III. — Diagnostic
Si l’analyse des signes cliniques de la morve permet de reconnaître à coup sur certaines formes, d’autres ne sauraient être soupçonnées et quelques-unes enfin resteront longtemps méconnues. Une description pathologique est toujours très schématique, et ce que l’on a pu prévoir des difficultés inhérentes au diagnostic de certaines localisations de la morve ne donne évidemment qu’une idée éloignée de sa complexité réelle. Les moyens d’assurer ce diagnostic seront d’autant plus précieux qu’il s’agit d’une maladie dangereuse qu’il est indispensable de déceler aussitôt que possible.
La morve doit être discernée soit sur ranimai vivant , soit sur le cadavre et le chapitre se trouve ainsi naturellement divisé.
§ 1. — Diagnostic sur l'animal vivant.
Le diagnostic est porté d’après la seule appréciation des symptômes ou à l'aide de diverses méthodes expérimentales qui comprennent : la recherche du bacille, l’inoculation et l’emploi de la malléine.
a. Examen clinique. — Le diagnostic clinique est basé principalement sur l’appréciation des symptômes essentiels propres à chacune des localisations. Les signes contingents fournissent aussi de précieuses indications; les lymphangites, les engorgements articulaires, les inflammations testiculaires, les épistaxis, survenant en l’absence de toute cause déterminante, constituent des éléments
(1) Rabe. — Rotzdei' Muskeln. Loc. cit. , p. 8i (quatre observations et une bonne étude histologique).
Nocard et Leclainche.
MORVE
du diagnostic et des motifs de suspicion légitime. Alors que l’infection est soupçonnée déjà , les troubles généraux les plus communs acquièrent une signification. L’amaigrissement, l’état des téguments, la moindre résistance au travail, les variations de la température constituent des indices.
Les indications relatives au diagnostic varient suivant les diverses tonnes cliniques considérées.
I. Morve aigue. — L’intensité des symptômes généraux du début limite le diagnostic différentiel ; la fièvre charbonneuse, la fièvre typhoïde suraiguë, la gourme septicémique sont seules exprimées par des phénomènes aussi graves. L’apparition des engorgements cutanés et des lésions de la pituitaire assure pratiquement la différenciation.
L’éruption confluente du horse-pox sur la muqueuse respiratoire ne provoque qu’une réaction générale très légère ; de plus les pustules sont facilement reconnues. Dans l 'érysipèle gourmeux (V. Gourme; Symptômes), l’engorgement est limité à la tète et la pituitaire est simplement congestionnée. Certaines formes d'anasarque simulent, d’assez près, la morve aiguë ; on retrouve la gravité de l’état général, la présence d’engorgements et de crevasses de mauvais aspect au niveau des membres, enfin, un jetage gangreneux et des nécroses étendues de la pituitaire. L’examen des malades pendant quelques jours permet de reconnaître la nature des accidents.
IL Farcin chronique. — Si la morve cutanée est exprimée d’emblée par des signes objectifs, la signification de ceux-ci reste parfois incertaine. Les engorgements des membres, locaux ou étendus, à début brusque, survenant dès les premiers instants, peuvent être confondus avec les lymphangites réticulaires simples, qui se présentent avec les mêmes caractères. L’éruption confluente de horse-pox est précédée, comme le farcin, par des tuméfactions inflammatoires et elle est suivie, en certains points, d’une éruption avec évolution de plaies suppurantes. Les caractères des pustules, la qualité du pus... suffisent généralement à la différenciation (Y. Horse-pox). Les plaies siégeant à l'extrémité des membres (traumas, éruptions...), alors surtout que la peau est épaisse et indurée, se montrent parfois rebelles à la cicatrisation et elles simulent l’ulcère. De même les abcès superficiels qui évoluent dans les mêmes points donnent un pus de mauvais aspect, mêlé à la lymphe épanchée, et ils laissent après eux une plaie persistante. Ces lésions sont d’autant plus suspectes que l'on constate, dans
DIAGNOSTIC
certaines formes de farcin à évolution lente, la même infiltration diffuse de la région et que les caractères de la suppuration ne donnent que des indications incertaines. Les plaies d'ètè diffèrent des plaies farcineuses par leur bourgeonnement exubérant et par la présence de granulations calcaires dans leurs parois. Les suppurations multiples qui accompagnent la gourme (abcès ganglionnaires ou sous-cutanés) sont facilement reconnues (V. Gourme). Parmi les affections cutanées, Y exanthème pustuleux (Dieckerhoff) simule seul le farcin. Il se traduit par des éruptions successives de boutons indurés qui donnent un pus parfois liquide et jaunâtre et par un léger empâtement des ganglions voisins. Jamais, par contre, l’on n’observe les cordes ni les indurations ganglionnaires.
C’est principalement avec la lymphangite épizootique que le farcin peut être confondu; les caractères différentiels des ulcérations et de la suppuration ne sont pas toujours si nets que le diagnostic clinique ne présente de réelles difficultés ; la présence possible de lésions ulcéreuses de la pituitaire dans la lymphangite rendra la confusion plus facile encore. (V. Lymphangite épizootique).
IL Morve nasale. — L’évolution des lésions dans les cavités nasales se traduit souvent par un ensemble de signes diagnostiques suffisamment précis. Cependant la lésion essentielle, le chancre, n’estdirectement appréciable que sur une faible étendue de la pituitaire ; dans les cas de localisation dans les régions supérieures, sur la muqueuse des cornets et sur celle des sinus, la glande et le jetage seront seuls appréciables. Or les caractères de ces manifestations ne sont pas tellement tranchés qu’on puisse leur accorder une valeur absolue et le diagnostic présentera quelque difficulté. La présence de la glande et du jetage ne permet d’affirmer la morve que dans le cas de suspicion légitimée par les commémoratifs recueillis ; seule, la constatation du chancre, avec ses caractères classiques, autorise un jugement immédiat.
La morve nasale est simulée par des altérations nombreuses. La collection purulente des sinus est accompagnée, comme la morve, d’un jetage ordinairement unilatéral, d’un engorgement ganglionnaire et, parfois, d’érosions inflammatoires de la pituitaire. Toutefois, la matière rejetée est nettement purulente et mêlée de caillots fibrineux; la glande n’est pas conglomérée; il semble que chaque ganglion se soit enflammé isolément, le stroma conservant une certaine élasticité. Les signes locaux de la réplétion des sinus facilitent la différenciation; mais il faut se rappeler toujours que la collection constatée peut être de nature morveuse et il importe
MORVE
d’assurer expérimentalement le diagnostic dans les cas douteux.
Dans la collection des poches gutturales , le jetage est rémittent, surtout abondant au moment de la déglutition des liquides ; la glande n’est pas bosselée ni profondément attachée comme dans la morve. Les signes diagnostiques propres ont ici une valeur diagnostique presque absolue, en raison de la rareté des localisations morveuses en cette région.
Les inflammations persistantes de la pituitaire, accompagnées encore de jetage et d’engorgement ganglionnaire, sont entretenues par des causes multiples. Les inhalations répétées de poussières irritantes, de la chaux notamment, déterminent une congestion de la muqueuse, des épistaxis, une inflammation catarrhale et des érosions épithéliales, toujours différentes d’ailleurs de l’ulcère (1). Des abcès se développent dans l’épaisseur de la cloison cartilagineuse, qui évoluent lentement et aboutissent, en quelques cas, à la perforation complète (Montané). Les blessures profondes des parois des cavités nasales, suivies de carie ou de nécrose des os ou des cartilages, provoquent un jetage d’apparence suspecte et un engorgement ganglionnaire unilatéral. Le séjour des corps vulnérants dans les tissus occasionne les mêmes symptômes alarmants (2). La carie dentaire , accompagnée fréquemment de périostite alvéolaire, et, au niveau des premières molaires, de fistules s’ouvrant dans les cavités nasales, se traduit par des accidents analogues. La déformation de la région, la douleur locale et l’odeur pénétrante perçue à l'ouverture de la bouche suffisent généralement à assurer le diagnostic.
Le développement d’une septième molaire sur le maxillaire inférieur, ou la présence d’un prolongement delà sixième molaire, ont pour conséquence une irritation permanente du voile du palais, avec formation de foyers de suppuration, jetage unilatéral et tuméfaction des ganglions du même côté (Dieckerhoff). Schwammel rapporte un cas de catarrhe chronique bilatéral, dù à la présence, dans les replis de la volute clhmoïdale, de plusieurs parasites ( Gas trophilus nasalis et linguatules).
(1) Maüry. — De l'épistaxis des chevaux des chaufourniers. Répertoire de police sanitaire. 1886, p. 4i7.
Dieckerhoff (Pathologie, t. I, p. 161) signale des catarrhes de la pituitaire, avec desquamations épithéliales en plaques, chez des chevaux employés pour herser des champs amendés avec de la chaux.
(2) Gips ( Preuss . Mittheil., 1879) a constaté, à l’autopsie d’un cheval qui présentait depuis quatre mois du jetage et une glande, une perforation de la voûte palatine par un morceau de bois engagé au niveau de la troisième molaire ; le corps étranger pénétrait dans la cavité nasale correspondante.
DIAGNOSTIC
Certaines altérations simulent la morve de plus près encore. Nocard (1) constate la présence de plaies ulcéreuses superficielles et de cicatrices linéaires ou arrondies, blanches, saillantes, sur la pituitaire de huit chevaux, sur quatorze composant l’effectif d’une même écurie. Il n’existe ni jetage, ni glande. La nature des accidents est restée indéterminée. Le horse-pox est plus facilement reconnu; l’évolution rapide des accidents, les caractères de la glande, la présence habituelle de pustules typiques sur la muqueuse des lèvres ou sur la peau sont suffisamment expressifs; en quelques cas seulement, des pustules persistent, au pourtour des naseaux ou sur la muqueuse, sous la forme de plaies profondes qui se cicatrisent difficilement. Certaines tumeurs développées sur la muqueuse ou dans les parois des cavités nasales déterminent à la fois du jetage et un engorgement ganglionnaire. Dans ce cas la glande n’est pas conglomérée comme dans la morve ; les lobules envahis, volumineux et durs, restent réunis par un tissu assez lâche. L’exploration directe (trépanation, éclairage...) assure le diagnostic (2).
Des tumeurs envahissent aussi les ganglions sous-giossiens ; les plus fréquentes sont les fibromes mélaniques qui forment une masse indolore, mobile et très dure. Ces caractères et la présence de tumeurs cutanées en d’autres points permettent facilement la différenciation. La lymphadènie s’accompagne d’une tuméfaction ganglionnaire molle, toujours double et symétrique ; d’autres ganglions explorables présentent la même altération.
Différents modes d’exploration ont été préconisés dans le but d’assurer le diagnostic de la morve dans les cas douteux. L'éclairage des parties profondes des cavités nasales est obtenu soit avec un simple miroir, en utilisant la lumière solaire ou un foyer artificiel, soit à l’aide d’explorateurs particuliers et de la lumière électrique. La trépanation, au niveau du sinus maxillaire supérieur, est conseillée par Hertwig, dès 1845, puis par Haubner, Bouley, Leisering... Ainsi que l’a établi Gerlach, ce moyen n’a qu’une valeur restreinte ; la présence de boutons sur la muqueuse n’est observée que dans moins de la moitié des cas et presque toujours lors de morve ancienne et confirmée. L 'extirpation des ganglions de l’auge a été recommandée par Bollinger, dans le but de recher-
(1) Nocard. — Lésions ulcéreuses de la pituitaire. Bulletin de la Soc. centr. de méde vét., 1893, p. 3G1.
(2) P. Grawitz a étudié une dégénérescence fibreuse de la pituitaire, avec épaississe-
ment et développement en certains points de foyers de dégénérescence amyloïde d’apparence ulcéreuse. On ne constatait du côté des ganglions de l’auge qu’un léger œdème intlammatoire. °
MORVE
cher la présence sur la coupe des foyers caséeux propres à la morve. Ce procédé reste très imparfait, alors même qu’il est complété par l’examen bactériologique, la culture et l'inoculation des produits recueillis. (V. Inoculation.)
III. Morve laryngo-trachéale. — La toux, suivie du mâchonnement et de la déglutition de mucosités, associée à la sensibilité du larynx et de la trachée, met sur la voie du diagnostic. Pour préciser celui-ci, on provoque la toux par la pression de la trachée, en même temps que l’on attire la langue au dehors. Après quelques tentatives, on obtient le rejet par la bouche de mucosités filantes et sanguinolentes. De nombreuses observations ontdémontré la valeur du « procédé d’Abadie » (Pourquier, Mauri... Ouétin, Delamotte); toutefois ces constatations n’ont pas une valeur absolue. Nocard (1) a vu les mêmes symptômes accompagner un cas d’épithéliome du poumon.
Il convient de recourir, dans tous les cas, au diagnostic expérimental.
IV. Morve pulmonaire. — La morve chronique localisée au poumon reste méconnue le plus souvent. Ce sont habituellement des faits d’infection persistante dans certaines écuries qui autorisent la suspicion. En de nombreux cas, la maladie est entretenue par un animal qui ne présente aucun symptôme alarmant.
