‹ Les maladies gastro-intestinales aigues des nourrissonsChapitre 34 sur 228 · SURALIMENTATION · texte numérisé non relu

SURALIMENTATION

La suralimentation étant certainement de toutes les causes de dyspepsie la plus importante, il est nécessaire de se rendre compte de ce que veut dire ce mot de suralimentation, car il y a une très grande différence à faire entre V alimentation trop abondante et la surcharge alimentaire^ ceinte dernière étant seule une suralimentation au sens médical du terme et amenant seule une dyspepsie.

Or, comme vont nous le démontrer les études suivantes, la surcharge alimentaire ne dépend pas toujours de la quantité de nourriture ingérée par le nourrisson.

L’étude des rations alimentaires.

2® L’étude de la limite de tolérance du nourrisson.

Étude des rations alimentaires.

Prenons (fig. 11) un enfant nouveau-né de 3 kilogrammes.

Rations de famine. — Donnons-lui à la bouteille le premier jour un peu d’infusion et,

DYSPEPSIES

dès le second jour, et pendant une première période, 20 grammes de lait de femme trait, soit 14 calories par kilogramme et par jour, c’est-àdire 60 grammes environ de lait par jour et nous

allons voir qu’outre la perte physiologique et habituelle l’enfant diminue chaque jour de poids.

Doublons alors la dose et donnons-lui d’abord 40 grammes de lait (28 calories) par kilogramme, puis 50 grammes (35 calories) par kilogramme, soit 150 grammes par jour, le poids diminue moins, mais il diminue encore et il nous faut arriver jusqu’à 100 grammes de lait de femme

par jour et par kilogramme (70 calories) pour que la perte de poids de l’enfant cesse.

Les premières rations données pendant les trois premières périodes, rations qui étaient de moins de 70 calories par kilogramme et par jour étaient donc des rations insuffisantes pour prévenir l’usure normale de l’organisme du nourrisson : c’étaient les rations de sous-alimentation dites aussi rations de famine.

Ratio minim a. — A la dose de 100 grammes de lait, soit 70 calories par kilogramme et par jour, le poids de l’enfant reste stationnaire, il n’augmente pas mais il ne diminue pas non plus.

Cette dose, qui compense exactement les pertes de l’organisme, mais sans permettre un accroissement en poids, constitue la ratio rninima ou ration d'équilibre., car elle suffit à équilibrer les pertes normales de l’organisme du nourrisson.

Ratio optima. — Augmentons maintenant la dose journalière de lait et donnons à notre enfant 150 grammes de lait de femme par jour et par kilogramme (100 calories environ) et nous allons voir la courbe de croissance augmenter d’abord rapidement pour rattraper le poids perdu, puis suivre exactement la courbe

DYSPEPSIES

de croissance de l’enfant normal du même âge nourri au sein.

Nous avons ainsi trouvé la ratio optima ou ration c^ecroi55a/2cedel00caloriesparkilogramme et par jour qui est celle de l’enfant normal.

Ration de luxe. — Augmentons encore la dose et montons lentement jusqu’à 200 grammes de lait (140 calories) par kilogramme et par jour et nous allons voir que la courbe de croissance, au lieu de monter plus rapidement qu’avant, monte un peu moins rapidement; une partie de la ration donnée est donc physiologiquement inutilisée, de là le nom de ration de luxe qu’on lui donne.

Mais il n’y a encore rien là de vraiment pathologique, l’enfant réagit encore à un apport abondant de nourriture par un accroissement en poids. La réaction est encore normale^ orthodoxe^ comme s’exprime Finkelstein.

Ratio maxima. — Mais si nous atteignons 225 grammes de lait (150 calories) par jour et par kilogramme, nous voyons que malgré l’augmentation de nourriture la courbe de croissance reste stationnaire : le poids n’augmente plus, car nous avons atteint la ratio maxima qui est en même temps la limite de tolérance du nourrisson.

