CHAPITRE TROISIÈME
FIEVRE TYPHOIDE.
La fièvre typhoïde qui est, comme dit Chantemesse,une maladie générale traduisant la réaction de l'organisme envahi par le bacille d'Eberth, était connue des anciens, mais l'interprétation que ceux-ci faisaient de ses divers symptomes restait vague et confuse,
En 1739, Huxham, le premier, réunit sous le terme générique de fièvre muligne nerveuse toutes ces manifestations variées d’une maladie dont on ne soupçonnait pas alors la nature spécifique.
Stoll et Borsiéri, c. :::3, completèrent les remarquables travaux de Huxham, et cherchèrent à apporter plus de clarté dans l'étude des principaux traits cliniques de cette atfection.
En 1804, Prost, dans son fameux ouvrage de La médecine
éclairée par l'ouverture des corps, siguala ces nombreuses et profon-
des ulcérations, rencontrées dans les intestins de typhiques, mais ce
savant eut le tort d'attribuer ces désordres pathologiques à un excès
de phlogose intestinale, ct nS erronnée qui donna naissance à l’école de Broussais,
En 1813, Petit et Serres, dans leur Traité de la fièvre entéromésentérique, entrevirent les premiers la spécificité de la fièvre typhoîde, qu'ils eurent le tort de diviser en simple, en goutteuse, et en ulcéreuse, malgré leur croyance à ane cause unique.
Cruveilhier et Andral publièrent d'excellents travaux pour démontrer les rapports qui existent entre toutes ces diverses lésions ;
Bretonneau, une des gloires les plus pures de la médecine fran. gaise, réunit sous le nom de dothiénentérie toutes les variétés de cet état pathologique, et eonsacra définitivement l'unité des symptômes typhoïdes,
Eu 1829, Louis, dars ses Recherches sur la maladie connue sous les noms de ÿgastro-entérite, fièvre putride, adynamique, chorcha à
et
compléter les savantes recherches de Bretonneau, et le : premier * donna à la dothie renterio le nom de fiévre typhoïde, qui est devenu
le terme classique sous lequel cette affection est maintenant désignée.
tachèrent à décrire avec une grande exactitude les lésions anatomi. ques qui accompagnent la symptomatologie de la fièvre tÿyphoïde.
L'uffection était désormais parfaitement connue, et la théra. peutique, de jour en jour, s'enrichissait d’un remède nouveau, d’une méthode nouvelle mais l'étiologie, la connaissance de cette Cause spé-
citique dont on soupçonnait bien l'existence, restait plans ou moins obscure,
Avsnt Eberth, Bndd assurait que la véritable cause de l'affec. tion résidait dans les seiles diarrhéiques des typhiques, et que la transmission de cette maladie devait se faire par l'air et par l’eau,
La grande découverte qu'Eberth fit en 1880 de l'agent spécifique de la fièvre typhoïde donna raison à Badd.
Gatfky, en 1884, étudia ce nouveau bacille, et, par de nombreu . ses expériences, en fixa désormais les Caractères morphologiques ; cela permit de classer définitivement la fièvre typhoïde parmi les maladies infectieuses,
Chuntemesse et Widal, de nos jours, se sont consacrés à l'étude approfondie du bacille d'Eberth, et des divers états typhoïdes ; ils ont publié sur ce sujet des pages qui resteront classiques.
BACTERIOLOCIE,
L'agent spécifique de la dothiénentérie offre au microscope, l'aspect d’un bâtonnet, long de 2 à 4 millièmes de millimètre, et large de 0,6 à 1 mnillième de millimètre. Les extrémités sont arrondies, et le milieu présente quelquefois un espace clair “ qui n'est autre chose qu'une dégénérescence partielle du Bacilio ” (Chantemesse et Widal).' Sa mobilité est extrême :
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Par ses caractères morphologiques, il se rapproche beaucoup du coli-bacille, et .ctte ressemblance prête à de nombreuses erreurs ; certains bactériologistes ont même affirmé que le bacille d’Eberth n’était qu'une transformation du coli-bacille, Cependant, plusieurs procédés ont été imaginés pour différencier ces deux microorganismes : nous les étudierons dans un autre chapitre,
Lo bacille d'Eberth, ainsi que l'agent spécifique de la tuberculose, demande pour se développer un terrain propice, un organisme tout préparé, soit par des peines morales, des excès, du sur menage, soit par de la misère, de l'encombrement, de la mauvaise hygiène,
La fièvre typhoïde peut-elle naître spontanément ? Certains faits semblent le prouver, mais Chantermesse affirme, “qu’on n’a jamais encore signalé chez des individus bien portants la présence du batille typhique,” Cependant, Reulinger et Schneider (Ann. Pasteur, ler janvier 1897) ont démontré par des expériences très concluantes la présence du bacille typhique dans les matières fécules de personnes absolument saines et aussi dans certaines parties du sol ; il deviendrait alors, comme le pneamocoque, comme Île coli. bacille, un des hôtes habituels de notre organisme, où il vivrait à à l'état de microbisme latent.
