‹ Les maladies mentales dans l'œuvre de Courteline [microforme]Chapitre 18 sur 23 · PES · texte numérisé non relu

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cette stupidité hurlante qui exaspère à l'égal d'une insulte, sait les trois quarts du temps à faire la sieste en son faut reste à ricaner tout seul sans

il paseuil, le que l'on put savoir Pourquoi, à se frotter les mains, à pouffer bruyamment, la tête secouée des hochements approbatifs d'un petit gâteux content de vivre ét Dans ses propos, dans ses actes, il péchait contre les règles les plus élémentaires de la politesse et de la bienséance : “ Trois he“res, annonça le père Soupe, qui avait les belles digestions des gens de conscience immaculée : je vais aller faire mes petits besoins!” Un jour, de la cuvette commune dont ses compagnons se servaient pour se rincer les doigts, il s'était servi Pour se laver les pieds, prenant le bureau Pour un établissement de bains ! ... “ Soupe avait courte la rancune, soleil du lendemain le retrouvait fidèle au poste, rasséréné, rasé de frais, satisfait de lui et des autres. Entre les trous de sa cervelle,

les mauvais souvenirs passaient sans laisser trace, comme passe de l'eau à travers un tamis ”.

La démence sénile se distin

s'il avait l'irritation lente et le

gue nettement de la paralvsie générale qui a des caractères tout Spéciaux et que nous allons voir présentement.

Paralysie Générale.

Sous le terme de paralvsie génér ladie, mais une affection à évoluti qui survient sous des influences P lement combinées : qui se traduit de troubles démentiels constants et de désordres ataxiques, et qui

ale, on entend, non pas une maon lente. progressive et fatale, athogènes prolongées et générapar le développement progressif . de troubles délirants fréquents

est déterminée anatomiquement par des lésions diffuses, Par une méningo-encéphalite. Les symp-

tômes psychiques sont un affaiblissement de l'intelligence caractérisé par des idées délirantes, absurdes, mobiles, illogiques, incohé-

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rentes, contradictoires, asystématiques, Les symptômes physiques se rattachent à la motricité et consistent surtout en ictus apoplectique-, mouvements automatiques, vertiges : en paralysies des 3e, 4e, et 6e paires craniennes se manifestant par du strabisme, de la diplopie, du ptosis, de la parésie pupillaire. On constate encore des troubles de la parole, de l'écriture, du tremblement 54, L'observation de Letondu, expéditionnaire à la Direction des Dons et Legs, nous offre une étude complète des symptômes de la paralysie générale *. “ Arrivé à l'heure précise, il s'enfermait en son bureau, s'y verrouillait à double tour et y demeurait de longues heures sans que l'on put savoir ce qu'il y fabriquait. D'humble, Propre et rempli de sa petitesse, ce pauvre diable au front concave où des rides Couraient en cordes de contrebasse, était devenu la terreur du ministère. Un jour, d'un coup de pied violent, il fend la porte de son bureau: le lendemain, avec des fleurets qu’il a apportés, il boutonne les murs de sa pièce dont le papier n'est plus que loques et lambeaux. I] manifeste une prédilection marquée pour les exercices du corps. Il lève des poids à force de bras et les laisse retomber bruyamment sur le sol, au grand effroi des employés logés au-dessous qui reçoivent sur la tête des débris de plafond. Il est hanté de cette monomanie : la régénération de l'homme par la gymnastique, et il ne monte plus les escaliers de la Direction, et n'en parcourt plus les couloirs, qu'en criant à tue-tête sous prétexte de développer ses pectoraux. Ii devient irritable, susceptible, agressif, en veut à ses supérieurs, s'oublie dans son langage et répond grossièremert à son chef LaHourmerie. De propre qu'il était, il change complètement, néglige sa toilette et se présente au bureau le teint boueux, la cravate lâche et le faux-col en accordéon. Il néglige également, et

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34 G Ballet etc etc : 7rai/s de Pathologie mentale, pp. 885 etc etc. 35 G. Courteline : A7. Les Ronds-de-Cuir,

