‹ Les maladies gastro-intestinales aigues des nourrissonsChapitre 19 sur 228 · I.— LA SOUS-ALIMENTATION LIQUIDE · texte numérisé non relu

I.— LA SOUS-ALIMENTATION LIQUIDE

Le nourrisson est extrêmement sensible à la privation de la boisson. Il l’est même beaucoup plus que l’adulte, ce qui peut tenir à deux raisons : d’abord à ce que l’organisme du nourrisson contient beaucoup plus d’eau 71,8 p. 100, alors que celui de l’adulte n’en contient que 60 p. 100 environ ; ensuite à ce que la circulation de l’eau est beaucoup plus importante chez le nourrisson que chez l’adulte puisque 1 kilo-

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gramme d’adulte n’emploie que 35 grammes d’eau en vingt-quatre heures, alors que 1 kilogramme de nourrisson en emploie 40 grammes.

SYMPTÔMES

Faciès. — Le faciès de l’enfant assoiffé ressemble singulièrement à celui du bébé atteint de catarrhe intestinal aigu ou de choléra infantile.

L’enfant est pâle, amaigri et desséché, sa peau est flétrie et présente des plis qui persistent, ses fontanelles sont enfoncées, ses yeux sont creux, son abdomen est mou et en bateau, ses extrémités sont cyanosées ; tout en un mot nous rappelle le faciès si caractéristique du choléra de l’enfance.

Système nerveux. — L’enfant trop calme paraît endormi, mais ses yeux largement ouverts ont un regard lointain et comme absent ; ses membres sont immobiles, raides et comme figés dans des attitudes cataleptiques; plus rarement on les voit agités de convulsions,

Système respiratoire. — La voix est enrouée et parfois le bébé est tourmenté par une toux continuelle qui paraît due à la sécheresse de la muqueuse pharyngée.

sous- ALIMENTATION LIQUIDE

Système circulatoire. — La fièvre de soif^ déjà étudiée dans la cure de Schroth chez l’adulte, a été étudiée chez le nourrisson par E. Muller (1) sous le nom de Durstfieber.

En Amérique, cette fièvre paraît être bien connue chez les nouveau-nés. Elle dure de deux à trois jours, peut monter jusqu’à 39 et 40 et tient au peu de liquide que

l’on donne souvent .l’inaniiion liqui.i..

suivie (le Irois jours d(> l)oisson.

dans ce pays au bébé

pendant les trois premiers jours de la vie : aussi cesse-t-elle de suite avec l’ingestion d’eau ou de lait.

Inanition de ÜQuide

Boisson

Fig.

Fièvre de soil'.

Comme le démontre très clairement la figure empruntée à Muller, la fièvre de soif augmente avec la durée de l’inanition liquide (d, paraît due comme la fièvre saline à la concentration du sang et à la diminution de perspiration cutanée qui amènent une rétention cfilori figue (Heim).

(1) Mi'li.eh, Jierl. fdi/i. W'oc/i., UHü. Combe. — Mal. gastrü-irdestinali's.

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Cette fièvre n’est cependant pas constante : il n’est pas exceptionnel de voir des enfants débiles réagir par une hypothermie au manque de liquide.

Le pouls est petit et fréquent.

Le sang est épaissi, aussi le nombre des globules sanguins paraît-il augmenter.

Système digestif. — La faim est minime, les vomissements sont fréquents grâce à la concentration du sang et la constipation est habituelle.

L’urine est diminuée, mais ne contient ni sucre ni albumine (Dennig).

Le poids du bébé diminue considérablement.

Résistance de l’enfant. — Les enfants assoiffés supportent très mal la chaleur extérieure et cela grâce à la rétention calorifique dont ils sont déjà atteints : aussi V insolation est-elle fréquente chez eux.

Enfin les enfants assoiffés supportent mal les infections^ ce qui tient à l’épaississement du sang et au mauvais fonctionnement de la circulation et de leurs moyens de défense.

