UL
tioimer et de les rendre pratiques, c’est-à-dire plus fréquentes, plus opportunes et plus compétentes que par le passé.
La tendance actuelle de la psychiatrie est de limiter l’objet de scs travaux à l’individu et de rechercher les causes de la folie dans l'hérédité et dans l’influence des modifications humorales qui se produisent à l’occasion des infections et des intoxications.
Tout en reconnaissant l’utilité de celle méthode, de même que l’importance primordiale de ces facteurs étiologiques, il est intéressant parfois de se placer sous un autre angle pour étudier les maladies mentales et de rechercher, par exemple, comment elles éclatent et sous quelles formes elles se présentent dans un milieu social déterminé.
Autrefois les militaires formaient dans l’Etat une véritable caste, au même litre (pie les prêtres et les religieux ; à l’heure actuelle, depuis la disparition des armées de métier et depuis le service obligatoire de courte durée, les caractères tranchés qui distinguaient du milieu civil le milieu militaire tendent à disparaître. Néanmoins, dans l’armée, le genre d’existence qu’on y mène, l’esprit qui y règne, la sélection établie à la base de son recrutement et enfin la nature des fatigues, des dangers, des infections et des intoxications qui y sont particulières sont autant de facteurs qui aboutissent à créer un organisme
DANS L’ARMÉE FRANÇAISE
social véritablement autonome cl possédant une pathologie spéciale.
Depuis plusieurs années déjà, ce côté médicosocial du problème nous avait séduit cl il fut même, au Congrès de Rennes, en 1905, fortement question de charger l'un de nous d’un rapport pour l’année suivante sur « la psychiatrie dans l’armée ».
C’est qu’en effet, dès cette époque, nous étions en possession d’une documentation précieuse et inédite puisée dans notre service de la Maison nationale de Charcnton où, avant même la promulgation de la loi de 1808 sur le régime des aliénés, et depuis cette promulgation, sont internés les officiers, sousofficiers et soldais de la garnison de Paris.
Ce sont les résultats des diagnostics de Calmeil, de Christian et de notre expérience personnelle poursuivie pendant plusieurs années qui ont servi de point de départ à ce volume et qui en constituent la substance principale ; ce n’est que très épisodiquement que nous avons fait appel aux travaux d’autrui, quel que soit leur intérêt, afin d’éviter des redites d’abord et d’apporter au débat une note plus originale.
Ce travail comprend quatre parties. La première, d’ordre général, porte sur les données des principales statistiques qui vaillent d’être examinées; la seconde s’occupe des multiples variétés d’affections
mentales qui s’observent dans l’armée française ; la troisième a trait au côté médico-administratif de la question, à son côté médico-légal et aux mesures qui s’imposent pour remédier notamment à la méconnaissance trop fréquente chez les militaires de l’aliénation mentale. Enfin, la quatrième partie comprend des documents de tous ordres qu’il sera commode pour qui s’intéresse à la question — médecins, parlementaires, juristes, etc., ■ — de trouver dans ce volume : discussions à la Chambre sur l'expertise mentale dans l’année et texte adopté ; travaux spéciaux occasionnés par le Congrès de Nantes ; index bibliographique des publications à consulter sur la matière.