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depuis longtemps, son travail. Quoique les bureaux ferment à quatre heures, Letondu ne s’en Va jamais avant dix heures, mais ce n'est pas pour travailler qu'il reste ainsi après ses camarades. Non, tantôt il garde l’immobilité pendant des heures, “les jambes en branches de Compas ”’; tantôt il monte et reste debout sur sa cheminée, “ seul dans la nuit, effrayant et inexplicable ‘; tantôt il exécute “ dans la diagonale du bureau, des allées et venues de bête en cage, les mains aux reins et déchaussé! ” . ner de la souplesse à ses Poumons, il achèt à l'instrument des Sons raucues, abomin corridors de meuglements de Mastodonte égorgé. *” Puis il imagine de renouveler des jeux de l'antique. “I] arriva un matin, une roué de wagonnet sous le bras dont comme d'un disque. Projetée à l’autre de la pièce, la lourde masse en fer en venait heurter la

porte qu'elle défonçait peu-à-peu ”, Un jour, “ marchant sur les traces des athlètes lacédémoniens, qui s’

mées, il inventa de se badigeonner tête, avec de l'huile de foie de morue ! ”

Enfin il eut l’âme de Platon et résolut d'humilier l’administration en donnant désormais une somme de trav

... Pour don- € un clairon et “ arrache ables, qui emplissent Jes

il se mit à se servir toute volée d'une extrémité à

olumineux et emportait le ication.

ulement, l'économie administrative e. Rien ou à peu près ne survivait du € maison sagement ordonnée naguère ains furieuses, et devenue comparable à

y laissait les yeux de la têt

tombée depuis entre des m

ces horloges détraquées dont s'immobilisent |

es rouages autour

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seul que l'ensemble de tous les autres, attestait l'écroulement final de cette intelligence sombrée, l'écriture du Pauvre garçon allait s'altérant de jour en jour...“ Au Cours d’une expédition souvent écourtée de moitié, il arrivait que des phrases entières se faisaient remarquer par leur absence : d'autres, privées de leurs incidentes (restées en route, celles-ci, évaporées en la mémoire du copieur au même instant qu'absorbées), semblaient de distraites personnes venues au bal sans faux-cols.… Certaines phrases étaient vêtues en chienlits et parlaient de trente-six choses à la fois: du legs un tel et de ia mort de Sénèque; de la loi sur les successions et de l'énergie d’Arria qui se plongea un Couteau dans le sein en criant : “Poete, non dolet ”. Des idées de persécution se mélaient à ses idées de grandeur, à ses idées délirantes. Seul dans son bureau, il tenait des discours incompréhensibles : Je me rendrai à la chambre des Députés, Portant le fer sous le feuillage, comme Armodius et Aristogiton. Je Monterai à la tribune, et là, en présence d'un peuple innombrable venu des quatre coins du globe pour m'acclamer, je dirai... je rai des choses formidables... qui étonneront les plus sceptiques. .. et glaceront le cœur des plus braves d’une indicible épouvante.. , Que d'hommes l— je dis: en cette maison que d'hommes justement accusés de servilité et de bassesse, seraient ici Soupçonnés du contraire!!! Si ce contraire n'était encore un moyen détourné, qui les signale. . .à la réprobation générale. . . Salut aux gens de bien! Salut aux âmes irréprochables! Salut aux CŒurS purs dignes de ce nom! salut aux consciences d'élite! Aux honnêtes gens de tous les temps passés, présents et à venir, j'entre et je dis: Je vous salue, Messieurs!!! Mais, honte à ceux-là, misérable et vil troupeau de brutes, que guide la seule flétrissure de leur néfaste réciprocité, à travers une vie inutile, semée en aPParence des plus nobles attributs de la vertu, en réalité du fumier de la duplicité, de la déloyauté et de la perfidie. .. Une enquête ”, criait-il, “ une enquête! La révélation

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des monstrueuses turpitudes qui souillent les dessous de cette maison importe au salut de la Chose Publique! Des faits... ee Et des noms!.. ‘Oui, des noms! .. . Des noms plus encore peutêtre!! Ou moins, qu'importe ?!!.. -jetés comme autant de soufflets à la face rougissante de honte d’un univers à jamais consterné, voilà ce qu'il faut!!! - Haut les cœurs! Haut les âmes!!! A moi les hommes de bonne volonté et de généreuse initiative!

