‹ Les maladies microbiennes des animaux (volume 2)Chapitre 17 sur 156 · MALADIE DES PALOMBES · texte numérisé non relu

MALADIE DES PALOMBES

(Leclainchk) (1).

La maladie a été observée, en octobre et novembre 1893, à Saint- Jean-de-Luz, sur des palombes capturées dans les environs et entretenues en volières. Les oiseaux étaient séquestrés depuis quelques jours, lorsque la contagion apparut à la lois chez tous les éleveurs; en huit jours, la mortalité avait atteint le tiers des effectifs.

Bactériologie. — On trouve constamment, dans les tissus des palombes qui ont succombé à l’évolution naturelle de la maladie, une bactérie ovoïde, identique dans sa forme à celle du choléra des poules, mais de dimensions un peu supérieures. La forme des bactéries varie suivant les milieux; allongées, à pôles colorés et à espace clair central dans les parenchymes, elles se montrent beaucoup plus courtes dans le sang et elles prennent, dans les cultures, l’aspect de microcoques ou de diplocoques.

Le microbe présente les mêmes réactions aux colorants que les bactéries du type correspondant. Il est facultativement anaérobie.

Les cultures sont facilement obtenues par l’ensemencement du sang ou des pulpes d’organes sur divers milieux. Dans le bouillon de viande-peptone-sel (veau et bœuf), avec ou sans addition de glycérine et de glycose, on trouve après vingt-quatre heures, à 37°, un dépôt pulvérulent abondant, le liquide restant parfaitement limpide. Sur gélatine-bouillon-peptone, en surface, on voit, après quarante-huit heures, une couche semi-transparente, d’un gris-jaune, qui s’épaissit peu à peu et passe au blanc porcelaine ; par piqûre, dans le même milieu, il se développe des colonies blanches, homogènes, sur le trajet de.l aiguille; la gélatine n’est pas liquéfiée. Sur (jèlose-bouillon-peptone, à 37°, la surface ensemencée se couvre d une couche grisâtre qui s’épaissit lentement. Sur pomme de terre,

(1) E. Leci.ainche. — La maladie des palombes. Annales de l’Jnslitut Pasteur, t. Mil, 1894, p. 490.

LES SEPTICÉMIES HEMORRAGIQUES.

la culture donne une couche peu épaisse, de couleur gris jaune.

La bactérie tue facilement la palombe et le lapin. Le cobaye et le pigeon sont infectés par certains modes de l’inoculation. La poule, le chat et le chien sont entièrement réfractaires.

Étude clinique.

Symptômes. — Le début de l’infection est marqué par de la tristesse et de la somnolence. L’oiseau atteint reste immobile, les yeux clos ; il se met en boule et les plumes se hérissent. Sous l’influence des excitations diverses, le malade reprend un instant une attitude normale, pour retomber aussitôt dans un état comateux.

En douze heures généralement, parfois en six et même trois heures, tous ces symptômes se sont considérablement aggravés. La palombe, incapable de se tenir debout, reste affaissée, le ventre reposant sur le sol. 11 se produit un flux diarrhéique, d’abord alimentaire, puis liquide, albumineux, de couleur verdâtre, mêlé de bulles gazeuses.

L’évolution est très rapide ; la faiblesse augmente et la mort arrive, dans un état de sidération complète, en vingt-quatre ou quarante-huit heures en moyenne. Parfois, les accidents affectent une forme convulsive ; l’oiseau tombe sur le côté ; on observe des contractions musculaires ; la tête se renverse violemment en arrière et le malade conserve cette position jusqu’au moment de la mort.

Lésions. — Les altérations portent principalement sur l'intestin grêle, dont la muqueuse est congestionnée, épaissie, parsemée de points hémorragiques. Les vaisseaux du mésentère sont gorgés de sang. Le foie est généralement volumineux, congestionné ; la rate est tuméfiée et friable. Les poumons sont normaux. Le myocarde a une teinte pâle, lavée; le sang contenu dans les ventricules est coagulé. Il n’existe pas d’épanchement péricardique. Les muscles ont, en diverses régions, une teinte ocreuse et paraissent cuits.

Étiologie. — Étude expérimentale.

La virulence est étendue à toutes les parties de l’organisme; les bactéries sont contenues dans le sang, au moins dans les dernières périodes; elles sont abondantes dans la rate, dans le foie.

MALADIE DES CANARIS

dans les reins ; elles pullulent à la surface de la muqueuse intestinale enflammée et dans les déjections.