PRONOSTIC

L’assoiffement produit donc dans l’organisme du nourrisson des troubles sérieux et graves et il faut s’en souvenir, car l’inanition liquide n’est

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pas exceptionnelle dans certaines maladies du nourrisson où la soif est inévitable comme dans la maladie de Barlow, dans la pneumonie, dans l’abcès rétro-pharyngien, mais surtout dans l’état soporeux, dans les vomissements incoercibles et tout particulièrement dans le pylorospasme.

Ces maladies s’accompagnent très souvent d’états graves qui sont dus plus à la soif du bébé qu’à son état d’infection.

DIAGNOSTIC

Le tableau symptomatique de l’assoiffement ressemble singulièrement à celui du catarrhe et du choléra infantile.

On y retrouve, comme dans le choléra, l’amaigrissement, la pâleur, la dessication, la somnolence, la fièvre et les vomissements.

Mais il existe avec l’assoifîement une constipation et non une diarrhée comme dans le catarrhe, ce qui permet de les distinguer.

Il — LA SOUS-ALIMENTATION QUANTITATIVE

G est la forme étudiée par Variot sous le nom hybride de hypo alimentation.

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Cette cause de troubles de nutrition, étudiée en premier lieu par notre compatriote Chossat de Genève en 1843, a peu attiré l’attention chez le nourrisson. Cependant Czerny (1), Rosenstern (2) et Langstein (3) en Allemagne et Variot (4) en France ont étudié de plus près cette cause importante de maladie infantile qui joue un rôle considérable, et qui a certainement été trop peu remarquée jusqu’ici.

ÉTIOLOGIE

La sous-alimentation simple.

Enfant nourri au sein. — Cette forme n’est pas exceptionnelle. Elle se voit chez les nourrissons atteints de coryza, d’aphtes, etc. et qui refusent absolument toute nourriture. On l’observe encore chez tout bébé allaité par une nourrice dont la sécrétion lactée est insuffisante.

Les résultats de cette sous-alimentation au sein montrent qu’un enfant peut vivre longtemps, même pendant des semaines, avec une quantité de lait correspondant à peine

(1) Czerny, Samml. zwungl. Abk., III, 2.

(2) Rosenstern, Ergebnisse d. Kind,. VII, j». 332.

(3) L.YNGSTEfN, Jahres Kurse, 1912, Vl, p. I.

(i) Variot, Clinique infant., 1911, n“ 3, n® 22.

à 50 calories soit à la moitié de la dose optima qui est de 100 calories et cela sans diminuer sérieusement de poids, pourvu qu’on donne a côté les quantités d’eau nécessaires.

Enfant nourri a la bouteille. — Tout bébé nourri uniquement avec du lait coupé sera sous-alimenté si le coupage dépasse les deux tiers, car alors la valeur calorifique du lait est insuffisante.

Lorsqu’il s’agit d’un enfant nourri artificiellement la sous-alimentation exerce une action bien différente de celle exercée chez l’enfant au sein. Le bébé sous-alimenté diminue d’abord rapidement de poids puis il paraît s’adapter peu à peu à la sous-alimentation, car son poids reste stationnaire, mais il recommence de suite à augmenter dès que la dose alimentaire atteint la dose optima qui est aussi pour l’enfant nourri artificiellement de 100 calories par kilogramme.

L’enfant sous-alimenté, s’il ne perd pas de poids avec la dose minima de 70 calories par kilogramme et s’il n’en gagne pas non plus, continue cependant à grandir comme Aron (1) l’a démontré, car ses os s’allongent et s’épaississent.

(1 Aron, D loche rnische Zeil., 1910, XII.

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ce qui ne peut se faire qu’aux dépens d’autres organes qui fondent et ces organes sont avant tout les muscles.

La sous-alimentation thérapeutique.

Sous-alimentation avec alimentation CROISSANTE. — Cette forme de sous-alimenta-

Fig. 8. — Sous-alimentation thérapeutique.

