‹ Les maladies microbiennes des animaux (volume 2)Chapitre 114 sur 156 · I. — Symptômes · texte numérisé non relu

I. — Symptômes

Les signes cliniques de l’actinomycose doivent être successivement étudiés chez les diverses espèces affectées et suivant chacune des localisations observées.

§ I. — Actinomycose chez les bovidés (1).

Les altérations siègent le plus ordinairement sur le maxillaire, sur la langue , sur le pharynx, et aussi sur les parties molles de la région supérieure du cou. Les lésions viscérales sont exceptionnelles.

(1) J oiine. - Die Actinomykose oder Strahlenpilzerkrankheit. Deutsche Zcitsclir. fur rhiermed., Bd. YII, 1882, p. 141. — Jensen. — Zur Kenntniss der Actinomycose. Monatsh. fur Thierheilk., t. IV, 1893, p. 1C6.

ACTINOMYCOSE.

cl. Actinomycose des mâchoires. — Cette localisation correspond aux tumeurs des mâchoires anciennement étudiées sous les noms d 'ostéosarcome, cancer des joues , loupe... En France, cette forme est le plus communément observée.

L’actinomycose se traduit, dès le début de l’infection, par une tuméfaction inflammatoire située sur l’un des maxillaires, en un point variable de ceux-ci, mais toujours au niveau des racines molaires. La tumeur est dure, peu étendue, accompagnée de sensibilité de la région et d’une difficulté croissante de la mastication. Elle s’accroît ensuite lentement, pour acquérir parfois un volume considérable, et en même temps ses caractères se modifient; certains points deviennent moins résistants, puis fluctuants, les parties voisines conservant leurs caractères primitifs. Des abcès s'ouvrent à l’extérieur, qui donnent un pus liquide, sanieux, mêlé de petits grains jaunâtres. La sonde, engagée dans les orifices, pénètre dans des trajets fistuleux irréguliers, séparés par des tissus mous et par des trabécules osseux très friables.

Les tumeurs persistent un long temps dans cet état ; les dents sont mobiles dans les alvéoles; la mastication, unilatérale, devient de plus en plus difficile et les animaux maigrissent rapidement. Les orifices fistuleux sont comblés en partie par des bourgeons charnus saillants, noirâtres, la suppuration persiste indéfiniment. Plus tard encore, les ganglions s’abcèdent; des œdèmes apparaissent dans les parties déclives et tes malades doivent être sacrifiés.

L’évolution de ces accidents est toujours lente et la tumeur persiste souvent pendant plusieurs mois avant que de déterminer des troubles fonctionnels graves. La guérison spontanée est très rare.

b. Actinomycose de la langue. — Rarement observée en France (Godbille), l’actinomycose de la langue est depuis longtemps connue en Angleterre, en Allemagne et en Italie sous les dénominations populaires de langue de bois (wooden-tongue, Ilolzzunge) et de mal de crapaud (mal di rospo) exprimant tous deux l’impotence fonctionnelle de l’organe. Il est difficile de savoir si les anciennes observations de cancer de la langue doivent être rapportées à l’actinomycose plutôt qu’à la tuberculose ; toutefois, la maladie est déjà bien décrite par Stockfleth dans son Traité de Chirurgie ; elle est étudiée ensuite en Allemagne par Bollinger (1876) et en Angleterre par Wortley Axe (1882).

Les premiers troubles appréciables consistent en une difficulté des mouvements de la langue lors de la préhension de certains

aliments, bientôt suivie de ptyalisme, d’une tuméfaction de l’auge, comblée peu à peu au niveau de la base de l’organe, et d’une salivation de plus en plus abondante.

A une période plus avancée, la préhension des aliments solides devient difficile; la mastication est lente et incomplète; la déglutition est pénible ; seuls, les liquides sont pris sans trop de peine. Les mouvements des mâchoires sont peu étendus ; la langue ne peut sortir de la cavité pour saisir certains aliments (légumes, barbotages, grains) ; une salive visqueuse s’écoule abondamment hors de la bouche; la cavité de l’auge est œdématiée et complètement effacée. A l’examen direct, on trouve la langue volumineuse, dure, rigide, hérissée sur ses parties latérales de petites nodosités tuber- •culiformes, d’un blanc-jaunâtre, enchâssées dans la muqueuse : •celle-ci est couverte d’ulcérations superficielles disséminées. L’appétit est conservé, mais l’animal, incapable d’ingérer une •quantité suffisante d’aliments, maigrit rapidement.