La simple constatation de signes d’affection chronique du poumon ou encore les oscillations périodiques de la température suffisaient autrefois pour autoriser la séquestration ou l’abatage de vieux animaux, désignés par l’enquête comme la source possible de la contagion. Aujourd’hui, les ressources du diagnostic expérimental sont telles que l’on peut acquérir en quelques heures une certitude sur l’état des suspects.
b. Culture et recherche du bacille. — La simplicité technique de ces méthodes rend leur utilisation possible dans les conditions de la pratique (2).
I. — La culture du bacille de la morve s’opère très bien sur la pomme de terre; en quelques jours, la surface ensemencée revêt une coloration fauve, qui se fonce de plus en plus jusqu’à la teinte chocolat-clair. Parmi les bacilles qui peuvent se trouver dans les produits éprouvés (jetage, pus...), il n’en est pas qui prennent cette colcration spéciale et l’examen des microbes pris sur les colonies oolorées précise le diagnostic.
(1) Nocard. — Sur la morve trachéale. Archives vétérinaires, 1877, p. 841.
(•’) Voy. Thoinot et Masselin. — Précis de Microhie , 2e éd., p. 248.
DIAGNOSTIC
ÏT. — La recherche du bacille dans le jetage ou dans le pus lionne des indications assez précises dans les formes aiguës ou subaiguës ; lors d’évolution chronique, les bacilles, très rares, granuleux, difficiles à colorer sont difficilement déterminés (1).
c. Inoculation. — Il importe avant tout d’expérimenter avec une matière de virulence aussi constante que possible.
Le pus recueilli dans les boutons farcineux ramollis, celui qui s’écoule des plaies ulcéreuses, les parcelles obtenues par le raclage des chancres... sont constamment virulents. Le jetage possède aussi presque toujours des éléments virulents, mais leur dilution peut être telle, à certains moments et dans certaines formes, qu une seule inoculation ne suffise pas à les déceler. D autre part, les produits de sécrétion, souillés par différents germes, ne peuvent convenir que pour certaines inoculations et l’on doit employer de préférence des produits virulents purs.
L’inoculation est pratiquée soit sur le malade lui-même (auto-inoculation), soit à divers réactifs animaux, comme le cobaye, le chien, le chat et l’àne. Le choix de chacun de ces modes répond à des indications spéciales.
I. Auto-inoculation. — L’inoculation du virus morveux au cheval, par piqûre de la peau, est ordinairement suivie après 3-6 jours du développement d’une plaie ulcéreuse au point d’inoculation ; cette lésion apparaît à la fois chez l’animal sain et chez celui qui est infecté déjà; on peut donc employer l’auto-inoculation pour s’assurer de la virulence des produits suspects ; malheureusement, les indications fournies sont loin d’être constantes. « Parfois les ulcérations vont sans cesse en augmentant en surface et en profondeur, revêtant alors tous les caractères des chancres farcineux; parfois, au contraire, après s’être entourées d’une induration assez considérable, dans laquelle elles ont creusé en tous sens, elles prennent tout à coup une marche régressive et finissent par se cicatriser, ne laissant qu’une faible trace de leur existence; souvent enfin, les piqûres delà lancette se cicatrisent par première intention, comme si le liquide dont elle était chargée ne possédait aucune virulence. » (Nocard.)
IL Inoculation au cobaye. — L’inoculation est faite par piqûres et scarifications, sur la région du dos ou, de préférence, par injcc-
(1) Dans le but. de se procurer des produits virulents purs, pour la culture ou l’examen bactériologique, on a conseillé fréquemment l’extirpation des ganglions de l’auge (Rieck Degive, Rudenko...). On utilise les matières caséeuses recueillies dans la glande. Ce procédé complexe et d’ailleurs incertain n’a de valeur diagnostic qu’autant que les résultats sont positifs.
MORVE
lion sous-cutanée avec la seringue de Pravaz (1). Dans le premier cas, on constate, après 4-8 jours, l’apparition de plaies ulcéreuses au niveau des effractions cutanées; dans le second, il se produit en outre des abcès dans les ganglions voisins. Le cobaye étant sacrifié 25-30 jours après l’inoculation, on trouve la rate et souvent aussi le foie et le poumon farcis de petits abcès miliaires, formant un piqueté blanc-grisâtre à la surface des organes.
Cette méthode simple a de graves inconvénients ; parfois les cobayes succombent en quelques jours, à une infection septique ou purulente ; d’autre part, des inoculations virulentes restent sans effet. De plus, à moins d’un examen microbiologique du pus des ganglions, on doit attendre pendant plusieurs semaines le résultat de l’opération.
L’inoculation intra-péritonéale, préconisée par Straus (2), donne rapidement des résultats probants; mais il faut la réserver pour l’épreuve des produits purs , tels que le liquide recueilli dans les boutons farcineux ramollis ou la pulpe ganglionnaire; l'inoculation de produits impurs, comme le pus ou le jetage, provoque souvent une péritonite purulente qui tue les sujets bien avant qu’ils aient répondu (Nocard). Chez le cobaye mâle, l’inoculation est suivie, dès le deuxième ou le troisième jour, d’une tuméfaction des testicules qui font saillie à l’extérieur; la région est douloureuse, la peau du scrotum devient rouge, puis violacée, adhérente aux parties profondes; vers le huitième ouïe dixième jour, les lésions acquièrent une intensité extrême. L’animal succombe généralement en 12-15 jours, parfois en 4-8 jours. « Les lésions consistent à peu près exclusivement en une inflammation spécifique très accusée de la tunique vaginale ; la séreuse est recouverte de granulations blancjaunâtre, de la grosseur d’une tête d’épingle; les deux feuillets sont étroitement soudés par un exsudât purulent, épais, riche en bacilles. » Le testicule, non plus que l’épididyme, ne sont altérés que très exceptionnellement. (Straus.)
Les indications fournies par cette épreuve ne sont pas absolu-
(1) Technique de l'inoculation au cobaye. — Lors à'inoculation sous-cutanée , le jetage est dilué dans un peu d’eau filtrée ou bouillie ; on passe à travers un linge et l’on injecte deux à trois centimètres cubes à la face interne de la cuisse. Toujours on doit inoculer deux animaux au moins, dans la crainte d’une infection accidentelle.
L'inoculation intra-péritonéale est faite en même temps chez deux cobayes mâles. On pénètre lentement dans le péritoine, en soulevant la peau et la paroi abdominale entre deux doigts de la main gauche, tandis qu’on imprime à l’aiguille un léger mouvement de rotation. On injecte un ou deux centimètres cubes du liquide suspect.
(; 2 ) Straus. — Sur un moyen de diagnostic rapide de la morve. Archiv. de méd. expér. 1886, et Recueil de méd. vét., 1889, p. 644.
DIAGNOSTIC
ment sûres. Nocard (1) a montré que certaines lymphangites des membres, exprimées par des engorgements indurés difïus, avec plaies ulcéreuses, sont dues à un microbe capable de provoquer des accidents testiculaires analogues à ceux de la morve quand il est inoculé dans le péritoine du cobaye. Le résultat de 1 inoculation devra donc être contrôlé par la recherche du bacille dans l’exsudât de la gaine vaginale. (Examen bactériologique et culture.)
III. Inoculation au chien (2). — Ainsi que Galtier 1 a pour la première fois démontré, l’inoculation de la morve au chien, par piqûres ou par scarilications, constitue un moyen de diagnostic des plus précieux. Après trois ou quatre jours environ, les plaies d inoculation, déjà cicatrisées, s’ouvrent et laissent exsuder un pus liquide et grisâtre; un engorgement œdémateux, chaud, douloureux, envahit la région, puis des ulcérations apparaissent qui s’étendent et se réunissent.
La suppuration, l’œdème et l’apparence ulcéreuse des sillons permettent parfois d’affirmer le diagnostic quarante-huit heures après l’inoculation. Toutefois le réactif n’est pas absolument sûr; l’inoculation virulente reste sans effet en certains cas et les résultats positifs possèdent seuls une valeur absolue.
IV. Inoculation au chat. — Le chat a été employé souvent en Russie, en ces dernières années, comme réactif de la morve (Lissitzine, Malzeff. ..). L’inoculation du jetage ou des produits suspects est pratiquée comme chez le chien. Il se produit un ulcère au niveau des plaies d’inoculation et l’infection générale s’établit rapidement. Les animaux succombent généralement, du quinzième au trentième jour, avec des lésions viscérales généralisées.
V. Inoculation a l’ane (3). — L’âne est extrêmement sensible à la morve ; chez lui la maladie revêt toujours une forme suraiguë (Saint-Cyr). Dès le deuxième ou le troisième jour après l’inoculation, alors qu'il n’existe encore aucune lésion locale, la température monte brusquement au-dessus de 40°; peu après, un vaste foyer d’ulcération évolue au niveau de la région inoculée et l’ani-
(1) Nocabd. — Sur la valeur diagnostique de la malléine. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1893, p. 11G, et 1894, p. 92.
(2) Technique de l’inoculation au chien. — L’inoculation est faite de préférence sur la région du crâne. La surface étant rasée, on fait avec la lancette ou le bistouri une série d’incisions superficielles, parallèles. On essuie les quelques gouttelettes de sang épanché et Ion dépose la matière à inoculer; pour assurer la pénétration, on étale celle-ci avec le doigt, en frottant légèrement et en maintenant les incisions béantes par la tension de la peau.
(3) Technique de l'inoculation à l’dne. — L’inoculation se pratique par scarifications, sur la région du front. La technique est identique à celle qui est suivie pour le chien.
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mal meurt, en 5-20 jours, avec les lésions de la morve aiguë.
L’âne ne résiste pas d’ordinaire à une inoculation virulente, mais certains produits, comme le jetage, peuvent n’être point virulents bien que provenant de sujets morveux. Aussi, et malgré toute la sensibilité du réactif, un résultat négatif ne peut-il donner qu’une forte probabilité.
cl. Emploi de la malléine. — La malléine est un extrait stérile des cultures du bacille de la morve sur différents milieux. Préparée et utilisée pour la première fois par le vétérinaire militaire russe llelman, dès la fin de 1888, la malléine était étudiée en même temps par Kalning qui donna, en 1891, une démonstration complète de la valeur diagnostique du produit (1). Presque aussitôt, la malléine était préparée en Allemagne par Preusse, en France par E. Roux,
paux travaux consacrés à l’utilisation de la malléine quant au diagnostic de la morve, on peut citer ceux de Dieckcrhoff et Lothes, de Preusse, de Peters et de Foth en Allemagne, ceux de Nocard et de la commission de Montoire en France, de Schindelka en Autriche, de Semrner et de la commission de Charkoff en Russie (2).
La malléine de Roux, seule utilisée en France, est obtenue par la stérilisation à 110°, l’évaporation et la filtration de cultures en bouillons glycérinés (3) ; elle se présente sous l’aspect d’un liquide sirupeux, de couleur brun-foncé, d’une odeur un peu vireuse [malléine brute). La malléine est employée après dilution au dixième dans l'eau phéniquée à 5 p. 1000; le mélange donne un liquide jaune, qui, placé à l’abri de la lumière et de la chaleur, conserve pendant plusieurs mois ses propriétés. Semrner et Kresling à Pé-
(1) Consulter sur l’histoire de la découverte de la malléine : Kostoff. — Siilla diagnosi délia morva equina. Giorn. di Veter. militare, 1893, p.52I. — A.Babes. — De la morvine. Revista de med. veter., 1894, p. 55.
(2) Nocahd. — Sur la malléine. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1893, p. 1 1 G ; 1894, p. 79, 181 et 446. — Rapport sur les expériences faites à Montoire. ..Revue vétérinaire, 1894, p. 116. — Schindelka.. — Einige Erfahrungen über die Anwendung des Malle ins a!s diagnostisc/ies Mittel. QEsterr. Zeitschr. fur wiss. Veterinârk., t. V, 1894, p. 97. — Sem.meh et Wladimiroff. — Sur la valeur diagnostique des injections de malléine. Archives des sciences biologiques, t. I, 1894, p. 745. — Wohonzoff, Ekkeht... — Rapport sur l'emploi de la malléine daJis t'armée russe. Broch., Pétersbourg, 1891.
Voir, pour l’étude générale de la question, les revues de Kitt: Die Rotzdiagnostik mittelst Malleïn. Monatshcfte fiir Thierh., t. IV, 1893. — Ncueres Hier Rotz und Malleinproben. 1 d. , t. VI, 1895, p. 307.
(3) Le mode de préparation est le suivant : Des cultures sont faites, en bouillon glycériné, avec un bacille dont la virulence maxima est entretenue par des inoculations intraveineuses chez le lapin. Des ballons ensemencés, contenant 259 centimètres cubes de bouillon, sont laissés un mois à l’étuve; les cultures sont ensuite stérilisées à l'autoclave, par un chauffage à 100° pendant trente minutes. La culture stérile est concentrée, par évaporation au bain-marie, jusqu’au dixième de son volume primitif et le résidu est filtré sur papier Chardin. On a aiusi la malléine brute.