La contagion par cohabitation s’opère facilement de la palombe à la palombe, beaucoup plus difficilement au pigeon domestique ; elle est assurée par les souillures des aliments, au contact des déjections virulentes.

L'origine de la maladie est indéterminée. S’il est admissible que certains animaux étaient affectés au moment de leur capture, il résulte des renseignements fournis qu’une contamination a pu être causée par le transport dans des paniers, employés antérieurement pour 1 importation de pigeons domestiques.

La transmission expérimentale est réalisée sûrement, chez la palombe, par l’ingestion de cultures virulentes ou par les diverses méthodes de l’inoculation. Le lapin est tué en quarante-huit heures par l’inoculation intra-veineuse; l’inoculation sous-cutanée détermine un foyer local de dégénérescence caséeuse, intéressant les muscles voisins. Le pigeon est tué en quatre à six jours par l’inoculation intra-veineuse. Le cobaye meurt en cinq jours environ, à la suite de l’injection intra-péritonéale ; l’inoculation sous-cutanée provoque des altérations purement locales, capables de déterminer une intoxication mortelle.

La poule est réfractaire ; elle résiste à l'inoculation intra-veineuse de un à trois centimètres cubes de bouillon de culture.

La bactérie de la maladie des palombes conserve pendant plusieurs mois sa virulence dans les cultures. Elle est tuée par un chauffage de quelques minutes à 60°.

§ 7. — MALADIE DES CANARIS

(Rieck) (1).

La maladie a été observée, en mai 1888, dans un grand élevage de canaris, à Dresde.

Bactériologie. — Le sang des oiseaux qui ont succombé renferme une bactérie ovoïde, mesurant de 1. 2 y. à 2. 5 \j. de longueur, analogue, dans sa forme et dans ses réactions à l’égard des colorants, aux agents des maladies du môme groupe.

Le microbe est à la fois aérobie et anaérobie ; il est doué de mouvements.

Dans les bouillons, il se produit, en vingt-quatre heures, une culture

(1) Rieck. — Eine infecliôse Erkrankunq der Kanarienvôgel. Deutsche Zeits. fur Thierin., t. XV, 1880, p. GO.

LES SEPTICÉMIES HÉMORRAGIQUES.

uniformément trouble. Sur gèlatine-peptone, en surface, on obtient des colonies d’unjaune gris, qui passent ensuite aujaune brun, avec un ourlet de teinte plus claire ; par piqûre, on voit se développer des colonies blanches, arrondies, également abondantes sur tout le trajet ensemencé. Sur pomme de terre , à 35°, il se développe, en quarante-huit heures, une abondante culture de couleur gris jaune.

La bactérie inoculée tue les canaris, les moineaux, les pigeons et les souris blanches.

Étude clinique.

Les oiseaux atteints mangent peu ou pas; ils se mettent en boule, cessent de se baigner ; puis survient une diarrhée de plus en plus fréquente et les malades meurent, dans le coma, quatre à six jours après le début de l’infection.

Les lésions consistent en une entérite aiguë et en la présence, dans le foie, de nombreux foyers de dégénérescence de couleur gris jaune(l).

Étude expérimentale.

Les bactéries, surtout abondantes au niveau des lésions spécifiques de l’intestin et du foie, sont rencontrées dans le sang et dans tous les tissus.

L’infection est facilement obtenue par l’inoculation, sous-cutanée ou intra-musculaire, au canaris et au moineau; les sujets succombent en vingt-quatre heures et l'on retrouve les microbes dans tousles organes; le pigeon est tué en 1-3 jours; la souris meurt sûrement aussi, en quatre jours en moyenne. Alors que, chez les oiseaux, on constate, au point d’inoculation, des foyers caséeux jaune soufre, analogues à ceux qui sont observés dans le choléra des poules, on ne trouve, chez la souris, aucune altération locale. Chez le cobaye, l’inoculation aboutit seulement à l’évolution d’un abcès, sans réaction générale.

Les voies digestives se prêtent également à l’absorption et la souris succombe ainsi après onze à douze jours.

L’étude histologique des lésions du foie montre qu’au niveau

(1) La maladie observée diffère cliniquement de la Kanarienseuche de Zürn, qui tue les oiseaux en 24-48 heures, en provoquant des convulsions agoniques ; de plus, celle-ci s’accompagne de pneumonie, de péricardite et d’hémorragies sur les séreuses. 11 est cependant possible que la maladie de Rieck constitue une forme atténuée de celle qui a été observée par Zürn.

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