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CHAPITRE II

ROUGET DU PORC

Le rouget clu porc est une maladie contagieuse, virulente, inoculable, spéciale à l’espece porcine, et due à la pullulation, dans le sang et dans les tissus, d’un bacille spécifique.

Historique. — Jusqu’en ces dernières années, on confondait sous les noms de rouget, mal rouge, pourpre, érysipèle, feu... toutes les maladies du porc se traduisant à la fois par leur caractère épizootique et, cliniquement, par l’apparition sur la peau de taches rouges ou violacées. Pendant un long temps, ces affections sont rapportées au charbon (Chabert, Viborg...) et l’assimilation est indiquée par les dénominations de typhus charbonneux, érysipèle charbonneux , adoptées surtout en Allemagne. La découverte de la bactéridie et les résultats presque constamment négatifs de l’inoculation du charbon au porc démontrent suffisamment que le rouget est une maladie toute différente.

Une observation plus précise établit, d’autre part, que toutes les maladies rouges ne sont pas de même nature. En 1884, Eggeling(l) fait une bonne étude clinique de ces affections ; il différencie deux formes sporadiques : Y érysipèle de la tète et Y urticaire, et deux formes épizootiques, qu’il distingue sous le nom de Rothlaufseuche et de Schweineseuche.

L’étude expérimentale de ces maladies — qui seule devait permettre de les différencier et de les classer sûrement — débute par un travail de Klein (1878), signalant la présence, dans les exsudats de la plèvre et du poumon, parfois aussi dans le sang, de bâtonnets analogues à ceux du charbon. Un peu plus tard (1882), Detmers, de Chicago, décrit des microbes très petits, se présentant sous la forme de corps sphériques, isolés, réunis en huit de chiffre, ou associés en chaînettes.

(I) Eggeling. — Ueber den Rothlauf der Schweine. Deutsche Zeits. fur Thierrn., t. X, 1884, p. 234.

ROUGET DU PORC

En 1882 aussi, Pasteur et Thuillier (1) étudient le rouget du porc dans le Vaucluse; ils isolent et reproduisent, par la méthode des cultures pures, un microbe qui tue le porc, le lapin et le pigeon. L’année suivante (2), ils montrent que le virus peut être transformé en un vaccin, par une méthode d’atténuation différente de celle employée jusqu’alors.

Lœffler(3) publie, en 1885, le résultat de ses recherches expérimentales sur le rouget, dans un important travail. Appliquant au microbe du rouget les méthodes de coloration alors nouvelles, il reconnaît la forme bacillaire, qui avait échappé à Detmers et à Thuillier. Il confirme de plus la distinction cliniquement établie par Eggeling, en montrant qu’il existe une affection différente du rouget et due à un micro-organisme spécial ( Rothlaufseuche de Eggeling). A cette maladie, il réserve le nom de Schweineseuche (4).

En cette même année, le rouget fait encore l’objet des travaux de Cornevin (5) en France, de Schuetz(6), Lydtin et Schottelius (7), Kilt (8) en Allemagne. Son étude expérimentale est complétée, en même temps que des données précises sont acquises sur ses formes cliniques et sur sa prophylaxie.

Bactériologie. — Le bacille du rouget se présente, dans les tissus, sous la forme d’un fin bâtonnet de dimensions analogues à celui du bacille de la tuberculose. Il se colore très bien par les couleurs d’aniline, en solutions hydro-alcooliques, par le bleu de Lœffler et le bleu de Kühne et surtout par les procédés de Gram et de Weigert.

Le microbe est à la fois aérobie et anaérobie, mais il cultive de préférence en l’absence de l’oxygène.

Dans les bouillons, à 37°, la culture montre, en quarante-huit

(1) Pasteur et Thuillier. — Sur le rouget ou mal rouge des porcs. C. R. Ac. des Sciences, 4 déc. 1882.

(2) Id. — La vaccination du rouget des porcs à l’aide du virus mortel atténué de la maladie. C. R. Ac. des Sciences, 2ü nov. 1883.

