RÉACTION PARADOXE
Le poid't : diminue.
La selle : nombreuses, dyspeptiques.
La température : hypothermie.
en Allemagne; mais ce mot ayant dans notre langue une tout autre signification ne détrônera pas le terme si remarquablement exact (T athrepsie inventé par le génie clinique de Parrot.
DYSPEPSIE ALBUMINEUSE
Épreuve alimentaire.
L’épreuve de l’augmentation de la nourriture AMÈNE DANS l’aTHREPSIE DES SELLES DYSPEPTIQUES PLUS NOMBREUSES, DE l’hYPO- THERMIE ET UNE TRES FORTE DIMINUTION DE POIDS (flg. 16).
Il convient encore d’ajouter que les deux derniers stades de l’état dyspeptique ne sont pas strictement séparés, mais passent insensiblement de l’un à l’autre à mesure que la limite de tolérance s’élève ou s’abaisse et qu’il est par conséquent possible d’observer tous les stades intermédiaires.
I. — LA DYSPEPSIE ALBUMINEUSE Dyspepsie simple : Bilanzstœrung.
PÉRIODE D’INVASION
L’invasion varie suivant la cause de la dyspepsie comme le fait remarquer Finkelstein.
Dyspepsie organique. — • C’est souvent très rapidement et en très peu de jours que le nourrisson taré, atteint de dyspepsie organique et qui a déjà une limite de tolérance inférieure à la normale, passe de l’état de santé apparente
DYSPEPSIES
dans- cette première forme de la dyspepsie.
Dyspepsie qualitative. — Il faut déjà plus longtemps pour qu’une nourriture mal adaptée ou adultérée diminue assez la limite de tolérance du nourrisson normal pour que les symptômes de la dyspepsie simple deviennent manifestes.
Dyspepsie quantitative. — ■ Ce n’est enfin que peu à peu et pour ainsi dire insensiblement, souvent même après une période très longue de suralimentation imprudente que la limite de tolérance normale et même souvent anormalement élevée du bébé se trouve peu à peu dépassée et que nous voyons le nourrisson glisser insensiblement de l’état de santé dans celui de la dyspepsie simple.
Cause : La Dystrophie lactée. — La dyspepsie simple est surtout la conséquence de la suralimentation lactée réelle ou relative : de là le nom si exact de Milchhnàhrsschaden (trouble de nutrition causé par le lait) que lui donnent Czerny-Keller.
La suralimentation îdirmeuse{Mehlnàhrsschaden, dystrophie farineuse), par contre, cause presque toujours, surtout si le nourrisson a moins de trois mois, non pas la dyspepsie albumineuse, mais directement la dyspepsie toxique
DYSPEPSIE ALBUMINEUSE
grâce aux fermentations des hydrates de carbone qu’elle provoque.
TABLEAU CLINIQUE
État général. — Le premier signe qui attire l’attention est le teint du nourrisson qui, de rose, est devenu pâle. Cette pâleur est bien due à de Vanémie ivraie avec oligochromémie^ comme le démontre l’examen du sang.
Sa peau est plus sèche et un peu flétrie.
L’enfant, sans être maigre, est un peu moins gras, ses muscles sont moins fermes et plus flasques.
Système nerveux. — L’enfant est plus triste et plus grognon que normalement, son esprit est moins en éveil; il s’intéresse moins à ce qui se passe autour de lui; il suit moins son entourage des yeux.
Il est souvent agité le jour; il s’endort tard et dort mal la nuit; il se réveille en sursaut et crie beaucoup sans pouvoir se rendormir. Il se laisse cependant facilement calmer et sourit encore aux visages connus.
Système digestif. — L’enfant a le plus souvent bon appétit, même quelquefois un appétit exagéré.
DYSPEPSIES
Il a des renvois, parfois de petits vomissements glaireux; enfin il souffre, mais beaucoup moins que dans la dyspepsie des hydrocarbones, de petites coliques qui cessent avec la sortie d’un gaz.
Le VENTRE est plus gros que normalement et un peu météorisé, surtout dans la région sus- omhilicale. L’ombilic est le plus souvent descendu de un à deux centimètres au-dessous de sa position normale.