Limite de tolérance. — En effet si nous montons encore, alors la courbe non seulement n’augmente plus, mais elle diminue et si, malgré cela nous continuons encore à augmenter la dose déjà exagérée de nourriture, alors les selles deviennent plus fréquentes, plus blanches et mal digérées ; la température s’élève au-dessus de la normale et les différents organes et systèmes du nourrisson manifestent par certains symptômes de réaction un état de souffrance qui indique que nous sommes sortis de l’état physiologique.

En dépassant ainsi la limite de tolérance de l’enfant nous avons obtenu une réaction anormale de l’organisme du nourrisson qui a réagi à un excès d’apport de nourriture par une perte de poids.

Cette réaction, nommée par Finkelstein réaction paradoxe^ est pour lui le premier signe de morbidité, car il indique que le nourrisson passe de l’état de santé dans celui de maladie.

Étude de la limite de tolérance.

La limite de tolérance nous indique la ration alimentaire maximale que le nourrisson puisse supporter sans tomber dans la réaction paradoxe.

DYSPEPSIES

Nous avons pris comme exemple un enfant normal, idéal par conséquent, car il n’existe pas d’enfant qui puisse être regardé comme absolument normal et les quantités de calories, indiquées comme formant la limite de tolérance du nourrisson, ne peuvent être regardées comme ayant une valeur absolue.

La ration de luxe, qui représente la ration encore tolérée physiologiquement, varie, en effet, chez le nourrisson normal, d’un enfant à l’autre et elle varie chez le même nourrisson suivant son état de santé ou de maladie et souvent d’un jour à l’autre.

La limite de tolérance est élastique CHEZ les nourrissons NORMAUX.

Tantôt cette limite est plus haute et l’enfant supporte une quantité considérable et absolument anormale de nourriture, sans en être troublé : il est suralimenté, mais il ne souffre pas de surcharge alimentaire.

Tantôt cette limite est plus large et le nourrisson emprunte ses calories à des nourritures variées et souvent mal combinées, ou trop grasses, ou trop farineuses et cela sans que sa santé en paraisse altérée.

Cette élasticité de la limite de tolérance nous

explique comment nous pouvons voir des enfants suralimentés et nourris dès le premier jour avec du lait pur et non coupé ou malalimentés^ avec de la farine Nestlé ou avec des bouillies de semoule, jouir d’une santé excellente et se développer absolument normalement.

Mais ce qu’il y a de certain aussi, c’est que la généralité des nourrissons n’ont pas une limite de tolérance ni aussi élevée, ni aussi large et qu’il serait plus que dangereux de généraliser.

Ratio optima. — Voilà pourquoi il est indispensable d’établir pour la généralité des nourrissons normaux des proportions normales, c’est-à-dire une ratio optima.

Ratio optima par kilog. et par jour.

F.ail de femme. Lait de vache.

Calories. Calories.

Mais il faut ajouter que beaucoup de pédiatres donnent également comme ration calorifique de l’enfant nourri au lait de vache, une proportion de 100 calories par kilogramme et par jour.

La limite de tolérance est instable.

Elle se modifie ou se transforme suivant

1®' trimestre

DYSPEPSIES

l’état de santé ou de maladie, car elle varie chez le même nourrisson. Il suffit souvent de peu de choses, de la fatigue d’une suralimentation prolongée,* de l’influence de la chaleur extérieure, d’une intoxication ou d’une intoxination microbienne pour que la limite de tolérance s’abaisse non seulement au-dessous de la ratio optima normale, mais même au-dessous de la ratio minima : si bien que seule une sous-alimentation sera capable d’éviter les dangers d’une surcharge alimentaire.

C’est ce que nous aurons l’occasion d’étudier dans la dyspepsie organique.

La suralimentation peut être causée :

1° Par des repas trop fréquents ;

2® Par des repas trop gros ;

30 Par des repas trop riches.

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