DIAGNOSTIC
tersbourg, Preusse à Dantzig emploient des modes de préparation analogues. D’autre part, le vétérinaire militaire allemand Foth prépare une malléine sèche , qui est employée en Allemagne et en Autriche (1), tandis que l’Institut vétérinaire de Charkoff et Preisz, à Buda-Peslh, extraient une malléine liquide des cultures sur pomme de terre (2).
L’inoculation sous-cutanée de un demi-centimètre cube de la malléine brute de Roux ou de cinq centimètres cubes de malléine diluée ne produit, chez les chevaux sains, aucun effet appréciable; on trouve au point d’inoculation un très léger œdème, peu sensible; l’état général et la température ne sont pas modifiés. Il en est de même chez les sujets affectés d'une maladie apyrétique, infectieuse ou non, autre que la morve (3).
Chez les chevaux morveux, à quelque degré que ce soit, 1 inoculation sous-cutanée de la malléine provoque des accidents très nets. En quelques heures, il se forme, au niveau du point de l’injection, une tuméfaction inflammatoire, chaude, tendue, douloureuse, toujours volumineuse; du contour de la tumeur partent des traînées lymphatiques sinueuses, également chaudes et sensibles, se dirigeant vers les ganglions voisins. La tumeur s’accroît pendant vingt-quatre à trente-six heures et persiste pendant plusieurs jours ; elle diminue ensuite lentement, graduellement, pour ne disparaître qu’après cinq à six jours.
En même temps qu’apparaît la tumeur, l’état général se modifie profondément; l’animal est triste, abattu; la face est grippée, le regard anxieux, le poil terne et hérissé, le flanc retroussé, la respiration précipitée; l’appétit semble supprimé; on observe des
(1) La malléine de Foth est obtenue avec une malléine brute, préparée comme dans le procédé de Roux. Le liquide est mélangé à vingt-cinq à trente fois son volume d'alcool absolu, puis jeté sur un filtre ; le mélange est soumis à l’exsiccation dans le vide pendant deux à trois jours. Le résidu desséché donne une poudre blanche (malléine sèche), très légère, non hygroscopique et parfaitement soluble dans l’eau. On l’emploie, après solution dans l’eau distillée, à la dose de 5 centigrammes.
Foth. — Ueber Mallein. Zeitschr. fur Vet.-Kunde, 1802, p. 169 et 435. Ueber die praktische lie dent un;/ des Irockenen Malleins. Deusche Zeitschr. für Thiermed., t. XIX, 1894, p. 437 et t. XX, 1894, p. 223.
Une malléine sèche était obtenue déjà par A. Babes.
(2) La malléine de Charkoff est obtenue par l’immersion, prolongée pendant quatre jours, de cultures sur pomme de terre dans un mélange d'eau glycérinée (2: 1); le liquide est stérilisé par un chauffage de trente minutes à 120° et filtré sur Chamberlaud.
Preisz obtient une malléine crue en additionnant l’extrait de sublimé; la malléine ainsi préparée reste indéfiniment stérile dans des flacons ouverts et elle conserve ses propriétés pendant plus de six mois.
(3) Chez les chevaux emphysémateux, Schindelka a constaté, dans quelques cas, avec la malléine de Foth , une hyperthermie marquée. En aucun cas, nous n'avons constaté le meme fait au cours de nos expériences.
MORVE
frissons au niveau des muscles olécraniens et cruraux antérieurs; parfois même le tronc subit de violentes secousses convulsives. Si 1 on fait sortir le malade, on est frappé de son aspect misérable et de son état de prostration intense; le cheval le plus vigoureux, le plus difficile, le plus dangereux est complètement transtormé; il est devenu mou, indifférent à ce qui l’entoure, d’une docilité complète. Ces phénomènes généraux constituent la réaction organique ; variables dans leur intensité, suivant les sujets, ils ne font jamais complètement défaut.
Il existe en outre une réaction thermique constante; la température centrale du cheval morveux s’élève graduellement de 1°5, 2°, 2°5 et plus au-dessus de la normale; déjà notable dès la huitième heure après l’injection, l’hyperthermie persiste longtemps; elle atteint son maximum entre la dixième et la douzième heure, parfois seulement vers la quinzième heure, plus rarement vers la dix-huitième.
Les phénomènes provoqués sont persistants; après vingt -quatre, trente-six et quarante-huit heures, il existe encore de la prostration; la température descend lentement, graduellement, pour ne revenir à la normale qu’après quarante-huit à soixante heures en moyenne.
L’épreuve de la malléine ne peut donner des indications précises que si l’on se met à l’abri des causes d’erreur que l’expérience a signalées. Chez les animaux déjà fébricitants, les indications thermométriques sont faussées et sans signification. 11 importe aussi de soustraire les animaux mis en expérience aux variations atmosphériques (soleil, pluie, vent...) capables de modifier la température centrale ; si la plupart des chevaux sont peu sensibles à ces influences, on observe chez d’autres des oscillations thermiques de 1-2° et plus. D'autre part, certaines affections, la gourme par exemple, provoquent des mouvements étendus dans la température.
Les animaux soumis à l’épreuve de la malléine doivent être laissés au repos pendant les quarante-huit heures qui précèdent l’inoculation; la température sera prise, autant que possible, le matin, à midi et le soir, pendant le même temps. Si l’on constate des variations étendues (plus d’un degré), l’opération sera différée; il en sera de même si la température reste constamment au-dessus de la normale, vers 39° et au-dessus.
La technique de l’inoculation est simple. La malléine diluée est recueillie dans une seringue de Pravaz et l’on injecte deux centi-
DIAGNOSTIC
mètres cubes et demi de la dilution au dixième, sous la peau de l’encolure, à égale distance du bord supérieur et de la gouttière jugulaire. En règle générale, il est indiqué de pratiquer 1 inoculation de huit à dix heures du soir; on dispose ainsi de toute la journée du lendemain pour suivre la marche de la température. La température doit être prise régulièrement, à partir de la neuvième jusqu’à la vingtième heure après l’injection ; les observations sont faites à des intervalles de deux à trois heures.
Les indications fournies par la malléine sont, dans 1 immense majorité des cas, d’une netteté absolue. Si 1 animal soumis à l’épreuve ne présente aucune réaction locale ou organique, si la température reste stationnaire ou ne varie que de quelques dixièmes de degré, on peut affirmer qu’il est indemne de morve. Si, au contraire, il existe un œdème local, de 1 abattement et une hyperthermie supérieure à 1°5, l’existence de la morve est extrêmement probable.
Dans quelques circonstances, la malléine ne donne que des renseignements sans signification précise ; on constate par exemple un œdème peu étendu et une hyperthermie de 1° à 1°5, ou bien encore la température s’élève de 1 à 2°, sans que l’on observe une réaction organique marquée ni une réaction locale appréciable. 11 convient, dans ces conditions, de considérer les animaux comme suspects et de les soumettre à une nouvelle épreuve après un mois environ.
Les conditions du diagnostic de la morve sont très différentes suivant les formes cliniques considérées et l'utilisation des diverses méthodes répond à des indications spéciales.
En certains cas, la maladie peut être affirmée d’après les seuls caractères cliniques; la coexistence des signes essentiels de l’infection ou la constatation de quelques-uns d’entre eux sur des animaux provenant de milieux infectés suffisent, dans la pratique, pour affirmer le diagnostic. Par contre, l’examen clinique reste fatalement impuissant en nombre de circonstances et il expose les praticiens les plus expérimentés aux erreurs les plus graves.
L'inoculation rendra de précieux services alors qu’une « matière d’épreuve » est facilement recueillie. Le jetage, les pus suspects seront inoculés au ebien ou à l'âne; les liquides « purs », le contenu des boutons suspects seront injectés dans le péritoine du cobaye. Ces procédés fourniront, sous les réserves indiquées
MORVE
plus haut, des éléments précieux d’appréciation ou des certitudes diagnostiques.
Enfin, la malléine trouvera son application dans tous les cas; elle rendra des services inappréciables alors que les autres procédés du diagnostic seront inapplicables. Des animaux, suspects en raison d’une contamination possible, seront immédiatement libérés d’une surveillance gênante et coûteuse; par contre, des sujets qui paraissent entièrement sains seront dénoncés comme suspects ou comme atteints et rendus inoffensifs par la séquestration ou par l’abatage (1).
§ 2. Diagnostic sur le cadavre.
a. Diagnostic clinique. — Le diagnostic est basé sur la constatation des lésions spécifiques, sur les muqueuses ou dans les parenchymes.
I. Morve aiguë. — Les lésions ont une signification évidente presque toujours. La coexistence des foyers de pneumonie purulente et des lésions ulcéreuses sur les muqueuses et sur la peau est suffisamment caractéristique.
Souvent aussi l’on rencontrera, chez le cheval et chez le mulet, des altérations anciennes, tubercules pulmonaires ou cicatrices sur les muqueuses.
(1) L’emploi de la malléine est réglé en France par une instruction du Comité consultatif des épizooties de 1894. Les principales dispositions sont le3 suivantes :
« L’injection de malléine, en désignant ceux des animaux contaminés, qui sont actuellement dangereux, ou qui peuvent le devenir, permet de parer à un danger. Il y a donc lieu de soumettre à l’épreuve de la malléine tous les compagnons d’écurie du cheval reconnu morveux :
» 1° Ceux qui manifesteront la réaction ordinaire (hyperthermie, œdème, prostration, etc...) seront déclarés suspects; ils seront rigoureusement isolés des autres, marqués et soumis à la surveillance du service sanitaire pendant un an, au même titre que ceux qui ont présenté quelque symptôme pouvant se rattacher à la morve (article 46 du règlement); au cours de cette surveillance, l’injection sera répétée tous les deux mois : ceux qui, en outre, de la réaction à la malléine, viendraient à présenter l’un quelconque des signes cliniques de la morve (glande indurée, jetage, lymphangite suppurée, sarcocèle, ulcération nasale ou cutanée, etc...), seront considérés comme morveux et abattus ; au contraire, ceux qui auront subi sans réaction deux injections successives de malléine seront déclarés sains ; ils pourront être remis dans le rang ; le propriétaire en disposera librement.
» En tous cas, les sujets déclarés suspects à la suite de l’injection de malléine resteront en surveillance tant qu’ils n’auront pas subi, sans réagir, deux injections de malléine; ils pourront être utilisés tant qu’ils ne présenteront aucun symptôme clinique pouvant les faire considérer comme dangereux et seulement sous la condition de ne jamais boire aux abreuvoirs communs et de ne jamais entrer dans une écurie autre que la leur.
» 2° Quant à ceux des animaux contaminés qui n’auront pas réagi à la malléine, le propriétaire en aura le libre usage, à la condition de les maintenir isolés rigoureusement des suspects et de désinfecter, à fond, l’écurie et tous les objets h leur usage ; toutefois, ces chevaux ne pourront être vendus pendant les deux mois qui suivront l’épreuve de la malléine (art. 44 du règlement). »
DIAGNOSTIC
II. Morve chronique. — Les lésions spécifiques de la muqueuse respiratoire sont facilement différenciées; très généralement, on rencontre en quelque point des ulcérations ou des néoformations cicatricielles dont la nature ne peut être méconnue.
Les lésions pulmonaires sont également significatives dans la plupart des cas. Les caractères objectifs du tubercule morveux sont assez nets, le plus souvent, pour permettre un diagnostic certain; les tubercules gris, récents, ont une signification univoque; seuls les foyers très anciens, altérés par régression, pourront entraîner quelque difficulté d’appréciation.
11 est à remarquer qu’en raison même de la puissance des moyens actuels du diagnostic on ne rencontrera souvent que des lésions fort peu étendues. A l’autopsie de chevaux dénoncés par la malléine, en l’absence de tout symptôme, on trouvera les muqueuses intactes et seulement quelques foyers sous-pleuraux, tubercules gris initiaux ou pseudo-tubercules lymphoïdes. Il est évident que la morve peut être affirmée dans ces conditions aussi sûrement que si l’on découvre une éruption bruyante ; la présence d’un seul tubercule est pathognomonique. D’autre part, les néoformations souspleurales sont seules reconnues par l’examen direct; toutes celles qui sont noyées dans le parenchyme échapperont à des recherches minutieuses ; une éruption récente, étendue en réalité, ne sera indiquée que par quelques foyers superficiels.
Dans la bronchite chronique , fréquente chez le cheval, on observe, au niveau des petits canaux, des renflements dus à la rétention de produits de sécrétion isolés par l'affaissement des parois à leur voisinage. Tantôt les bronchioles et les vésicules sont obstruées dans une certaine étendue et la lésion affecte la forme d’une petite grappe; tantôt il existe un renflement unique (bronchiectasie), rempli de pus ou de détritus caséeux ou calcaires. Certains de ces foyers atteignent jusqu’au volume d’une noix ou d’un œuf et ils se différencient nettement par leur volume des lésions morveuses, mais d’autres ont les dimensions d’une lentille ou d’un pois. La pèribronchite nocluleuse multiple (Dieckerhoff) se traduit par des nodules disséminés dans toute l’étendue des poumons et constitués par une obstruction des bronchioles, avec rétention de l’exsudai et épaississement du tissu péribronchique. L’atrophie du parenchyme à la périphérie, la non-délimitation des parois, l’absence d’altérations ganglionnaires constituant les principaux éléments delà différenciation. (Nocard.)