Palpation large. — La tension du ventre est augmentée après les repas et à ce moment par le palper large de la région sus-ombilicale on sent l’estomac tendu formant un globe facile à délimiter que nous nommons Vestomac globuleux. Cette sensation de Vestomac globuleux, sans être spécifique, est très fréquente dans la dyspepsie simple qui prédomine dans Vestomac.
Le palper à main large de la région sous-ombilicale est possible et on n’y rencontre jamais la même résistance générale que dans la dyspepsie toxique.
On sent enfin souvent le foie légèrement débordant de un ou deux travers de doigt, mais son bord est mou et non tranchant.
Les selles. — Les selles sont plus nombreuses
DYSPEPSIE ALBUMINEUSE
(deux ou trois par jour) et en tout cas plus grosses que normalement.
Selles homogènes sèches. ■ — Les selles sont tantôt homogènes, de couleur jaune pâle ou gris blanchâtre mais sèches et ne collant pas au lange et formant toujours une boule séparée qui s’émiette au moindre attouchement. Ces selles ont une réaction alcaline et sont peu fétides.
Selles grumeleuses . — Tantôt les selles sont grumeleuses, non homogènes et panachées., plus molles et souvent hachées, inégales et irrégulières. Elles sont dans ce cas légèrement glaireuses et contiennent des grumeaux.
Ces grumeaux sont ou bien des gros flocons blanc jaune compacts et lourds ressemblant à du caséum altéré, ou bien des petits flocons blancs allant de la grosseur d’un pois à celui d’une tête d’épingle, flocons légers, poreux et nageant sur l’eau si on agite dans un peu d’eau le mucus qui les lie.
On trouve enfin dans ces selles, mais plus rarement, des petits grains jaunes de la grosseur d’une graine de pavot, mous comme du beurre et s’écrasant comme lui.
Toutes ces selles panachées ont une réaction
alcaline et répandent une odeur fétide ressem- Cox\i[Œ. — Mal. gasU’o-intesLinales. 14
DYSPEPSIES
blant à celle du fromage fermenté. Nous avons toujours conservé à ces deux catégories de selles le nom de selles de caséine et savons gras. Ce sont les Fettseifenstühle des Allemands ou selles de savons gras.
Troubles de nutrition. — L’examen le plus superficiel démontre que la nutrition générale du dyspeptique albumineux souffre et que sans être profondément atteinte elle n’est plus absolument normale. C’est ce que montre l’examen des fonctions musculaires et les courbes de croissance pondérale et staturale.
Fonctions musculaires. — Un premier signe très caractéristique indiquant un mauvais état de nutrition des muscles est le retard dans le développement des fonctions statiques et motrices. L’enfant atteint de dyspepsie simple ne lève pas sa tête seul à deux mois ni même à la fin du premier trimestre; il ne se tient pas assis seul à six mois, fin du deuxième trimestre; il ne se soutient pas sur ses jambes à neuf mois, fin du troisième trimestre, et il ne fait pas ses premiers pas à douze mois, fin du quatrième trimestre.
Un second signe de cette nutrition anormale, le plus important de tous, nous est donné par le retard de la croissance pondérale et staturale.
Croissance pondérale. — Dès le début on remarque que le poids de l’enfant n’est pas normal : les augmentations journalières sont moins grandes et diminuent chaque jour davantage, puis la courbe des poids devient singulièrement irrégulière; des diminutions de poids alternent avec des temps d’augmentation ou des périodes de poids stationnaire.
L’enfant reste donc fortement en arrière sur les enfants normaux, si bien que sans avoir maigri il paraît maigre.
Croissance staturale. — Ce signe de l’arrêt ou du retard de la croissance staturale dans la dyspepsie simple a frappé tous les auteurs et Finkelstein le premier, comme le démontre la photographie 'que nous empruntons à un de ses ouvrages.
Ce retard de la croissance staturale me paraît caractéristique de la dyspepsie albumineuse, car il ne se retrouve développé à ce point dans aucune autre espèce de dyspepsie (fîg. 17).
Nous le retrouverons lorsque nous en arriverons à 1 étude de la dyspepsie albumineuse chronique à laquelle Herter (1) a donné le nom si caractéristique à"* infantilisme intestinal.
(1) IlEFtTER. Intestinal in feint il i sinus.
212 DYSPEPSIES
Enfin comme corollaire nous trouvons dans la
Fig. 17. — Dyspepsie simple.