(3) Loeffi.er. — Experimenlelle Unlersuchungen über Schweinerothlauf. Arbeiten a. d. K. Gesundheitsamte, 1885.

(4) U est à remarquer que le rouget de Eggeling correspond à la Schweineseuche de Lœfller et que, réciproquement, la Schweineseuche du premier est identique au rouget du second. La terminologie de Lœfller a heureusement prévalu et le rouget se trouve être désigné sous des expressions analogues dans les littératures française et allemande : Rouget = Rothlaufseuche = Stabchenrothlauf.

(5) Cornevin. — Première étude sur le rouget du porc. Paris, 1885.

(6) Schuetz. — Ueber den Rolhlauf der Schweine und die Impfung desselben. Arb. a. d. K. Ges. Amte., t. I, 1885.

\7) Schottelius. — Rolhlauf der Schweine. Wiesbaden, 1885.

(8) Kitt. — Untersuchungen über den Stabchenrothlauf der Schweine und dessen Schutzimpfung. Münchener Jahresb. pro 1885-188G, p. 92.

ROUGET DU PORC

heures, un trouble uniforme. Sur gélatine, en surface, on obtient des colonies floconneuses, qui se réunissent pour former une couche blanchâtre; par piqûre, la culture prend un aspect caractéristique : après quelques jours, on voit de fins rayons, partant du trajet suivi par l’aiguille et donnant à l’ensemble l’aspect d’une fine brosse à bouteilles. La gélatine n’est pas liquéfiée. Sur gélose, le bacille donne de petites colonies d’un blanc grisâtre. Sur pomme de terre, la culture n’estobtenue que dans le vide ; le développement est pénible et peu abondant.

Le bacille du rouget tue le porc, le lapin, la souris et le pigeon. Le cobaye est absolument réfractaire.

D’après Schuetz, le bacille du rouget serait identique au bacille de la septicémie des souris. L’aspect des microbes, les réactions colorantes, les caractères des cultures et les effets pathogènes sur les petits animaux sont identiques. Cependant IL Preisz a montré récemment que le bacille de la septicémie des souris ne détermine, chez le porc, qu’une inflammation locale au point d’inoculation.

Espèces affectées. — Le porc est à peu près seul exposé à la contagion ; cependant, dans certaines épizooties, les pigeons et les lapins sont accidentellement contaminés.

Répartition géographique. — Statistique. — Le rouget est particulièrement fréquent en France où il cause annuellement des pertes considérables en certaines régions. Presque tous les centres d’élevage du porc sont envahis ; la maladie sévit ainsi en permanence en Bretagne, en Auvergne, en Gascogne, dans le Dauphiné... En Bretagne, on a évalué à trois millions de francs la valeur des porcs morts, en 1881 seulement. En 1889, les pertes causées par le rouget, dans le seul arrondissement de Lannion, ont dépassé 400000 francs ; une porcherie sur quatre y était infectée. Les statistiques officielles ne donnent que des indications insignifiantes; on signale ainsi : en 1891, 6715 cas avec 5543 morts, en 1892, 5167 cas avec 4003 morts. En réalité, c’est par dizaines de mille que se chiffre le nombre des porcs qui succombent chaque année.

En Belgique, le rouget règne dans toutes les provinces, mais, comme en France, les statistiques officielles sont loin de représenter l'étendue réelle des pertes. On signale 2000 cas en 1891 et 2911 cas en 1892, dont 1969 pour la province de Louvain.

En Suisse, la maladie tend à s’étendre ; les cantons de Fribourg, de Vaud, de Berne et de Zurich sont le plus gravement envahis.

répartition géographique.

On signale 733 morts en 1890, 1178 en 1891, 1271 en 1892.

En Allemagne, le rouget est surtout fréquent en Prusse et dans le duché de Bade. En 1891, 120961 porcs succombent en Prusse, pendant les mois de juillet, août et septembre. Les chiffres suivants indiquent la gravité des pertes dans le duché de Bade :

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