CHAPITRE PREMIER
LES SEPTICÉMIES HÉMORRAGIQUES
§ 1er. CHOLÉRA DES POULES
Le choléra des poules est une maladie contagieuse, virulente, inoculable, évoluant d’ordinaire sous la forme d’une septicémie à marche rapide, et due à un microbe spécifique.
La contagiosité extrême de l’affection, la rapidité habituelle de son évolution et la présence de la diarrhée lui ont fait donner le nom de choléra. De plus, et bien que tous les oiseaux domestiques soient également exposés, la maladie prenait le nom de choléra des poules, aujourd’hui consacré par l’usage.
Historique. — Étudié déjà par Chabert, en 1782, le choléra des poules est rapporté par lui à la fièvre charbonneuse ; cette opinion n’est pas généralement adoptée, mais tous les auteurs reconnaissent le caractère contagieux de la maladie, et ils la décrivent sous les noms de « peste » ou de « typhus » des volailles. Cette conception persiste en Allemagne (Hering) tandis qu’elle est un instantabandonnée en France; Huzard et Breschet (1832), dominés par les théories broussaisiennes, considèrent la maladie comme une gastro-entérite simple, due à l’ingestion de liquides impurs ou d’aliments altérés.
Une réaction se produit vers 1850 avec Delafond et Renault, qui entreprennent l’étude expérimentale de l’affection. Tous deux Nocard et Leclaiische.
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reconnaissent le rôle étiogénique prépondérant de la contagion; ils obtiennent en outre la transmission à la poule, au pigeon, au moineau, au lapin, par l’inoculation et par l’ingestion du sang des malades et de tous les liquides organiques. Les auteurs émettent cependant des opinions différentes quant à la nature de l’épizootie, et alors que Delafond l’assimile au charbon, Renault la rapproche du choléra de l’homme.
L’étude clinique du choléra des poules fait l’objet de plusieurs travaux et il ne reste bientôt plus qu’à déterminer l’élément essentiel de la virulence. En 1878, Semmer et Perroncito (1) signalent en même temps la présence, dans le sang des poules mortes du choléra, d’un microbe qui se présente sous la forme de granulations arrondies, isolées ou géminées. L’année suivante, Toussaint (2) retrouve le même organisme et il obtient des cultures dans l’urine neutralisée. En 1880, Pasteur (3) entreprend l’étude du choléra des poules ; il précise les caractères biologiques du microbe et les conditions de sa culture ; quelques mois plus tard, il démontre l’atténuation possible du virus et sa transformation en vaccin.
Bactériologie. — Le microbe du choléra des poules se présente, dans le sang et dans les tissus, sous la forme d’une courte bactérie ovoïde, mesurant environ 1 ;ju de longueur sur 0;a 25 de largeur; dans certains milieux, et alors que la multiplication a été rapide, il affecte aussi la forme de microcoques et de diplocoques.
La bactérie est nettement aérobie. Elle se colore très facilement par les couleurs d’aniline, notamment par le bleu de Lofller, mais elle ne garde ni le Gram, ni le Weigert. Après coloration, le microbe, recueilli dans le sang et dans les pulpes d’organes, se montre sous sa forme ovoïde typique ; les pôles, fortement colorés, laissent libre un espace clair central ; dans les cultures, au contraire, on retrouve presque exclusivement les formes rondes.
Les cultures sont obtenues dans les bouillons, neutres ou alcalins, de poule et de veau, sur gélatine et sur gélose. A 37°, le bouillon ensemencé se trouble uniformément en 12-24 heures,
(1) Semmer. — Die Hühnerpest. Deutsche Zeits. fur Thiermed., t. III, fév. 1878. — Perroncito. Epizoozia tifoide nei gallinacei. Annali délia R. Acc. di Agric. di Torino, t. XXI, fév. 1878.
(2) Toussaint. — Sur le choléra des oiseaux de basse-cour. C. R. Ac. des sciences t. XG, 1880, p. 428.
(3) Pasteur. — Sur les maladies virulentes , et en particulier sur la maladie appelée vulgairement choléra des poules. C. R. Ac. des Sciences, t. XC, 1880, p. 239, 952 et 1030. De l'atténuation du virus du choléra des poules. Id., t. XCI, 1880, p. 673.
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puis un dépôt pulvérulent s’opère et le liquide redevient transparent. Sur gélatine, en strie, en obtient en quelques jours une couche étroite et mince, blanc grisâtre, d’abord transparente, puis opaque ; par piqûre, l’ensemencement donne une multitude de petites colonies blanches, disséminées sur le trajet de l’aiguille et d’autant moins abondantes qu’elles s’éloignent de la surface libre. La gélatine n’est pas liquéfiée. Sur gélose, en surface, on obtient une couche mince, analogue à celle qui se développe sur la gélatine.
L'inoculation de la bactérie du choléra tue tous les oiseaux domestiques, quel que soit le mode de la pénétration. Elle tue également le lapin et la souris blanche. Le cobaye, le chien, le chat, le porc, le mouton, la chèvre et les grands herbivores sont réfractaires.
Espèces affectées. — Les poules sont particulièrement exposées à la maladie, à quelque race qu’elles appartiennent. Les oies, les canards, les dindons, les pintades, les faisans, les pigeons, les oiseaux de volière sont infectés avec la môme facilité.
Les lapins sont exposés également à la contamination accidentelle ; l’infection est pour eux plus certaine et plus rapide encore que pour les divers oiseaux.
Répartition géographique. — Statistique. — Le choléra des poules est actuellement répandu dans toute l’Europe et dans l’Amérique du Nord. Ainsi que pour la plupart des affections épizootiques, l’infection reste cantonnée pendant plusieurs années en quelques foyers limités, puis, brusquement, à des intervalles plus ou moins éloignés, elle irradie violemment, envahissant toute une contrée et frappant des milliers d’animaux.
Le choléra des poules est signalé, dès la fin du siècle dernier, dans la Lombardie et le Piémont (1789-1798), où il est étudié par Brugnone et Toggia, et il règne, à la même époque, dans toute la France. Vers 1832, la maladie se répand dans toute l’Europe et elle est dénoncée à la fois en France (Iluzard, Grognicr), en Allemagne, en Bohême, en Autriche et en Russie. En 1849, le choléra apparaît de nouveau en France, causant des pertes considérables dans les provinces du Nord ; comme dans les épizooties précédentes, la contagion persiste pendant plusieurs années, dans quelques foyers, pour s’éteindre peu à peu. En 1860, l’Europe occidentale est encore envahie et peu de provinces restent indemnes.
De 1877 à 1880, le choléra sévit sous une forme particulièrement
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meurtrière et de nouveaux foyers apparaissent. La maladie est étudiée en France par Mégnin, en Bavière par Ivitt, en Russie par Semmer; en Italie, par Perroncito dans le Piémont, par Marchiafava et Celli dans la campagne de Rome, par Rivolta en Toscane, par Romano dans le Frioul. En môme temps, elle sévit dans les Etats-Unis d’Amérique où elle est observée par Salmon (1880-1882).
C'est par millions de têtes que se chiffrentles pertes subies dans les grandes épizooties; au début de celles-ci, tous les animaux exposés à la contagion succombent. Perroncito cite comme exemples l'invasion du choléra chez deux éleveurs de Modène et de Turin qui perdirent en quelques jours mille et quinze cents animaux. Nous avons vu plusieurs fois des convois de pigeons italiens perdre, pendant le trajet de Turin à Paris, les deux tiers ou les trois quarts de leur effectif, qui atteignait de quinze cents à trois mille têtes.
Étude clinique.