Une enquête! !!... Une enquête! !!.,, Une enquête!...” Et dans un flot de rauques aboiements, il voua à l'exécration des humains, “cet ignoble La Hourmerie , son chef de bureau... I] poussa

Plusieurs “ pouah ” significatifs, et eSSuya bruyamemnt, de sa botte, les crachats semés sur le plancher en signe de dégoûtation : “ Pouah! pouah! ah pouah!, Ah cochonnerie!. …. ” Tout cela débité sur un ton emphatique, sur un ton “de prêtre en chaire, déclamé avec une majesté imposante "!,

Son délire de persécution le conduit finalement à l'agression, à l'homicide. Dans un accès de violence impulsive et brutale, il tue La Hourmerie. “ Ce gaillard-là n'avait Pas cané devant l'ouvrage. Il avait tapé comme un sourd, de haut en bas, avec une telle autorité que la pointe du Couteau de cuisine dont le cadavre était

quoi Letondu semblait fort satisfait d’ailleurs, chantonnant une petite chanson et jetant des Coups d'œil de biais sur son chefd'œuvre, pendant qu'il s'essuyait les mains à la mousseline des rideaux ”, Le Pauvre fou est interné à Bicètre avec la camisole de force...

Cette observation nous montre la marche clinique de la paralysie générale, d'une manière assez complète pour nous en faire saisir les principaux Symptômes. Il me reste Maintenant à vous parler de quelques types à idées délirantes de grandeur, de vanité : un cas de confusion mentale ou de délire des prisonniers et l'observation de deux maniaques en crise aigue.

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'dées délirantes de grandeur ct de vanité.

” Les auteurs ont tous observé que le délire

ambitieux systématisé se développe à peu près constamment chez des sujets très vaniteux, avant toujours eu d'eux-mêmes une seuse, et dont l'état moral se caractérise p:

Opinion très avanta-

ir un égoisme profond, Par une indifférence complète à l'égard des se rèts d'autrui, ‘ %

ntiments et des inté-

Michau #, fonctionnaire dans une sous-préfectr s'imagine un jour, à la suite de la composition

journal, qu'il est un écrivain de génie, comme

ie de province,

c'un article de

la France n'en a jamais vu et n'en verra jamais. [l adresse sa prose

“Le Phalanstère de Seine-et-Marne ”

au journal sous le pseudonyme de Hughes - Gontran - Ogier-Roboald Luberne-des-Haultes-Futaies, Parce que son nom de Michau lui semble trop roturier, et en attendant la reproduction de son “bijou littéraire"

1 nous raconte ce

qu'il pense de lui-même: “le petit bijou littéraire M'apparüt

Si étincelant de feux que j'en demeur

ai Comme stupide, effaré à la seule idée que j'en avais pu être le sertisseur.… j'en restai baba! . .Non sans raison

Je vous répète que

* Au demeurant: car quelle que püt être déjà ma légitime confiance en moi,

mon exacte notion de la supériorité intellectuelle dont se plurent à me doter les fées bienfaisantes au jour béni de ma n

ques cru, je le déclare, que je dusse

aissance, je n'eusse onc-

atteindre un si surprenant Summum "”. Il se Compare avantageusement aux Pauvres ‘ imbé-

ciles qui sont ses collègues à la sous-préfecture: pauvres hères, sinistres crétins, brutes à la lèvre pendante, aux veux de veau, au cerveau anémié et débile ”. I] avoue qu'il

aime la gloire, surtout Parce qu'elle vous signale flatteusement à la considération des

36. G. Ballet, etc etc, loc., cit., P. 566, 37. G. Courteline : Lauriers Coupés (L'Esprit Français)

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