Cette doctrine, admise généralement aujourd'hui, explique ces nombreux cas de fièvre typhoïde, nés en dehors de toute contagion, etengendrant par la suite une épidémie’ des plus graves par transmission du bacille ainsi exalté dans sa virulence.
Mais quelles sont les causes, les influences qui donnent à ce parasite inoffensif de notre tube digestif, se caractère de spécifité, cette virulence subite, au point ds créer des lésions mortelles dans ve même milieu où il menait une vie apparemment banale ?
La réponse est difficile, et la science actuelle, pas plus que la science d'autrefois, ne peut donner des explications suffisantes.
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Sans doute, nous
connaissons bien ces causes prédisposantes : le Surmenage, l'hygiène mal observée ou non comprise,
l'eau impure, asile de tant de microorganismes, etc.
De plus, à côté de ces facteurs dont l'importance, dans l'étiologie de la fièvre typhoïde, est indéniable, il existe d'autres influences qui sont les agents cosmi
ques. les perturbations atmosphériques,etc.
La recrudescence de la fi
èvre typhoïde à l'automne, l'intensité de Certaines épidémies suivant les pays ev les climats, cette influence connue sur la murche de la maladie résultant des conditions du 80), tout prouve surabondamment cette doctrine que le bacille d’Eberth, quel que soit son caractère de spécificité, a besoin pou Per, non-seulement d'un organisme, prédisposé, mais a lieu umbiant favorable à l’exaltation de sa virulence,
r se dévelopussi d’un mi.
M. Franguela aflirine, lui ‘aussi, que la fièvre typhoïde peut
naître Spontanément, mais, suivant sa thèse, ce serait le sli-bacille, qui, sous des causes diversæ, comme l'encombrement les excès, prendrait des qualités typhicogènes, engen les mêmes lésions que le bacille d
rait Cette tranformation aussi lo
: les chagrine, drant par suite "Eberth. Le coli-baolle conserve.
ngtemps qu’il se trouverait duns le même terrain. Celui-ci changé, le coli-bacille re -ien
première, grâce à la loi d'atuvigme.
: Il résulte de toutes ces découvertes la spécifité absolue du bacille d’Eberth, t l'école Pasteurienne, mais il faut reconn spécificité relative,
draità ea nature
qu'il faut nier aujourd'hui elle qu’admise d'abord pur aître le transformisme et la Cette opinion est Conforme aux données scien tifiques les plus vigoureuses et à tous les princi
Paux faits cliniques, L'eau est le facteur é:
iologique pur excellence de la fièvre typhoïde ; c'est “ le grand distributeur qui la porte 90 fois sur 100 ” (Brouardel),
Expériinontalement, l'eau est: un mauvais du bacille d'Éberth ; il ne s’y multi
milieu pour la culture plie guère, et, s’il s'y développe quelque peu, il disparait rapidement, Maigré cela, de nombreux exemples, connus de tous, dé
montre que l’eau, contaminée par les
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‘ aujourd'hui d’abord pur rmisme et la onnées scien its cliniques, lu fièvre tyis sur 100 ’?
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déjections des typhiques, va eugendrer dans les 'villes ou villages plus'ou moins éloignés des épidémies désastreuses. Il serait trop long de citer de ces faits, mais qu'il nous eufise de dire que, seules, la connaissance et la miso en pratique des. lois de l'hygiène pourront empêcher la répétition de ces calamités favorisées indirectement par l'ignorance des foules.
L'analyse microscopiqne de l'eau prète à certaines erreurs, par la présence habituelle du coli-bacilles P'usieurs procédés ont été imaginés pour différencier ces deux microbes ; Remlinger et Schnoider ont utilisé avantogeusement le milieu d'Elsner dans ce but, Cependant, MM. Nicolle et Grimbert assurent ‘ qu'il n’est pas possible de retrouver le bacille d’Eberth dans L'eau ou dans tout autre milieu, lorsqu'il se trouve associé au coli-bacille.”
M, Minart rapporte le cas d’une petite épidémie ayant éclaté dans un régiment qui tenait se: casernes à proxianité d’un restaurant, Le propriétaire de cette maison prenait son eau de consommation dans un puits situé en contre-bas de latrines à fosses probublement non étanches. M. Vaillard fit l'examen bactériologique de l’euu puisée dans ce puits, et dans d’autres situés dans lé même village ; 1lfit le rapport suivant :
“ Dans les puits suspects, impossible de trouver le bacille ty- “ pbique malgré des essais répétés ; mais on y rencontre en abon- ‘ dance le coli-bacille, organisme constant dans les matières fécales, “ce qui implique que ces eaux de puits étaient accessibles aux “ souillures fécales, Cette constatation est, dans l'espèce, extrêmo- ‘“ ment importante, et légitime l'explication étiologique des cas de ‘“ fièvre typhoïde vb:ervés.”
La transmission du bacille d’'Eberth par l'air existe-t-elle ? Certains faits semblent le prouver, mais il a été impossible jusqu'ici de démontrer là présence du bacille typhique dans cet élément. fe baville, porté par l'air, pénêtre dans les bronches avec l'air inspiré ; Arnould croit, au contraire, que ‘ l'air va déposer des bacilles sur les lèvres, dans la bouche, d'où ils sont déglutis” Cette dernière
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