Diète hydrique avec alimentation croissante.

tion est certainement la plus importante et la plus fréquente. On l’ordonne dans le catarrhe

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intestinal par exemple sous la forme d’un jour de famine suivi de doses croissantes de nourriture.

Comme le montre la figure nous voyons dans ces cas après une chute de poids rapide l’enfant s’adapter à la sous-alimentation, car la courbe de poids reste stationnaire jusqu’au moment où on augmente l’alimentation.

Sous-alimentation croissante. — Cette sous-alimentation est bien moins grave que la sous -alimentation croissante dans laquelle on diminue chaque jour et progressivement la nourriture. Dans ces cas, l’enfant bien loin de s’adapter à la diminution calorifique diminue chaque jour en poids, en force et en résistance.

C’est donc une méthode dangereuse.

I] n’est pas rare de voir l’ordonnance médicale toute temporaire de faire chez un bébé une sous-alimentation thérapeutique devenir définitive et cela grâce à l’inquiétude de parents trop craintifs.

Cette sous-alimentation chronique produit peu à peu les troubles de nutrition progressifs de la sous-alimentation chronique qui donnent au pauvre bébé le faciès émacié de l’athrepsique. C’est cette forme que Schlossmann appelle avec raison Vathrepsia e medico.

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Citons enfin V inanition par famine, heureusement rare, et qui ne se voit guère que dans le pylorospasme et la pylorosténose.

SYMPTÔMES

Faciès. — Le faciès de l’enfant sous-alimenté ressemble cliniquement tout à fait à celui de l’athrepsie.

La fontanelle est enfoncée, les yeux sont creux, le visage se ride, les joues se creusent, le nez devient pointu, le menton saillant, tout rappelle le faciès vieillot et ridé du fades Voltaire.

Si l’on découvre l’enfant, on voit un corps squelettique où toutes les saillies osseuses se dessinent et les dépressions s’accentuent, les membres perdent leur forme ronde et tous les muscles se dessinent sous la peau ; les mains sont osseuses et les doigts effilés.

Tout en un mot nous rappelle V athrepsique.

L’abdomen d’après Czerny serait caractéristique : il est creux, en bateau ; ses parois sont dures, sa peau flétrie ; ses lignes sont concaves ou droites, jamais convexes comme celles de l’enfant bien nourri.

Peau. — La peau est pâle, mais non livide; elle est plissée et ridée sur le visage. Sur les

joues on constate souvent de petits points rosés dégénérant en eczéma sec, fades de clown; les lèvres sont parfois fendues et rouges.

Sur le tronc la peau est sèche et desquamante. Sur les membres elle est ridée et sèche et souvent cyanosée; le pourtour des ongles est enflammé, les talons souvent rouges et ulcérés.

Tonus musculaire. — Il est tantôt hypotonique, tantôt le plus souvent hypertonique.

Croissance pondérale. — La courbe de croissance pondérale se modifie considérablement dans la sous-alimentation. Dans la sousalimentation avec alimentation croissante^ le poids du bébé diminue lentement pour s’adapter ensuite à la sous-alimentation pendant laquelle la courbe de poids reste horizontale pour augmenter dès que la nourriture augmente (fig. 8).

Dans la sous-alimentation croissante la courbe de poids tombe en escalier, chaque marche descendante correspondant à la diminution nouvelle de l’alimentation. On voit combien cette dernière méthode est plus nuisible que la première.

Croissance staturale. — La courbe de taille par contre ne subit aucun arrêt dans

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la sous-alimentation comme l’ont démontré Freund et Camerer (1). L’enfant continue de grandir ; ses os s’allongent et s’épaississent même, ce qui ne peut se faire qu’aux dépens des muscles.

Il y a donc dans la sous- alimentation une dissociation des courbes de croissance staturale et pondérale^ signe sur lequel Merklen insiste avec raison.

