I. — Symptômes
On peut distinguer, suivant la rapidité de l’évolution, une forme aiguë, une forme suraiguë , une forme subaiguë. 11 existe en outre des accidents chroniques, reliquats des formes aiguës. Enfin, la localisation des lésions sur l’endocarde est exprimée par des troubles particuliers, qui constituent 1 endocardite bacillaire .
a. Forme aiguë. — Sous la forme aiguë grave, qui est la plus ordinaire, le rouget débute par quelques troubles sans signification précise, tels que la diminution de l’appétit et un certain degré de torpeur. Ces premiers symptômes évoluent en 12-24 heures au plus; souvent ils passent inaperçus.
L’invasion est marquée par une réaction fébrile intense; la température monte, de 40° chiffre moyen normal, à 42° et plus; l'animal est dans un état de prostration complète; il refuse les aliments et s’enfouit sous la litière; la respiration est accélérée; les battements du cœur sont précipités et violents; le pouls est vite et parfois intermittent. Les extrémités sont alternativement chaudes et froides ; des frissons et des tremblements musculaires s'observent de temps à autre; la queue est pendante et détortillée; une bave visqueuse s’écoule de la bouche ; les paupières sont tuméfiées ; parfois aussi il se produit des épistaxis et des vomissements.
Ces symptômes, déjà très alarmants, s’aggravent d'heure en heure; le malade ne se lève que s’il y est contraint par des excitations violentes et prolongées; il fait quelques pas à peine, en chancelant, le train postérieur vacille, et il tombe sur le sol, épuisé; la respiration devient difficile, bruyante ; les muqueuses apparentes, injectées, prennent une teinte violacée. L’appétit est à peu près nul; seules, les boissons froides sont acceptées. Les excréments,
(1) L’existence du rouget a été constatée par Mac Fadyeau (1891), puis par Murray et Stephenson (1892), qui ont étudié plusieurs cas d’endocardite du porc, due au bacille du
rouget.
d’aborcl durs et couverts de mucus, sont ensuite mous et diarrhéiques. A de longs intervalles, on perçoit une toux rauque, courte, peu sonore.
Dès les premiers instants, la peau est chaude, brûlante ; vers le deuxième ouïe troisième jour, apparaissent, en divers points, des taches dont la teinte, d’abord rosée, se fonce de plus en plus, jusqu’au rouge vif ou violacé. Elles se montrent surtout aux oreilles, autour des yeux, sous le ventre, aux flancs, à la lace interne des cuisses, aux ars,.... dans les points où la peau est line et souple. D’abord très limitées, ces taches progressent dans tous les sens, pour devenir confluentes et envahir toute une région du corps; en d’autres cas, au contraire, il n’existe qu’un petit nombre de taches, isolées dans les lieux d’élection. A leur niveau, la peau n'est nullement enflammée ; elle n’est pas douloureuse et, dans quelques cas seulement, il existe un léger épaississement œdémateux. Les ganglions accessibles sont engorgés, œdématiés, douloureux à l'exploration.
Dans une dernière période, les animaux tombent dans un coma profond; la diarrhée, séreuse ou sanguinolente, est presque continuelle; la respiration est difficile et bruyante; la faiblesse de l’arrière-train a fait place à une paraplégie complète ; les muqueuses sont cyanosées ; il existe parfois de l'œdème de la cornée ; la température s’abaisse à 37° et au-dessous, et la mort survient, sans période agonique.
L’évolution est toujours rapide ; en règle générale, elle est complète en 48-60 heures. — La guérison est possible; elle est annoncée par l’amélioration de l’état général et la disparition graduelle de tous les symptômes. Au niveau des lésions cutanées, il se produit une exfoliation épidermique, sous la forme de croûtes sèches et squameuses. Souvent la guérison est incomplète et certaines altérations persistent à l’état chronique.
b. Forme suraiguë ou foudroyante. — Cette forme évolue en 12-24 heures au plus. Brusquement, le malade tombe dans un état de prostration intense; il a perdu l’appétit et il s’enfouit dans la litière. La respiration est accélérée; les battements du cœur sont précipités et tumultueux; la température s’élève au-dessus de 42°. On entend, de temps à autre, une toux sèche et rauque ; les excréments deviennent diarrhéiques; ils sont striés de saim et fétides.
L état comateux s’aggrave rapidement; la respiration est haletante et dyspnéique; la peau est brûlante dans tous les points.
ROUGET DU PORC
J antôt l’animal meurt avant que les taches rouges aient eu le temps d’apparaître (Rouget blanc), tantôt les taches évoluent, discrètes et rosées, ou encore étendues d’emblée à toutes les régions. La mort est la terminaison constante.
c. Forme subaiguë. — En quelques cas, les symptômes affectent une gravité moindre que ceux du type aigu; ces formes atténuées constituent 1 c rouget subaigu ou bénin. Les manifestations sont identiques à celles qui sont observées dans la forme aiguë, mais l’évolution n’est complète qu’en 4-6 jours. L’évolution des taches cutanées peut être ici nettement étudiée; en même temps qu elles s’étendent dans tous les sens, leur couleur rosée du début se fonce de plus en plus, jusqu’à la teinte violacée ou noire. La gêne respiratoire, la diarrhée, la parésie de l’arrière-train ou la paraplégie constituent le syndrome dominant.
