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autres personnes. “ Ainsi, c'est Michau qui parle, une chose qui me plairait, serait de me promener par les rues, le front ceint d'un double laurier, ce pendant que sur mon passage s'éléèverait un murmure louangeur ”. I] rêve qu'il reçoit des propositions du “ Figaro ”, de “ L'Echo de Paris ”, du “ Gil-blas ”, que sais-je ? des letires où des éditeurs parisiens lui demandent d'aller les voir, etc. Malheureusement, son article, quand il paraît, est plein de fautes, de coquilles et le sens en est totalement déformé. Plein de rage, il court, il vole chez le directeur; mais celui-ci, voyant à qui il a affaire, le raisonne, le console de son mieux, et lui offre, En compensation, d'écrire un autre article : l'éloge du président du tribunal qui vient d'être nommé conseiller à Paris. “ Le directeur n'avait pas fini, c'est encore Michau qui parle, que déjà j'entendais mon génie taper impatiemment du pied aux parois de ma boite cranienne, comme une personne enfermée dans les lieux qui demande à en sortir. Mais, cette fois encore son article, par un malheureux hasard, avait été mélangé avec l'éloge d'un cochon phénomène, vendu au marché de la ville, quelques jours auparavant...Les idées de grandeur que Michau a présentées jusqu'à présent, s'associent maintenant à des idées de persécution. C'est intentionnellement que l'erreur a été commise, c'est sur un oïdre formel du directeur, qui lui en veut, qui est jaloux de son talent, Et, dans un beau geste, le malheureux ince mpris jure de garder pour lui seul les trésors de son génie : “ Mauvaise race humaine, race ingrate, tu seras chatiée de ton abjection: tu ne liras jamais ma prose!!!"
Le cas de Chantoine **, sous-rédacteur au ‘“ Léopard Littéraire ‘, est presqu'en tout semblable à celui de Michau, aussi je me contenterai simplement de le signaler.
Le cas de Sainthomme, atteint de délire vaniteux, mérite une
3 G Courteline : A'uiller-fla; loire et La Biscotte),
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mention plus détaillée, parce qu'il montre mieux l'absence de sei.s moral, l'égoisme profond et l'indifférence complète à l'égard des sentiments et des intérêts, non seulement d'autrui, mais de ses proches, de sa propre famille.
“ L'expéditionnaire Sainthomme “ était un maigre personnage de qui le maladif visage, éternellement en moiteur, avait l'humidité jaune clair des pommes de terre crues fraichement pelées. Entre les accrocs d'un veston encaustiqué ainsi qu'un meuble, il dissimulait tant bien que mal, l’attristante infamie de ses dessous: cette misère du linge qui, bon gré mal gré, tient à déclarer qu’elle est là, se révèle et s'affirme quand même en manchettes craquelées de gerçures, en faux-cols chevauchés de ces cravates Sans nom que, seule, semble avoir décidées à n'être point cordons de soulier, une susceptibilité bête. ..Ce malheureux avait une famille: une fillette mi-aveugle; un crapaud de cinq ans, éclopé, qui consolidait de béquilles son rachitisme précoce; un dernier-né encore au sein dont le visage couleur de saindoux promettait, et une femme coiffée à la vierge, qui était devenue aphone pour avoir disputé trop de pièces de deux s ‘us à l'âpreté des harangères.. .Ces gens vivaient. ..de bouillons arrachés les uns après les autres à d'inépuisables pots-au-feu : — sans doute aussi de ces choux équivoques dont les abominables relents empuantaient avec une obstination digne d'éloges, le palier de leur cinquième étage ”, rue de l'Exposition, à Grenelle.
” N'importe, au milieu de cette détresse, Sainthomme baladait sa morne figure imperturbablement sereine, son importance de personnage chargé d'une mission officielle et les rides multiples d'un front qu'avait ravagé à la longue le sourd travail des hantises opiniâtres. Car cette âme avait son secret, cette vie avait son