On rencontre aussi dans les poumons, surtout chez les vieux
MORVE
chevaux, des nèo formations noduleuses qui simulent plus ou moins le tubercule morveux ancien (1). Une première forme est constituée par de petits noyaux fibreux, de la grosseur d’un grain de mil, isolés ou réunis en groupes, donnant la sensation d'un grain de sable enchatonné et présentant, sur la coupe, un centre blanc-jaunâtre entouré d’une mince coque grise. Ces lésions sont sous-pleurales; elles paraissent devoir être rapportées à des embolies terminales des artères pulmonaires (chalicose embolique). Un second type est fourni par de petites masses d’un gris-blanc, arrondies, de la grosseur d’une tête d’épingle à celle d’un pois, facilement énucléées après incision du parenchyme voisin. Les nodules siègent au niveau des bronchioles et ils sont limités par les parois bronchiques épaissies; le contenu est ordinairement calcaire, plus rarement caséeux (chalicose coniotique) (2).
La tuberculose du poumon se présente chez le cheval sous les types les plus divers (V. Tuberculose), mais les formes miliaires sont exceptionnelles. Les doutes sur la nature de la maladie, justifiés par l’absence de lésions sur les muqueuses, seraient levés par l’examen bactériologique des produits de raclage et par l’inoculation au chien et au cobaye.
Les diverses tumeurs qui évoluent dans le poumon simulent rarement la morve. Elles se présentent tantôt sous la forme d’infiltration diffuse étendue à toute une région, tantôt sous celle de masses irrégulières, de grosseur variable, homogènes ou ramollies en certains points. Le carcinome, au début de l’infection métastatique, revêt cependant l’aspect de foyers disséminés, rappelant les agglomérats de tubercules adultes. Alors que l’envahissement du poumon est consécutif à une généralisation de tumeurs développées en d’autres points, la nature des accidents est facilement reconnue; seule, l’invasion primitive et exclusive de l’organe peut poser la question du diagnostic différentiel.
b. Recherche du bacille et inoculation. — Le bacilleest décelé dans les lésions par l’examen direct, par la culture ou par l’inoculation.
(1) Cette intéressante question est bien traitée dans le travail suivant : F. Kratochwil. — AncUomisch-pathologisch Üi/ferentialdiagnose des Limgenrotzes. Thierârztl. Centralblatt, t. XVII, 1894, p. 95.
(2) Ces diverses lésions sont rapportées par DieckerhotT à la présence de champignons parasites, par Kitt à une embolie des capillaires, par Willach et Galli-Valcrio à la présence de larves de distomes, par Kratochwil à l’inhalation de poussières. Elles sont particulièrement fréquentes en certains pays. A Stettin, Oit les rencontre chez 70 p. 100 de3 chevaux abattus pour la boucherie. Elles sont surtout observées chez les vieux chevaux, mais les jeunes animaux peuvent les présenter.
Olt. — Zur Aetiologie der Kallcig-fibrÔsen Knôlchen in der Lunge and Leber des Pfenles. Zeitschr. fur Fleisch-und Milchhyg., t. IV, 1894, p. 163.
ÉTIOLOGIE.
Ces méthodes donnent des résultats d’autant plus assurés qu’il est possible, dans la plupart des cas, de choisir pour l’épreuve des matières de virulence certaine. Les parois des ulcères, les exsudats recueillis à leur niveau montrent des bacilles en abondance ; la pulpe obtenue par le grattage des ganglions altérés ou par celui des foyers du poumon fournit des produits purs pour l’inoculation intra-péritonéale au cobaye ; toutes ces matières, ensemencées sur gelose et sur pomme de terre, cultiveront sûrement.
Pour certaines formes cependant, et pour celles-là mêmes qui soulèvent de légitimes hésitations, le contrôle expérimental est difficile ou insuffisant. Dans les vieilles lésions pulmonaires, seules rencontrées parfois, les bacilles sont réduits à l’état de granulations qui prennent à peine les colorants et qui sont impossibles à différencier; la culture, l’inoculation au cobaye ou à l’âne restent parfois sans résultat. Alors aussi qu’il n’existe que des lésions très limitées du poumon, le virus est péniblement décelé; dans les pseudo-tubercules lymphoïdes, on ne trouve que de rares bacilles, visibles seulement sur des coupes, après une technique complexe; l'inoculation et la culture deviennent des opérations délicates et incertaines, en raison de la faible quantité des bacilles et l’on peut échouer dans la démonstration de la virulence.
Étiologie. — Étude expérimentale.
Matières virulentes. — Les propriétés virulentes des divers milieux organiques sont différentes suivant le mode d’évolution de la maladie et il est nécessaire de conserver, à ce point de vue, la distinction en morve aiguë et en morve chronique.
Dans la morve aiguë, la virulence est disséminée dans tout l’organisme et toutes les régions peuvent recéler le virus. Chez le cheval, le sang recueilli dans la grande circulation n’est que très exceptionnellement virulent, même dans les formes aiguës (Nocard); dans tous les cas, le bacille morveux est assez peu abondant pour que sa présence ne puisse être révélée que par la culture et par l’inoculation de grandes quantités du liquide (Lœffier, Cadéac et Malet, Lissitzine, Preusse ).
Chez d’autres espèces, la virulence du sang serait au contraire la règle. Malzeff, Waganofï, Nonievitch..., y ont rencontré les bacilles, chez le chat, pendant toute la durée de l’évolution morveuse.
Nocard et Leclainche.
MORVE
Il en est de même, dans certains cas, chez le cobaye, chez le chien et chez l’homme (1).
Dans la morve chronique, la dissémination du contage est assez exactement indiquée par l’étendue des lésions spécifiques. Les boutons, les cordes, les tubercules, les ganglions qui reçoivent les lymphatiques des régions envahies... sont virulents dans tous les cas. Les produits de sécrétion ou d’excrétion qui ont pu être souillés au contact de lésions spécifiques sont rendus aussi virulents et il est facile de prévoir l’imminence de ces souillures (2).
Le jetaeje, directement provoqué par l’évolution des ulcérations de la pituitaire, est toujours infectant; Y urine, au contraire, n’est contaminée qu’exceptionnellement, lors d’altérations spécifiques du rein ou de la muqueuse urinaire. La salive, recueillie dans la bouche, peut être trouvée virulente en raison de son mélange avec des mucosités provenant de l’arrière-bouche ou des cavités nasales, mais elle ne renferme jamais le contage alors qu’elle est recueillie purement. Le lait, la bile, le sperme ne se montrent jamais virulents en dehors d’une souillure directe au contact de lésions spécifiques. Le mucus intestinal est parfois virulent (Cadéac et Malet); les bacilles sont déversés directement par des lésions intestinales ou, plus généralement sans doute, ils sont apportés par des mucosités bronchiques dégluties.
Dans certains tissus, les bacilles, isolés au sein de masses cicatricielles et emprisonnés dans les éléments cellulaires dégénèrent, deviennent granuleux et perdent peu à peu leurs propriétés pathogènes. Dans les ganglions, dans le poumon, cette disparition de la virulence est assez rapide pour que l’on n’accorde qu’une confiance relative aux résultats obtenus par l’inoculation de produits recueillis au niveau de lésions anciennes.
Réceptivité. — Il existe des différences marquées quant à l’aptitude des diverses espèces domestiques à contracter la morve.
Les solipèdes sont particulièrement exposés; parmi eux, Y âne vient en première ligne, et après lui, par ordre d’aptitude décroissante, le mulet et le cheval. Ces variations sont indiquées par le mode d’évolution de la maladie, plutôt que par des degrés dans l’imminence de la contagion. Ordinairement, la morve affecte le
(1) Chez l’homme, Lœfller a trouve de nombreux bacilles dans le sang; ceux-ci formaient, dans une grosse veine du cerveau, un volumineux thrombus.
(2) Cadéac et Malet. — Étude des Liquides virulents de la morve. Revue vétér., 1886, p. 464 et 506.
ÉTIOLOGIE.
type aigu chez l’âne, le type subaigu chez le mulet et le type chronique chez le cheval. Cette règle est presque absolue en ce qui concerne l’âne et l’on ne signale que quelques cas de morve chronique chez cet animal ; mais elle comporte de nombreuses exceptions pour le mulet et pour le cheval qui présentent à la fois les types aigu et chronique.
Les bovidés sont complètement réfractaires à la morve; ils résistent à la contagion et à tous les modes de l’inoculation. D après Sacharoff, l’inoculation sous-cutanée au veau déterminerait une élévation de la température (2°) et parfois un abcès local suivi d’ulcération.
Les petits ruminants sont au contraire infectés assez facilement. La transmission expérimentale au mouton a été obtenue par Bouley et Renault, Gerlach, Bollinger, Czokor. Peuch (1) a réalisé une série d’inoculations du mouton au mouton; il a vu que les ulcères se cicatrisent après deux mois environ ; le pus fourni est virulent pendant toute l’évolution.
La chèvre a été inoculée avec succès par Gerlach et par Bollinger. L'infection accidentelle, à la suite delà cohabitation avec des chevaux morveux, a été observée par Ercolani, Trasbot, Mesnard.
Le porc présente une résistance presque absolue ; Spinola a obtenu une fois la transmission, alors que Bouley et Gerlach ont constamment échoué. Les expériences de Gadéac et Malet (2) donnent une intéressante explication de ces dissidences. « Le porc vigoureux et bien portant ne contracte pas la morve ou ne présente, à la suite de l inoculation de cette maladie, que des symptômes passagers et insignifiants; mais dès que son organisme est affaibli par une maladie locale ou par une maladie générale, telle que la tuberculose, c’est-à-dire sous l’influence des conditions qui déterminent la misère physiologique, il acquiert une très grande réceptivité pour cette affection. » D’après Sacharoff, l’inoculation au porcelet, dans la chambre antérieure de l’œil, déterminerait une -infection à marche rapide. Il serait intéressant de rechercher si la réceptivité est fonction de l’âge des sujets ou du mode de la pénétration du virus.
La morve est inoculable aux carnassiers et elle affecte chez eux des caractères particuliers. Chez le chien (3), l’inoculation
(1) Peuch. — Sur la morve du mouton. Soc. de biologie, 23 mars 1889.
(2) Gadéac et Malet. — Morve du porc. Revue vétér., 188G), p. 40G et 456.
(3) Reul. — L'inoculation de la morve au chien Annales de méd. vét., 1882, p. 611
et G74.
MORVE
par piqûres ou par scarifications (Renault et Bouley, Decroix, Saint-Gyr...), ou encore les applications de sétons imprégnés de matière virulente (Reul, Neumann) occasionnent des lésions ulcéreuses locales et parfois des lésions viscérales et la mort. La contamination accidentelle est possible à la suite de l’ingestion de matières virulentes (viandes, os) ou d’un simple contact de surfaces absorbantes avec des corps souillés par le virus (litières, objets de pansement...). La transmission par cohabitation, du chien au chien, est également possible. (Piitz.)
Le chien adulte et vigoureux succombe exceptionnellement à la morve ; à la suite de l’inoculation, une plaie ulcéreuse apparaît qui se cicatrise peu à peu. Les animaux jeunes ou affaiblis par la maladie résistent moins facilement et ils succombent souvent à la généralisation de l’infection. A la suite de la contamination accidentelle, on observe ordinairement du jetage, dû à des ulcérations sur la pituitaire, des ulcérations cutanées et des tuméfactions ganglionnaires. Quel que soit le mode de l’infection, on rencontre constamment, à l’autopsie, une tuberculisation miliaire du foie et de la rate; les lésions du rein et surtout celles du poumon sont rares et toujours discrètes (1).
Le chai est très sensible à la morve inoculée; d’après Lissitzine, on observe, après trois jours au plus, une tuméfaction au niveau de l’inoculation cutanée ; après cinq à sept jours, un ulcère apparaît qui est suivi d’accidents métastatiques sur les articulations et sur les viscères. Les animaux meurent en deux à quatre semaines environ. La transmission du chat au chat est facilement réalisée. D’après Malzeff, le sang renferme des bacilles dès le troisième ou le sixième jour qui suit l’inoculation; à ce moment aussi la température s’élève vers 42° et au delà. Ces constatations pourraient être utilisées pour le diagnostic rapide de la morve si le chat n’était pas aussi peu maniable.
Les carnassiers sauvages entretenus dans les ménageries contractent facilement la morve. L’infection s’opère par l’ingestion de viandes provenant de solipèdes morveux; la réceptivité est expliquée sans doute par l’état de débilité des animaux, bien plutôt que par une aptitude spécifique. La morve a été assez souvent observée sur le lion , le tigre , la panthère...