Fnlant dyspepti(iue placé à côté d’un enlanL de même ùgo. Figure empruntée à Finkelstein.
dyspepsie simple la poussée des ongles plus lente et la sortie des dents fortement retardée.
DYSPEPSIE ALBUMINEUSE 213
Intoxication dyspeptique. — L’intoxication est si minime dans la dyspepsie albumineuse aiguë et surtout si lente qu’elle n’a guère le temps de se manifester.
Aussi le fonctionnement du coeur et des poumons est-il normal.
La TEMPÉRATURE du bébé est cependant un peu moins monotherme que chez l’enfant normal; elle est plus irrégulière; la moyenne est parfois au-dessous de 37° et les oscillations dépassent 0,5 qui est le degré d’oscillation maximale de l’enfant normal.
L’urine ne contient ni sucre, ni albumine, mais elle a parfois une odeur très fortement ammoniacale qui frappe les parents et qui in-
quiète les gardes.
L’immunité est moins accentuée et les infections parentérales de la muqueuse et de la peau sont plus fréquentes que chez le nourrisson normal.
Métabolisme dans la dyspepsie albumineuse.
Les recherches faites par l’école allemande sur le métabolisme de la dyspepsie simple sont extrêmement nombreuses. Nous en donnerons ici un court résumé emprunté en partie aux
travaux de Bahrdt (1), de Freund (2) et à l’ouvrage si informé de Langstein et Meyer (3).
Nous avons vu que le symptôme principal de la dyspepsie simple était le retard de la croissance pondérale et staturale. Ces études nous en donnent l’explication.
Réaction paradoxe à l’épreuve alimentaire.
L’augmentation de la nourriture dans le régime du bébé n’amène pas une augmentation parallèle du poids, correspondant à la valeur calorifique de la nourriture comme cela doit se produire chez le nourrisson normal.
Quel est l’élément alimentaire qui cause cette anomalie ?
Réaction paradoxe a la graisse. — En augmentant la graisse dans la nourriture on observe un arrêt de croissance ou même une diminution du poids.
Réaction orthodoxe aux hydrocarrones.
— L’augmentation des hydrocarbones ne diminue pas le poids. Au contraire un léger excès d’hydrocarbones donne une augmentation de poids.
(1) Bahrdt. /’. Kindh., 71, fl. 3.
(2) Freund. Jahrhuck /'. KLnderh.,10. Ergeh?iisse der A . Ilf.
(3) Lanustein et Meyer. Saüglingsernaelirinig , 113.
DYSPEPSIE ALBUMINEUSE
Nous devons donc conclure de ces faits qu’il y a dans cette maladie une anomalie du bilan métabolique normal que nous devons rechercher.
De là le nom de Büanzstœriing que lui a donné Finkelstein.
Limites de tolérance des éléments alimentaires.
Limite de tolérance pour la caséine. — L’assimilation de l’azote paraît nettement diminuée dans la dyspepsie simple.
Les auteurs allemands qui n'admettent pas la dyspepsie de caséine attribuent le résidu azoté intestinal qui n’est contesté par personne non à la caséine, mais bien à l’hypersécrétion des sucs intestinaux alcalins qui sont de nature albumineuse et qui ne seraient pas entièrement résorbés !
Limite de tolérance pour les graisses. — Contrairement à Freund qui l’estime normal, Bahrdt a pu démontrer que l’utilisation des graisses, qui est de 94 p. 100 chez le nourrisson normal tombe à 85 p. 100 dans la dyspepsie simple. De plus, ce même auteur a prouvé que dans cette maladie la selle qui contient normalement 18 p. 100 de sai’ons gras alcalino- terreux de chaux et de magnésie en contient 48 p. 100.
DYSPEPSIES
Il se produit donc dans la dyspepsie simple une déperdition de graisses qui s’accompagne d’une déperdition de chaux et de magnésie. Mais il ne s’agit pas ici d’une déperdition d’ordre métabolique de ces sels, car cette déperdition ne se produit, comme Freund l’a démontré, que parce qu’il y a une réaction alcaline dans l’intestin.
Toute nourriture donc qui augmentera la sécrétion des sucs alcalins de l’intestin, comme le fait la présence d’un excès de caséine dans l’estomac ou tout ce qui amène une réaction alcaline dans l’intestin, comme le font aussi les résidus de caséine indigérés provoquera la formation de selles de savons gras avec perte correspondante plus ou moins considérable de graisse, de chaux et de magnésie.