Système nerveux. — L’enfant est, pendant la sous-alimentation, cérébralement présent, mais il est souvent agité, crie beaucoup, dort peu et se réveille facilement. Mais à la longue, comme Rosenbach l’a démontré, l’excitabilité cérébrale et médullaire diminuent : alors le bébé affamé dort trop et trop facilement et surtout s’endort dès qu’il commence à manger.

Le fait que l’enfant cherche avec la bouche, suce ses doigts, n’est pas, d’après Gzerny, un signe de sous-alimentation, « l’enfant se servant de ses lèvres pour distinguer les objets ». Par contre l’action de garder les doigts dans la bouche en les suçant fortement, puis en cher-

(I) FiiRrNi» el CAMEnEn. Jahrh. f. Kind., 90, |». 752.

chant et avec bruit nous paraît devoir être attribué à la faim.

Système circulatoire. — Hypothermie d'ina- Yihlon. — La température baisse dans la sousalimentation durable : aussi Rosenstern pour l’opposer à la fièvre .de soif a-t-il créé le terme hypothermie de famine.

Le pouls est peu ralenti dans la sous-alimentation médicale qui est de courte durée ; il l’est plus lorsqu’elle dure, il devient alors souvent irrégulier.

Système respiratoire. — La respiration se ralentit et devient plus profonde.

Système digestif. — La soif est modérée chez l’adulte, ce qui s’explique par le fait que la fonte des tissus libère de l’eau et que la perspiration est fortement diminuée. Chez le nourrisson par contre, où les muscles sont moins hydratés, elle est très grande et il faut s’en souvenir dans la sous-alimentation thérapeutique et faire boire abondamment.

La faim dépend de l’état psychique. A côté d’enfants agilés, criant et cherchant des yeux leur biberon, on peut en voir d’autres qui sont si apathiques que la sensation de la faim })araît absolument endormie chez eux.

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Les vomissements^ déjà décrits par Piorry, Bérard, Valleix et Marotte, Bouchaud, comme symptômes d’inanition, ont été étudiés à nouveau par Variot et par Cheinisse (1). Ces vomissements constituent, dit-il, un accident très imprévu et en quelque sorte paradoxal, puisque le vomissement était surtout regardé comme un symptôme de suralimentation. Mais cela s’explique fort bien par le fait que ces vomissements ne sont pas des vomissements stomacaux, comme l’a démontré Gzerny, mais bien des vomissements cérébraux.

Ces vomissements se produisent aussi bien chez les enfants au sein que chez ceux au biberon et ils cessent avec une alimentation suffisante.

Les selles. — L’état des selles est variable

suivant le genre de nourriture :

Enfant au sein. — Chez l’enfant nourri au sein on constate au début une constipation opiniâtre : les selles sont brunes, sèches et petites, mais très rapidement il se produit des selles nombreuses^ deux ou trois par jour qui ne contiennent presque pas d’eau, mais des grumeaux

(1) Cheinisse, Sem. méd., 1911, n® 48.

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blancs de savons alcalino-terreux d’une couleur brune ou verte, et des glaires en abondance ; quelquefois même on y trouve des points et des tramées sanguinolentes.

Les parents croient que c’est de l’entérite, dit Variot. Les parents ont raison : c’est de Ventérite amenée par l’augmentation de la flore protéolytique intestinale qui se produit aux dépens des sécrétions intestinales albumineuses inutilisées et qui forment un milieu alcalin et albumineux. Les traînées de sang s’expliquent par la même cause.

Mais, et en cela nous sommes d’accord avec Variot, c’est une entérite qui se guérit rapidement en alimentant l’enfant et en lui donnant un peu de potage avant le sein.

Enfant au biberon. — Chez l’enfant nourri à la bouteille, la constipation est la règle avec ventre rétracté. Ce n’est qu’à la longue, lorsqu’on prolonge la sous-alimentation, que l’on trouve chez eux des selles dyspeptiques avec le gros ventre flasque des dyspepsies chroniques, qui ne sont pas dues à l’aérophagie mais bien à la dyspepsie avec allongement de l’intestin, comme Marfan le fait fort bien remarquer à Variot.

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