Parmi les petits animaux, le cobaye est un réactif des plus sûrs ;
(I) D’apvès Balizky, la maladie ne resterait jamais locale; les parenchymes seraient envahis dix heures après l'inoculation et ils resteraient virulents pendant six ou huit mois. Toutefois il ne s’opère pas de culture sur place et la virulence est graduellement atténuée.
ÉTIOLOGIE.
il succombe presque toujours à la suite de l’inoculation souscutanée et l’inoculation intrapéritonéale est plus certaine encore dans ses effets (V. Diagnostic).
Chez le lapin , la morve évolue de la même façon que chez le cobaye, mais l’infection s’opère plus difficilement (1). 11 existe quelques exemples de transmission accidentelle (Rivolta, Perroncito, Mesnard) à des animaux nourris avec des débris de lourragcs souillés par des chevaux morveux.
La réceptivité de la souris à l’égard de la morve est variable, suivant l’espèce considérée. Alors que la souris des champs (campagnol) est extrêmement sensible, la souris blanche possède au contraire une immunité complète. D’autre part, le mulot ( Mus sgluaticus ) présente une réceptivité intermédiaire à celle des espèces précédentes; il succombe à la morve inoculée en huit à trente-trois jours (2).
Parmi les mammifères qui sont le plus sensibles à la morve expérimentale figurent encore le spermophile et le hérisson...
Les oiseaux possèdent une immunité à peu près absolue; seul, le pigeon pourrait être infecté expérimentalement. (?)
La grenouille est facilement infectée si on élève sa température, par une immersion préalable de deux heures dans l'eau à 30". Inoculée dans la cavité abdominale, avec des cultures en bouillon, la grenouille ne meurt pas; mais, si on la tue après un temps variable (2-55 jours), on trouve dans le sang et dans tous les organes, sains en apparence, une culture pure du bacille. Sacharoff (3) estime que la grenouille pourrait être utilisée dans le diagnostic expérimental de la morve du cheval.
L homme contracte la morve; on observe chez lui, comme chez les solipèdes, le farcin et la morve proprement dite, chacune de ces formes pouvant revêtir le type aigu ou le type chronique.
Modes de la contagion. — Chez les solipècles, la contagion s’effectue presque toujours par l’intermédiaire d’objets souillés par des matières virulentes. Le jetage est le véhicule ordinaire du contage ; répandu sur les fourrages et les litières, à la surface des auges..., mélangé aux boissons dans les seaux ou les abreuvoirs
(1) G. Colin. — Sur la transmission de la morve des solipèdes au lapin. Bulletin de l'Ac. de méd., 30 nov. 1880.
(2) Kitt. — Impfrotz bei Waldmüusen. Centralbl. lur Bakt., t. II, 1887, p. 241.
(3) Sàcharopf. — Étude sur l'évolution de la morve chez diverses espèces animales. Archives russes de méd. vêt., t. II, 1893, p. 2G9.
MORVE
communs, il est amené au contact des animaux sains par les modes les plus divers.
La cohabitation favorise évidemment l’infection, en multipliant les chances de la transmission; la morve n’est évitée dans les agglomérations d’animaux (entreprises industrielles, régiments...) que par une surveillance sanitaire constante.
La contagion s’opère d’autant plus facilement que les animaux vivent dans une promiscuité plus complète; chez les chevaux qui séjournent en liberté dans des pra iries ou des parcours, chez ceux qui font usage d’auges et d’abreuvoirs communs, la maladie est rapidement transmise. Au contraire, dans les écuries complètement aménagées, alors que les animaux sont suffisamment séparés les uns des autres pour qu’ils ne puissent prendre leurs aliments en commun, la contagion est retardée de beaucoup.
Différents intermédiaires servent au transport du virus, les aliments et les litières souillés, les harnais, les couvertures, les brosses, les étrilles, les éponges..., constituent les véhicules les plus ordinaires.
Le simple séjour d’animaux sains dans un milieu récemment souillé est une cause possible de contagion. Ainsi s’explique la fréquence de la morve chez les chevaux qui font de fréquents séjours dans les écuries d’auberge (chevaux de voyageurs, de forains, de haleurs...), chez ceux qui prennent l’avoine dans des auges ou des musettes d’usage commun...
La morve est entretenue et répandue par l’introduction dans les écuries d’animaux affectés. Les formes muettes de la maladie, la localisation pulmonaire notamment, sont surtout dangereuses. Depuis Viborg, on a cité par dizaines des observations de morve entretenue dans certaines écuries par un cheval qui, ne présentant aucun symptôme suspect, n’était soupçonné qu’après un très longtemps, alors que l’effectif avait été plusieurs fois renouvelé.
La diffusion de la morve est surtout la conséquence des transactions commerciales ; des centres nouveaux sont créés par 1 importation de sujets affectés, porteurs de lésions discrètes, méconnues ou insoupçonnées. Les animaux soumis à des déplacements fréquents, exposés à de nombreuses chances de contamination, deviennent extrêmement dangereux dès qu’ils sont atteints; les chevaux des marchands ambulants, des voyageurs de commerce, des haleurs... sèment ainsi la morve dans toute une région, en infectant les écuries des auberges ou les abris d’usage commun.
Les petits ruminants, rarement affectés, sont toujours victimes
ÉTIOLOGIE.
d’une cohabitation longtemps prolongée avec des solipèdes morveux ou de l’ingestion de débris souillés par le virus.
Les carnassiers sont le plus souvent infectés par l’ingestion de viandes provenant d’animaux morveux (animaux des ménageries); chez le chien, l’ingestion de produits virulents ou le contact d’objets souiliés (litières, objets de pansement — ) constituent des modes possibles de la transmission.
Modes de la pénétration du virus. — Il est évident que le virus doit pénétrer dans l’organisme par effraction à travers la peau ou les muqueuses, mais les modes habituels de 1 infection ne sont pas complètement déterminés.
La peau intacte permet difficilement 1 absorption du virus. Nocard (1) n’a pas vu l’infection se produire chez trois ânes soumis à des frictions prolongées de cultures virulentes associées à la vaseline; sur quinze cobayes soumis au même traitement, deux seulement ont succombé. 11 est vraisemblable que les résultats positifs obtenus sont dus à une effraction du tégument, avant ou après le dépôt du virus. Le séjour de matières virulentes sur la peau est toujours dangereux, le moindre traumatisme devenant une cause de pénétration.
Chez tous les animaux en état de réceptivité, l’infection est facilement réalisée par Y inoculation intra-cutanèe ou sous-cutanée ; le point de l’effraction est indiqué par le développement primitif d’un foyer d’ulcération, suivi ou non d’une généralisation de l'infection. Chez l'âne, on obtient, en quatre à huit jours, le développement d’ulcères étendus et une morve aiguë rapidement mortelle. Chez le cheval, on provoque une ulcération locale, suivie d'une extension plus ou moins rapide par les voies lymphatiques et d’une évolution subaiguë ou chronique. Le chien adulte présente des ulcères au niveau des points de pénétration; une généralisation des lésions n’est observée qu’exccptionnellement.
Chez le cobaye, il survient en quelques jours, à la suite de l’inoculation sous-cutanée, un engorgement de la région avec tuméfaction considérable et abcédation des ganglions voisins; l’animal maigrit et il meurt après trente à quarante jours. L’inoculation par piqûres ou scarifications cutanées provoque les mêmes accidents ; en outre, des plaies ulcéreuses évoluent aux points d’inoculation. A l’autopsie, on rencontre une tuberculisation miliaire généralisée,
(I) Nocard. — La morve peut-elle s'inoculer par la peau intacte ? Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1890, p. 322.
MORVE
surtout appréciable dans la rate et dans le foie, dont la surface est criblée de points gris-blanc; le poumon est rarement envahi. Cette évolution n’est pas constante cependant; alors qu’un virus peu actif est inoculé en petite quantité, les lésions restent pendant longtemps localisées dans les ganglions; la tuberculisation viscérale ne s’opère que lentement et elle ne tue qu’après plusieurs mois; en quelques cas aussi, les lésions disparaissent sans affecter, gravement l’état des sujets (1).
La pénétration par les muqueuses est d’autant plus facile que la membrane est plus délicate. La simple desquamation épithéliale produite sur la pituitaire par un léger frottement avec un linge imprégné de matière virulente détermine sûrement l’infection. L’inoculation accidentelle doit s’opérer parfois en ce point; les brins de paille ou de fourrages chargés de virus éraillent directement la muqueuse vers l’orifice des cavités nasales, tandis que des parcelles virulentes (débris végétaux) ou des liquides également souillés (seaux et abreuvoirs) sont apportés au contact de la muqueuse. La conjonctive intacte absorbe assez difficilement le virus; Conte a montré que la dilution d’une culture sur pomme de terre, instillée dans l’œil du cobaye, ne provoque l’infection, après trente minutes de contact, que chez un animal sur trois ; après deux à quatre heures seulement, la pénétration est assurée. La muqueuse des voies génitales constitue une porte d’entrée possible; la pénétration étant facilitée par les éraillures ou les desquamations dues au coït. En fait, la transmission par ce mode est extrêmement rare, puisqu’elle suppose la présence de lésions spécifiques sur la muqueuse du pénis ou du vagin.
Dans la grande majorité des cas, c’est par les voies digestives que pénètre le contage. E. Renault (2) l’affirmait dès 1851 ; mais les expériences qu’il se bornait à signaler paraissaient peu probantes. Ce que l’on sait du bacille morveux, si fragile à toutes les causes naturelles de destruction, rendait improbable sa résistance à l’action des sucs digestifs ; d’autre part, à l’époque où Renault expérimentait, la morve du cheval était très fréquente; les hôpitaux de l’École d’Alfort renfermaient constamment des chevaux morveux,
(1) Nocard a vu un cobaye, inoculé avec un produit de virulence certaine, conserver les apparences de la santé et augmenter de poids pendant plus de cinq mois. 11 existait seulement un foyer purulent dans un ganglion induré du pli du flanc ; le pus recueilli après cinq mois était encore assez virulent pour tuer le chien.
(2) E. Renault. — Sur L’ absorption des virus par les voies digestives. Recueil de méd. vét., 1851, p. 873 :
(De neuf chevaux auxquels j’ai fait avaler du jetage de morve aiguë, dit Renault, six sont devenus morveux. )j
ÉTIOLOGIE.
en traitement ou en observation; on n’avait aucun moyen de s’assurer que les animaux mis en expérience étaient réellement indemnes et l’on pouvait croire à une contamination antérieure ou postérieure à l’expérience. Cette opinion était si généralement admise, qu’en 1886, Lol'tler considérait l’infection par les voies digestives, consécutive à l’alimentation, comme « une chose admissible, mais non démontrée ».
Les expériences de Nocard (1) établissent que, chez des chevaux sains, ne réagissant pas à la malléine, l’ingestion d’une petite quantité de virus (culture, jetage ou pus) suffit pour provoquer, en huit à quinze jours, le développement de lésions morveuses pulmonaires, accusées par la réaction à la malléine, et parfois par l’apparition des signes cliniques de la maladie ; l’expérience, répétée sur onze chevaux, ânes ou mulets, a toujours donné les mômes résultats. Dans ces expériences, il n’est pas douteux que la pénétration du virus s’opère au niveau de la muqueuse intestinale; ce mode seul permet d’interpréter la formation des tubercules miliaires du poumon, qui constituent la lésion la plus constante et la plus caractéristique de la morve du cheval.
Les observations de Micellone (2), établissant la fréquence des lésions morveuses du cæcum, viennent à l’appui de cette manière de voir.
De leur côté, Gadéac et Malet ont montré (3) que l’entrée du virus à travers la muqueuse des premières voies, difficile ou impossible alors que la muqueuse est saine, est facilement réalisée par la souillure des plaies superficielles, fréquentes chez les vieux chevaux au niveau des aspérités dentaires; les éraillures de la membrane par des fourrages durs assurent aussi la pénétration. Chez les carnassiers, les traumatismes d’inoculation sont encore plus facilement déterminés par les esquilles osseuses chargées de virus. Les amygdales constituent, chez toutes les espèces, une porte d’entrée habituelle; des matières souillées séjournent à leur contact et infectent les cryptes.
L’infection par les voies respiratoires profondes, admise par la plupart des pathologistes comme le mode le plus ordinaire (Leisering..., Bollinger, Johne...) est rendue fort douteuse par les résul-
(1) Nocard. — Sur la pathogénie de la morve. Bulletin de la Soc. cenlr. de méd. vét. 1804, p. 225. — Transmission de la morve par les voies digestives , idem, 1804, p. 3(57.
(2) Micellone. — Sperimenti d' inocula zione di malleina. Giorn. di vet. milit. 1892. p. 438.
(3) Cadéac et Malet. — Sur la transmission de la morve par les voies digestives. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1894, p. 555.