L’adjonction d’hydrocarbones par contre, grâce à la réaction acide qu’ils donnent, neutralise en partie cette réaction alcaline et fait disparaître des selles les savons alcalino-terreux.
Limite de tolérance pour les sels. — Il ne s’agit donc pas dans la dyspepsie simple d'une insuffisance de digestion ou d' assimilation des sels alcalino-terreux^ mais d’une déviation de cette assimilation produite uniquement par
DYSPEPSIE ALBUMINEUSE
la réaction alcaline de V intestin qui se produit dans cette maladie.
Birk et Rolhberg qui ont fait une série d’expériences sur les sels de calcium et leur métabolisme dans la dyspepsie simple ne sont pas d’accord avec cette conclusion.
KOLRIilTORE. ÉLIAI IKATION . HII-AiN.
Graisse. Calcium. Urine. Selle.
Lait centrifugé. 3,52 2.54Ca 0,4 Ca 2,18 Ca -f- 308 Ca
Lait pur 6,13 2,78 Ca traces 3.37Ca — 0,59Ca
Ils font remarquer que, dans cette forme de dyspepsie, l’alimentation au lait pur qui contient deux fois plus de graisse fait perdre à l’organisme des sels alcalino-terreux qui peuvent expliquer la perte de poids de ces malades.
Ces auteurs en concluent que c'est la graisse qui empêche l’assimilation des sels.
Nous ajouterons que cette conclusion n’est pas absolue, car l’augmentation de la graisse dans la nourriture diminue^ comme on le sait depuis longtemps^ V assimilation de la caséine. Or le résidu de caséine produisant une réaction alcaline dans l’intestin, la dyspepsie de caséine est donc parfaitement capable d’expliquer la formation des savons alcalino-terreux qui entraîne à son tour la déperdition secondaire des sels de chaux
DYSPEPSIES
et de magnésie. Freund (1) a en effet démontré, comme nous venons de le voir, que toute substance qui produit une réaction alcaline produit aussitôt la formation de savons alcalino-terreux de chaux et magnésie.
Cette déperdition de sels alcalins par l’intestin amène encore secondairement une diminution des bases alcalines de l’organisme alcalinopénie de Pfaundler; aussi l’organisme est-il forcé pour neutraliser les acides qui se forment dans le métabolisme normal de se servir de l’ammoniaque. De là, l’odeur ammoniacale de l’urine. Ce phénomène découvert par Keller s’accentue encore dans les autres formes de dyspepsie.
La limite de tolérance pour les hydrocarbones est excellente et absolument normale.
La plus légère augmentation de sucre suffit pour faire augmenter le poids de l’enfant, ce qui s’explique d’une part par le fait que les hydrocarbones donnent une réaction acide dans l’intestin qui empêche toute déperdition de sels alcalino-terreux et de graisse, les selles de savons gras ne pouvant plus se former; secondement par le fait que les hydrocarbones fixent l’eau et troisièmement, et surtout, par le fait que les
(1) Freund. Ergehtiisse d. Kinderh.
DYSPEPSIE ALBUMINEUSE
hydrocarbones facilitent l’assimilation de la caséine.
PATHOGËNIE
Nous avons à plusieurs reprises donné à la dyspepsie simple le nom de dyspepsie de caséine, ou mieux de dyspepsie albumineuse.
Cette manière de voir n’étant pas admise par la pédiatrie allemande, nous devons nous expliquer plus longuement vis-à-vis des auteurs si nombreux qui admettent avec Czerny que la dyspepsie simple est une dyspepsie des graisses.
La dyspepsie albumineuse se caractérise au point de vue clinique par un trouble de nutrition avec insuffisance de croissance pondérale et staturale, avec faiblesse musculaire, anémie et retard de croissance des dents et des ongles.
Elle s’accompagne en outre d’un bilan azoté, légèrement diminué, de selles alcalines contenant des savons gras qui causent une déperdition de graisse et de sels alcalino-terreux.
