.

1° Une bonne eau potable doit être limpide, incolore, inodore, fraîche, aérée, agréable au goût, ni fade, ni salée, ni douceâtre, imputrescible.

2° Elle ne doit renfermer ni ammoniaque ni sels ammoniacaux, ni hydrogène sulfuré ou sulfure, ni azotates ou azotites.

3° Elle doit tenir en dissolution le moins possible de sels calcaires et magnésiens.

4° Elle contiendra le moins possible de microbes, elle doit surtout ne pas en renfermer de pathogènes.

4° Conclusions.— Il est fort bien de dire : voilà l’eau qu'il faut employer, mais il n’est pas dans le pouvoir de tout le monde de boire l’eau idéale. Si chacun peut, dans une certaine mesure, assainir l'air qu'il respire, en habitant des appartements aérés, en pratiquant de rigoureuses désinfections ; surveiller un peu ses aliments ; l’habitant des villes ne peut employer que l’eau fournie par la Municipalité, il nen a pas d'autre à sa disposition.

Si elle est de mauvaise qualité, l’ébullition et la Stérilisation permettront de la rendre moins nuisible.

Mais avant tout, les Municipalités devraient donner une eau saine, Car sans eau saine, pas de santé. Une ville qui fournira à ses habitants de l’eau saine, pure, privée de tout contact avec les microorganismes et les bacilles, les matières fécales et les déchets de la vie, n’aura plus à enregistrer dans ses tableaux de mortalité et de morbidité des cas de fièvre typhoïde et de choléra, ou du moins elle en

aura une proportion beaucoup moindre.

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