MORVE
tais expérimentaux acquis. L’air expiré ne renferme jamais les agents de la contagion ; de plus, le bacille morveux ne résiste pas à la dessiccation. Les cultures virulentes, même en milieux albumineux, desséchées à froid et réduites en poussière, peuvent être injectées dans le péritoine du cobaye ou insufflées dans les cavités nasales et dans la trachée de l'âne sans déterminer le moindre accident (Nocard). Les expériences deCadéac et Malet(l) montrent que la muqueuse pulmonaire saine est peu favorable à l’absorption ; les inhalations virulentes restent sans effet; l’injection directe dans la trachée de l’âne de 10-20 centimètres cubes de liquide virulent reste sans effet dans la moitié des cas; la muqueuse traumatisée ou irritée permet au contraire la pénétration. Enfin l’étude anatomopathologique de la morve pulmonaire rend encore plus improbable l’hypothèse d’une infection directe du parenchyme. (V. Pa~ l ho génie.)
L inoculalion intraveineuse ou intrapéritonéale entraîne rapidement la mort chez les animaux à forte réceptivité (âne, cobaye...). Chez le chien, qui oppose une résistance considérable à l’infection, on doit injecter de fortes doses de virus pur pour provoquer la mort; si la quantité est insuffisante, l’animal résiste et — particularité des plus intéressantes — il aurait acquis une immunité absolue contre la morve (Straus). Chez le lapin, l’inoculation intraveineuse amène rapidement la mort quand le produit injecté est très virulent. On trouve alors des lésions miliaires dans la plupart des parenchymes, notamment dans le foie, dans la rate et dans la moelle des os.
L’inoculation directe dans les centres nerveux constitue, d’après Tedeschi (2), l’un des modes les plus sûrs de l’infection. L'évolution de la morve est ainsi rendue plus rapide que par les autres modes et elle est certaine chez les animaux réfractaires ou doués d’une faible réceptivité, comme le rat blanc et le chien.
Pathogénie. — Chez les solipèdes, l’infection morveuse s’opère par effraction au niveau de la peau et des muqueuses extérieures, aussi, à un degré qu’il est difficile de préciser à l’heure actuelle, par les voies digestives profondes et peut-être enfin, exceptionnellement, par les voies respiratoires.
(1) Cadéac et Malet. — Étude expérimentale de la transmission de la morve. Revue vétér., 1888, p. 581.
(2) Tedeschi. — U cher die Wirkunyen der Inohulalion des Rotzes in die Nervenzentra . Centralbl. für Bakt., t. XII, 1892, p. 127.
PATHOGÉNIE
La pénétration dans le derme cutané provoque le plus souvent une évolution ulcéreuse, due à une culture locale des bacilles. Le virus est d’ailleurs entraîné rapidement au delà du point d inoculation ; Renault a constaté que la cautérisation reste inefficace une heure après l’insertion virulente. Les microbes pénètrent dans la circulation lymphatique lacunaire; ils déterminent un œdème abondant et un afflux de leucocytes, puis ils gagnent les vaisseaux lymphatiques. Au niveau de la pituitaire ou des autres muqueuses extérieures, ainsi que dans les voies digestives profondes, l’entrée du virus s’opère encore dans les milieux lymphatiques et suivant un mode analogue. Les accidents primitifs, au point d’inoculation et sur les voies lymphatiques qui charrient les bacilles, sont différents suivant l’énergie du virus et le mode de réaction de l’organisme. Tantôt les lésions initiales sont à peine appréciables, tantôt au contraire des lésions bruyantes évoluent, suivant un type aigu ou chronique.
Les bacilles morveux cultivent dans les milieux lymphatiques; les ganglions n’opposent à leur marche envahissante qu’une résistance insignifiante ou nulle et ils sont bientôt déversés dans le sang. Dans ce milieu peu favorable, les microbes ne font que passer; lancés par le cœur droit dans la circulation pulmonaire, ils sont retenus en partie dans les capillaires. Cet envahissement du poumon par la voie sanguine apparaît évident dans la morve aiguë; il est plus que probable qu’il joue un rôle analogue lors d’éruption discrète à évolution chronique. La forme de l’évolution est déterminée vraisemblablement par les puissances relatives des bacilles et de la défense, au niveau des capillaires du poumon. L’inoculation intra-veineuse de grandes quantités de virus permet d’obtenir chez des organismes résistants, comme le chien, une évolution suraiguë. D’autre part, une inoculation périphérique suffit pour provoquer les mêmes accidents chez un animal très susceptible, comme l’âne.
La pathogénie de l’évolution aiguë est des plus simples; elle éclaire vivement le mode de la formation des lésions dans l’infection chronique. Les bacilles, apportés dans le système veineux, envahissent la circulation pulmonaire; les lésions immédiates du parenchyme sont telles que de nombreux microbes sont restitués à la grande circulation et lancés dans tous les territoires organiques. Certains tissus, comme les muscles, la muqueuse digestive... résistent victorieusement à l’invasion et détruisent rapidement les bacilles; d’autres, comme le rein, le foie..., opposent encore une défense parfois suffisante ; d’autres enfin, comme le poumon, la
MORVE
muqueuse respiratoire, la peau constituent des milieux favo-
rables pour la culture.
En tous les points, le processus est identique; les accidents ne diffèrent dans leur forme qu’en raison de la constitution des tissus envahis. Le bacille morveux agit sur les capillaires en provoquant la paralysie et la leucocytose, puis la rupture des parois en certains points et l’irruption des leucocytes dans les tissus voisins. Dans le poumon, on trouve à la fois une congestion généralisée, des hémorragies interstitielles et de l’œdème, enfin une réplétion des gaines péri-vasculaires et péri-bronchiques, des parois alvéolaires et des acinis par les leucocytes immigrés. Dans le foie, on rencontre également de la congestion, des hémorragies et une leucocytose interstitielle. Au niveau de la peau et des muqueuses, la thrombose initiale favorise l’action nécrosante exercée sur les tissus par les bacilles infiltrés avec les cellules lymphatiques et des phénomènes de gangrène sont observés. •
Lors d’évolution lente, les mêmes faits essentiels sont retrouvés; il est d’ailleurs entre les formes les plus éloignées de nombreux intermédiaires. Presque toutes les lésions chroniques sont secondaires et consécutives à un ensemencement par la voie sanguine. Si l’on peut raisonnablement admettre une infection primitive par le poumon, exprimée comme les inoculations périphériques par des lésions initiales, ce mode doit être considéré comme tout à fait exceptionnel et il ne modifie en rien la théorie générale de la diffusion du virus. Apportés dans le sang par la circulation lymphatique, les bacilles sont lancés encore dans le poumon; mais, soit en raison de leur petit nombre ou de leur activité moindre, soit plutôt en raison de la résistance du milieu, ils ne provoquent que des lésions discrètes et limitées. Arrêtés dans les capillaires et emprisonnés par les leucocytes, ils sont détruits sans doute en grand nombre sans provoquer de troubles persistants ; en quelques points seulement, ils déterminent de la thrombose et une hémorragie locale suivie d’un afflux leucocytaire. Alors que la thrombose porte sur un pinceau artériel terminal, on voit évoluer un foyer de pneumonie alvéolaire, identique quant à ses caractères histologiques à ce que l’on observe dans la morve aiguë. Si l’altération vasculaire initiale porte sur un capillaire, un foyer tuberculeux évolue, au niveau du vaisseau ou dans son voisinage immédiat.
La circulation lymphatique joue aussi un rôle considérable dans l’infection pulmonaire; autour des foyers tuberculeux, les cloisons inter-lobulaires, les gaines vasculaires et bronchiques sont œdé-
PATIIOGÉNIE.
matiées, remplies de cellules rondes et de bacilles. Dans ce milieu, le microbe ne rencontre généralement dans sa marche envahissante qu’une résistance insuffisante ; malgré l’abondance des leucocytes, la phagocytose ne semble pas s’exercer activement et les bacilles restent libres au milieu des cellules très vivantes qui les entourent. Cependant le microbe ne trouve pas non plus des conditions favorables à sa pullulation ; si cette phase de la défense n’est qu’esquissée le plus souvent, elle se précise et s accentue dans quelques cas. L’infection peut être enrayée, au moins momentanément, à la suite d’un afflux de cellules migratrices sur certains points. La réaction est nettement indiquée par 1 accumulation des leucocytes en foyers, et surtout par 1 édification des pseudo-tubercules lymphoïdes, constitués par des follicules agminés. A priori, il est permis de considérer comme possibles la localisation et la destruction sur place des agents de l’inlection dans les milieux lymphatiques.
On peut admettre que les bacilles disséminés dans la circulation lacunaire lymphatique sont capables de provoquer en certains points une édification tuberculeuse, suivant un mode analogue à celui qui est réalisé par le bacille de Koch dans les parenchymes et dans les séreuses. D’autre part, les microbes occasionnent des altérations importantes du côté des vaisseaux et des bronches. L’observation directe montre que les cellules rondes et les bacilles, accumulés dans les gaines, pénètrent dans l’intérieur des canaux. Dans les bronches, les microbes se retrouvent en grand nombre à la surface de la muqueuse enflammée, au sein d’un exsudât abondant qui est éliminé sous forme de jetage. C’est ainsi que s’explique la virulence à peu près constante du jetage des animaux morveux, et non par l'ouverture de foyers tuberculeux dans les bronchioles.
Les altérations des parenchymes autres que le poumon sont contemporaines de l’infection pulmonaire ou secondaire à celle-ci. Les bacilles qui ont traversé la circulation pulmonaire, lancés dans tous les milieux, pourront rencontrer en quelques points un terrain favorable; ils provoquent soit une évolution tuberculeuse, soit des phénomènes aigus locaux (lymphangites diffuses, accidents testiculaires). En d’autres cas, ils sont partout détruits et l’infection reste localisée au poumon pendant un certain temps.
11 est probable que la plupart des lésions morveuses sont dues à des ensemencements successifs du sang par des bacilles provenant du système lymphatique pulmonaire. L’analyse des lésions ren-
MORVE
contrées dans le foie, clans la peau, dans les muqueuses , mon-
tre qu’elles débutent par des troubles vasculaires; d’autre part, on s’explique facilement l’apparition des lésions en des territoires étendus ou très limités. Tous les troubles mécaniques et toutes les influences capables de modifier la résistance locale des tissus interviendront pour favoriser telle ou telle détermination.
La similitude des accidents secondaires observés sur les diverses muqueuses et sur la peau indique assez qu’ils procèdent d’une même origine. Liés à une infection par les capillaires, ils affectent des types variés suivant que le foyer initial évolue dans les couches superficielles ou profondes du derme ou dans le tissu sous-cutané. L’envahissement des réseaux lymphatiques, suivant des modes qui ne sauraient être déterminés à l’heure actuelle, aboutit à l’évolution des lymphangites réticulaires diffuses de la peau ou des plaques infiltrées des muqueuses.
Malgré la présence du bacille dans le sang, à certains moments de l’évolution, le passage de la mère au fœtus est tout à fait exceptionnel. Lœfller l’a observé une fois seulement au cours de ses expériences; Cadéac et Malet (1) ont obtenu quatre fois le passage au fœtus dans treize expériences. Chez le cheval, la transmission n’a pu être réalisée expérimentalement et les faits d’observation qui tendent à faire admettre l’infection du fœtus ne sont nullement probants. Chez le chien, Cadéac et Malet ont obtenu un résultat négatif dans une expérience. Bonome admet que « le bacille de la morve peut passer de l’organisme maternel à celui de l'embryon ou du fœtus, non seulement lorsque le placenta présente des foyers hémorragiques, mais encore en des points où le placenta est entièrement intact. » Les résultats négatifs obtenus chez les solipèdes peuvent être attribués au nombre restreint des expériences tentées et ils ne sauraient être considérés comme définitifs; cependant il est problable que, pour la morve comme pour les autres maladies virulentes, la considération de l'espèce intervient puissamment quant à l’imminence de l’infection fœtale et que, chez le cheval, les dangers de la transmission sont à peu près nuis.
Le bacille morveux exerce son action sur l'organisme par l’intermédiaire de toxines dont la nature et les propriétés sont à peine étudiées. Dans les tissus, ces produits exercent une action vasoparalysante, suivie de l’œdème lymphatique et de la leucocytose;
(1) Cadéac et Malet. — De l’hérédité de la morve. Revue vétér., 1880, p. 57
RÉSISTANCE DU VIRUS. 703
r u niveau des foyers de culture, des nécroses cellulaires de type spécial sont partout constatées.
La résorption des toxines provoque des effets généraux, déjà partiellement connus. Le sang est modifié dans sa composition; il existe dans toutes les formes de l’évolution une leucocytose intense, avec diminution du nombre des hématies (1). On constate en outre une augmentation de la quantité de fibrine et une légère diminution dans la proportion d’hémoglobine (Ekkert). La raréfaction des hématies est constatée, chez le cheval et chez le chat, dès les premiers jours de l’infection; elle s’accentue graduellement, pour arriver au tiers du chiffre normal vers la tin de la maladie; les globules sont altérés ; leur volume diminue et leur coloration pâlit (2). Les recherches de Prus (3) montrent que des effets identiques sont obtenus en quelques heures, chez le lapin, à la suite d une injection intra-veineuse de malléine. C’est encore à une intoxication générale, par résorption des produits solubles, que doivent être rapportés certains des symptômes généraux observés, notamment l’hyperthermie constante (morve aiguë) ou intermittente (morve chronique). Il semble que les toxines comprennent une substance pyrétogène (pyrotoxine), capable d’exercer une action directe sur les centres thermogènes de la substance grise.
