‹ Les maladies microbiennes des animaux (volume 2)Chapitre 42 sur 156 · II. — Lésions · texte numérisé non relu

II. — Lésions

a. Dans les formes aigues , les lésions du rouget, disséminées dans tous les organes, sont analogues à celles des diverses septicémies.

Les vaisseaux cutanés sont ectasiés ; au niveau des taches cutanées, il existe des hémorragies capillaires, limitées à la couche papillaire du derme ou étendues aux tissus sous-jacents; dans les mêmes points, le lard est ramolli et, sur la coupe, on distingue de fins vaisseaux gorgés de sang. Les muscles sont pâles, grisâtres, ramollis, gluants; ils montrent, sur la coupe, des taches ou des plaques hémorragiques de couleur foncée ; le tissu conjonctif intermusculaire est œdématié. Les séreuses articulaires renferment un liquide rose, mêlé parfois de caillots fibrineux. La moelle des os est molle, friable, fortement colorée. Les ganglions lymphatiques de toutes les régions sont hypertrophiés et de couleur rouge noirâtre ; sur la coupe, on trouve la partie centrale ramollie, infiltrée par une sérosité abondante, tandis que la couche corticale contient de nombreux foyers hémorragiques.

Sur l’appareil digestif, on rencontre une congestion intense de la muqueuse de l’estomac et de l'intestin grêle ; celle-ci est épaissie, marbrée détachés ecchymotiques; l’épithélium a disparu en quelques points; la couche sous-muqueuse est œdématiée. Tous les organes lymphoïdes, follicules clos et plaques de Peyer, se montrent en saillie sur la muqueuse, entourés par une zone rouge, turgescente ; ils sont ulcérés et escharifiés dans les cas graves (Schottelius, Johne). — La rate est grosse, bosselée, de couleur foncée et de consistance assez molle. — Le foie, peu modifié dans son aspect, est gorgé de sang.

Les reins, volumineux, congestionnés, présentent quelques taches hémorragiques dans la zone corticale et sur la muqueuse du bassinet; l’urine contenue dans la vessie est claire, légèrement albumineuse et parfois colorée.

L’appareil respiratoire ne présente généralement que les lésions

LESIONS.

de l’asphyxie. La plèvre renferme une sérosité peu abondante, jaune ou rosée. Rarement, il existe dans le poumon quelques foyers, disséminés et peu étendus, de broncho-pneumonie. Les bronches contiennent une écume sanguinolente ; les ganglions bronchiques sont tuméfiés, infiltrés et hémorragiques.

Le péricarde contient, comme les autres séreuses, un exsudât liquide. Le myocarde, pâle et ramolli, est taché par quelques ecchymoses, qui se retrouvent sur l’endocarde et à l’origine des gros vaisseaux. Le sang n'est pas sensiblement altéré ; noir à sa sortie des vaisseaux, il rougit et se coagule au contact de 1 air.

Dans les centres nerveux, on constate une congestion généralisée, décélée ordinairement par un simple piqueté hémorragique diilus de la substance nerveuse, et, en quelques cas, par des raptus hémorragiques dans le cerveau ou dans la moelle.

Les microbes, rares dans le sang, se trouvent presque tous englobés par les leucocytes. Dans les pulpes d’organes, notamment dans celles de la rate et du rein, dans les ganglions, dans la moelle des os, les bacilles sont rencontrés en abondance, libres ou enfermés dans les cellules lymphatiques.

L'étude histologique des lésions montre que les microbes sont contenus surtout à l’intérieur des vaisseaux sanguins et lymphatiques, dans les réseaux capillaires des organes. Les capillaires sont obstrués, en certains points, par des amas de bacilles, libres ou intra-cellulaires; dans les petits vaisseaux, des amas de bacilles sont accolés à l'endothélium.

b. Dans les formes chroniques , les altérations sont limitées à l'intestin et aux séreuses. On rencontre une inflammation diffuse de la muqueuse intestinale, avec bourgeonnement superficiel et intiltration des parois.

La plèvre et le péritoine renferment une sérosité rosée; elles sont recouvertes de taches ecchymotiques ; les feuillets sont réunis par des néo-membranes ou accolés sur des surfaces étendues. Au niveau des articulations des membres, l’inflammation provoque des accidents d’ankylose et des déformations osseuses.

c. L'enclocarclite bacillaire du rouget est dénoncée par des lésions très étendues des valvules. L’orifice est presque complètement obstrué par des néoformations fibreuses (endocardite verruqueuse). Les altérations siègent ordinairement sur le cœur gauche, le plus souvent sur la mitrale ; il n’est pas rare de voir les valvules aortiques affectées en même temps à un faible degré, mais rarement celles-ci sont prises isolément. L’endocardite du cœur

ROUGET DU PORC

droit est 1 exception; les altérations portent principalement sur la tricuspide et aussi sur les valvules pulmonaires. Enfin, dans quelques cas, les deux cœurs sont altérés en même temps, tandis qu en d’autres, l’inflammation s’étend aux cordes tendineuses et à divers points de l’endocarde.

L’étude histologique des lésions montre, sur des coupes colorées au Gram, une invasion des tissus par un véritable feutrage de bacilles qui donne, à un faible grossissement, une coloration bleue presque uniforme. Les masses sont surtout confluentes dans les parties superficielles des valvules, tandis qu’elles se raréfient dans la profondeur.

Les altérations secondaires constatées consistent en des épanchements passifs dans les plèvres et dans le péritoine, avec congestion passive de la rate et du foie; les reins, hypérémiés montrent quelques infarcti ; le poumon est œdématié (1); la peau présente des taches foncées.

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