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CHAPITRE XIX

DOURINE

La dourine est une maladie contagieuse, spéciale aux équidés, transmissible par le coït, exprimée par des altérations qui portent principalement sur le système lymphatique et sur le système nerveux central.

Historique (1). — On admet généralement, d’après Hcrtwig, que la dourine a été constatée pour la première fois en Europe en 1816, au haras de Trakehnen. Il n’est pas certain cependant que la maladie décrite par Ammon soit la dourine et les premières descriptions exactes sont données, en 1821 seulement, par les vétérinaires hanovriens Havemann, Hausmann et Pfannenschmidl qui observent l’affection, de 1816 à 1820, dans le haras de Celle.

De 1821 à 1838, la dourine est signalée en Bohême, en Hongrie et en Styrie. Partout on constate sa transmission par le coït, en même temps que ses analogies avec la syphilis et elle reçoit le nom de « maladie vénérienne du cheval ». Cependant Hausmann remarquait déjà que la dourine était tout autre que la syphilis humaine et Ivnauert (1837) insistait sur les différences symptomatiques essentielles qui existent entre les deux maladies.

Dès ce moment, l’étude clinique de l’affection est complète. Ammon (1833), insistant sur les phénomènes paralytiques ultimes, propose le nom de « maladie nerveuse insidieuse du cheval » [schleichende Neruenkrankheit) et von llaxthausen distingue dans l'évolution les trois périodes restées classiques : 1° accidents inllammatoires locaux; 2° troubles lymphatiques et nerveux; 3° phénomènes paralytiques.

En 1847, Hertwig (2) différencie nettement la dourine de la ma-

(1) Hertwig. — Ueber die Deschalkrankheit der P fer de. Magazin f. Thierh., 1842, p. 269; Trad. in Recueil de Méd. vêt., 1852, p. 897. — Dieckeriioff. Lehrbuch der speciellen Pathologie, 1. 1, p. 393.

(2) Hertwig. — Zur Beschalkrankheit. Magazin fur Thierh., 1847, p. 373.

HISTORIQUE

laclie bénigne du coït, caractérisée par la présence de vésicules sur la muqueuse génitale de l’étalon et de la jument; désormais la première est désignée sous le nom de « maladie du coït » ( Bes châlkrankheit ) et la seconde sous celui d’ « exanthème coïtai » ( Blàschenausschlag ) (1).

De 1836 à 1838, la dourine cause de grandes pertes dans les haras de la Silésie et dans la province de Posen, où elle est bien étudiée par C. Rodloff. En 1838, elle est reconnue par Honora, de Milan, dans la Lombardie, tandis qu elle continue à sévir dans les haras de la Hongrie, de la Styrie et de la Bohème, où elle est observée par Pillwax et par Maresch.

La dourine est signalée pour la première lois en h rance, en 1851, au haras de Tarbes, où elle est importée par l’étalon syrien Méhédy; elle est étudiée par Yvart et Lafosse et par une commission dépar-

tementale. Le foyer de la contagion reste étroitement circonscrit et, dès 1854, il est complètement éteint; sur 127 juments infectées 52 succombent. En 1861, la dourine apparaît de nouveau à Tarbes, importée encore par un étalon arabe, Chibin, acheté en Syrie l’année précédente. Bien observée par Trélut, la maladie reste encore localisée et elle disparaît peu après.

De temps à autre, la dourine est observée dans les Basses- Pyrénées, toujours importée par des juments qui ont passé Tété à la montagne, dans les pâturages de la frontière, communs aux animaux des deux pays, et qui ont été saillies par des étalons espagnols infectés. Toujours la maladie reste limitée à un petit nombre de sujets en raison des conditions particulières à la région : au moment où les juments infectées descendent de la montagne, la saison de la monte est passée; elles restent séquestrées par la neige pendant tout l’hiver et, quand revient le printemps, les survivantes sont trop malades pour qu’on songe à les faire saillir; elles meurent sans avoir créé un véritable foyer et la maladie s’éteint sur place. Cependant, en 1886, on observe dans le canton d’Accous une véritable épizootie; 4 étalons et 34 juments sont infectés; la séquestration rigoureuse des malades suffit pour éteindre le foyer (2).

En Algérie, la dourine a été étudiée à diverses reprises par les vé-

(1) L’expressi on d 'exanthème coïtai imposée par les traducteurs français, est à la fois inexacte et impropre, l’éruption se montrant fréquemment en dehors du coït. Il serait préférable de revenir à la dénomination d 'éruption vésiculeuse, équivalent littéral du terme employé par Hertwig.

(2) Nocard et Peuch. — Rapport à M. le ministre de l'agriculture, in Aide-mémoire du vétérinaire de J. Signol. Paris, 1834, p. G08.

DOURINE.

térinaires militaires français. Dès 1847, Signol (1) observe un foyer considérable dans la province de Constanline; 600 chevaux ou juments, appartenant à la tribu des Rigas, succombent à la dourine. Viardot, Mercbe, Laquerrière... décrivent ensuite la maladie.

De 1875 à 1881, la dourine est signalée dans les haras hongrois; le professeur von Thanhoffer, de Buda-Pesth, fait des recherches intéressantes sur l’anatomie pathologique et notamment sur l’histologie des lésions médullaires.