Résistance du virus (4). — Le bacille morveux ne jouit que d’une résistance peu considérable à l’égard des agents extérieurs.
L’influence de la dessiccation, déjà signalée par Viborg, est confirmée par tous les expérimentateurs, mais elle n’est efficace qu’à la condition d’être complète (Nocard et Roux). Peuch a trouvé la virulence détruite après deux mois et Galtier après quinze jours; Cadéac et Malet ont constaté l’innocuité du jetage après neuf jours, lors de dessiccation rapide, et après trois jours, lors
(I) Dans la morve chronique, Malassez a constaté chez le cheval les modifications suivantes :
Globules blancs 1 -i ô00 (au lieu de 4500, chiffre normal).
Globules rouges 2 890 000 (au lieu de 4 980 000, chiffre normal).
(2) Mikroukoff. — Sur lek modifications subies par les globules rouges pendant l’infection morveuse. Comptes rendus de l’Inst. vétér. de Charkoff, 1891.
(3) Prus. — Ueber die Wirkung des Malleins auf das Blut. OEsterr. Zeitschrift fi'ir Veteriniirk., t. VI, 189'», p. 1 06.
(4) Galtier. — Traité des maladies contagieuses , t. I, 1891, p. 835. — Loeffi.er. — Die Aeliologie der Rotzkran/cheit. Arb. aus dem K. Gesundh., t. I, 1886, p. 141. — Cadéac et Malet. — Résistance du virus morveux. Revue vétér., 1886 et 1887. — Bono.me. — Alcune proprietà biologiche del bacillo delta morva. La Riforma medica, juillet 1894.
MORVE
de dessiccation lente. Lœffler a vu la virulence persister pendant trois mois dans un endroit sec, mais, dit-il, « le virus est détruit, dans la plupart des cas, en quelques semaines. Le terme de trois à quatre mois devra être considéré comme un maximum absolu. » Les recherches de Bonome permettent d’interpréter en partie ces dissidences; alors que la dessiccation s’opère entre 25° et 30°, dans un milieu privé de substances organiques, la stérilisation est complète en quelques jours; si la dessiccation est incomplète (vieilles cultures sur agar), le virus est encore vivant après un mois et demi et il reste pathogène pendant vingt-trois à vingt-cinq jours.
Dans un milieu humide, la destruction est plus lente (Galtier, Cadéac et Malet) : le virus conserve ses propriétés pendant quinze à trente jours; immergé dans l’eau, il garde son activité pendant treize à dix-huit jours.
La putréfaction détruit également la virulence (Renault, Galtier), mais son rôle est difficile à apprécier exactement, la dessiccation et la simple exposition à l’air et à la lumière suffisant à tuer le contage.
L’action de la chaleur est plus nettement établie. Les cultures sont détruites par une température de 55° prolongée pendant dix minutes ou de 61° pendant une minute.
La stérilisation par les antiseptiques a fait l'objet de nombreuses recherches. D’après Lœffler, l’acide phénique à 3,5 p. 100 détruit le virus en cinq minutes; le permanganate de potasse à 1 p. 100, l’eau chlorée à 23 p. 100 et le sublimé à 1 p. 5000 en deux minutes. Le crésyl, la créoline, le lysol à 3 p. 100 détruisent la virulence morveuse en quelques minutes (Nocard). Les travaux de Cadéac et Malet fournissent des indications précises et intéressantes sur l’action de divers antiseptiques. La matière virulente éprouvée est le jetage ou une pulpe de tubercules morveux; on mélange trois parties de la solution antiseptique à une partie de substance virulente; le contact est de une heure en général :
Détruisent la virulence :
Acide phénique à 2 p. 100
Acide sulfurique à 2 p. loO
Chlorure de zinc à 2 p. 100
Eau de chaux (solution saturée).
Eau iodée (solution saturée).
Essence de térébenthine à 25 p. 100
Hypochlorite de chaux à 10 p. 1000
Sublimé corrosif à 1 p. 1000
et à 1 P- 10000
Sulfate de cuivre à 1 p. 20
Sulfate de fer à lp. 5
Sulfure de carbone à 1 P- 10
Ne détruisent pas la virulence :
Acide borique à... 3 p. 100
Chloral à 1 p. 5
Eau oxygénée (à 12 volumes).
Eau iodée cà 1 p. 10000
Hyposulfite de soude pur.
Nitrate d’argent à 1 p. 10000
Sulfate de zinc à 2 p. 100
Tannin à lp. 5
IMMUNISATION.
L’acide sulfureux est un bon désinfectant, quand la quantité de soufre brûlé s’élève à 64 grammes par mètre cube d’air, même lorsque son action n'a duré qu’une heure. « Les cultures sont détruites par une exposition de vingt-quatre heures à 1 acide sulfureux provenant de la combustion de 60 et même de 50 et 40 grammes de soufre par mètre cube. » (Thoinot.)
« Si l’on analyse les résultats obtenus, on remarque qu un certain nombre d’agents reconnus efficaces pour la destruction de quelques virus n'ont aucune action sur celui de la morve. G est ainsi que les vapeurs d’iode, l’eau oxygénée, l’hypochlorite de potasse, l’acide borique, l’acide sulfureux en solution, le tannin, le sulfate de zinc n’ont aucune influence sur les jetages morveux ou les liquides préparés comme il est dit ci-dessus. 11 en résulte que le sulfate cle zinc, chaudement recommandé par le règlement de police sanitaire pour la désinfection des locaux, est inefficace même après dix-sept heures de contact.
» Par contre, le permanganate de potasse à 1 p. 20, la potasse caustique à 1 p. 5, l’eau de chaux, le brome, le sulfure de carbone, le sulfate de cuivre à 1 p. 10, le sulfate de fera 1 p. 5, l’acide sulfuriqueà2p. 100, l’essence de térébenthine et le sublimécorrosif, même à 1 p. 10000, sont des agents très actifs et détruisent la virulence morveuse dans l’espace d’une heure.
» 11 ressort encore de nos expériences que des désinfectants détruisant la virulence en solution concentrée la laissent subsister entièrement quand la proportion est plus faible. Tel est le nitrate d’argent, actif h 1 p. 1000, inactif à 1 p. 10000. Le chlorure de zinc, efficace à 2 p. 100 après une heure de contact, reste sans action quand il est employé à 1 p. 100 et pendant une demi-heure seulement, et l’acide phénique, qui détruit la virulence à 2 p. 100, la respecte entièrement quand il est en solution à 1 p. 100 et que le contact ne dure qu’une demi-heure. Ce même agent, mélangé à la glycérine dans la proportion de : acide phénique 2, glycérine 3, eau 100, ne détruit pas la virulence après un contact de quarantehuit heures; de telle sorte que la glycérine, additionnée à la solution, paralyse l’action antivirulente de l’acide phénique. » (Gadéac et Malet.)
Modifications de la virulence. — Immunisation. — Les
passages successifs du bacille à travers certains organismes permettent d’obtenir une augmentation ou une atténuation de la virulence.
Nocard et Leclainche.
MORVE
Gamaleia (1) a constaté que la virulence s’exalte par la culture chez le spermophile; après deux ou trois passages, on provoque une septicémie, avec présence de nombreux bacilles dans le sang; le virus ainsi modifié tue le lapin en quelques jours, par l’inoculation sous-cutanée. Les inoculations intra-veineuses de lapin à lapin donnent des résultats analogues ; le bacille acquiert peu à peu une extrême virulence, au point que les lapins inoculés avec une très petite dose de matière virulente meurent, en moins de quarante-huit heures, d’une véritable septicémie morveuse ; les bacilles existent en abondance dans le sang et dans tous les viscères.
Par les passages successifs à travers le chat, Sacharolf (2) aurait constaté une augmentation de la virulence à l’égard du chat, tandis que le virus reporté sur le cheval ne lui donnerait plus qu’une maladie bénigne conférant l’immunité.
Chez le chien, Straus (3) obtient, par les inoculations intra-veineuses répétées de petites quantités de virus, une immunité complète à l’égard des inoculations intra-veineuses massives; par contre, les animaux restent sensibles à l’inoculation cutanée.
L’immunité des bovidés à l’égard de la morve a donné l’idée d’éprouver l’action de leur sérum sur les organismes susceptibles. Malzeff (1891) dit avoir conféré à trois poulains, par l'injection de 250 centimètres cubes de sang défibriné, une immunité leur permettant de résistera une inoculation sous-cutanée virulente. Chenot et Picq (1892) croient obtenir, par le même mode la guérison des cobayes inoculés avec un virus normal (?) (sept fois sur dix), ou une survie notable chez ceux qui ont reçu un virus exalté par des passages successifs; des tentatives analogues ont toujours échoué entre nos mains. D’après Bonome, « le sérum de bœuf filtré après avoir subi un contact prolongé avec le bacille morveux a acquis un plus grand pouvoir destructeur à l’égard du parasite; il jouit de propriétés curatives contre la morve de certains animaux, comme celle du cobaye ».
La malléine ne possède pas de propriétés immunisantes ; de nombreuses expériences ne nous ont donné que des résultats négatifs.
Schindelka inocule un cheval pendant deux mois avec la malléine de Foth: l’animal reçoit au total 1 gr. de malléine sèche; inoculé
(1) Gamaleia. — Sur V exaltation de la virulence du bacille morveux. Annales de l’Institut Pasteur, t. IV, 1890, p. 10-3.
(2) Sacharoff. — Sur la production de l’immunile' chez les chevaux contre la morve. Comptes rendus de l’Inst. vétér. de Charkoff, t. II, 1889.
(3) Straus. — Essais de vaccination contre la morve. Archives de méd. expérim., 1889, p. 489.
TRAITEMENT
ensuite, sous la peau, avec une goutte de culture virulente, il succombe à la morve aiguë. I n poulain reçoit, pendant quatre semaines, huit décigrammes de malléine sèche tous les cinq ou sept jours; il succombe également à l’inoculation d’épreuve.
La question du traitement de la morve n’offre qu’un intérêt purement théorique, les lois sanitaires de tous les pays exigeant 1 abatage des animaux atteints (1).
De nombreuses recherches ont été entreprises sur ce sujet et des résultats importants sont acquis déjà. Peut-être d’ailleurs les progrès considérables réalisés dans le diagnostic de la maladie permettront-ils un jour d’autoriser le traitement sous certaines conditions.
Un premier point est mis hors de doute par des observations nombreuses et précises; la morve peut guérir sous l influence d’un traitement approprié. Parmi les médications conseillées, les injections intra-trachéales de la solution iodo-iodurée, suivant la méthode de Levi, de Milan, ont été surtout expérimentées. La solution employée est la suivante :
Iode I gr. 5
lodure de potassium 7 —
Eau distillée 100 —
5 à 30 gr. par jour de la solution.
Parmi les résultats favorables obtenus par de nombreux observateurs, ceux de Neiman(2) sont surtout intéressants; ils montrent que des chevaux affectés de morve nasale et pulmonaire, confirmée par l’examen bactériologique et par l’inoculation, ont été complètement guéris après un traitement d’un mois en moyenne. Seize chevaux n’ont présenté ultérieurement aucun symptôme suspect pendant une surveillance de une ou deux années.
D’autres médications paraissent donner aussi des résultats avantageux; on a conseillé ainsi l’acide phénique et l’acide thymique (Brusasco), l’acide phénique, associé aux applications mercurielles (Sokoloff), l’huile créosotée en injections sous-cutanées et les lavages des naseaux avec le chlorure de zinc (Cl. Nourry et Michel).
(1) L'autorisation de traiter les animaux atteints de « farcin curable », telle qu’elle résulte des termes de l’article 8 de la loi sanitaire, ne s’applique évidemment pas au farcin morveux, mais seulement à la lymphangite épizootique.
(2) Neiman. — Au sujet du traitement de la morve. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vêt., 1890, p. 423.
MORVE
La malléine exerce une action curative très nette sur certaines formes de l’infection récente. Helman a obtenu la guérison d’un cheval morveux et sa complète immunisation. Semmer et Itzkovitch ont constaté la guérison d’une morve expérimentale chez un poulain. Pilavios, Bonomeet Vivaldi, Johne, Schindelka,... ont observé la cicatrisation de lésions morveuses ou la guérison complète, sous l'influence d’inoculations de malléine méthodiquement répétées. Les résultats obtenus par la Commission russe de Charkofï et par la Commission de Montoire ne laissent aucun doute sur la guérison possible et fréquente des animaux porteurs de lésions récentes et discrètes (1).