A la période ultime, la langue tuméfiée, doublée de volume, sort de la bouche toujours béante ; la région de l’auge est remplie par une masse cylindrique dure. La surface de la langue est lisse, dépouillée en partie de ses papilles, parsemée de petites plaies d'apparence ulcéreuse, isolées ou confluentes, du diamètre d’une tète d’épingle à celui d'une lentille. Latéralement, on voit des plaies plus ou moins profondes, dues au contact des dents molaires. La préhension des aliments et la déglutition sontà peu près impossibles.

La marche de l’infection est rapide. En quelques semaines, les animaux épuisés doivent être sacrifiés ou ils succombent à l’inanition. La guérison spontanée est possible, mais tout exceptionnelle.

c. Actinomycose du cou. — Observée surtout en Danemark, cette forme y était étudiée, dès 1858, par le vétérinaire Jebsen ; elle a été décrite depuis par Bang (1).

Les lésions siègent dans la région supérieure de l’encolure; elles débutent soit dans les parties superficielles (peau, tissu conjonctif sous-cutané), soit profondément dans les parois du pharynx et de l’œsophage, dans les ganglions et dans le tissu conjonctif de la région.

Les symptômes varient à la fois suivant l’étendue et le siège des altérations; d’autre part, les divers modes d’extension se trouvent différemment associés et l’on ne saurait reconnaître des types cliniques différenciés.

(1) Bang. — Die Slraklenpilzerkrankimq . — Deutsche Zeitschr. fur Thiermed., t. X,

ACTINOMYCOSE.

L’une des formes les plus simples consiste en la présence de tumeurs, intéressant la peau et le tissu conjonctif, développées en arrière du maxillaire inférieur, dans les régions de la gorge, de la parotide, sur les joues, ou vers le bord supérieur de l’encolure. Au début existe une tuméfaction diffuse, qui se densifie peu à peu en une masse dure, de la grosseur d’une noix à celle d’un œuf de poule. La peau, très adhérente, s’amincit; après un longtemps, un abcès s’ouvre qui donne un pus épais et crémeux, contenant de petits grains jaunes d’aclinomyces. La cavité se cicatrise difficilement; des trajets fistuleux y aboutissent et pénètrent plus profondément ; la suppuration persiste indéfiniment. Dans le voisinage, d’autres tumeurs apparaissent souvent et des communications s’établissent entre les divers foyers.

En d’autres cas, les lésions sont étendues à la fois à la face et aux parties voisines du cou. La peau elles parties sous-jacentes forment une masse indurée, véritable cuirasse de trois ou quatre pouces d’épaisseur, présentant çà et là des foyers de ramollissement ou des trajets fistuleux qui pénètrent dans le tissu induré, dans la

parotide, dans les ganglions et qui donnent un pus riche en

granulations spécifiques (1).

cl. Actinomycose du pharynx. — Le développement des actinomycomes dans le pharynx et dans les tissus voisins provoque des accidents variés suivant le sièçe et le volume des néo formations.

La localisation sur la muqueuse du pharynx et dans les parties supérieures de l’œsophage (Siedamgrotzky et Johne) est exprimée par des troubles de la déglutition et par une tuméfaction peu marquée de la région. Les tumeurs du pharynx sont reconnues directement par l’exploration buccale ; de consistance fibreuse, elles varient quant à leurs dimensions du volume d’un grain de mil à celui d’un œuf d’oie ( polypes , lymphomes de Carsten Harms).

L’envahissement des parois du pharynx, souvent accompagné de lésions analogues des ganglions et des iissus voisins, entraîne une difficulté de la respiration devenue difficile, bruyante, entrecoupée par des efforts de toux; la déglutition est également très pénible. Il existe une déformation de la région parotidienne et

(I) Les accidents décrits par Dupont, de Bordeaux, sous le titre d 'induration des parotides se rapportent à l’actinomycose. Les lésions, étendues au tissu conjonctif de la région et aux ganglions, déterminent du cornage et des troubles de la déglutition. La "uérison est obtenue par l’administration de Tiodure de potassium.