Tels sont les caractères de cette dyspepsie que nous avons pour notre part toujours attribuée à une dyspepsie albumineuse en nous basant sur l’insuffisance de croissance pondérale et . staturale si caractéristique de cette
DYSPEPSIES
maladie et que nous retrouvons dans l’infaniilisme intestinal de Herter.
Nous savons bien que l’on peut nous objecter que Cronheim (1) a démontré que ce sont les lipoïdes et spécialement les phosphatides qui exercent une influence sur la croissance et que Peritz (2) a prouvé que c’est bien rinsuffîsance des lipoïdes dans l’alimentation (famine^ dyspepsie)^ ou dans la circulation (oice congénital du cœur)^ ou leur fixation toxinienne {tuberculose^ malaria), qui est la vraie cause de l’infantilisme dystrophique.
C’est exact, mais rien ne prouve comme nous le dit Abderhalden (3) que les lipcïdes dérivent des graisses seulement, car « beaucoup d’observations prouvent qu’il existe des combinaisons entre les lipoïdes et les protéines et quHl faut placer à côté des nucléo-protéides les phosphatidprotéines (4) )>). Nous n’avons donc pas besoin, et c’est là notre première conclusion qui est contraire à celle de Finkelstein, pour expliquer l’infantilisme d’admettre une insuffisance des graisses une insuffisance albumineuse suffit.
(1) Cronheim. Zcit. /'. P/n/s. Th., p. 14.
(2) Peritz. Ergebmsse d. Ki)td., Vil? p- 459.
(3) Arderiialden. llaiulhucli, p. I6Ü.
(4) Abuerhaluen. llaiidbuch, p. 150.
DYSPEPSIE ALBUMINEUSE
En deuxième lieu il est certain que la formation des selles de savons alcalino-terreux est sous la dépendance de Valcalinité du tube digestif. Or la caséine alcalinise si bien le tube digestif que sa présence suffît pour former les selles caractéristiques, comme le démontre Freund. La même preuve nous est donnée par Finkelstein lui-même qui provoque même chez l’enfant sain des selles de savons gras alcalinoterreux avec son lait albumineux et par L.-F. Meyer qui démontre que l’adjonction de caséine pure à une alimentation par le petit lait provoque les selles cimenteuses de savons gras.
Tout cela nous montre que théoriquement tout au moins la suralimentation par la caséine peut causer à la fois la formation de selles de SAVONS ALCALINO-TERREUX ET l’iNSUFFISANCE DE CROISSANCE PONDÉRALE ET STATURALE,
deux symptômes regardés comme caractéristiques de la dyspepsie simple.
Rien par conséquent ne s’oppose en clinique, au moins théoriquement, à ce que nous attribuions à la dyspepsie de caséine les s'ymptômes et le tableau de la dyspepsie simple appelée en Allemagne Büanzstœrung.
Mais pour prouver cette assertion il faut
démontrer dans la selle la présence de la caséine indigérée.
Caséine dans la selle.
Biedert est le premier qui a affirmé l’existence de caséine indigérée dans l’intestin. Pour cet auteur, la différence entre l’allaitement artificiel et naturel consistait surtout dans la présence de la caséine du lait de vache plus abondante et plus difficile à digérer et laissant toujours dans le tube digestif un résidu nuisible de caséine {schàdlicher Caseinrest)^ capable de se putréfier et d’intoxiquer l’organisme.
Mais cette digestion difficile du gros coaguium formé par la caséine de vache n’existe pas chez l’enfant normal, comme cela a été démontré par tous les auteurs qui se sont occupés de la question. La caséine ne joue donc aucun rôle pathologique chez l’enfant normal.
Si donc tout le monde est d’accord pour affirmer que l’enfant normal digère sans aucune difficulté aussi bien les lacto-albumines et les lacto-caséines hétérogènes que les homogènes qw résulte-t-il qu’il soit nécessaire de nier la dyspepsie de caséine comme le fait l’école allemande actuelle.
Nous ne le pensons pas et nous avons continué
DYSPEPSIE ALBUMINEUSE
pour notre part à admettre son existence et à l’enseigner dans nos cliniques. Mais nous avions toujours reconnu que les caractères des selles de caséine ne nous permettaient pas jusqu’à cette année de démontrer scientifiquement son existence. C’est ce qui nous reste à démontrer.
