I. — Symptômes
Les signes du début de la pneumo-entérite sont très vagues ; l’on ne retrouve plus l’invasion brusque qui est habituelle dans le
(1) Report of the Bureau of animal induslry , 1887-1888, p. 190.
(2) Voyez « Considérations générales sur les septicémies hémorragiques », p. 87.
PNEUMO-ENTÉRITE INFECTIEUSE
rouget. Le porc atteint devient paresseux; il se sépare des autres animaux et reste couché, enfoui sous la litière ; la marche est pénible et provoque un essoufflement rapide. Les premiers signes s’accentuent les jours suivants; le malade reste constamment couché; il chancelle si on le force à faire quelques pas ; la tète est basse; la queue reste pendante et détortillée ; l’appétit est presque nul; seules, les boissons froides sont recherchées. Les muqueuses se montrent injectées ; l’œil, à demi fermé, a perdu toute expression ; la conjonctive est recouverte d’un mucus concret, adhérent aux paupières. La température s’élève à 41-42°.
L’état de prostration s’aggrave encore pendant les jours suivants ; le malade reste couché en position sternale, les membres réunis sous le tronc, le cou allongé et le groin enfoncé dans la litière. La station est difficile ; le train postérieur vacille et n’est soulevé qu’à grand’pcine. Il existe du météorisme et de la constipation. La respiration est gênée, saccadée ; l’on entend parfois une toux quinteuse, rauque, accompagnée d’un jetage muqueux ou mucopurulent.
A cette période apparaissent généralement des taches cutanées, qui se montrent aux oreilles, aux ars, à la face interne des cuisses, sur la paroi abdominale inférieure, au pourtour de l’anus... ; d’abord rosées, elles prennent ensuite des colorations qui varient du rouge vif au violet foncé; le tissu cellulaire sous-cutané est légèrement œdématié dans les mêmes points. Au niveau des taches, l’épiderme s’exfolie peu à peu ; dans quelques cas seulement, la région se couvre de vésicules et s’escharifie en partie. A l’exploration directe, les ganglions lymphatiques se montrent volumineux, œdématiés; ces caractères sont facilement appréciables au niveau des ganglions inguinaux (Klein).
Parfois aussi, il se produit un exsudât diphtéritique sur les bords et à la face inférieure de la langue, au niveau des gencives, sur la muqueuse des joues, du pharynx et sur les amygdales. En ces points, on trouve des plaques jaunâtres, nettement délimitées, laissant après elles des plaies d’apparence ulcéreuse (Diphtérie du porc).
Les autres symptômes varient suivant la prédominance des lésions viscérales, soit sur l’appareil respiratoire (forme thoracique), soit sur l’appareil digestif (forme abdominale).
a) La forme thoracique est exprimée par une difficulté croissante de la respiration, accompagnée d’un jetage muco-purulent ; une toux rauque, pénible, s’entend de temps à autre. A la percussion, on
LES SEPTICÉMIES HÉMORRAGIQUES.
constate de la matité dans les parties inférieures de la poitrine et une zone de submatité plus ou moins étendue.
Très souvent, on observe en même temps quelques troubles digestils, notamment de la diarrhée, et parfois des vomissements.
6) La forme abdominale est annoncée par de la diarrhée, d’abord alimentaire, jaunâtre, puis séreuse, mousseuse, très fétide, striée de sang. Cette diarrhée épuise vite les malades; le ventre est rétracté, douloureux; l’amaigrissement progresse rapidement.
La période ultime de la maladie est marquée, dans tous les cas, par un état de faiblesse et de prostration extrêmes; souvent, on constate une paraplégie complète et les malades meurent dans le coma.
En outre de ces signes ordinaires de la pneumo-entérite, d’autres manifestations sont exceptionnellement observées. On voit ainsi survenir, au cours de la maladie, des accidents vertigineux (Axe, Schuetz...), consistant en desmouvements désordonnés et en des troubles sensoriels. Schuetz a rencontré, sur les truies, des mammites aiguës intenses, avec ulcérations profondes au niveau des mamelons; la localisation était consécutive à une inoculation directe par les porcelets, affectés de lésions diphtéritiques de la bouche.
Les expressions symptomatiques sont d'ailleurs très variables suivant la localisation des accidents, la gravité de l’infection et la rapidité de l’évolution. Rarement les altérations sont étroitement localisées et la distinction des formes cliniques est basée seulement sur leur prédominance en tel ou tel point.
D’autre part, si certains animaux succombent rapidement, avec des symptômes très nets, on constate simplement chez d’autres des engorgements ganglionnaires, accompagnés de toux, ou des troubles intestinaux sans signification précise. Il est remarquable que tous les cas de pneumo-entérite constatés dans une même région, et mieux encore dans une même enzootie, affectent un type évolutif unique. Ce fait, qui est loin d’être spécial à la maladie, explique la diversité des descriptions données ; il fait prévoir aussi toute l’inévitable insuffisance d’une description synthétique.
La marche de la pneumo-entérite est, en règle générale, beaucoup moins rapide que celle du rouget, mais il est difficile de fixer la durée moyenne de l’évolution, celle-ci variant dans des limites étendues. Schuetz, dans l’épizootie danoise qu’il a observée, donne une période de cinq et huit jours. Brusasco indique une durée moyenne de huit et dix jours. En France, la marche est générale-
PNEUMO-ENTÉRITE INFECTIEUSE
ment plus lente et la maladie évolue en vingt ou vingt-cinq jours en moyenne; en aucun cas, la durée n’est inférieure à huit jours.
Dans toutes les épizooties, on observe quelques cas à évolution très lente. Dans ces formes chroniques, les malades ne succombent souvent qu'après plusieurs mois, complètement émaciés, épuisés par la diarrhée persistante. Ceux qui survivent restent amaigris ; ils présentent des symptômes de broncho-pneumonie chronique ou d’entérite chronique.
Le chiffre des pertes est toujours très élevé; dans la forme aiguë habituelle, 80 p. 100 des malades succombent ; dans la forme suraiguë, le taux de la mortalité atteint 90 et 95 p. 100.