REPAS TROP FRÉQUENTS
C’est là une des causes les plus importantes de suralimentation. La plupart des mères donnent le sein ou la bouteille dès que l’enfant crie et comme l’enfant crie à propos de tout et qu’il
n’a pas d’autre moyen pour manifester ses malaises, il n’est pas rare de voir l’enfant manger toutes les heures et quelquefois même plus souvent encore.
Conséquences des repas trop fréquents.
Estomac
Si l’on donne au nourrisson un nouveau repas avant que la digestion de. l’autre soit terminée, le lait frais s’ajoutant au reste du repas précédent, il en résulte que la quantité totale de nourriture qui se trouve à la fois dans l’estomac est plus grosse que ne le comporte la capacité stomacale. Ce repas trop gros ne peut être digéré jusqu’au repas suivant, si bien que celui-ci trouvera toujours dans l’estomac un nouveau reste indigéré et ainsi de suite.
Conséquences mécaniques. — En somme, donner des repas trop fréquents équivaut à donner des repas trop gros et amène les mêmes conséquences mécaniques : distension de la paroi, anémie des glandes, sécrétion insuffisante.
Fermentations anormales. — Mais ce n’est pas seulement une distension de l’estomac
DYSPEPSIES
qu’amènent les repas trop fréquents, ils causent encore et très rapidement des fermentations anormales dans l’estomac. En effet l’action du suc gastrique devient très vite insuffisante, car il faudrait qu’il soit sécrété en quantité plus grande que la normale pour arriver à une digestion complète de ces trop gros repas ; cela arrive bien chez certains nourrissons exceptionnellement forts, cela arrive même pendant un certain temps chez les autres; mais bientôt la digestion devient incomplète, et il se forme un résidu indigéré ; l’acide muriatique, complètement combiné, n’existe plus sous forme libre et bientôt, cet antiseptique puissant faisant défaut, il se produit des fermentations anormales dans l’estomac.
Les produits de ces fermentations, qui se manifestent sous forme à' acides gras inférieurs, deviennent de plus en plus importants. Ils s’accompagnent de gaz à odeur aigre qui sortent sous forme de renvois, et pour peu que ces acides anormaux atteignent un certain degré, ils produiront une irritation avec congestion catarrhale de la muqueuse stomacale, pouvant aller jusqu’aux vomissements ; ils produiront une excitation des glandes à mucus qui amènera
une diminution de l’appétit ; ils produiront enfin une diminution des sécrétions stomacales : lah, pepsine et acide chlorhydrique^ qui vont accentuer encore les difficultés de la digestion et les conditions favorables aux fermentations.
Mais à côté de l’action mécanique de distension stomacale si nuisible aux sécrétions, à côté de l’action chimique produite par la transformation en acides gras des résidus provenant de la périphérie du bloc alimentaire, les repas trop fréquents amènent encore une modification biologique de la digestion du bloc alimentaire lui-même, comme l’a démontré Tobler.
Modification biologique. — En arrivant dans l’estomac, le repas nouveau entre en conflit avec le bloc non encore complètement transformé du repas précédent, en arrête la digestion en formant un nouveau bloc, concentrique au premier qui va seul se digérer par sa périphérie jusqu’au moment où le nouveau repas va de nouveau le transformer en bloc central qui n’étant plus en contact avec les sucs stomacaux, ne se digère plus ; si bien que l’on peut trouver dans l’estomac, comme le démontrent les dessins de Tobler faits sur des estomacs
DYSPEPSIES
congelés, trois à quatre blocs concentriques dont le périphérique seul se digère (1).
Dans l’intérieur des blocs, la salive alcaline fournit un terrain favorable aux microbes, si bien que dans l’intérieur du bloc ou des blocs superposés et non touchés par l’acide, non seulement la. digestion ptyalinique se continue, ce qui est un avantage, mais la pullulation microbienne se poursuit et transforme l’intérieur du bloc en purée microbienne qui fait fermenter les graisses et les hydrocarbones avec production abondante d’acides gras qui, devenus libres, agissent à leur tour défavorablement sur les sécrétions stomacales et sur le pylore dont ils empêchent le fonctionnement normal.
2° Intestin.
On le voit, les conséquences des repas trop fréquents sont désastreuses pour l’estomac et la digestion stomacale ; mais elles ne s’y limitent pas, dit Salge (2) qui a admirablement décrit cet enchaînement de réactions successives ; les troubles gagnent l’intestin.
(1) Fig. 6, p. 36.
(2) Salge, Kindei'heilkunde , ]). 48.
Alcalinopénie. — Les acides gras formés dans l’estomac doivent être neutralisés dans l’intestin grêle au même taux et en ' même temps que le suc gastrique par les sucs alcalins qui se déversent dans le duodénum ; il en résulte nécessairement une perte en sels alcalins qui trouble en premier lieu la digestion des graisses : le dédoublement des graisses neutres en acides gras et glycérine se fait encore, mais la saponification qui a besoin pour se produire de bases alcalines est limitée par le fait que les acides gras inférieurs pathologiques sont plus forts que les acides gras physiologiques qui proviennent de la graisse alimentaire.
Cette perte de sels alcalins amène à la longue un appauvrissement de l’organisme en alcali.
Ainsi ces troubles tout d’abord locaux amènent peu à peu des modifications de l’élat général : les enfants dorment mal ; ils sont de mauvaise humeur ; peu après les repas ils se réveillent, s’agitent, pleurent et crient de malaise et non de faim, croyance malheureuse qui engage beaucoup de mères à redonner la bouteille à l’enfant qui criait parce qu’il avait trop mangé.
Excitation du péristaltisme. — Enfin les
DYSPEPSIES
acides gras incomplètement neutralisés excitent le péristaltisme de Vintestin : de là les gaz, les coliques, les selles molles à odeur butyrique et à réaction acide et qui irritent et brûlent l’anus et la peau des fesses qui l’environne.
Ces réactions pathologiques de l’estomac et de l’intestin et ces symptômes généraux sont précisément ceux de la dyspepsie.
Comment éviter les repas trop fréquents?
Il faut se souvenir que l’enfant au sein met environ 100 minutes pour vider son estomac comme le démontre l’examen aux rayons X. Alors que l’estomac de l’enfant nourri à la bouteille ne se vide guère avant deux heures, quelquefois même avant 130 à 140 minutes (1).
On ne doit donc pas donner à l’enfant le sein ou la bouteille plus souvent que toutes les deux heures et quart ou mieux encore toutes les deux heures et demie.