Dupont. — Induration double des parotides. Archives vétér., 1878, p. 81.

SYMPTÔMES

l’exploration directe permet de reconnaître les tumeurs ganglionnaires. Avec ces altérations profondes coïncident parfois des lésions superficielles plus ou moins étendues. Dans tous les cas, les animaux maigrissent rapidement et ils doivent être sacrifiés.

e. Localisations diverses. — En outre de ces manifestations habituelles, l'actinomycose est rencontrée dans presque tous les tissus.

Dans la bouche, des lésions évoluent au niveau du palais et des gencives. L’actinomycose des lèvres est fréquemment observée à l’abattoir de Moscou; signalée pour la première fois par Klepzofl, en 1889, elle a été trouvée par Mari (1) chez G21 bovidés, sur un total de 42 230 animaux examinés de mars à juin 1892. Elle se traduit par de petites tumeurs soulevant la muqueuse, de la grosseur d’un pois à celle d’une noisette, de couleur jaune-gris, avec un foyer central caséeux ou purulent, riche en actinomyces. Plus récemment, IgnatiefT l’a retrouvée au marché d’approvisionnement de Saint-Pétersbourg chez 10 p. 100 des bovidés provenant du sud. La pituitaire, la muqueuse du larynx et Yèpiglotte sont trouvées envahies(Bollinger, Johne, Kitt) ; les troubles consécutifs de la respiration et de la déglutition varient selon le siège précis et l’étendue des lésions. Ujhelyia vu l’envahissement des ganglions bronchiques produire des troubles chroniques de la digestion.

L'actinomycose du poumon est signalée pour la première fois par Ponfick, chez le veau, puis chez la vache; elle est retrouvée ensuite en Allemagne par Pllug, de Giessen (1882), par Hinck, Busch, Frank..., en France, par Moulé, Leclerc, Greffier... Aujourd’hui, les observations publiées sont déjà nombreuses et cette forme est couramment observée en Danemark. Tantôt l’évolution est celle de la tuberculose miliaire aiguë ; tantôt on ne rencontre que des lésions chroniques, sous la forme de tumeurs isolées ou de nodules tuberculeux disséminés. Les symptômes sont identiques à ceux des formes correspondantes de la tuberculose bacillaire ; le jetage contient en quelques cas des grains jaunes caractéristiques.

Le développement des tumeurs actinomycosiques est signalé dans Y œsophage, où elles provoquent des troubles de la déglutition et du cornage ; on les retrouve, plus rarement, dans les parois de la panse (Bollinger), du réseau (Bollinger), de la caillette (Wortley Axe), de Y intestin (Perroncito, Ciucci), dans l’épaisseur du diaphragme (Kitt, Ivorsak).

Les actinomycomes du foie sont fréquents en Danemark; Bas-

(1) N. Mari. — Ueber clic Lippenaktinomycose. Centralblatt fur Bikter., t. XII, 1892, p. 854.

ACTINOMYCOSE.

mussen a recueilli, en 1890, vingt-deux observations à l’abattoir de Copenhague. Le rein (Hertwig, Jcnsen), la raie (Marchand) sont rarement atteints ; par contre, l’extension au péritoine est considérée comme fréquente par Jensen.

L’envahissement de la mamelle, très exceptionnel semble-t-il, a été observé en Danemark par Peorsson, plus tard par Bang, Rasmussen, Ilarms. L’évolution simule la tuberculose aiguë de la glande.

D’autres localisations sont encore signalées. Goldbeck a rencontré un actinomycome du vagin ; il existait du catarrhe vaginal ; l’exploration directe dénonçait une masse dure, pédiculée. Mazzarella a -trouvé une tumeur volumineuse (15 kilogr.) développée dans le cordon testiculaire d’un bœuf récemment châtré. Matthiesen a vu les néoformations développées dans la région parotidienne pénétrer dans le canal médullaire en provoquant des accidents de compression du bulbe. Berstrand signale l’envahissement de l’axis chez une vache et Brouwier celui du sternum et des côtes. Jensen décrit des actinomycomes volumineux (2 kilogr.) développés au niveau du genou.

§ 2. — Actinomycose chez le cheval.