Il est certain, d’autre part, que nombre d’animaux guérissent « par les seules forces de la nature », sous l'influence de conditions hygiéniques favorables. L’entretien des animaux à l’air libre, si fréquemment recommandé par les anciens praticiens, a une influence particulièrement heureuse. Il est des cas où, comme à Montoire, presque tous les animaux exposés à la contagion contractent des lésions morveuses; quelques-uns succombent; chez d’autres, des lésions étendues se développent ; enfin beaucoup opposent au bacille une résistance considérable et souvent victorieuse. Toutes les causes capables d’augmenter la résistance de l’organisme possèdent une réelle influence et l’ancienne étiologie de la morve, dont la réaction contagionniste avait fait brutalement table rase, reprend l’importance relative qui lui revient véritablement.
Prophylaxie.
C’est exclusivement chez les solipèdes que la morve est entretenue ; c’est chez eux que la maladie doit être systématiquement combattue. Les connaissances acquises sur les modes de l’infection et sur le diagnostic des diverses formes permettent de formuler des règles prophylactiques d’une efficacité certaine.
L’abatage immédiat des animaux affectés constitue la base indiscutée de l’intervention sanitaire ; toute la prophylaxie consiste, d’une part à découvrir tous les animaux malades ou suspects, de l’autre à enrayer la diffusion de la maladie dans les milieux infectés ou en dehors de ceux-ci.
I. La découverte des morveux est facilitée par diverses circonstances ; les visites opérées pour le recensement des chevaux
(1) E. Leclainche. — Notes sur la malléine. Revue vêt., 1 89 i , p. 289 (Revue avec bibliogr.).
PROPHYLAXIE
par les commissions militaires permettent de vérifier l’état de nombreux animaux ; le contrôle exercé dans les abattoirs hippophagiques en fait découvrir aussi un certain nombre ; une surveillance effective des foires et marchés et des clos d’équarrissage dénoncerait nombre de foyers ignorés. La constatation d’un cas de morve nécessite encore une enquête assez complète, permettant d’établir les origines de l’animal et de retrouver ses traces depuis le moment du début probable de la maladie.
Une surveillance constante doit être exercée en outre sur certaines catégories d’animaux. La cavalerie des grandes compagnies de transport, les chevaux des loueurs, des voyageurs de commerce, des marchands ambulants, des forains, des haleurs,... sont plus particulièrement exposés.
La suspicion de morve est légitimée par l’origine des animaux ou par la présence de quelque symptôme douteux. Doivent être considérés comme suspects : 1° tout animal qui a cohabité avec un morveux ou qui a séjourné dans un milieu infecté; 2° tout animal qui présente quelque lésion persistante pouvant être rapportée à la morve. L’utilisation de la malléine permettrait d’appliquer aux suspects un régime tel qu’ils cesseraient de constituer un danger. Les animaux qui présentent, avec quelque signe clinique de morve, une réaction complète seraient aussitôt abattus ; ceux qui présentent une réaction incomplète seraient maintenus isolés et soumis à une nouvelle épreuve après un mois; le propriétaire n’en pourrait disposer que si, à deux épreuves successives, ils ont complètement cessé de réagir; enfin les sujets qui n’auraient manifesté aucune réaction seraient considérés comme sains et laissés à la libre disposition de leur propriétaire. L’abatage des animaux légitimement suspects, admis dans presque toutes les législations étrangères, a pour corollaire inévitable l’indemnisation, celle-ci étant égale à la valeur de l’animal lorsque le diagnostic n’est pas confirmé par l’autopsie.
IL Dans un milieu infecté, tous les animaux devront être soumis à la malléine ; ceux qui manifesteront la réaction complète seront déclarés suspects, rigoureusement séparés des animaux sains et soumis à la surveillance du service sanitaire ; l’abatage immédiat ne sera obligatoire que pour ceux qui, en outre de la réaction, présenteront l’un quelconque des signes cliniques de la morve (glande, jetage, engorgement d’un membre, lymphangite suppurée, sarcocèle, etc...); quant aux autres, qui n’ont encore que des lésions pulmonaires, le propriétaire pourra les conserver, même
MORVE
les utiliser, tant qu’ils ne présenteront aucun symptôme clinique; mais ils devront être soumis périodiquement, tous les deux mois par exemple, à l’épreuve delà malléine; ceux qui, à deux épreuves successives, auront cessé de réagir, seront remis dans le rang et rendus à la libre disposition de leur propriétaire.
Cette procédure, actuellement appliquée en France, a l’avantage de limiter autant qu’il est possible, les sacrifices imposés au propriétaire ; elle lui permet de conserver une proportion notable des animaux qui ont cohabité avec le morveux, et qui avaient, au moment de la première épreuve, des lésions pulmonaires peu graves et clairsemées. L’expérience des dernières années a établi que beaucoup d’entre eux, soustraits par l’isolement à toute chance de contamination nouvelle, guérissaient rapidement de ces lésions spécifiques limitées au poumon; il serait excessif d’imposer l’abatage.
Il est certain qu’en nombre de circonstances le propriétaire aura avantage à livrer à l’équarrisseur tous les animaux qui réagiront à la première épreuve ; il s’affranchit ainsi d’un seul coup et d’une façon définitive de tout danger de réinfection des animaux reconnus sains et des préoccupations de toutes sortes qu’entraîne l’obligation d’un isolement rigoureux, dans des écuries distinctes et éloignées, nécessitant un personnel et un matériel spécialement affectés à chacune d'elles.
L’emploi systématique de la malléine a déjà permis de chasser définitivement la morve d’exploitations importantes, où elle sévissait en permanence depuis de longues années. En 1892, la méthode est appliquée à Paris, sur la cavalerie de la compagnie de voitures « l’Urbaine » ; sur un total de 4348 chevaux, présentant tous les signes de la santé, 562 sont dénoncés comme morveux et trouvés infectés à l’autopsie (1). Des milliers d’observations démontrent à l’évidence les services inappréciables que peut rendre la malléine en décelant la maladie chez des animaux d’autant plus dangereux qu’ils paraissent entièrement sains.
La désinfection des locaux contaminés est de première importance; elle est assurée par un nettoyage complet, suivi de lavages à l’eau bouillante et d’une irrigation avec la solution acide de sublimé à 1 p. 1000. Il est toujours bon de compléter ces opérations par le dégagement d’acide sulfureux en milieu clos ; cette mesure est indiquée surtout quand les parois des habitations se prêtent mal à l’action des désinfectants liquides.
(1) Alexandre. — Rapport sur les maladies contagieuses dans le departement de la Seine. Paris, 1893.
La malléine permet enfin d’éviter sûrement une nouvelle apparition de la morve dans une exploitation. L’épreuve des sujets introduits est indiquée alors que la maladie règne dans une région ou que les animaux ont traversé des écuries suspectes ; elle constitue une précaution excellente pour tous les chevaux introduits dans des effectifs nombreux, soumis à des renouvellements fréquents.
Transmission à l’homme.
L'homme est infecté presque exclusivement par les solipèdes morveux et il est évident que l’imminence du danger est en raison directe de la fréquence de la morve équine. A 1 heure actuelle, la morve de l’homme est rarement observée en France et dans 1 Europe centrale; par contre, elle est souvent rencontrée à Cuba et dans quelques gouvernements de la Russie.
Les individus qui ont des rapports fréquents et directs avec les animaux sont les plus exposés. Sur un total de 106 observations recueillies par Bollinger, 46 sont fournies par des palefreniers, 25 par des cultivateurs ou des charretiers et 10 par des vétérinaires.
La transmission s’opère par les souillures de surfaces absorbantes, muqueuses ou plaies cutanées. Le jetage et le pus des ulcères farcineux sont les agents habituels de la contagion ; le virus est inoculé directement, lors du pansage des animaux, au niveau des plaies cutanées; il est porté sur les muqueuses avec les mains souillées ; il est déposé sur des brins de paille ou de fourrage qui déterminent des éraillures cutanées. La morsure de chevaux morveux est capable de provoquer l'inoculation.
Il est remarquable que la transmission, toujours possible, ne s’opère que très exceptionnellement. Des individus qui soignent et utilisent des animaux morveux pendant des mois résistent le plus souvent à l’infection, encore qu’ils ne prennent aucune précaution spéciale et malgré l’absence fréquente des soins de propreté les plus élémentaires.
Des modes de transmission indirecte interviennent; le virus déposé sur certains objets reste dangereux pendant un certain temps. L’inoculation est produite pendant le nettoyage des auges ou des abreuvoirs infectés; les bourreliers sont exposés à la contamination en réparant des harnais souillés. Gold (1) rapporte une
(l) J. Gold. — Quelques remarques pratiques sur la morve cl sa prophylaxie. Annales d’hygiène publique, t. XXIII, 1890, p. 19 (Trad.).
MORVE
curieuse observation de morve inoculée par la piqûre d’une épine recouverte de jetage virulent.
La manipulation de cadavres d’animaux morveux constitue l’une des causes les plus efficientes; les vétérinaires, les équarrisseurs, les bouchers... sont inoculés, pendant l’ouverture des cadavres, par des plaies récentes, par des coupures ou des piqûres pendant l’opération. La viande des solipèdes morveux offre elle-même quelques dangers; si le muscle n’est pas virulent, les lymphatiques, les ganglions, la moelle osseuse sont chargés du contage et les manipulations sont dangereuses pour un acheteur ignorant du danger.
Des mesures prophylactiques efficaces ne sauraient être formulées; c’est presque exclusivement par des solipèdes dont la maladie est méconnue que l’homme est contaminé. Une application rigoureuse des mesures de police sanitaire préviendra seule l’infection.
Législation. — France. — La loi de 1881 ordonne l’abatage des animaux reconnus atteints de morve. Aucune indemnité n'est accordée.
Les animaux qui ont été exposés à la contagion restent placés sous la
surveillance du vétérinaire délégué pendant un délai de deux mois » (Ar Règlement de 1882). « Ceux des animaux visés par l’article 44 qui ont présenté des symptômes de maladie restent placés pendant un délai d’un an sous la surveillance du vétérinaire délégué... » (Art. 46, Id.)
Aux frontières de terre et de mer, les animaux reconnus malades de la morve sont abattus; ceux qui ont été exposés à la contagion peuvent être admis en France après une période de surveillance de deux mois. (Art. 70, Id.)
Allemagne. — Les animaux atteints sont abattus ainsi que ceux qui présentent des symptômes suspects. 11 est accordé une indemnité égale aux trois quarts de la valeur des animaux. (Loi du 23 juin 1880.)
Autriche. — Abatage de malades. Les suspects sont isolés et surveillés pendant six semaines ; leur abatage peut être ordonné si la surveillance est jugée insuffisante. Les animaux exposés à la contagion sont soumis à une surveillance de deux mois (Loi du 29 février 1880). Il est accordé une indemnité dont la valeur ne peut dépasser 1000 francs. (Loi du 11 avril 1891.)
Belgique. — Les animaux atteints sont immédiatement abattus. Les suspects sont surveillés pendant soixante jours ; le ministre peut ordonner leur abatage si cette mesure est jugée nécessaire. (Loi du 15 septembre 1883 et Règlement du 20 septembre 1883.)
Il est accordé pour les animaux reconnus atteints une indemnité égale au tiers de la valeur pour les solipèdes employés exclusivement à l'agriculture, au cinquième de la valeur pour les solipèdes employés à tout autre usage. L’indemnité ne peut dépasser, dans le premier cas, 150 francs pour un cheval, 50 francs pour un âne; dans le second, 100 francs pour un cheval, 50 francs pour un âne (Arrêté du 3 juin 1890). Si les solipèdes
LÉGISLATION
abattus comme atteints sont reconnus indemmes à l’autopsie, l'indemnité est fixée ii la moitié de la valeur, avec un maximum de 300 francs. (Arrêté du 6 juillet 1887.’)
Danemark. — Abatage des malades. Indemnité des quatre cinquièmes de la valeur. (Loi du 14 avril 1893.)
Grande-Bretagne . — Les autorités locales doivent ordonner l’abatage des solipèdes reconnus atteints ou suspects de morve ou de farcin el de ceux qui ont été exposés à la contagion. 11 est alloué une indemnité égale à la moitié de la valeur pour les animaux atteints (avec un maximum de 500 francs) et de la totalité de la valeur dans tous les autres cas. (Ordre du 26 septembre 1892.)
Hollande. — Abatage des malades. Surveillance des suspects pendant trente jours. Indemnité égale à la moitié de la valeur. (Loi du 20 mai 1890.)
Roumanie. — Abatage des malades ; séquestration ou abatage des suspects. Les contaminés sont surveillés pendant deux mois. Indemnité égale à la valeur totale pour les suspects abattus et trouvés sains (maximum 200 francs) et à la moitié de la valeur pour les animaux affectés. (Loi du 27 mai 1882.)
Suède. — Abatage des malades. Les suspects sont séquestrés pendant trois mois et abattus si la suspicion persiste. Indemnité égale à la valeur totale pour les abattus reconnus sains cl de la moitié de la valeur pour les malades. (Loi du 23 septembre 1887.)
Suisse. — Abatage «les malades. Les suspects sont séquestrés et soumis à la surveillance d’un vétérinaire. « Celui-ci emploiera tous l«‘s moyens scientifiques pour arriver, aussi vite que possible, à un diagnostic sûr. » (Loi de 1872 et Règlement de 1886.)