Analyse chimique de la selle. — La grande difficulté provient du fait que dans la selle, outre la caséine indigérée possible^i\ y a les nucléo-protéides certaines contenues dans les sucs intestinau x et qui donnent les mêmes réactions chimiques.
On a bien démontré par des analyses délicates que dans certains cas de dyspepsie on pouvait constater une augmentation de l’azote dans les selles du nourrisson; mais outre que ce procédé ne peut être employé en clinique il ne prouve rien, car ce fait peut s’expliquer par l’augmentation de sécrétion des sucs intestinaux.
Analyse chimique de furine. — Soldin (1), il est vrai, a pu démontrer que les sulfo-éthers, indice certain de putréfaction azotée augmentent chez le nourrisson dyspeptique.
Siilfo-élhers.
Nourrisson iiu soin 4 nii^r.
— à la bouleillo 12
— au sein dyspcpLiquo 48 —
(1) SoLurN. ahrb., f. Kind., LXV, p, 29lL
DYSPEPSIES
Mais là encore cette augmentation de la putréfaction peut provenir aussi bien des sucs intestinaux que de la caséine. Cette méthode, utile pour doser la putréfaction intestinale, n’a donc pas de valeur pour démontrer et encore moics pour doser la dyspepsie de caséine chez les nourrissons.
Caséine dans les flocons laiteux.
On a recherché ensuite pour démontrer la dyspepsie de caséine la présence de caséine dans les flocons laiteux que l’on trouve dans les selles de certains nourrissons présentant tous les signes de la dyspepsie simple.
On constate en effet dans ces selles trois espèces de flocons : Leiner (1) qui les a étudiés au point de vue de leur réaction colorée en distinguait deux seulement.
1° Les gros flocons. — Ces gros flocons sont rares : ils peuvent peser de à 1^‘',50 ; ils sont blancs ou jaunes, compacts et lourds, tombent au fond de l’eau, mais ils peuvent être facilement écrasés, et ressemblent absolument à un coagulum de caséine. Ces gros flocons sont
(1) Leineh. Ja/irh. f. Kind., L, p. 3:2 J .
DYSPEPSIE ALBUMINEUSE 225
formés, comme Talbot (1) l’a démontré, d’un réticule dans lequel sont enfermées des gouttelettes de graisse.
Leur analyse chimique lui donne :
Graisse 7,6 à 46,8 p. 100.
Azote 7,1 à —
Talbot admet dans son travail, mais sans le démontrer autrement, que cet azote est de la caséine.
2° Les petits flocons. — Ce sont les petits flocons que l’on rencontre habituellement : ils sont appelés par Strasburger les flocons de lait.
Ils sont petits et ne dépassent pas la grosseur d’un petit pois, souvent même ils sont plus petits encore, de la grosseur d’une tête d’épingle ; ils sont blancs ou jaunes, ronds ou aplatis, mais poreux et légers et flottent sur l’eau.
Ces petits flocons sont surtout formés de savons et d’acides gras, de bactéries et de mucus et ils sont agglomérés ensemble par une matière azotée de nature indéterminée, mais que Finkelstein, sans le prouver non plus, admet provenir des sucs intestinaux.
3° Grains jaunes de Nothnagel. — Enfin
. (l) Talbot. Bost. Med., J., I, J907.
Combe. — Mal. gastro-intcsLinales. 15
DYSPEPSIES
Nothnagel a décrit des grains jaunes qui sont de la grosseur d’une graine de pavot, de consistance molle se laissant facilement écraser. Au microscope, ils ne montrent aucune structure. Ils ne sont donc pas formés de mucus, comme le croyait Nothnagel.
Gzerny et Keller admettent qu’ils sont formés d’acides gras et de sels de chaux. Strasburger et Selter les croient de nature albumineuse, car on ne les voit que chez les nourrissons prenant du lait de vache.
Formation des flocons laiteux.
Ces flocons augmentent chaque fois que l’on donne plus de caséine au nourrisson. Si l’on passe, par exemple, de l’alimentation au petit lait pur à l’alimentation au petit lait additionné de caséine coagulée, ces flocons apparaissent. Il en est de même si l’on donne à un nourrisson le lait albumineux de Finkelstein.
Ceci prouve tout au moins que la caséine ingérée favorise la formation de ces petits flocons.
La caséine en effet produit une réaction alcaline dans l’intestin ; elle provoque la sécrétion des sucs intestinaux contenant des nucléo-protéides qui sont aussi alcalins, Il en résulte que la pré.