cl. Forme chronique. — Les formes aiguës, et plus souvent encore les formes subaiguës, laissent après elles un état morbide dû à la persistance de certaines lésions et décrit sous le nom de
rouget chronique (Cornevin, Hess ). Les animaux restent maigres,
affaiblis; l’appétit est capricieux; le ventre est levretté, les muqueuses sont pâles et infiltrées; les soies s’arrachent facilement; on rencontre des ulcérations sur les gencives. Souvent, on observe une diarrhée permanente, de la toux, des œdèmes des membres, des inflammations des synoviales articulaires ou tendineuses. Cet état peut rester compatible pendant un long temps avec la vie, ou bien une poussée subaiguë survient, annoncée par une fièvre intense, par l’apparition de taches rouges à la peau, et les malades succombent en quelques heures.
e. Endocardite bacillaire (1). — Le rouget affecte encore une forme toute particulière, due à une localisation sur les valvules mitrale et aortique (2); elle semble constituer une forme atténuée, observée presque toujours sur les porcelets âgés de deux à cinq mois (Ilallander).
Assez souvent, le début est analogue à celui du rouget aigu ; les malades semblent devoir succomber rapidement, puis tous les symptômes disparaissent et la guérison paraît complète. En d’autres
(I) Bang. — Ueber Rothlctuf-Endocarditis bei Sc.huie.inen. Deutsche Zeits. fur Thierm., t, XVIII, 1892, p. 27.
(2Ï Cette forme, déjà observée par Lydtin et Schottelius, a été retrouvée par Hess et Guillebeau sur des porcelets vaccinés. Elle a été signalée, en Suède, par Ilallander; c’est elle aussi qui est mentionnée. par Brown comme fréquente en Angleterre (Report of the agric. Départ., 1888). Bang a fait de la maladie une très bonne étude, d’après laquelle est rédigé ce paragraphe.
SYMPTÔMES
cas, le début est obscur; les animaux présentent seulement quelques légères taches rouges; ils se montrent moins gais pendant quelques jours.
Les porcelets mangent et se développent aussi bien que leurs voisins restés sains; chez quelques-uns seulement, et pendant un mois environ, il persiste de la faiblesse des extrémités et la queue reste déroulée.
Des accidents nouveaux surviennent après plusieurs semaines; ils évoluent suivant des modes très différents. Parfois, les animaux meurent en quelques instants, sans avoir paru malades, à la suite d’une obstruction des orifices auriculo-ventriculaire ou aortique. Parfois aussi, les troubles simulent une nouvelle attaque de rouget aigu. Dans la plupart des cas, l’évolution n’est complète qu’en 8-14 jours et des symptômes divers sont observés; l’appétit est diminué ou supprimé; l’animal est triste; il reste souvent couché, presque toujours appuyé sur le sternum et les coudes ; il tousse de temps à autre. Il existe des taches rouges de la peau, d’intensité et d’étendue variables, mais moins accusées que dans le rouget aigu et limitées quelquefois aux oreilles ou au cou. On constate enfin de la dyspnée et des palpitations du cœur. La température varie entre 39° et 41°. Dans quelques observations, on signale une paralysie de l’arrière-train, liée à la sténose de l’orifice aortique.
Les lésions persistent souvent sous une forme chronique, provoquant des troubles plus ou moins graves. Les observations nombreuses de lésions valvulaires chez les porcs abattus reconnaissent en grande partie cette origine (1).
Sous toutes ces formes, le rouget est une maladie extrêmement meurtrière, à la fois en raison de sa puissance de diffusion et de sa gravité chez les animaux atteints. Dans une région infectée, peu de porcheries échappent; presque tous les porcs adultes sont frappés dans celles qui sont envahies.
La mortalité atteint, en moyenne, 60 à 80 et 90 p. 100 du chiffre des malades.
Le pronostic individuel sera porté d’après la rapidité de l’invasion
(l) D après Jensen * la maladie décrite, en Danemark et en Allemagne, sous le nom d urticaire (Nesselfleber, Quaddelausschlag) ne serait autre chose qu’une forme atténuée du rouget. Sur les coupes, au niveau des taches cutanées, on trouve les bacilles, non plus dans les capillaires, comme dans le rouget aigu, mais dans le tissu conjonctif interstitiel. Le charbon cutané (Hautbrand) serait également une forme bénigne du rouget.
-/ 1 ^'e Pétiologie des Nesselfiebers und der diffusen Hautnekrose des Schireines. Deutsche
Zens. f. Thierra., t. XVIII, 1892, p. 278. - Z ur Kenntniss des Rothlaufbacillus. IJ., t. XIX, 1392, p. 40 .
ROUGET DU PORC
et de la marche dans les premières périodes. Quand la maladie se prolonge au delà du quatrième jour, la guérison peut être espérée (Hess).
La persistance de certaines lésions aggrave encore le pronostic; les animaux infectés et guéris en apparence sont à la lois impropres à la reproduction et à l’engraissement ; ils ont perdu presque toute leur valeur et il est indiqué de les sacrifier aussitôt que possible.