L’étude de la maladie est reprise en France, sur des chevaux expédiés d’Algérie dans les Ecoles vétérinaires, par Saint-Cyr(2) et par Trasbot (3) qui publient d’intéressantes observations. Laquerrière (4) s’efforce, dans une série de travaux, d’établir la nature syphilitique de la dourine.

Plus récemment, Biaise (5) fournit des documents nouveaux sur certaines formes cliniques peu connues (évolution aiguë); il rapporte en môme temps les résultats de quelques tentatives de transmission expérimentale. Enfin, Nocard (6) constate la virulence constante des parties ramollies de la moelle épinière ainsi que l’inoculabilité de la dourine au chien.

Nature de la maladie. — La maladie présente, quant à ses symptômes et à son étiogénie, une certaine ressemblance avec la syphilis humaine; les premiers observateurs qui font étudiée ont fait aussitôt ce rapprochement, sans toutefois admettre autre chose qu’une analogie de forme.

Depuis, l’identité des deux maladies est affirmée à diverses reprises; certains pensent que la dourine n’est autre chose que la syphilis de l’homme, transmise aux équidés par des rapports de bestialité. Cependant la transmission expérimentale de la syphilis au cheval ou à l’âne, tentée par de nombreux expérimentateurs, n'a jamais été obtenue, quels qu’aient été les modes de l’inoculation. Un autre fait, plus probant encore, suffit à démontrer la nature

(1) Signol. — Note sur une paraplégie épizootique. Recueil de méd. vét., 1854, p. 127.

(2) Saint-Cyr. — La Dourine. Journal de méd. vétér., 1878, p. 15... 451.

(3) Trasbot. — Mémoire sur la dourine. Archives vétér., 1878, p. 722-801.

(4) Laquerrière. — Quelques considérations sur la syphilis équine. Recueil de méd. vét. 1877, p. 1041. De la syphilis équine. Recueil d’hygiène et de méd. vétér. militaires, 1876. De la syphilis équine. Presse vétér., 1883, p. 652 et 1884, p. 102 et 376.

(5) Blaise. — Les maladies vénériennes du cheval. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1880, p. 372.

(6) Nocard. — Dioculation de la dourine. Comptes rendus de l’Acad. des Sc., 25 janvier 1802.

DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE. J 1 J

différente des deux maladies ; les spécifiques de la syphilis, le mercure et l’iodure de potassium, n’ont aucune action contre la dourine. Les accidents initiaux des deux affections sont d’ailleurs complètement différents et les analogies établies à ce point de vue sont manifestement forcées.

L’identité de la dourine et de la morve, un instant soutenue, ne mérite plus d’être discutée à l’heure actuelle.

Si la nature du virus reste encore inconnue, on peut affirmer tout au moins qu’il s’agit d'une affection nettement spécifique et d une infection microbienne. La connaissance de la virulence des lésions médullaires et de l’inoculabilité au chien facilitant de beaucoup l’étude expérimentale, il est permis d’espérer que de nouveaux progrès seront prochainement réalisés dans l’étude de la maladie.

Distribution géographique. — Fréquence. — En Europe, la dourine n’a été observée à l’état d’épizooties permanentes qu’en Russie, en Allemagne, en Suisse, en Autriche-Hongrie et dans le nord de l'Espagne (Nocard et Peuch). En France et en Italie, la maladie n’a fait que de courtes apparitions; l’Angleterre et la Belgique paraissent être restées indemnes à toutes les époques.

Depuis longtemps, la dourine a disparu de l’Allemagne et de la Suisse; en Bohême, les derniers cas ont été observés en 1878. A l’heure actuelle, l’affection n’est plus signalée que de loin en loin dans certains districts de la Hongrie (6 cas en 1890, 3 en 1891, 7 en 1892). Peut-être sévit-elle aussi dans le sud de la Russie. L’Espagne et la Turquie sont infectées à coup sûr, mais l’on ne possède aucun renseignement sanitaire pouvant faire prévoir l’étendue de

la contagion.

L’importation de la dourine est d'ailleurs peu à craindre poulies nations qui possèdent une organisation sanitaire, même rudimentaire. En 1887, la maladie s’est montrée en Vénétie, sur la frontière autrichienne, et elle ne fit qu’une courte apparition. En 1873, en 1886 et 1890, on constatait quelques cas en France, dans les Basses-Pyrénées; les foyers, d’ailleurs insignifiants, furent aussitôt éteints.

Dans le nord de l’Afrique, la dourine est connue de toute antiquité; elle sévit encore en permanence dans le Maroc, dans la régence de Tripoli et dans le sud de l’Algérie. Chassée peu à peu des régions soumises à la juridiction française, la maladie est

DOURINE.

entretenue clans les tribus indépendantes de l’extrême sud, d’où elle est rapportée de temps à autre. Dans la province de Constantine, la dourine est observée chaque année; parfois, elle atteint un certain nombre d’étalons de l’Etat.

En Asie, la maladie est enzootique en Syrie et sans doute dans toute l’Asie Mineure.

En Amérique, la dourine est constatée, en 1886, aux Etats-Unis, dans l’ Illinois, et l’infection est attribuée contre toute justice, par les autorités locales, à l’importation d’un étalon français.

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