L’actinomycose n’a été que rarement observée jusqu'ici chez le cheval ; cependant les localisations les plus diverses sont déjà mentionnées.

L’envahissement du maxillaire supérieur est décrit par Klemm chez un poulain de cinq mois; il existe une tumeur, fluctuante à son centre, renfermant un pus riche en gazons d’actinomyces. Dans une observation de Pilz, la tumeur est développée sur le maxillaire inférieur; on trouve des trajets fistuleux multiples avec suppuration persistante.

L’actinomycose de la langue est décrite par Truelsen et par Eberhardt. L’organe est considérablement hypertrophié et douloureux à l’exploration ; la mastication est gênée ; il existe une salivation abondante. La muqueuse, rouge, luisante, montre des nodules sous-muqueux, gris-jaunâtre, qui donnent par grattage une matière caséeuse contenant des grains jaunes.

D’après Ignatieff (cité par Semmer), l’actinomycose de la lèvre supérieure serait souvent observée à Pétersbourg.

Baranski et Rasmussen signalent l'envahissement des ganglions sous-glossiens; la glande, conglomérée, dure, volumineuse, ressemble

h la « glande de morve » ancienne. On trouve, sur la coupe, des foyers caséeux renfermant les grains d’actinomyces.

Reinemann trouve une tumeur volumineuse, dure, bosselée, développée dans Y abdomen, adhérente à la rate et à l’intestin grêle; sur la coupe, on rencontre des cavités limitées par du tissu fibreux et remplies de dépôts granuleux.

Perroncito a rapporté une observation, restée longtemps unique, de tumeur consécutive à un traumatisme au niveau delà rotule. Un fait analogue est rapporté par Vogel (tumeur de la hanche), sans que la nature des lésions soit complètement démontrée.

L’envahissement du cordon testiculaire (champignon de castration) est possible, ainsi que le prouvent des observations de Johne et de Mac Fadyean; cependant les accidents sont dus plus souvent au botryomyces. (V. Botryomycose.)

Chez un poulain, Hamburger a constaté la présence des actinomyces dans les vertèbres, dans les cartilages costaux, ainsi que dans un fémur et un tibia.

§ a. — Actinomycose chez le porc.

Les altérations sont localisées principalement au niveau des amygdales; on les rencontre aussi dans la langue, dans la mamelle, dans les muscles et, très exceptionnellement, dans les viscères.

Développées au niveau des amygdales , les lésions déterminent une tuméfaction delà région, accompagnée d’une difficulté croissante de la déglutition. Le pharynx est envahi en quelques cas.

L’actinomycose de la langue est exprimée par des troubles analogues à ceux qui sont constatés chez les bovidés.

L’envahissement de la mamelle se traduit par la formation de petites tumeurs dures, indolores, qui se réunissent ensuite en une masse unique, volumineuse, irrégulièrement mamelonnée. Souvent il existe des foyers purulents qui peuvent s’abcéder. Cette localisation est souvent observée à l’abattoir de Copenhague (Rasmussen). La généralisation des lésions est rare; Knoll (1) a constaté l’envahissement simultané des fausses côtes, de plusieurs vertèbres, du poumon et de la langue.

La présence de l'actinomycose dans les muscles du porc a été reconnue par Virchow, Schuetz, Zürn, Duncker, Hertwig Elle

(I) Knoli.. — AU gemeine Actinomy cosis des Schveines. Berlin. Thier. Wochenschr., 1 80 1 .

ACTINOMYCOSE.

est signalée de temps à autre à l’abattoir de Berlin. Aucun symptôme n’est observé pendant la vie de l’animal.

Les poumons, les reins et Y épiploon (Nocard et Greffier) ont été trouvés envahis.

On a signalé enfin plusieurs cas d’actinomycose des os, ainsi que 1 envahissement du cordon testiculaire après la castration (Rasmussen).

§ 4. — Actinomycose chez le mouton.

L’infection est extrêmement rare. Hammond signale un cas d'actinomycose de la langue. Grips, de Stettin, trouve toute la moitié antérieure d’un lobe pulmonaire transformée en une tumeur fibreuse; l’examen histologique montre des touffes d’actinomyces entourées de cellules rondes et épithélioïdes.

L’actinomycose musculaire est observée dans les abattoirs de Berlin et de Copenhague.

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