DYSPEPSIE ALBUMINEUSE
sence de la caséine suffît pour provoquer la formation des savons et que ceux-ci agglomérés par les nucléo-protéïdes, forment les flocons laiteux. Mais cela ne prouve pas, nous le reconnaissons pleinement, qu’ils contiennent de la caséine.
Ces flocons contiennent- ils de la caséine à côté des graisses et des sels alcalino-terreux?
Analyse chimique des flocons laiteux.
L’analyse chimique démontre la présence certaine d’un corps azoté dans ces flocons mais
cela ne prouve rien puisque les nucléo-protéides des sucs qui les baignent est aussi de nature azotée.
Analyse colorimétrique des flocons laiteux.
On a cherché à démontrer la présence de la caséine dans ces flocons par des méthodes de coloration différentielles par le réactif de Millon.
Mais là encore la preuve n’est pas faite et ne pourra pas être donnée par cette méthode, car les nucléo-protéides ont les mêmes réactions colorantes.
Enfin on s’est rabattu sur l’analyse microsccpique combinée aux réactions chimiques, mais les nucléo-protéides des sucs ont toujours empêché d’apporter une preuve définitive.
DYSPEPSIES
■ En somme, malgré une somme énorme de travail, la question de la caséine indigérée restait irrésolue au moins pour les partisans de la dyspepsie de caséine.
Pour tous les autres, la question était si bien résolue qu’elle était résumée en ces termes par Uffenheimer : « Lorsque un pédiatre moderne « parle de flocons de caséine, c’est pour aflirmer « que ces flocons n’en contiennent point. »
C’était un dogme admis partout et pour qui
connaît la littérature allemande sur la question
de la caséine il fallait un certain courage scientifique pour oser encore parler d’ime dyspepsie de caséine.
Réaction à la caséino-précipitine. — Cependant de deux côtés à la fois, il y a quelques semaines, on a pu démontrer scientifiquement que les flocons grands et petits contiennent à coup sûr de la caséine indigérée.
Talbot (1) en Amérique et Uffenheimer (2) à Munich ont en effet réussi en préparant une caséino-précipitine à démontrer que les flocons de caséine et les flocons de lait contenaient véritablement de la caséine de vache non digérée
(1) Talbot. Jahrb. f. Kind., LXXIII, |>. ^>9.
(2) Ufienheimer. Zeit. /'. Kind., II, p. 32.
DYSPEPSIE ALBUMINEUSE
et noîi modifiée^ alors que les selles d’enfants nourris au sein n’en contenaient point.
Cette méthode permettra-t-elle de doser le degré de la dyspepsie de caséine, c’est ce que des recherches entreprises à notre clinique nous démontreront, je l’espère.
Nous reviendrons plus longuement sur cette question en traitant du diagnostic de la dyspepsie de caséine.
En tout cas, à l’heure actuelle, la dyspepsie albumineuse est scientifiquement démontrée.
Dyspepsie albumineuse métabolique. — Feer de Zurich (1) dans un travail très remarquable étudie à son tour la dyspepsie de caséine. Il en arrive bien à admettre son existence, mais non pas sa nature intestinale; elle n’est pour lui que d’origine métabolique. La proportion double de caséine du lait de vache explique selon Feer le fait que le nourrisson nourri avec ce lait a besoin d’une ration calorifique plus élevée, car si l’enfant au sein n’emprunte que 7,5 p. 100 de ses calories aux corps azotés, le veau en prend 21 p. 100, ce qui explique pourquoi cet animal possède une croissance plus rapide.
En se nourrissant avec du lait de vache, le
(I) Feer. Med. Künik, 1909, p. S.
DYSPEPSIES
nourrisson a donc pour sa croissance plus lente trop d’azote à se disposition, et nous savons par les travaux de Rubner qu’un excès d’azote est brûlé dans l’organisme avec production de chaleur, mais sans utilité aucune pour l’économie.
CeRe combustion exagérée pourrait au contraire, d’après Feer, altérer la nutrition du nourrisson.
Il est donc probable qu’à côté de la dyspepsie externe de caséine d’origine intestinale nous devons envisager l’existence d’une dyspepsie interne de caséine, d’origine métabolique.